LE CHAPEAU CHINOIS
Quand vibraient, orchestre magique.
Ses sonnettes sous le ciel bleu, Dans le cortège magnifique Déroulé par la Fête-Dieu, Le soleil d'or, que réverbère Le casque des pompiers Fertois, Incendiait de sa lumière L'éblouissant chapeau chinois.
Enfants, il faisait notre envie ; Nous en rêvions ! l'avoir porté Nous semblait être dans la vie La suprême félicité.
La grosse caisse redondante Nous imposait fort par son poids, Mais notre convoitise ardente S'accrochait au chapeau chinois.
Nul, dans une marche joyeuse, Ne peut aussi gaiement donner La note argentine et rieuse Qu'il faisait si bien résonner.
Par le heurt d'une main légère, Les tintinnabulantes voix, Comme oiseaux fuyant la volière, S'envolaient du chapeau chinois!
LE CHAPKAU CHINOIS 127
Parmi des instruments sans nombre Dont on ne connaît plus le nom, Combien dans la même nuit sombre Verront s'abimer leur renom.
Tambours, que le général Farre Réduisit jadis aux abois Et vous, caisse de la fanfare, Pensez au vieux chapeau chinois.
Banni des fêtes populaires, Son sort est bien triste, en effet ; Il couche avec les circulaires Et les arrêtés du préfet.
De plus d'un ancien honorable Là sont les discours à l'empois, Dont le bruit fut moins agréable Que celui du chapeau chinois.
Qui donc ordonna sa ruine ?
Mystère ! mais à La Ferté, O bruyant enfant de la Chine, Bien longtemps tu fus regretté.
Sur nos paperasses flétries, Règlements, rapports, doctes lois, Sur toutes nos... chinoiseries Dors en paix, vieux chapeau chinois.