MAD AME ROMARIN, MINA, PÉTERSTHAL, MICHEL
MADAME KOMARIK , à Mina.
Venez par ici , ma nièce , il fait une chaleur là-dedans.
PÉTERSTHAL.
Ah! oui, respirons un peu, j'etoufFe de joiel.. Les complimens de mes administrés et le vin du Rhin m'ont porté à la tète... Fait elle un bruit ma nomination !
MADAME ROMARI>".
Maintenant, cousin , que j'ai fait les honneurs de votre table , vous me permettrez de me retirer avec ma nièce.
MINA
Mais, ma tante, on parle d'un bal.
MADAME ROMARIK.
C'est justement pourquoi nous ne pouvons pas rester ici, mou enfant.
Aiiî : Ah'.si madame me voyait!
Les coeurs purs restent étrangers A cet enivrement perfide.
Pour qu'avec raison je me guide.
De ces plaisirs si passagers Je dois connaître les dangers.
On pèche bien moins, je le pense, Quand on voit l'exemple du mal.
Pour m'empècher d'aimer la danse, Il faut donc me conduire au bal.
MADAME ROMAIN
Eh ! bien , voilà de jolies idées.
PÉTERSTHAL.
Cela m'arrangerait assez, cousine , car je ne pourrai jamais, seul, répondre à tout le monde.
MADAME ROMARIN
Y pensez-vous, quand il y a tant de jeunes gens ici, et lorsque nos mœurs sont si sévères sur l'innocence des demoiselles ; un baiser pris équivaut chez nous à une promesse de mariage ; il faut , vous le savez , que la jeune fille qui se laisse dérober une telle faveur, épouse l'audacieux, ou elle est deshonorée ; vous voyez bien que je ne peux pas exposer ma nièce. . .
MICHEL
C'est juste, la cousine Romain a raison ; il y a même des exemples de procès pour des baisers pris sans conséquence , au bal , par des étrangers qui ne connaissaient pas les usages du pays... leur ignorance ne les a pas sauvés , ils ont perdu.
MINA
C'est-à-dire , ils ont épousé.
MICHEL
Eh bien! qu'est-ce que je dis donc?... c'est la même chose.
Oui , ma nièce ; ainsi , vois à quoi une action légère peut nous entraîner.
MICHEL
Cela peut avoir des suites terribles pour les délinquans... car, grâce à cette bonne vieille loi sur le respect dû aux
fiancées, ios jeunes lUles du duché de Berg sont toujours certaines d'avoir des maris.
Air: Restez, restez troupe jolie.
Pour son honneur, aucune belle
Ne craint ici de sort fatal ^
Elle a , pour lui rester fidelle ,
Sa sagesse et le tribunal, ,
Et l'on a peur du tribunal.
Cette loi, qui sait la défendre.
Dit, à qui veut se hasarder :
Vous êtes libre de la prendre, } , , . ,
Mais je vous force à la garder. \ ^ '' PÉTERSTHAL.
Un moment... J'ai une idée: vous restez au bal toutes deux, j'ai trouvé un danseur pour Mina. MINA , afec joie.
Vraiment !
MADAME ROMARIN
Mais...
Oh! celui-là ne compromett.a pas la fiancée de Michel; c'est mon greffier, monsieur Stylmannl
MINA
Il est bien vieux !
PÉTERSTHAL.
Soixante-deux ans , tout au plus ; c'est un homme qui m'est tout dévoué.
MICHEL
Je vais l'avertir.
[Il rentre dans la salle.) MADAME ROMARIN.
Pourvu que je ne m'en repente pas !
PÉTERSTAL.
Il n'est pas dangereux.
MADAME ROMARIN
Air : P^os maris en Palestine.
Son grand âge me rassure ^ Tenez , je n'en voudrais pas ; Je craindrais trop , je vous jure , Pour elle quelque faux pas.
MI.NA
Mais vous ne raisonnez pas.
Poui- le danger que j'ignore.
Si l'on redoute en dansant Un cavalier turbulent.
On doit bien plus craindre encort- V M- Celui qui marche en tremblant.
PÉTERSTHAL , allant au fond.
On se lève de table... On vient par ici , Dieu me pardonne , il y a encore plus de monde que tout-à-l'heure... (^ la cantonnadc. ) Par ici , messieurs, par ici , mesdames. MADAME ROMARIN , à sa nièce.
Assevous nous là.
( Elles vont s'asseoir a gauche.)