‹ Le progrès du libéralisme catholique en France sous le Pape Léon XIII histoire documentaireChapitre 2 sur 118 · IIBÉRALISME CATHOLIQUE EN FRANCE · texte numérisé non relu

IIBÉRALISME CATHOLIQUE EN FRANCE

sous LÉON XIII

AVANT-PROPOS

Ce livre est une œuvre d'opportunité.

Paradoxe, dira-t-on. Je n'en disconviens pas; mais ce pour quoi une vérité a contre elle Fopinion commune est parfois que cette vérité est trop claire et gênante.

L'union est faite, nous dit-on, entre les catholiques, depuis que la parole suprême a été prononcée sur leur devoir à l'ég-ard d'une loi schismatique et impie; et voilà la grande raison condamnant actuellement tout retour sur une histoire qui finit.

Admirable s'est montré, en effet, l'accord des volontés dans la soumission. Ceux-là seuls qui, souvent, ont déprécié les incomparables ressources, l'indomptable vitalité de la foi dans notre pays,

PROGRÈS DU UBÉR, — I — I

AVANT-PROPOS

purent en éprouver quelque surprise. Pour nous^ c'était un fait acquis d'avance.

Mais qui oserait dire que l'accord des esprits sur les principes de conduite répond à cet accord présent des volontés? Et qui voudrait déclarer solide^ durable, fécond, l'accord des volontés opposé à la tendance des esprits ?

. A-t-elle disparu, croit-on, celle qui faisait considérer à des catholiques, éminents entre tous par la distinction de l'intellig-ence, par l'élévation des sentiments, et au nombre desquels était le président du groupe parlementaire de l'Action Libérale, que le devoir de l'Eglise était de faire, après tant d'autres essais déplorables, V essai loyal de cette loi?

A-t-elle disparu, la tendance d'esprit qui inclinait la majorité de l'épiscopat et du haut clergé, même après l'Encyclique Vehementer nos, à constituer des associations légales? N'y a-t-il, à ce sujet, aucune crainte de voir se produire quelque tentative de conciliation et d'accommodement contraire à la ligne de conduite actuelle, durant l'année de délai que le Gouvernement s'est octroyée par un calcul perfide?

N'existe-t-il pas des revues catholiques dont la soumission laisse percer des regrets , même des blâmes à peine déguisés ?

Est-ce que nombre de catholiques, d'ailleurs parfaitement sincères et très méritants, ne seraient pas obligés de convenir, à moins de chanter la palinodie, que la sainte intransigeance de Pie X a

AVANT-PROPOS O

déconcerté les voies qu'ils suivaient avec conviction depuis d'assez longues années?

Est-ce qu'on n'entend pas, dans les couloirs de la Chambre et ailleurs, -un prêtre-député, porteparole de la démocratie chrétienne, répéter (je m'excuse de citer ses paroles) : « Ce pape est un gaffeur, ce pape ne fait que des gaffes (i)? »

Est-ce que, depuis l'union faite, on n'entend plus soutenir, par des catholiques passant pour les plus éclairés, des maximes contraires à là doctrine qui règle la conduite de Pie X? Et l'union demandet-elle qu'on s'abstienne de contredire ces assertions du pire libéralisme? Dans un Hvre très vanté, paru depuis la dernière Encyclique, M. Georges Noblemaire a écrit :

Certes, je ne veux pas dire que, dans les origines decette guerre, tous les torts soient du même côté : il est sage et libéral de reconnaître que certaines concessions faites en temps utile auraient pu retarder ou empêcher l'ouverture des hostilités.

C'est ainsi que la doctrine républicaine implique et exige la suprématie et l'indépendance du pouvoir civil. A ce principe raisonnable et nécessaire il aurait fallu sans doute adhérer sans restrictions; pour notre part nous le faisons nôtre sans la moindre réserve (2).

Pie X affirmant les principes de la Gonstitutioa ■

(i) La Semaine religieuse de Cambrai^ du i" décembre 1906,011^ cite un triple témoignage reçu directement, (a) La République libérale, p . 27 .

AVANT- PROPOS

de l'Eg-lise et les droits des catholiques ii'est-il pas attaqué perfidement, grossièrement aussi, par de prétendus org-anes modérés, que beaucoup d'entre nous s'obstinaient à prendre pour alliés, sinon pour directeurs?

Le devoir d'être avec le Pape vivant (i), de soutenir et défendre ses vues, était-il plus grand sous Léon XIII que sous le présent pontificat ? D'autant qu'ici les vues et la politique humaines ne sont pas en jeu, mais seulement les maximes et les droits de l'Eghse.

Mgr Guérard, évéque de Cou tances, dans sa réponse à l'Encyclique Graoissimo offîcii, a écrit ces graves paroles :

Puissent les catholiques comprendre à leur tour que r Eglise n'a point à chercher sa sécurité dans les concessions et les combinaisons politiques !

Puissent-ils aussi se persuader que ce n'est pas en réclamant les mêmes droits pour, l'erreur et pour la vérité, ni en faisant marcher de pair le mal et le bien, qu'ils relèveront notre infortuné pays! Hélas! Très Saint-Père, le déplorable libéralisme, solennellement condamné par Pie IX, de si grande mémoire, est plus vivant que jamais; il s' est introduit partout. Combien d'œuvres, bonnes en apparence, en sont imprégnées ! Le libéralisme nous a conduits aux abîmes, et c'est en lui que nous chercherions le salut !

(i) Voir les paroles de Léon XUI et du Cardinal Lavigerie, Cas de Conscience, pages 4o6 et 407.

AVANT-PROPOS

C'est précisément la pensée qui m'a inspiré d'écrire cet ouvrage.

Les Encycliques de Pie X mettent les catholiques sur le chemin qu'ils doivent suivre ; elles n'ont pas la vertu de déraciner d'un coup le libéralisme qui les attirait dans une autre voie.

Il y a là un état d'esprit, cause de tous nos maux, qu'il faut traiter et guérir.

J'ai la conviction, fortifiée par l'étude, que la politique de ralliement a principalement contribué, dans la phase actuelle, à répandre cette erreur du libéralisme, et la certitude d'en convaincre tout esprit sincère par l'examen des faits.

Cette conviction me donne le droit, cette certitude me crée l'obligation de le démontrer.

La tâche peut être ardue, ingrate, périlleuse même ; ce n'est pas une raison de se soustraire à ce qu'on regarde comme un devoir envers la vérité, l'Eglise et Dieu.

Sic Maria nos adjuvet!

Paris, 8 décembre 1906.

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