ROUTE ABANDONNEE
sol est délivré qu'en sa marche éphémère Le troupeau des humains a si longtemps pétri ; Lentement envahi d'ajoncs et de bruyère, Il se déroule au loin comme un ruban fleuri.
A travers champs et bois plantant ses lourdes bornes, Pour marquer les chemins réservés à ses pas, L'homme a stérilisé de longs espaces mornes Où semble avoir soufflé quelque vent de trépas.
ROUTE ABAXHOXXLE
Mais que vous fait à vous, plaine, forêt profonde, Ce voyageur hâtif, dont sont comptés les jours ? Vous savez effacer son empreinte inféconde : Ses arides sentiers refleurissent toujours.
O vous qui recouvrez, fleurs pensives et roses, La trace des aïeux laissée au sol changeant, Entre le dur granit n'étes-vous pas écloses Des beaux rêves perdus qu'on sème en voyageant ?
Dans cette solitude où, rêveur, je chemine, Jadis, sous les charriots, les cailloux gémissaient ; Sous ce même soleil, dont le ciel s'illumine, Cavaliers et piétons, comme un torrent, passaient.
Le torrent s'est tari, dans quels obscurs abîmes? Après avoir marché, joie ou tristesse au front, De l'aveugle Destin favoris et victimes Ont touché cette rive où tous aborderont.
Vous êtes arrivés, ô marcheurs d'un autre âge ! Ne pouvez-vous du moins vous retourner vers nous, Et, leur montrant le but, ranimer le courage Des pèlerins lassés, attardés loin de vous!