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Et pendant qu'oublieux Je l'heure ils vont chantant « Ta beauté passera, sachons cueillir l'instant... » Des catacombes monte une rumeur profonde,
Car sous les Dieux vaincus, qui vont bientôt périr, Germe un peuple nouveau, menaçant le vieux monde ; L'un dit : Vivons ! et l'autre : Il est doux de mourir.
Dite au Théâtre d'Argentan, le 20 octobre 1898, par M. Truffier de la Comédie-Française
i. arfois, de quel songe bizarre N'otre sommeil est agité !
Pour son extravagance rare, Celui-ci peut être cité.
L'autre nuit (6 folle chimère !) Ne me suis-je pas figuré Que j'étais... oui, que j'étais maire, Et même que j'étais curé.
Vit-on jamais telle fortune :
Maire et curé tout à la fois ?
Maire et curé de ma commune !
— Dieu la préserve d'un tel choix !
Dans ce double honneur éphémère, Le chef à demi-tonsuré, On me criait : Vive le Maire !
Et vive Monsieur le Curé !
Seule une âme ne peut suffire A ce fardeau qui m'accablait ; Il me sembla, dans mou délire, Que la mienne se dédoublait.
Deux âmes, peu sœurs d'ordinaire, Me faisant mouvoir à leur gré, Tantôt je parlais comme un maire, Tantôt aussi bien qu'un curé.
Ici, pour l'école laïque, Mon éloquence était de feu !
Là, comme prêtre et catholique, J'écrasais l'école sans Dieu.
MAIRE ET CURÉ Ij,
Existence, hélas ! bien amère !
Je reprenais d'un ton navré :
Est-il républicain, le maire !
Est-il clérical, le curé !
Je haranguais à la mairie La phalange des conseillers ; Contre la franc-maçonnerie Je sermonnais les marguiliiers.
Travaillé d'un esprit contraire, Tour à tour, d'un verbe acéré, Curé, je daubais sur moi maire, Et, moi maire, sur moi curé.
I! fallait rebâtir l'église,
Et l'hôtel de ville croulait ;
Deux monuments, quelle entrepiise !
Sur ce point, on me harcelait.
Ne t'émeus pas, bon populaire,
Car le succès est assuré :
Je vais t'imposer comme maire
Et te quêter comme curé.
Besogne d'ailleurs assez lourde; On veut faire grand pour briller, Mais quelle opposition sourde, Lorsque vient la carte à payer !
Le paroissien est rétractai re,
Et plus encor l'administré;
Tel se montre chien pour le maire
Qui n'est que rat pour le curé.
Las de cette lutte secrète, Et brisé par un long effort, Je soupirais vers la retraite Quand me survint un réconfort.
Deux lettres d'un style sommaire, Au pli diversement timbré, M'annonçaient la croix pour le maire La mozette pour le curé !
Tels honneurs font que l'on exulte.
Mais grande rumeur d'éclater :
Musiciens, pompiers en tumulte Accouraient me féliciter.
J'allais, d'un discours débonnaire, Payer leur zèle immodéré, Quand je m'éveillai... plus de maire, Envolé comme le curé !
Mon coeur, en cette conjoncture, D'aucun regret ne fut touché ; Je rends l'écharpe, ô Préfecture, Reprends ta mozette, Evêché. —
Pour garder la paix nécessaire, Il faut, dans son coin retiré, Etre ami du curé, du maire, Mais n'être maire ni curé (*).
(*) Variante :
Quoique un bon curé puisse faire, Il est plus gai (c'est avéré) D'être administré par le maire Qu'administré par le curé.