RÉCAPITULATION
Dès la première séance,mademoiselle P., devenue somnambule, justifia par les faits l’espérance que son médecin avait conçue sur l’application du Magnétisme. Ses crises sont annoncées, son sommeil est meilleur, et la chaleur des pieds qui , depuis long-temps, se faisait difficilement sentir, reparaît d’une manière très sensible.
Les sommeils magnétiques suivans amènent un degré de lucidité qui vient confondre la médecine , et lui prouver la supériorité qu’on acquiert dans ce nouvel état. Les crises sont prédites «à jour et heure fixes ; leur durée et leur terminaison n’échappent point à la sagacité de la somnambule : dès ce moment, je devins le maître delà maladie etle régulateur de cette nouvelle merveille. Un geste de moi arrête à l’instant des convulsions qu’aucun médicament n’est capable d’affaiblir; ma voix porte le trouble ou le calme, l’état de veille ou l’état de sommeil, et je suis, pour cette malade et pour ses parens, un être incompréhensible, extraordinaire , si je puis m’exprimer ainsi.
L’espérance renaît chez tous ; la confiance au Magnétisme, justifiée par d’heureux résultats, vient
avec
rendre son application plus facile. On suit exactitude un régime sévère, mais nécessaire que s’ordonne la malade; elle rend raison du peu d’effet, ou plutôt des effets funestes des médicamens qu’on lui a administrés ; elle prédit sa guérison pour le mois de juin, c’esl-à-dire quatre mois d’avance, puisque nous n’étions alors qu’au mois de février. Je dois dire ici que l’époque de sa guérison, comme celui de ses crises, est arrivé à l’heure et au moment annoncés.
Revenons maintenant auxnouveaux phénomènes qu elle nous a présentés : différente de toutes les somnambules que j’ai connues ou dont j’ai lu l’histoire , elle ne se rappelait que très imparfaitement les choses qui l’avaient affectée dans l’état de veille. Le nom de ses parens,le sien même, sont oubliés. (Le contraire arrive chez les autres somnambules, leur mémoire est prodigieusementdéveloupée ).
Le rapport établi avec ses pareils ne les lui fait pas reconnaître, elle les voit, et les traite en conséquence de sa nouvelle manière d’être.
Les expressions lui manquent pour exprimer ses pensées ; elle y supplée par des comparaisons ; les chiffres ne se présentent pas à son esprit dans leur valeur.
Elle ne sait qui je suis, ce que je Lis ; elle me désigne par ce nom : une chose qui fait du bien ; elle sent mon approche ou mon éloignement; les choses qui l’entourent sont aperçues par elle, non comme elles sont, mais comme des masses noires. Moi, je
suis aussi une masse, mais une masse brillante.
La sensibilité est éteinte, elle a perdu la conscience de position de ses membres : sa tête est penchée sur sa poitrine, et celte attitude qui paraît devoir* la fatiguer beaucoup ne la gêne nullement.
Pour elle, dans cet état, plus de souffrances ; elle cherche à m’exprimer le bonheur qu’elle goûte dans cette manière d’être , ainsi que sa reconnaissance, pour le bien que je lui fais. Elle ne peut définir ce que je suis ;elle me croit un être descendu descieux pour la guérir.
Son corps présente tous les phénomènes de la catalepsie ; ses membres gardent la position qu’on leur donne; elle ne peut les mouvoir que quand je l’ordonne.
Dans cet état de sommeil profond, elle examine l’intérieur de son corps,dépeint l’altération qui existe dans son estomac, et indique l’époque où elle eût fini sa carrière , si mes soins n’eussent arrêté le mal affeuxqui la conduisait rapidement à cette terrible fin.
Je suis obligé ici, avant de continuer, de répéter que cette jeune personne ’ n’avait jamais lu , avant d’être magnétisée, un seul ouvrage ti'aitant du Magnétisme ; qu’elle ne s’était laissée magnétiser qu’avec répugnance, et que son caractère et celui de ses parens ne permettent pas de supposer la moindre tromperie. D’ailleurs on verra bientôt qu’il eût été impossible de simuler certains faits. Ces réflexions sont pour les personnes qui n’adoptent aucun des phénomènes que je viens de
t'apporter , et qui aiment mieux penser que les rôles sont tracés d’avance pour mieux tromper : esprits forts qui pensent tout connaître , tout expliquer, et dont on ne brigue pas les suffrages.
Je vais continuer à raconter ce dont j’ai été le témoin attentif ; bientôt la multiplicité des faits contraindra nos antagonistes à garder le silence sur des choses qu’ils n’ont pas vues et que pourtant ils contestent.
Je reprendrai donc l’historique des phénomènes que nous a présentés mademoiselle P., sans tenir compte du jour ni de l’heure où ils sont arrivés.
Son somnambulisme se développant encore, elle peut voir extérieurernent-sans le secours des yeux ; elle déchiffre des caractères imprimés très fins, en s’y prenant de cette manière : on lui applique ce qu’on veut qu’elle lise sur son estomac, et on a soin de le couvrir de la main ; alorsson estomac se gonfle, on le sent parfaitement exécuter des mouvemens; bientôt elle le frotte dans la direction du papier, et ne voyant pas d’abord tout ce qu’il contient, elle indique une lettre, puis une autre, continuant, elle les dit toutes; on s’aperçoit seulement qu’elle a dit les mots renversés et qu’ils n’ont aucun sens; mais que le nombre de lettres et leur valeur sont justes. Elle dit sentir, au moment de cette opération, une boule dans son estomac, qui la fatigue beaucoup. Elle demande la signification des lettres qu’elle a épelées. Nous lui demandons, à notre tour, comment elle a pu les voir; mais elle ne sait point nous
répondre ; ce n’est pour elle ni voir ni sentir, mais quelque chose entre ces deux états.
Bientôt elle lit avec plus de facilité , mais toujours en commençant par la fin des mots, n’importe dans quelle direction on les lui présente. — Ne voulant pas être dupes d’une illusion, nous prenons les précautions jugées nécessaires en pareilles circonstances. Des mots extraits de phrases qui n’ont pas été lues par nous , sont appliqués à l’endroit de sa vision et sans que la main ait cessé d’être étendue à plat dessus; mais, précaution inutile! elle nous surprend bientôt par la justesse de son sens interne.
Une lettre arrivée par la poste, et dont personne ne connaît le contenu, lui est remise ; elle la porte elle-même à son épigastre, lit la signature et donne un extrait de ce qu’elle contient, et qui se trouve parfaitement juste.
Une tabatière lui est remise ; elle dit qu’elle contient un petit papier; on répond que non, et qu’elle se trompe. C’était de bonne foi ; car, comme on yenait d’acheter cette tabatière, personne ne s’était aperçu que la marque du marchand y était restée; mais, continuant son opération, elle dit qu’elle voit quelque chose écrit dessus ; elle trace avec ses doigts un 2 et un 5. On ouvre la boîte; effectivement un petit papier s’y trouvait, sur lequel 011 lut les chiffres 2 et 3.
Je n’ajouterai pas de nouvelles preuves à®celles que je viens d’exposer; elles ne pourraient être
plus concluantes pelles feront quelque impression sur certains individus ; car on ne raconte pas de semblables faits, sans les avoir bien vus et bien constatés, non une fois, mais dix, mais vingt, et s’être bien assurés que le hasard n’y joue aucun rôle.
Mais comment se fait - il que , lorsque vous voulez reproduire ce phénomène, et vous en servir de moyen de conviction pour ceux appelés à constater la faculté somnambulique, et qui y sont entièrement étrangers , pourquoi, dis-je , ne pouvezvous l’obtenir, et manquez-vous toujours le but que vous vous étiez proposé? C’est ce qui est arrivé dans cette circonstance c plusieurs personnes, frappées de ce que la malade voyait sans le secours des yeux, s’empressèrent d’en parler. Tout le monde demanda à voir, car, quand on entend raconter de semblables choses , on doit, comme saint Thomas, vouloir toucher. Les savans ne demandèrent pas autre chose que la vue de ce phénomène, pour être convaincus et pour publier la vérité. Jusque là, tout allait au mieux , et un élève de l’Ecole Polytechnique, qui avait été témoiri du phénomène, me félicitait sur le bonheur que j’allais éprouver de pouvoir convaincre un corps savant. Je le détrompai sur cette possibilité, et je lui dis que je consentais à faire cette expérience , mais que je doutais du résultat. Pour lui, plein de confiance , il alla chercher MM. Arago , Gay-Lussac, ses anciens patrons, qui s’empressèrent de venir, appor-
tant avec eux des paquets cachetc's, renfermant des caractères tracés de leurs mains dans un cabinet dont les portes étaient bien fermées , car ils pensaient que, dans une pareille circonstance, on ne pouvait s’entourer de trop de précautions.
La somnambule endormie prit les paquets , mais bientôt elle fut prise de mouvemens convulsifs; elle voulut cependant commencer la lecture ; elle prétendit voir des lettres, et en commença l’énonciation; mais, à notre confusion, pas une ne s’y trouvait renfermée. Ces messieurs triomphaient, le sourire étaient sur leurs lèvres ; ils nous plaignaient sans doute de donner dans de pareilles erreurs. Mais nous, convaincus de la vérité de ce que nous avions avancé et reconnu comme vrai, et pensant bien qu’elle ne manquerait pas de se reproduire, nous soutenions avec courage la peine que nous éprouvions. Nous nous rappelâmes l’histoire des premiers individus qui virent tomber des aérolithes, et qui ne trouvèrent que des incrédules, jusqu’à ce qu’enfm le temps, qui donne toujours de la force aux vérités, soit venu démontrer qu’ils avaient raison. Nous prîmes le seul parti qui nous restait, celui de ne pas chercher à nous justifier, et à expliquer pourquoi cette expérience avait ainsi manqué. Depuis cette époque , nous avons observé plusieurs fois ce phénomène ; mais nous nous sommes abstenus de faire intervenir d’autres témoins pour le constater.
J’espère bientôt expliquer pourquoi, toutes les fois que vous cherchez à prouver la lucidité des
somnambules dans toutes choses qui ne les concernent pas directement, vous échouez complètement ; pourquoi des phénomènes que vous avez observés dans le silence et le recueillement, ne se reproduisent pas quand vous voulez les montrer au grand jour. Je crois que MM. Rostan et Georget eussent été bien embarrassés si quelques mécréans, leur contestant le fait de la vision de leur somnambule qui voyait par la nuque, eussent demandé à voir. Plus prudens que nous,sans doute ils s’y seraient refusés, et ils eussent eu raison, car il leur serait arrivé ce qui nous arriva : l’expérience, je n’en doute pas, eût manqué. — Je me rappelle pourtant qu’une fois j’ai réussi, devant des savans , à faire lire un somnambule, ayant un bandeau appliqué sur les yeux; mais ils aimèrent mieux croire que j’avais fait un joli tour ( c’est leur expression), que de penser que la vision pouvait se déplacer et exister momentanément dans d’autres organes.
C’est en vain que l’on prétend, pour la régularité , assimiler les phénomènes que l’on observe sur la nature vivante aux phénomènes que l’on fait naître ailleurs, on n’y réussira jamais. J’explique ma pensée; j’entends seulement les grands phénomènes du somnambulisme ; car, pour certains phénomènes physiques, j’espère bientôt démontrer qu’il sera possible un jour de les produire à volonté. — Je n’en persisterai pas moins à chercher à les faire constater par des savans,espérant que le moment arrivera
où ma persévérance sera couronnée du succès. Continuons notre récit.
La somnambule, fatiguée des essais que j’avais faits sur elle pour prouver sa vision, s’en ressentit : de fâcheux symptômes se déclarèrent 5 mais je les vis cesser bientôt, et le mieux dans son état, qui était déjà très bon , augmenta de jour en jour. Elle fut plusieurs fois touchée jusqu’aux larmes de ce qu’elle n’avait pu lire ; mais je la consolai en lui disant que c’était ma faute , ce qui est peut-être vrai. Car j ai souvent pensé à une métaphore d’un de mes somnambules qui comparait sa lucidité à une lampe que la nature allumait, et qui n’était entretenue que par le principe que je versais en lui. On sent que , s’il en était ainsi, il devrait arriver que , dans tout état de trouble,la lampe devrait s’en ressentir , être altérée et meme s’éteindre. Ici elle se ralluma bientôt, mais non a la meme place. Je cherchais vainement, dans des moraens de repos, en posant des objets sur son estomac, à les lui faire voir; elle essaya plusieurs fois en exécutant les mêmes mouvemens, mais ne vit plus. Elle s’aperçut bientôt que sa tête était devenue très sensible dans un point, près d’une des bosses pariétales; elle y porta la main, et nous assura qu’elle voyait par cet endroit. En effet, elle reconnut et désigna les objets qu’on présentait à cette partie de la tête, et lut bientôt des caractères imprimés ou écrits à la main. Semblable en cela à une autre de mes somnambules (mademoiselle Sam-
son), qui avait découvert cette laculté en elle, et qui, poux’ l’exercer, se servait d’un singulier moyen ; elle fi'appait sur cette même pai’tie avec un coi’ps très dur ( un gros clou ), et quand la sensibilité, ou auti’e chose que je ne sais exprimer, y était arrivée, elle y voyait parfaitement, même dans l’obscurité la plus profonde, tout ce qu’on lui présentait.
Mademoiselle P., pour voir ses amis ou les malades que je lui amenais, leur tournait le dos et faisait ainsi leur portrait ; s’ils avaient quelque chose de choquant dans les traits, elle savait très bien le remarquer et même le dù’e; mais, ce qui valait bien mieux pour nous, elle ti'Ouvait leur maladie, donnait de bons conseils, et le faisait avec tant de gi'ace que chacun en était chai'mé.
Parvenu au 20 février, je ne la magnétisai plus tous les jours ; elle fixait elle-même lesmomens, et il fallait de ma part beaucoup d’exactitude , car quelques minutes plus tôt ou plus tai’d lui faisaient mal et dérangeaient ses crises. — Je vais exposer quelques exemples de ces faits, pour que les magnétiseurs qui n’écoutent pas la nature , et qui magnétisent sans précaution, jugent qu’il est des cas où il faut beaucoup de prudence et d’attention. Toutes les fois qu’elle annonçait une ci’ise , elle en fixait la dui'ée, et me disait l’heure à laquelle je devais seulement la faire cesser. Deux fois ému par ses souffrances, ses ciis et les convulsions qui l’agitaient , j’ai voulu interrompre son état douloureux,
sans attendre l’heure fixées ; j’y suis parvenu à l’instant ; mais cju est-il arrivé ï* C’est qu’un état de malaise, qui n était point sa maladie proprement dite, succédait à son sommeil, et durait jusqu’au lendemain; tandis que, magnétisée au moment par elle indiqué, elle était parfaitement ensuite, et lien ne venait déranger son état de bien-être. Une autre fois, retenu par des allié res, je ne pus .arriver que dix minutes après l’heure fixée ; elle était dans un état affreux, jetantdes cris aigus, écumant, la face gonflée et dans une exaspération de symptômes qui faisaient craindre pour sa vie. Je la calmai bientôt, et je vis quelle ne m’accusait pas de cet excès de mal, parce qu’il lui semblait qu’elle me devait beaucoup trop pour se plaindre; mais il eût été barbare à moi de ne pas y mettre tous les soins possibles.
Elle s endormait souvent seule dans l’intervalle de ses crises; elle faisait alors éloigner tout le monde ; elle me demandait et se plaignait de ne pas être assez endormie. Elle avait une réminiscence de ce qui se passait dans son somnambulisme complet; elle n’éprouvait point de mal de ce nouvel état,si ce n’est de la faiblesse. Elle ne conservait aucun souvenir de ce qui s’y était passé; se réveillant, elle croyait seulement qu’elle s’était assoupie.
Nous avons remarqué que, toutes les fois qu’endormie elle cherchait soit pour elle, soit pour d’autres, un remède ou un objet quelconque, elle se prenait
la racine du nez, la frottait au point de la rendre rou"e, et ne cessait cet exercice que lorsqu’elle avait
trouvé ce qu’elle désirait.
Il semblerait que la substance cérébrale correspondant à cette partie,était devenue pour un instant le siège de l’intelligence de cette somnambule; ce qui semblerait le prouver, c’est qu’elle ne répondait jamais sans avoir préalablement interroge cette partie.
Plusieurs somnambules se livrent aux memes mouvemens, en portant souvent les mains à la racine du nez , aux arcades sourcillières. Cela pourrait faire croire aux individus qui ne seraient pas convaincus de leur changement d’état, qu’elles n’executent ces mouvemens que pour pouvoir, à leur aide, ouvrir les paupières et voir ce qui se passe auprès d’elles, car quelquefois leurs yeux sont entièrement masqués par la position de leurs mains. Elles auraient un bandeau sur cette partie , qu’elles ne changeraient pas leur coutume,car elle paraît favoriser leur lucidité.
Il n’est pas toujours facile d’éveiller notre jeune malade; je suis forcé quelquefois de sortir de la pièce où elle est endormie et de passer dans une chambre voisine; alors les portes étant bien fermées, je parviens facilement à la faire sortir de cet état; mais, avant que son réveil soit complet, elle tombe un instant dans un état qui paraît être du sommeil naturel; elle respire longuement,exécute quelques mouvemens automatiques ; le globe de l’œil se meut
dans son orbite, et le moindre bruit que je fais alors la reveille instantanément elle reste sans aucun souvenir de tout ce qui s’est fait et dit pendant une scéance souvent fort longue.
Le récit que je viens de faire doit être, pour les gens qui ne croient point au magnétisme , un long rêve, tant ce que j’ai raconté est au - dessus des connaissances vulgaires; mais , comme les faits magnétiques se reproduisent maintenant partout , et qu’il est impossible d’en arrêter la propagation, la science va s’enrichir de nouvelles connaissances et dater son règne de cette époque. Le temps est enfin arrivé, où, malgré les brigues, les cabales et les sociétés savantes, il se sera fait jour, comme toutes les vérités qui, une fois reconnues , ne peuvent jamais périr : 1 e temps ne peut ni les détruire, ni les affaiblir, >é‘J
Dernière séance du somnambulisme de mademoiselle et terminaison de sa maladie.
Enfin, nous sommes au 12 juin , jour où nous devons voir la dernière des crises de notre somnambule. Tout le monde est dans l’attente de l’évènement ; chacun pense que la crise aura lieu , car la malade ne s’est jamais trompée une seule fois dans ses prédictions ; mais on doute que ce soit le der~
nier jour de ses souffrances;on ne peut croire qu’une maladie affreuse se termine par des accidens. La mère de cette intéressante malade m’interroge des yeux, pour savoir ce que je pense du résultat, et ce qu’elle doit espérer : heureux de la tranquilliser, non par de vaines promesses , mais par une assurance fondée sur des faits semblables, je l'exhorte à supporter avec résignation les souffrances de sa fille. Certes, il m’en coûtait beaucoup pour en etre le muet témoin et trouver, pendant une heure, assez de courage pour ne pas abréger des douleurs auxquelles il m’eût été facile de mettre un terme. Je n’avais qu’un mot à dire pour les faire cesser à l’instant ; mais je devais suivre entièrement ses avis. Je m’y conformai donc pour éviter de voir reproduire de nouveaux accidens.
A huit heures du soir, la malade, qui a fait tout le jour beaucoup d’exercice , se trouve prise de maux d’estomac ; bientôt sa tête s’ébranle , ses genoux fléchissent ; on la met dans une bergère , elle y est assez tranquille ; mais bientôt des mouvemens convulsifs des bras, seulement, puis de tout le tronc, annoncent que sa crise a commencé ; on entend un hoquet qui devient fatigant tant pour les spectateurs que pour la malade; sa figure se décompose, ses yeux se contournent, sa poitrine se gonfle, elle respire à peine,s’arque en arrière, elle revient graduellement à un état de repos; elle frotte ses yeux qui sont fatigués ; elle se plaint d’être courbaturée, et, tout en parlant, elle fait des grimaces ; tous les
muscles de sa face sont en contraction , et sa tête tourne, comme sur un pivot, avec une rapidité incroyable. Elle pousse des cris aigus , de longs soupirs ; elle s’agite sur son siège ; ses longs cheveux sont en désordre ; sa gorge est serrée; elle fait parfois entendre un sifflement qui indique l’état d’angoisses où elle se trouve. Sa mère , qui ne l’a pas quittée, la presse contre son cœur; mais, malgré tous ses soins, les souffrances de sa fille continuent. Enfin, l’heure approche; tout le monde a les yeux sur la pendule, et voudrait hâter l’heureux moment qui doit amener la fin de ce spectacle. Je me lève , j’étends la main et la dirige vers la région de son estomac. Au même instant, les douleurs s’arrêtent. La jeune personne me presse les mains, me rend de vives actions de grâces, assure qu’elle n’aura plus de crises, et que sa maladie est terminée.
Ses traits, au milieu d’une satisfaction générale, reprennent leur expression naturelle, et il ne lui reste qu’une légère fatigue qu’il m’est impossible de faire disparaître entièrement.
Je dois ajouter encore que, depuis cette époque jusqu’à ce moment, sa santé ne s’est pas démentie d’un seul instant.
CLINIQUE MAGNÉTIQUE DE M, DüPOTBT.
Traitement d'une Fièvre ataxique ou maligne.
Le jeune Millan, de Clichy-la-Garenne, près Paris, âgé de dix-huit ans, d’un tempérament nerveux , sanguin, ressentit, étant au collège, divers malaises qu’on ne sut d’abord à quoi attribuer. On le mita la diète, on lui fit prendre des bains,mais sans aucun succès. Sa maladie augmentant, on le transporta chez ses parens. Le médecin de la pension , continuant de le voir, ordonna une application de sangsues sur le ventre, prescrivit la continuation des bains et de la diète ; mais, malgré ce traitement, le jeune Millan éprouva un désordre de fonctions que le médecin n’avait point prévu. Ses yeux devinrent vifs, secs, étincelans; son pouls était alternativement petit, fort, irrégulier ou régulier; la peau sèche, la sécrétion des urines rare et pénible, la salive rare , la bouche aride , la langue couverte d’une couche noirâtre à son centre ; le soir exacerbation des symptômes, délire une partie de lanuiL
Des sinapismes furent ordonnés et appliqués aux pieds. On lui fit prendre de la limonade et d’autres tisanes. Il resta dans cet état plusieurs jours, et les divers symptômes ne firent qu’augmenter. La mère de ce jeune homme, ne voyant pas cesser la maladie comme le médecin l’annonçait, et s’apercevant, au contraire, que les forces de son fils diminuaient à chaque instant, tandis que le délire augmentait, jugea prudent de venir me consulter. Sa confiauce au Magnétisme était grande : je l’ai guérie , il a quelques années, d’un rhumatisme goutteux qui avait résisté aux traitemens indiqués par plusieurs médecins; elle crut que je pourrais rendre la santé à son fils, dont l’état commençait à l’inquiéter beaucoup. Comme je la vis déterminée à faire tout ce qui serait ordonné , je fus chez elle avec une somnambule que j’avais alors à ma disposition. Avant d’endormir ma somnambule, j’examinai attentivement le malade,et je le trouvai, comme je l’ai dit plus haut, dans un état d’abattement et de prostration qui ne lui permettait pas d’exécuter aucun mouvement. Son ventre était douloureux dans la région de l’hypogastre , la face très rouge, et éprouvant de violens maux de tête. J’approchai de lui la somnambule , qui reconnut la maladie et qui ordonna le traitement que je vais indiquer pour être exécuté de suite :
25 sangsues sur le ventre, à l’endroit douloureux ;
Deux vésicatoires aux cuisses ;
Sinapismes aux pieds ;
De la glace sur la tête (constamment) ;
Supprimer entièrement la limonade et les antispasmodiques qu’on lui faisait prendre , et les remplacer par une tisane adoucissante;
Magnétiser le malade le plus que l’on pourra.
Je trouvai le traitement bien indiqué, mais effrayant pour les personnes qui entouraient l’enfant, et qui n’avaient nulle idée de médecine. J’interrogeai de nouveau la somnambule, qui ne voulut faire aucun changement dans ses prescriptions, et qui assurait que si l’on ne suivait pas rigoureusement ce qu’elle avait indiqué , dans deux jours il ne serait plus temps de le faire. Je demandai à la mère du malade quelles étaient ses intentions ; sa réponse fut que , malgré l’opposition des personnes de sa famille, elle était disposée à faire tout ce qui avait été indiqué. Pour me le prouver, elle envoya sur-lechamp chercher ce qui était nécessaire pour exécuter les prescriptions. Elle se chargea de magnétiser constamment son fils , et de ne pas le quitter d’un instant, afin de mieux surveiller le traitement. Quand je m’éloignai, j’étais peu rassuré, car je sais combien on hésite à faire suivre aux êtres qui nous sont chers un traitement rigoureux , et surtout quand ce traitement n’est pas avoué généralement. Rentré chez moi, j’interrogeai la somnambule; elle m’assura qu’il n’y avait pas un moment à perdre, que le malade était au plus mal ; que la congestion cérébrale déterminée par le transport du sang et des phénomènes nerveux ôterait bientôt toute ressource
de la faire cesser, et que l’inflammation qui existait dans les intestins , quoique peu sentie par le malade, était extrêmement grave, et demandait également un prompt secours. Elle se plaignit beaucoup du temps que l’on avait perdu , et assura cependant qu’elle croyait que le malade serait bien au bout de quelques jours.
Le lendemain de cette consultation, on vint m’apprendre que le traitement avait été suivi, que le malade était déjà mieux , qu’il sentait parfaitement les vésicatoires ainsi que les sinapismes, et qu’il commençait à parler un peu plus librement. Je fus le voir, je le trouvai effectivement bien; le délire avait été moins fort pendant la nuit, sa langue était moins noire; mais il éprouvait la même peine à se mouvoir ; sa figure était toujours rouge , malgré qu’on n’eût pas interrompu l’application de la glace sur la tête, et que les sinapismes eussent été renouvelés aux pieds.
J’engageai lanière à continuer de le magnétiser; elle me dit l’avoir fait une partie de la nuit, et s’être aperçue du bien que le malade avait ressenti; que la nuit avait été meilleure, et que son espoir était grand.
Le surlendemain j’y ramenai la somnambule , qui ordonna des bains, malgré la grande faiblesse ; elle fit entretenir la glace sur la tête et les sinapismes aux pieds. Elle exigea que l’on pansât les vésicatoires de manière à les faire suppurer le plus possible , et assura que le malade était sauvé, mais
qu’il ne fallait pas», de huit jours , discontinuer le traitement, et ne rien donner qui pût nourrir le malade, pas même du bouillon coupé, et navoii aucun égard à la faiblesse.
Au bout de ce temps, nos soins furent couronnes du succès ; la somnambule permit du lait coupe , de légers bouillons de poulet, indiqua un purgatif à prendre au bout de quelques jours par petites doses.
Le malade alla de mieux en mieux , sa convalescence fut de peu de durée (le contraire a lieu , quand ces maladies sont traitées par la médecine ordinaire); enfin, il vint, au bout de sept semaines, nous remercier des soins que nous lui avions prodigués. A cette époque, les vésicatoires des cuisses avaient été supprimés; mais la somnambule en avait fait établir un au bras, en engageant le malade à le conserver six semaines au moins, et à vivre de régime encore trois mois.
Depuis cette époque, sa guérison s’est consolidée ; il a beaucoup grandi, sans ressentir les malaises que fait éprouver une crue subite.
Forcé de m’absenter pour quelque temps de Paris, je fus contraint, pour ne pas suspendre le traitement commencé sur plusieurs personnes qui éprouvaient déjà d’heureux effets du magnétisme, de les faire
magnétiser par d’autres magnétiseurs. Après avoir pris toutes les précautions que je jugeai nécessaires en pareil cas, je mis ceux qui me suppléèrent en rapport avec mes malades, qui n’étaient pas, je dois le dire, très contens de ce changement. Cependant je n eus qu’à me louer de mes précautions, et si la somme du bien ne fut pas si grande, il n’en résulta aucun mal, et mon éloignement n’apporta pas de changement notoire. Parmi les divers phénomènes qui résultèrent de ce changement, je dois citer ceux - ci.
Les personnes qui me succédèrent ne furent jamais bien entendues des malades somnambules qui ne cessaient de me demander. Vous me faites du bien, disaient-elles à leur magnétiseur ; mais ce n’est plus cela : il vous manque quelque chose que Vautre possédé ; jy vois moins bien avec vous ; je ne pourrais pas donner de consultations , etc.
Une de ces somnambules, magnétisée par son mari, ne le reconnaît pas en cette qualité; elle le traite avec rigueur et s’exprime avec dureté. Elle se plaint que cet autre ( le mari)ne sait pas bien magnétiser, lui fait moins de bien que celui qui l’avait précédé. Elle trouve un très grand changement dans la manière d’agir des deux actions.
Une jeune personne , magnétisée par sa mère, est egalement endormie; mais le sommeil n’est pas complet. Cependant la mère est entendue sans être reconnue. La somnambule l’appelle la petite dame , lui demande qui elle est, d’où elle vient, et lui dit
qu’elle éprouve du bien de son action, mais pas autant que quand je la “«S 0 ® 1 '*!*tremblement
sont moins bien calmees, u lt e it
qui n’existait point lorsque t'opérais,et son
naturel est moins parfait. ,
Je pourrais multiplier les exemples car tous mes malades ont offert des cliangemens frappans dans
leur manière d’être. , . v
lies! donc prouvé que l’action magnétique, drigée par deux individus sur le même su,et offre dans sa marche des différences qui peuvent etre
saisies et appréciées. A quoi tiennent çes différence^
C’est ce que nous nous proposons d examine, dans les procédés magnétiques que nous donnerons mces-
samment.