SCÈNE PREMIÈRE
(Au lever du rideau, la scène est vide — Bruit dans la chambre à gauche. On entend la voix de madame Tilmans criant : Le monstre, il me fera mourir 1
BOUGINIER, passant la tète par la porte de gauche d’oh partent le cris. Au public.
Ne vous alarmez-pas !... c’est ma belle-mère qui s’évanouit.. .c’esl son heure! (A la bonne.) Caroline, apportez la fleur d’oranger 1
CAROLINE, entrant.
Voilà, Monsieur!
BOUGINIER, au public.
Ne VOUS alarmez pasl (Il rentre dans la chambre.)
CAROLINE
Ah! quelle maison! toujours -des disputes! (Elle entre A
gauche avec le flacon de fleur d’oranger.)
VAN BONBECK, ouvrant mystérieusement la porte. Il est vêtu en gendarme belge, petite tenu'e.
Mes instructions sont précises : quitter la Belgique et aller à Paris. Tout porte à croire que l’homme que nous cherchons depuis six jnois s’est réfugié rue Saint-Louis N° 9... Fouiller la maison de fond en comble... c’est clair! j’ai déjà visité deux étages inutilement, me voici au troisième et je... (u regarde partout.) .
6 LE PROCÈS VAN KOHN
CAROLINE, rentrant.
Ah! mon Dieu! qu’est-ce que c’est que ça?
VAN BONBECK
Ça, c’est moi !... les gens comme moi ne font pas peur aux honnêtes gens... ne craignez rien, et répoudez-moi au nom de la loi belge.
CAROLINE
Dites-moi d’abord ce que vous venez chercher ici?...
VAN BONBECK
Je cherche un homme qui s’est évadé des prisons de Bruxelles... après une série de forfaits... un jeune homme blond, fluet et audacieux, comme tous les gens fluets.
CAROLINE
Monsieur, nous n’avons ici que madame qui n’est pas fluette tant s’en faut, qui est brune et qui n’est plus jeune.
VAN BOUBECK, tirant un autre signalement.
Permettez... il y a aussi une femme dans l’alfaire... et ce serait assez ressemblant. . .
CAROLINE
Puis le gendre de Madame qui est grand, pas tout jeune, et qui a un fort-nez.
VAN BONBECK
C'est tout?
CAROLINE
U y a aussi la fille de madame qui est brune, mince et toute jeune.
VAN BONBECK
Ces renseignements sont éminemment insuffisants.
CAROLINE
Alors attendez monsieur.
Oui ou plutôt non... j’aime mieux revenir 1... je demeure au-dessus, en garni... depuishuit jours... avec ma femme que j’ai emmenée pour lui faire voir Paris. Or, voilà deux nuits que je bats les buissons pour me renseigner.., ma femme doit être à bout de patience... seule, depuis deux jours et deux nuits!... je monte la serrer dans mes bras et je reviens... pauvre ange! comme elle doit soupirer ! (il sort.)