‹ Le progrès par le christianisme (volume 3)Chapitre 6 sur 19 · KT I.A SCIENCE DU MONDE · texte numérisé non relu

KT I.A SCIENCE DU MONDE

Messieurs,

Le plus grand scandale des intelligences contemporaines, le préjugé le plus fatal au vrai progrès des esprits dans la vérité, c'est la persuasion profondément erronée que le mystère chrétien est en contradiction avec la science moderne. Là est le fantôme de la libre pensée; et l'anlichrislianisme s'en fait un épouvantai! pour arrêterle mouvement qui ramène à Jésus-

Christ tant de grands cœurs et tant de hautes intelligences. Il fallait toutd'abord faire tomber cet épouvantail et chasser ce fantôme. C'est ce que nous avons essayé de faire en vous montrant, d'une manière générale, que ces deux choses, science et mysCere, bien loin de se repousser, se tiennent par un lien qui les unit dans la nature et l'essence même des choses. Vous l'avez compris, la science est enchaînée au mystère, et le mystère aide au progrès de la science ; il en est tout à la fois l'origine, le terme et le ressoit. Aussi, rien n'est plus curieux dans l'histoire de la science que de voir comment les grands chrétiens qui en ont le plus reculé les limites, proclamaient le mystère et adoraient l'inconnu ; et vous ne savez ce qu'il y avait en eux déplus admirable, ou les élévations de leur génie, ou les prosternementsde leur humilité. Cette histoire peut se résumer dans ces paroles attribuées à Newton, au moins quant à leur substance : Je suis comme un enfantjouant sur le sable avec le flot qui vient baigner le rivage . Cette eau avec laquelle je me joue, c'est ce que je sais : ce que j'ignore, c'est l'océan qui se déroule devant moi. Ainsi, désormais nous ne croirons plus que

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le in}sléi'icux et l'absurde sont une même chose : c'est pour nous une vérité acquise, que le mystère et la science ne se contredisent pas. Mais, Messieurs, je le comprends, vous ne pouvez vous contenter d'une solution si g;énérale ; vous voudriez savoir comment on peut faire de cette vérité une application particulière aux grands mystères du Christianisme ; et vous vous demandez peut-être, avec quelque sollicitude, si j'oserai bien mettre l'obscurité de nos mystères chrétiens face à face avec les clartés de la science moderne? Oui, Messieurs, je l'oserai ; et, sans être un élu de la science, je n'éprouve, je l'avoue, devant cette difficulté qu'un médiocre embarras. La vérité est si forte, que, même en passant par notre faiblesse, elle ne redoute pas le génie, fût-ce le génie armé de la science elle-même.

Tous nos mystères, quels qu'ils soient, peuvent subir cette double épreuve. Bien que la raison ne les découvre pas directement et par elle-même, ils se justifient sans peine devant toute l'inteHigence qui nie et devant toute raison qui objecte. C'est là ce que nous montrerons d'abord. Mais nous ne nous arrêterons pas

là : nous montrerons que nos mystères sont, pour le génie qui les admet, des principes illuminateurs. Ces mystères qui demeurent en eux-mêmes insondables et obscurs, sont la plus grande lumière des sciences : ils sont la plus droite ligne de leur marche, et la plus sûre garantie de leurs progrès.

Et pourquoi en est-il ainsi? pourquoi ces points obscurs du dogme sont-ils les vrais flambeaux de la science ? Le voici en deux mots qui abrègent toute cette prédication : c'est que nos mystères affirment les grandes lois, et posent les grands principes. La science est, avant tout détail, la connaissance des lois qui gouvernent les êtres et des principes qui engendrent les conclusions. Or, c'est le privilège scientifiquement très-remarquable des mystères, de révéler toutes les grandes lois et d'affirmer tous les grands principes. Quand la science, après de longs tâtonnements et d'immenses circuits, en vient à formuler ses lois générales, elle arrive à la formule que le Christianisme posait à priori dans l'obscurité de ses mystères; et cette rencontre inévitable de l'affirmation chrétienne et de la formule scienti-

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fique, dans les princi|ialcs sphères de la connaissance, est le fait le plus intéressant pour la scienceet le plus c;lorieux pour le Christianisme. Aussi, je suis heureux de vous dire avec un })ubliciste distingué de notre temps : « On ressaisira les dogmes chers à l'humanité ; et, en voyant comme ils s'accordent sans peine avec les résultats les plus avancés de la science, on s'étonnera d'avoir pu croire un instant (jue les uns et les autres fussent incompatibles (l).»

Ce que l'éminent publiciste n'a fait qu'af- (irmer, je vais essayer de le montrer dans tout son jour, en mettant devant les grandes lignes de la science les grandes faces de nos mystères. Ce que nous reconnaîtrons dans les principaux pourra se conclure facilement de tous. .le n'entreprends pas une exposition dogmatique qui touche à tous les mystères chrétiens ; je réfute l'objection scientifique qui s'oppose au progrès intellectuel par le Christianisme. Je commence par le plus grand et le premier mystère de notre symbole, le mystère de la

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création. Je prétends montrer que seul il éclaire la science du monde; et que sans lui ou contre lui, il n'y a pas d'explication scientifique des êtres qu'il renferme.

Oui, Messieurs^ le mystère de la création que le Christianisme pose au commencement de son symbole, est le seul flambeau qui illumine d'une vraie clarté la science du monde.

Lorsque l'homme jette sur tout ce qui l'environne, avec les yeux du corps qui découvrent les surfaces, le regard de cette intelligence qui cherche le fond des choses; quand il voit passer devant lui, comme un immense spectacle, la terre et le ciel, les soleils et les étoiles, la mer et les fleuves, les montagnes et les vallées, les arbres et les fleurs, les hommes et les choses, le monde enfin tout entier déroulant sous son regard ses phénomènes et ses décorations; le premier besoin qu'il éprouve comme être raisonnable, c'est de se rendre raison de ce qu'il voit : spectateur intelHgent, il

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veut s'ex|)liquer le spectacle dont il est le témoin et en partie l'acteur ; car sur ce théâtre qui se déroule, il a, lui aussi, son rôle, son action, sa raison d'être ; et s'il n'a reçu des lèvres d'une mère le mol delà p;randeénijj;me, le premier problème qui tourmi'utc sa pensée et lui demande une solution est celui-ci : Qu'est-ce que le monde? pourquoi le monde? d'où vient le monde? où va le monde? Ce monde existet-il et se meut-il par lui-même, sans autre cause et sans autre ressort que lui-même? ou bien, au delà, au-dessus, ou au centre de ce monde, y a-t-il un être distinct de lui-même et dont l'action nous explique, avec son existence, son mouvement, ses lois, sa substance? Et supposé que cet être coexiste avec le monde, comment concevoir avec leur coexistence leurs mutuels rapports? Il est évident qu'il n'y a pas devant la science de question plus radicale, plus nécessaire, plus inévitable. Scientifiquement et philosophiquement cette question est magistrale ; elle prime toutes les autres. Des savants ont beau dire et redire : nous constatons les faits sans rechercher les causes ; nous Usons dans le monde comme dans un

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livre, sans en chercher l'auteur, et sans nous demander même s'il a un auteur; nous regardons passer le fleuve des êtres sans remonter à la source : bon gré mal gré, l'esprit humain ramène la question primordiale ; ou plutôt, elle revient d'elle-même se poser devant lui, et ne lui laisse pas de repos qu'il n'ait trouvé la solution. Et aujourd'hui encore^ aujourd'hui surtout, au mouvement qui se fait dans les intelligences en dehors du Christianisme, il est visible que là est le grand problème qui tourmente notre époque. J'entends comme une voix profonde qui sort de tous les systèmes , de toutes les philosophies et de toutes les écoles créées par le rationalisme moderne; et cette voix crie devant le ciel et la terre : D'où vien i monde? qu'est-ce que le monde? comment subsiste le monde?

A cette voix inquièLe et troublée une seule doctrine répond sans hésiter. L'entcndez-vous, Messieurs, cette réponse de la catholicité ? Credo in DeumPatrem omnipotentem^ Crealorem cœli et terrœ !... In principio creavit Deus. Au commencement Dieu créa. Le monde n'était pas ; Dieu a voulu, il a dit : Que le monde

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soil ; et le monde a existé : Dixil cl fmiu sniil. En deux mots : le moule visible et invisible, le monde des corps et le monde des esprits, tiré du néant par la puissance infinie de Dieu créateur : voilà la solution chrétienne ; voilà sur les lèvres du pauvre et du riche, du peuple et des rois, du savant et de l'ignorant, de l'homme de lettres et de l'homme de peine, l'abrégé catholique et populaire de la science du monde : Au commencement Dieu créa : In principio creavit Deus.

Mais, vous me demandez tout d'abord , le sens que renferme le Christianisme sous ce mot aussi divinement illuminateur que divinement mystérieux , créer. Qu'est-ce que créer ? Dans son sens très-général, créer c'est produire. Mais toute production n'est pas une création. Dieu a, comme l'homme lui-même, deux manières de produire : produire au dedans, ou produire au dehors ; produire au dedans de sa propre substance, ou produire au dehors par l'acte de sa propre force. Le premier mode de produire constitue la génération; ainsi le Père engendre son Verbe : le second constitue la création proprement dite ; ainsi Dieu a créé le

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monde. Mais la création elle-même est double ; cari! y a deux manières de créer profondément distinctes, et aussi séparées l'une de l'autre que le fini l'est de l'infini. L'homme lui-même, dans un sens, est créateur; mais ces créations portent le signe du fini : elles ont une limite qu'elles ne peuvent dépasser; elles n'atteignent jamais ce qui distingue essentiellement les créations divines, créer l'être, la substance et la vie. Dieu en vous formant à son ima2;e, c'està-dire en vous donnant la gloire de l'intelligence et l'honneur de la liberté, vous a fait une vocation sublime ; il vous a associés comme l'image à son type, à sa puissance de créer, mais en laissant toujours entre ses créations et les vôtres la distance qui vous sépare naturellement de lui , un abîme infini.

Vous créez, Messieurs, de je ne sais combien de manières. Oui, mais avez-vous remarqué la limite de vos créations ?

Vous créez intellectuellement des systèmes , des opinions, des philosophies ; qu'est-ce à dire ? Vous coordonnez des idées par rapport à une idée ; vous en faites sortir un concert, et^ si je le puis dire, un monde idéal qui est

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l'œuvre de votre inlolligence. Mais celle création de voire fïénie n'est ni une substance ni une vie ; c'est une abstraction qui ne louche pas à l'existence.

Vous créez littérairement et artistiquement ; mais jusqu'où s'étend ici votre puissance de créer ? Vous combinez des mots, vous nuancez des couleurs, vous harmonisez des sons. Votre création, si pplendide qu'elle soit, ne va pas plus loin ; vous n'avez fait ni les mois que vous employez, ni les couleurs que vous nuancez, ni les sons que vous harmonisez, et beaucoup moins la matière des instruments que vous louchez.

Vous créez industriellement ; et c'est dans cette sphère que se déploie aujourd'hui avec le plus d'éclat votre puissance créatrice. Pourtant que faites-vous dans ce monde de l'industrie ? Vous modifiez et façonnez la matière. Vous engrenez le rouage dans le rouage ; vous ajustez le mécanisme au mécanisme ; vous adaptez le tout à un but unique, et faites mouvoir l'ensemble par un unique ressort^ avec une habileté et une puissance ignorée de nos pères. Mais au fond qu'avez-vouscréé ? Est-ce

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la matière qui se meut? est-ce le rouage qui tourne ? est-ce la vapeur qui donne à tout sa force et son mouvement? La vapeur? ah!

vous en êtes fiers, trop fiers peut-être ; et à la manière dont vous en parlez^ on serait tenté de croire que vous la fîtes sortir un jour d'un souffle de votre bouche. Mais, ô puissants thaumaturges, regardez vos miracles et sachez les comprendre. Un jour^ même sans y avoir songé, vous vous êtes aperçu que l'eau échauffée parle feu, dégageait une vapeur dont la force expansiv^e menaçait sous vos yeux de briser les murs de sa prison. Cette force, est-ce que vous l'avez créée? non, vous l'avez aperçue, remarquée, découverte. Vous avez constaté, mesuré, calculé sa puissance expansive et sa puissance motrice. Mais que lui avez- vous donné ? Rien ^ Messieurs, absolument rien. La vapeur n'est ni plus ni moins aujourd'hui qu'elle n'était il y a six mille ans : seulement il nous a fallu à peu près six mille ans, pour remarquer sa force et apprendre à nous en servir. Loin d'en être trop fiers, nous devrions bien plutôt nous en humilier !

Vous avez observé aussi les sentiers que suit

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