CONCLUSION
Lorsqu'il nous a confié la présentation de ces 100 chservations, notre maître le Professeur AÂIMEs a voulu particulièrement attirer l’attention sur la gravité du pronostic de la coxalgie. Car dans sa pratique déjà longue d’un Institut Marin, il a souvent eu à déplorer les reliquats mutilants de l’atteinte ostéo-articulaire, les répercussions de la localisation bacillaire pouvant amener la mort. Il a pensé que l’on n’était pas assez pénétré de la grande fréquence des cas sérieux et des formes aggravées.
En publiant ces brèves notes sur 100 malades, les uns traités dans le grand établissement marin de Palavas, les autres examinés à la consultation privée, longtemps
après une évolution de coxo-tuberculose, nous avons voulu attirer l’attention de nos confrères et du public sur le mépris avec lequel on traitait l’ostéo-arthrite bacillaire de la hanche, malgré la profondeur des lésions qu’elle détermine au niveau de l’articulation, l’incapacité fonctionnelle qu’elle entraîne et les répercutions qu’elle ne manque pas d’avoir dans trop de circonstances. Peut-on oublier que la coxalgie n’est pas autre chose que la coxo-tuberculose?
La simple lecture des observations nous révèle, la plupart du temps, des facteurs de gravité. Certes, nous avons observé de nombreux cas de guérison dans des conditions acceptables, cela après une durée minimum qui est. déjà un sérieux grief que l’on peut portercontre
la maladie. En majorité, ces cas sont ceux de coxalgiques rapidement dépistés et donc rapidement traités. Chez d’autres malades on a pu constater que le sorcier, le magnétiseur, le berger et la guérisseuse de village continuent à éveiller parfois chez le peuple plus de confiance que le médecin, parce qu’il exercent la médecine non pas comme une science mais comme magie noire interdite. Le fait de ne pas traiter selon les thérapeutiques normales semble marquer à leur yeux la négation de la gravité et de la lenteur d’une affection déce-
vante. Beaucoup de parents n’avouent pas, mais la proportion de coxalgiques traités par des guérisseurs et des médicastres est importante. C’est chez eux que l’on observe souvent les formes fistuleuses, nous avons pu nous en rendre compte en approfondissant certains interrogatoires.
La coxalgie n’avait pas besoin de cela pour manifester son génie destructeur. Nous nous sommes déjà défendu de faire une statistique. Pour fixer les idées nous ne pouvons pas ne pas citer les rapports de
FRrogzicx au Congrès de Chirurgie en 1931:
Sur 146 cas cités il y avait: 22 morts (15 % parmi ceux traités par lui; Nove-JossEranD, 17 %); (Viexarp 20 %), 10 cas guéris mais coxalgies fugaces;
72 ankyloses avec marche facile sans boiterie excessive;
19 avec boiterie forte;
12 ayant nécessité des ostéotomies, à cause d’une ankylose vicieuse en flexion-adduction:;
11 cas mauvais: marche avec cannes, douleurs fistules persistantes.
Nous n’avons pas additionné, mais le lecteur concluera sans peine, nos chiffres se rapprocheraient de cela. Nous voulons simplement qu'il se fasse une idée des fré-
Dei
quentes possibilités de gravité dans une maladie qui n’admet pas qu’on la méconnaisse trop longtemps et qu’on relâche la lutte contre elle.
C’est le soleil « et la mer favorable à tous les maux » (Euripide) qui viennent à bout des phénomènes destructifs lorsqu'on les associe à un traitement rationnel et persévérant.
La moindre faute fait bifurquer et aggrave le pronnstic. C’est, la plus grave, la non suspension de la marche par ignorance ou par négligencealors que le traitement de base réclame le décubitus dorsal et l’immobilisation, la tolérance des attitudes vicieuses pour ne pas vouloir supporter 6u faire endurer le supplice de l’extension continue où de l’appareil plâtré, le mauvais traitement des abeès, la reprise prématurée des fonctions.
Seuls, la station hélio-marine et l’établissement spécialisé peuvent préserver le malade d’une atteinte que l’on devrait voir évoluer typiquement la plupart ud temps.
11 en serait ainsi si le dépistage se faisait précocement. Le gros écueil est la longueur et la cherté d’un traitement efficace.
Pour conclure il nous faut donc revenir à la phrase de RicHarD que l’on ne saurait trop répéter:
& S1 les médecins étaient mieux renseignés, le public ne tarderait pas à l’être également. Les arthrites tuberculeuses seraient mieux soignées, chez le pauvre comme chez les riches. Les complications seraient plus tardives, moins fréquentes, et moins rares. »
Puisse ce modeste travail, recueil de nombreux cas pris au hasard, contribuer à cela.