DU CONTRE-BASSON
Cet instrument est au basson ce que la contre-basse est au violoncelle; il en donne tous les sons à l’octave inférieure. Sa dimension est proportionnée à ce diapason, et son pavillon est évasé au lieu d’être cylindrique. C’est enfin la contre-basse des instruments à vent et à anches.
A l’époque de la fondation du Conservatoire, sous le nom primitif d’institut national de musique (t), un professeur du nom de Hostier faisait entendre le Contre-basson à Paris. 11 est fâcheux que cet instrument ne soit pas cultivé par quelques bassonistes, et qu’on en soit privé dans les orchestres.
L’ophycléide (serpent à clefs) dont il sera bientôt parlé, et qu’on a prétendu lui substituer, est loin de donner une idée de la beauté, de la rondeur et de la plénitude des sons du contre-basson.
O zi et Delcambre, célèbres professeurs de basson, excitaient leurs élèves les plus robustes à s’essayer
(1) En 1794, pour former des imisiciens (inslrumen'.istes à vent el de peroiissioii), et ies envoyer ensiiilc dans les différeuls corps (t’armée de la Uéjnibliqne française.
sur ce volumineux instrumcnl. Quelques-uns ont répondu à ccl appel de leur maître(Q; mais l’Eeole a eu le lorl, non-seulement de ne les point encourager, mais aussi de paraître indilîérente à cet égard, et le ronire-hasson a été perdu pour rorcheslre.
DU MÉLOPHONE.
Un homme, fort peu versé dans l’art musical, un ancien horloger du nom de Leclerc, est l’heureux inventeur du Mélopiione, dont le principe mécanif[ue est encore celui des anches métalliciues mises en vibration par un courant d’air.
Ainsi qu’il est arrivé si souvent, ce n’est pas l’auteur qui a recueilli le meilleur fruit de ses travaux et de ses longues recherches. Au contraire, ruiné par les nombreux essais (jui l’ont amené, apres bien des années, au résultat dont nous jouissons aujourd’hui , il lui a fallu vendre et l’invention et le droit de la rendre lucrative par la fabrication. Que du moins son nom ne soit pas oublié (A).
La forme du mclophoiie a quek[ue ressemblance avec la guitare, mais dans de plus grandes proportions, outre que le milieu de la table supérieure est en saillie. Cette partie reçoit intérieurement les anebes aux lames d’acier, les soupapes et leurs fds métalliques, correspondant aux touches qui les font mouvoir. La partie inférieure renferme le sommier et le soufflet double, ou à vent continu.
L’exécutant, assis, appuie le bas de l’instrument sur le genou ; la main gauche et le pouce soutiennent le haut du manche, et les quatre doigts pressent les clavettes ou touches (jui lèvent les soupapes et font parler les sons. Enfin, la main droite gouverne la soufflerie, au moyen de deux baguettes ou tringles réunies à leur base, qui sortent du corps de rinstrument, et auxcjuelles on donne le mouvement de va-ct-vient comme à un archet.
Les sons du mèlophonc, accordés entre eux d’une façon à peu près invariable, comprennent une étendue de (pialre octaves et une quarte, sans lacune entre eux.
Voici les deux sons extrêmes de cette étendue. Ils en donnent en même temps le diapason
liËü;
Une touche particulière , placée sous le rnanebe et mue par le pouce, double à l’octave inférieure les notes simples et même les accords dont le son grave ne dépasse pas le premier degré de la seconde octave,
C’est dire que les sons simultanés sont aussi une des richesses de l’instrument.
Ses timbres se rapportent assez bien à ceux de la clarinette ordinaire et de la clarinette-alto réunies, <ivec cet avantage, que, du son le plus grave au son le plus aigu, il n’y a rien d’aigre, de nasillard ni d’incisif, mais toujours du moelleux, de la rondeur et du charme. C’est véritablement la voix mélodieuse annoncée par le nom donné à rinstrument. Aussi est-il essentiellement chantant, bien que les traits et les arpèges ne lui soient pas interdits. Toutefois, les mélodies douces et expressives sont plus dans sa nature.
Peu de temps suffira à tout bon violoniste pour s’habituer au jeu du mélopiione, sur lequel il retrouve <à la fois son doigté, moins l’embarras du démanché, et son archet, avec la plupart des variétés de mouvement
de celui-ci.
Plusieurs fois le mélopiione a été appelé comme auxiliaire à l’orchestre. Ce n’était pas assez : il devait tout d’abord y prendre place ; car, malgré la ressemblance ([u’on veut lui trouver avec plusieurs instru-
it) Entre autres, i’élève VViennen, fils d’un fabricant d’instruments à anches de Paris.
ments à vent, et même avec le violon et le violoncelle, il n’en diffère pas moins à bien des égards ; le métal et le bois, une lame d’acier et un produit animal, l’air faisant vibrer une anche libre, et l’arcbct frottant une corde sonore, n’auront jamais un timbre semblable.