CINQUIÈME STROPHE
1. — 1) 2° plur. imp. Qal de PA pousser, frapper. Généralement construit avec 2 pousser ou frapper par exemple dans une trompette, c’est-à-dire sonner de la trompette, produisant du bruit par coups isolés sans aucune espèce d'harmonie. On trouve aussi, surtout chez les poëtes, ce verbe construit sans préposition, comme ici V2Ÿ érompette. La racine V2Ÿ ne se trouve qu’une seule fois en hébreu, Ps. XVI, 6 suivie de ?Ÿ avec le sens de plaire, étre agréable. Dans l’araméen de Daniel, EŸ a le même sens avec Sy Dan. IV, 24 et avec 07 devant, coram, Dan. III, 32 texte (IV, 1 français), VI, 2 texte (v. 1 français). La racine arabe Schaphara donne le sens primitif de ce verbe, sens qui se rencontre aussi dans l’hébreu 20 graver, gratter, polir. 20 est donc quelque chose de poli, de brillant, comme l'était l'instrument de métal nommé ainsi." Le son de la 2 est comparé à celui d’un roulement de tonnerre. Ex. XIX, 16, 19. — Le jeu de cet instrument métallique est désigné par le verbe D, Hiph. PS faire du bruit, qui fait parallèle à PA; on a ainsi la cause et l'effet. En soufilant dans la trompette on produit un AA, Nomb. X, 5. 6, un bruit éclatant. Il ne peut être ici question de jeter des cris conjointement avec le bruit de la trompette, celle-ci seule doit se faire entendre avec grand bruit, un
1 Sur l'usage de la ft, voy. Relandus Ant. p. 472-75 ; Credner, p. 168.
— Sur l’histoire de la trompette, voir Magasin pittoresque, 1852, p. 34, 80, 136, 167, 300.
bruit d'alarme qui mette tout le monde en mouvement, car il ne s’agit pas seulement de réveiller en lui l’effroi à l’occasion du danger qui le menace par l’approche du jour de l'Éternel, mais aussi de le convoquer en assemblée solennelle pour un acte religieux en commun à Jérusalem, comme cela paraît d’après Le v. 15. — En Sion,c’est-à-dire sur la montagne de ce nom, non seulement parce qu'elle était la plus élevée des environs de Jérusalem, mais aussi parce que c’est là qu'est l’habitation de l'Éternel, le Temple où, dans la circonstance actuelle, l’assemblée que l’on convoque doit se réunir; c’est la sainte montagne de l'Éternel. — Montagne de ma sainteté. Ici, le prophète se fait l'interprète de l'Éternel et transmet ses ordres au peuple. — *13% 3° plur. fut. Qal de T1 étre agité, troublé, trembler. Ici, le futur est un jussif: il faut qu'ils tremblent, ils doivent trembler, à l'approche de l’immense danger quiles menace et dont ils sont présentement avertis. — N2 litt. esf venu. Dans” l'esprit du prophète, la chose est déjà réalisée, tellement elle est certaine. — Le second ?3 n’est qu’une affirmation de ce qui est énoncé dans la proposition précédente et doit se rendre par owi. — Sur le jour de l'Éternel, voir I, 15.
2. — Signes auxquels on doit reconnaître ce jour de l'Éternel. Dans le style biblique, l’idée de ténèbres rappelant généralement celle de malheur, cette idée est 1c1 ‘exprimée par une série de mots choisis entre tous ceux qui désignent le plus fortement l’idée d’obscurité. — JUN a le sens général de fénèbres, obscurité ; de la rac. T0" être obscur, Hiph. obscurcir. — F?EN obscurilé,
brouillard épais. La racine n’est pas usitée en hébreu. L’arabe afala s’entourer de quelque chose, se voiler, désigne le coucher du soleil, et l'obscurité qui s’en suit. Quand ces deux mots sont ensemble, c’est toujours dans l’ordre qu'ils ont ici, le second ayant un sens augmentatif. — Ji} litt. nuage, nuée. Rac. 739 inus. au Qal; au Piel. : rassembler les nuages, Gen. IX, 14. Pour avoir le sens de cette racine, on peut la rapprocher des verbes héb. 122 et [34 couvrir, sens qui explique celui de ce nom. — ?2°ÿ, mot poétique quadrilittère: «l’obscurité des nuages. Le © qui se trouve joint à la racine ne s’explique pas très bien. Gesenius (Thesaurus) dit qu’il y a dans la composition de ce mot une double racine: 1° 1} dégoutter, tomber en goutte (de là Es. V, 30) 22) du sing. A1) ou 2”) écoulement, goutte à goutte, poétique pour nuage et 2° SDN être obscur. L’R aurait alors disparu, comme le Y dans le mot n?DD chauve-souris, És. II, 20, composé de D) nom qui, en arabe, signifie étre obscur et de AY, volant (de la rac. FAÿ voler). — V1W2 La ponctuation massorétique mettant l’athnach sous 21, rattache cette seconde partie du verset à la première, à laquelle elle fait parallèle. Il s’agit maintenant de comprendre ce que veut dire le poëte. Pour cela, il faut savoir si ce mot VŸ, traduit habituellement par auwrore, peut aussi signifier {énèbres. En effet, il faudrait ce dernier sens pour faire parallèle au premier membre de la phrase. Si Wnÿ ne peut signifier que l'aurore, 1l faut de toute nécessité rattacher cette deuxième partie à ce qui suit et non à ce qui précède. En effet, au cas contraire, on aurait: wn jour de ténèbres, comme l'aurore; ce qui n’est pas possible. Pour
faire aller ensemble les deux membres du verset, on donne à ‘& le sens d'obscurilé ; comme nom, ce sens ne se trouve pas ailleurs qu'ici, mais la racine verbale WŸ se présente une fois dans Job XXX, 30 incontestablement : ma peau est noircie. On trouve aussi ce sens dans plusieurs dialectes sémitiques. Les Arabes appellent le moment qui précède le lever du soleil, c’est-à-dire celui où l'obscurité domine encore, Sahara, tempus paulo ante auroram. Ainsi Gen. XIX, 15 127) VE TS ef comme l'aurore se levait, c’est-à dire à l’aube du jour, au moment où dominent encore les ténèbres qui toutefois vont disparaître, le soleil étant sur le point de se lever. Ce n’est pas encore le point du jour; pour cette dernière idée, les Hébreux se servent du mot p2, de la racine P 2 fendre, séparer parce qu’à ce moment il existe une séparation marquée entre les ténèbres et la lumière, qui précédemment étaient confondues, état physique exprimé par le mot 2) soir, litt. mélange (rac. 2) miscuit). Mais, d’un côté, VIŸ n’a jamais le sens d’obscurité dans l'Ancien Testament et, de l’autre, comment dire que les ténèbres se répandent sur le sommet des montagnes ? Ce sont précisément les sommets qui sont le plus longtemps éclairés. Hitzig d’après les rapports de certains voyageurs, croit qu'il s’agit 1c1 de cette clarté qui se répand dans l’atmosphère au moment d’un passage de sauterelles, phénomène occasionné par le reflet des rayons du soleil sur les aïles des sauterelles (Credner p. 274). Il pense que Joël fait allusion à ce phénomène; cela ne se peut pas, car il n’est pas question d’un phénomêne dans l'atmosphère, mais de quelque chose qui s'étend sur les montagnes; ce sont probablement les
montagnes qui entourent Jérusalem que Joël a en vue. C’est pourquoi il faut, dans l'intérêt du parallélisme, accepter ici l’idée d’obscurité contenue dans la racine verbale et traduire comme nous l'avons fait et en se souvenant quil s’agit de cette obscurité qu'offrent les montagnes au moment ou l’aurore apparaît! — 21 Eÿ, voici la cause de cet état de choses, c’est que s’avance un peuple nombreux et puissant dont l’apparition obscurcira la clarté du soleil et produira ce jour de ténébres, symbole de malheurs, faisant pressentir l’approche du fr 0ÿ, du jour de la manifestation du jugement de l'Éternel contre ses adversaires. Par le nombre et par la force ou la puissance, ce peuple est incomparable. La description en à été donnée I, 6. — ‘22, avec suffixe léger Ÿ23 comme. — M3 Hiph. de MA être. — D>iy , r'ac. 199 cacher, voiler. Le nom rappelle donc quelque chose de caché. Appliqué au temps, il désigne soit le passé, soit l’avenir, même l’éternité, mais toujours avec l’idée de l'inconnu. PIX après lui. Devant les suffixes, la préposition VIN se met toujours au pluriel (de même que les prépositions 220 autour, et MA sous). Jusqu’aux années de génération et de génération — dans la suite des âges. — Aïnsi, d’un
1 Le sens ordinaire d’aurore doit, croyons-nous, être conservé dans ce passage. En effet, le parallélisme de 2? contient déjà l’idée de ténèbres énoncée deux fois; 2? introduit une autre image: l’idée commune aux deux termes comparés dans 2? (l’aurore sur les montagnes et le peuple nombreux qui envahit le pays) est celle d’abondance et de multitude. Or, de même que les rayons du soleil enveloppent les montagnes comme d’une poussière d’or, de même le peuple qui va faire irruption dans la contrée envahira tout, semblable au soleil qui, à son lever, embrase et couvre l'horizon de ses feux. D’ailleurs, ce win dont parle le v. 3 indique bien clairement que l'on n’a plus affaire avec les ténèbres, mais que l’image du soleil, introduite par 2P, se poursuit (A. J.B }.
côté on n'avait jamais rien vu de pareil dans le passé et de l’autre, on ne verra rien de semblable dans l'avenir. D'ailleurs, une ère de bénédictions, de paix et de prospérité va s’ouvrir et tous les maux vont cesser. — Le prophète a déjà demandé aux anciens s'ils ont jamais entendu parler d’une chose semblable I, 2. Ils auraient pu répondre qu’en effet, du temps de Moïse, un phénomène analogue, s’était produit en Égypte et qu'il avait été accompagné de la même déclaration de la part de l'Éternel, Ex. X, 14. Il faut évidemment prendre ces déclarations plutôt comme des expressions proverbiales, qu'il faut éviter de serrer de trop près, en se contentant de l’idée générale, à savoir, que le fait était exceptionnellement extraordinaire.
3. — PIN... V22? ; ces prépositions deux fois répétées dans le verset, sous la forme du pluriel construit avec le pronom et avec une acception d'idées différente, donnent à la strophe une grande beauté littéraire. Dans la première partie, les prépositions marquent une priorité de situation; dans la seconde, une priorité de temps. L'action des sauterelles est comparée à celle d’un feu dévorant. Il y à progression dans les termes, qui font image : devant lui est un feu dévorant, derrière lui une flamme qui brûle. n2710 flamme, rac. inus. 272 contenant l’idée de lécher, ce que semble faire la flamme qui, semblable à une langue, yAwooa uoos, Act. Il, 3, lécherait le corps qu’elle consume. Ici, la flamme est censée achever l’œuvre de destruction en la prenant de très près. Ce nom est ordinairement associé au verbe Dre brûler, enflammer, Ps. LXXXII, 15,
CVI, 18; Joël, I, 19. — Avant l'apparition de ce fléau, le pays était comparable au séjour de nos premiers parents, à un jardin d’'Éden, par la fertilité, l'irrigation et . la culture. 3 un jardin, un lieu protégé par une clôture, de la rac. 734 couvrir, protéger. C’est l'opposé de 770 champ, la campagne ouverte. — 77. La racine 71} ne se trouve qu'une fois à la forme Hiph., Néh. IX, 25 avec le sens de éraiter bien, vivre dans les délices. Le nom n’est employé qu’au pluriel et correspond, pour le sens, au grec mon, 1l rappelle l’idée de plaisir, de délices. Ici, le prophète l’emploie comme nom propre dans le sens où 1l se trouve Gen. IT, 10, passage auquel il fait sans doute allusion. n°25 fuite, délivrance, rac. 199 qui, comme 9, signifie s'évader, s’enfuir, échapper au péril. Ÿ se rapporte-t-il à la terre ou aux sauterelles ? Il n’y à aucune raison d'abandonner la version généralement admise dans l’antiquité et de nos jours et d’après laquelle ñ se rapporte aux sauterelles, en ce sens que rien ne peut leur échapper, se soustraire à leur action désastreuse. Il est vrai que les mots indiquant l’idée de fuite, de délivrance comme nD?E sont habituellement suivis de la préposition à, indiquant la chose à laquelle on échappe; mais ici la préposition employée est © dans un sens restrictif, se rapportant aux sauterelles et non à la terre, comme traduit Jérôme: neque est qui effugiat eum. > pour 22.
4, — Litt. comme l'aspect des chevaux est son aspect. Le prophète complète sa description au moyen de traits nouveaux. Après avoir comparé les sauterelles, pour le nombre et la force, à des hommes, même à un peuple
puissant auquel rien ne peut résister, I, 6, II, 2, il les compare maintenant à des animaux de guerre, à des chevaux dont la tête rappelle assez bien celle de Ia sauterelle, et à des coursiers pour la rapidité de leur marche. — UD cavalier et coursier ; c’est le parallélisme qui indique lequel de ces deux sens 1l faut adopter 1e1 : c’est évidemment le second. Le parallélisme disparaît avec le sens de cavalier ; en outre, dans ce dernier cas, l’idée serait moins juste, car ce n’est pas le cavalier, c’est le cheval qui court. FT fut. Qal de Y1 courir avec 7 paragogique. C’est surtout à la pause, ou immédiatement avant, que l’imparfait aime à prendre cet allongement.
5. — Trois nouvelles comparaisons. 2292 char, chariot, surtout de guerre, le même que 221, cavalerie et chariot de querre. Rac. 299 étre porté, traîné, vectus est; aller à cheval. Il ne faut pas se représenter ces chariots sur les sommets des montagnes ; la comparaison porte sur l’idée du bruit que ces chariots font en roulant; c’est à ce bruit que ressemble celui que font entendre les sauterelles au sommet des montagnes par le mouvement de leurs ailes; l'effet ressemble à celui du vent à travers la forêt (voy. Credner, p. 274). 13P7 Piel de TP? sauter, bondir, 3° pl. fut. Piel avec 7 paragogique.
La seconde comparaison est empruntée au bruit que fait entendre la flamme dévorant du chaume desséché. ©? chaume, rac. UTP qui, en hébreu, a le sens de rassembler de la paille, Ex. V, 7, du bois, Nomb. XV, 832; 1 Rois XVII, 10, 12. Dans un sens métaphorique à l’Hithpaël, se recueillir, Ês. XXIX, 9, 10; Sophonie II, 1.
Mais, en arabe, la même racine a le sens de éfre sec, auquel se rattache évidemment notre mot ŸP du chaume et WU du foin, une plante sèche, És. V, 24; seulement Ü? ne paraît pas signifier toute espèce de plantes ou même du foin, mais exclusivement du chaume.
La troisième comparaison est celle du bruit confus que font entendre des hommes de guerre assemblés et se préparant au combat, 41ÿ pour 71).
6. — Le prophète suspend un instant sa description pour dire quelle impression produit l'apparition de cet ennemi, comparé à l'invasion d’une armée étrangère. 1? 3 plur. fut. Hiph. de 51 ou PI tordre, tourner, se tordre de douleur comme une femme en travail, Hiph.
trembler avec à comme les verbes exprimant la crainte. — 2°); il ne s’agit pas des peuples en général, mais des individus témoins de ce qui se passe et tout spécialement des habitants de Jérusalem au milieu desquels se trouve le prophète, comme 1 Rois XXII, 28. — £2p Piel de Y2P, ramasser, recueillir, mettre ensemble. VA? pour WN2 nom abstrait formé par le redoublement de la 3 radicale, comme cela a souvent lieu pour les noms de couleur. La racine N2 est inusitée au Qal; Piel orner. La racine existe en arabe, avec le sens de: . bouillonner, s’échauffer, être rouge; c’est cette idée qui se trouve dans le nom "N® que l’on traduit par éclat, rougeur. Il ne se trouve ailleurs que dans Nahum IF, 11. Toutes les anciennes versions le rendent par pof, comme s’il était écrit V8 (Jug. VI, 19), et il en ressort cette idée que, par l’angoisse, les visages deviennent noirs comme un pot exposé au feu. Les deux noms paraissent
bien- avoir la même racine et de l’idée de bouillir, s’échauffer, on arrive aisément à celle de pot ou de vase dans lequel on fait bouillir l’eau. Mais tandis que, pour exprimer ce dernier sens, le mot est toujours écrit 12, dans les deux cas où 1l a évidemment le sens de rougeur, éclat, il est écrit WN® Nah. II, 11, comme avec intention, pour éviter la confusion. — Cependant, l’existence de cet N ne paraît pas s'expliquer suffisamment par cette raison. Il est plutôt à croire que l’un se rattache de plus près à une racme "8, et l’autre à la racine N2. — Quel sens donnent ces quatre derniers mots du 2° hémistiche ? Faut-1l traduire : tous les visages perdent leur éclat? Ce sens, qui paraît convenir, semble aussi découler tout naturellement des mots du texte. Cependant le verbe Ÿ2? donne lieu à discussion: il signifie amasser, rassembler; notre passage devrait donc se traduire littéralement : ous les visages amassent de la rougeur, c’est-à-dire qu’ils se colorent par suite d’une émotion; comme il est dit Ës. XIII, 8 en parlant d’une circonstance analogue : leurs visages sont enflammés, et cependant 1l s’agit de gens frappés de terreur. Mais 1l paraît résulter de l’emploi de ce verbe au verset 16 qu'il est synonyme de ADN, avec lequel il est employé pour désigner absolument la même idée, celle d’assembler, de rassembler (voir encore Michée IV, 6); on arrive ainsi tout naturellement au sens de retirer, quise trouve au verset 10 : Les étoiles retirent leur éclat, c’està-dire pälissent. C’est dans ce sens que nous prenons ÿ2p, l’autre étant bien moins naturel et moins convenable au point de vue du parallélisme. Voir une 1mitaton de ce passage dans É$. XIIL, 8:
7. — Voilà la ville assiégée, l’ennemi en escalade la muraille. — MAN, rac. inusitée nn arabe préserver, entourer d'une muraille; aussi ce mot est-il surtout employé pour désigner une muraille de défense. Un mur d’une manière générale, se dit V4, cependant voyez v. 9. Dans l'attaque, ils s’élancent comme des hommes vaillants, ne se laissent pas détourner du but. — BANK, plur. avec suff. de MK qui fait parallèle avec 2972, a le même sens de voie, sentier, chemin et, au sens figuré, ceux de conduite, genre de vie. Seulement FR appartient surtout au style élevé et poétique. — D}? Piel de m2y, changer, échanger; 1ls ne changent point leur chemin; ils savent celui qu’ils doivent tenir.
8. — TN homme, joint à FN frére = l’un... l’autre. PPT de pn presser, pousser, comme ce qui se passe dans une foule en marche. A Ia lettre, ce n’est pas admissible, mais 1l faut tenir compte du style poétique, qui veut dire que la marche n’est point entravée, quel que soit le nombre de ceux qui s’avancent. — 723 homme, avec l’idée de force, en parallèle ici avec UN dans le style poétique, Ps. XXXIV, 9 etc. Ici dans le sens de chacun, unusquisque. — not chemin, route, rac. bre élever, amonceler, faire une terrasse, aplanir une voie. 7)2 on à beaucoup discuté sur le sens exact de cette préposition. La racine 7Y2 ne se trouve pas en hébreu, mais, en arabe, elle à le sens de être distant, séparé, éloigné. Cette idée générale se modifie de plusieurs manières comme on peut le voir par des exemples cités dans les dictionnaires. Ce mot doit être considéré comme un nom, 172, à l’état construit 7ÿ2, avec le
sens de distance, intervalle entre deux choses. De là, comme préposition, le sens de entre, au travers de — nov trait, épée, rac. n?0 envoyer, dans le sens du latin missile, flèche, javelot, tout ce qui se lance. — Y£2, de PS2, couper, diviser, briser. On ne saurait justifier par des exemples le sens de «éfre blessé» que certains interprètes donnent à ce mot; 1l est arbitraire et ne peut, d’ailleurs, convenir dans le cas présent. Le récit montre que les Hébreux, comme les Orientaux de nos jours, employaient les armes pour disperser l'invasion de pareils ennemis. Dire que ceux-ci n'étaient pas blessés des coups portés dans leurs masses épaisses et profondes serait une exagération par trop forte, faussant la vérité. Il convient donc de conserver à ce verbe son sens transitif en lui donnant le complément qui lui manque, mais qui se trouve à la fin du verset précédent, savoir : DNMK et traduire : ils n'interrompent point leur course, c'est-à-dire que les moyens employés ne sont pas sufiisants pour les empêcher d'avancer.
9. — La ville est envahie. — WP? fut. Qal de PPT allié à Pÿ couvrir. — MAN désigne ici les murs des maisons et non, comme au verset 7, la muraille de la ville. — J{s entrent par les fenêtres. Ces fenêtres sont des ouvertures donnant surtout sur la cour intérieure. non fenétre, de la rac. on percer. Ce vide laissé dans la muraille était parfois garni d’un châssis à treillis à travers lequel des animaux de la taille d’une sauterelle pouvaient passer et ainsi s’introduire dans l’intérieur de
la maison, soudainement, comme le voleur.
10. — Ce verset fait évidemment parallèle au verset 6, ce sont les mêmes idées, appliquées à d’autres objets (imité dans Ésaïe XIIT, 10). Là ce sont des hommes qui tremblent et pälissent d’effroi; ici, ce sont la terre et les cieux et les astres qui perdent leur éclat. Toutefois, dans les deux cas, la cause n’est pas la même. Dans le premier, v. 6, l'émotion est causée par l’approche de l'ennemi, 32%; dans le second, v. 10, par l’intervention de l'Éternel . révélée par une perturbation atmosphérique et un violent tremblement de terre. 122? devant lui, c’est-à-dire que l’ennemi est précédé des phénomènes que nous venons de rappeler, phénomênes procédant de Jéhovah, et non de l’invasion des sauterelles, ce qui serait inexplicable et constituerait une exagération par trop forte. D'ailleurs le prophète a représenté l'ennemi comme marchant sur le sommet des montagnes, escaladant la muraille et pénétrant par les fenêtres comme un voleur, 4-9; 1l ne peut donc être question de l’obseurcissement de la lumière par le fait des nuages de sauterelles répandues dans l'atmosphère. — Les verbes T1 et ŸU ont le même sens; ils rappellent l’idée de trembler, d’être agité, d'avoir peur. Appliquée à des corps inanimés, cette idée désigne une vive et forte commotion ressentie par ces corps au contact d’une force supérieure. C’est le signe précurseur d’une théophanie. L'Éternel s’approche, sa voix se fait entendre dans l’éclat du tonnerre, il vient pour exercer le jugement contre ses ennemis et sa présence remplit de terreur la terre et les cieux. Le soleil et la lune 17? s’obscurcissent, littéralement: se couvrent d’un vêtement sombre . ou de deuil et les étoiles retirent leur éclat; les nuages
d’orage remplissent l’atmosphère (Hitzig). Rien de plus hardi que ce langage qui prête la vie aux astres et leur suppose l’intelligence du danger auquel la nature et les hommes sont exposés par la présence de l'Éternel. Ce sont des signes du jugement de Dieu, IT, 4; IV, 15; És. XIII, 10; XXIV, 23 etc.
11. — ar 172 donne, c’est-à-dire fait entendre sa voiæ = tonne, Ex. IX, 23, 29, 38. Dans le style poétique, le tonnerre est considéré comme étant la voix de Dieu, Ps. XXIX, 8; XIII, 14. Cette idée se rencontre aussi chez d’autres peuples de l'antiquité. [1 s’agit donc 1e1 du tonnerre qui accompagne en la précédant cette invasion de sauterelles, l’armée de l'Éternel. — on constr. avec suff. de 71, force surtout guerrière, de là éroupe armée. Rac. ®1n dont l’un des deux sens est: étre fort, ferme. Cette armée est un instrument dans les mains de Dieu, pour exercer un châtiment, un jugement contre les méchants; Es. XII, 4, c’est Cyrus et son armée; ici, l’armée des sauterelles. — ?3 cette particule, trois fois répétée, donne la triple raison de l'intervention directe de l'Éternel dans la circonstance. C’est tout d’abord l'importance de cette armée qui, par le nombre, forme un camp immense; puis le but qu’elle se propose, à savoir: l'exécution des ordres de l'Éternel, but que, par sa force, elle est à même d’aiteindre, et finalement l'intention de l'Éternel qui est de mettre fin, par un grand et redoutable jugement, à un état de choses en opposition avec l’idée théocratique. En français, il suffit d'exprimer une fois le sens de ’2, sa répétition serait d’un mauvais effet pour le style et ne correspondrait pas à l’idée de
l'écrivain qui, par la répétition de cette particule, n’a voulu que confirmer en l’expliquant le sens qu’elle a au début de la proposition. NY2 participe Niphal de NY, craindre, Niph. étre craint. Participe avecle sens du participe latin en dus : metuendus, redoutable, Ps. LXX VI, 8. pa 122) 3° sing. fut. Hiph. de 515 mesurer. Pilpel 7272 prendre, contenir. Hiph. ss contenir, soutenir ; 3212) pour 1972) 3° sing. avec le pronom suffixe. Entre le pronom et le verbe est venu s’insérer un 3 épenthétique. Il faudrait régulièrement in?) mais le 3 s’est assimilé dans le >: et est représenté par le Daghesch.
12. — Tout est prêt, mais, avant de parler, l’Éternel adresse un dernier appel aux coupables qu’il promet d’épargner, si, à un deuil extérieur, s'associe en eux une sincère et vive repentance qui les pousse à revenir de tout leur cœur à Dieu. — DM, il faut tenir compte du sens adversatif que donne, au début de cette strophe, la copule | mais méme maintenant où le châtiment est sur le point d'être appliqué. — ENJ état. const. du part. passif, ÊNJ jamais employé qu’à l’état construit. Rac. ENJ qui, comme le verbe, ne se trouve qu'une fois, Jér. XXIIT, 31 (en parlant des faux prophètes). Pour le sens, de même que 2/1) et rar 1l exprime le bruissement, le sourd murmure, le fait de parler doucement, de prononcer un oracle. Ce participe, souvent traité comme un nom, à le sens d’oracle. Il appartient au haut style. Dans sa liaison avec le nom de Jéhovah, comme 1ci, 1l ne peut être considéré que comme un nom. Plusieurs interprètes le considèrent, d’ailleurs, comme un véritable nom, à rapprocher de la forme 7123. 2192, 22, etc.
Cette seconde opinion semble être plus vraisemblable, elle a pour elle le fait que le terme ENJ occupe toujours la fonction d’un nom. regens (comp. Ps. XXX VI, 1). Dans le style élevé des prophètes, il correspondrait à l’expression plus courante de M1 927. — 979 120, revenez, retournez à moi; l’idée que contient la préposition est celle d’un retour complet jusqu’à Dieu. — 7} rac. 11} passer, traverser, indique un mouvement fait pour se rendre jusqu’au but indiqué ou près de la personne qui . appelle. Le fait sr général de se tourner vers quelqu'un ou quelque chose s’exprime par EN, comme dans le verset suivant. Mais il est ici question d’un acte moral, c’est le cœur tout entier, considéré comme source des sentiments et de la vie, qui doit revenir à Dieu, c’est-à-dire s’unir à lui; c’est dans ce sens que le verbe 21% contient l’idée de ce que l’on appelle une conversion, un retour de l’être moral à Dieu. Cette conversion doit être accompagnée d’actes extérieurs exprimant d’une manière visible ce qui existe moralement. — 7202 /amentation, rac. 120 se frapper la poitrine, signe d’une douleur excessive, se lamenter.
13. — Déchirez votre cœur et non vos vétements. Idée d’un haut spiritualisme à laquelle les prophètes suivants se rattachent volontiers. — Le fait de déchirer son vêtement était un signe de deuil chez les Hébreux et chez plusieurs autres peuples de l’antiquité. Cette formalité n'endommageait pas beaucoup le vêtement, auquel on faisait sur le devant une déchirure qui était environ d’un travers de main. Par cet acte symbolique, les affligés semblaient vouloir mettre à nu leur cœur, comme pour
dévoiler à tous les yeux le chagrin dont 1l était rempli. 227732, de 742, d’une manière générale, un vêtement, - quelque chose qui couvre, Nomb. IV, 6. T7, soit une cou- . verture de lit, 1 Sam. XIX, 13, soit un vêtement d'homme, surtout celui de dessous. Rac. T2 couvrir, à moins qu'on n'accepte avec certains exégêètes le sens de séparer, s'étendre. — EM et TA, deux adjectifs verbaux formés du participe passé de JA étre favorable, avoir compassion, et de celui de ÊM, aimer, avoir pitié. TN long, adjectif employé seulement à l’état construit TN. — DEN duel de AN, contracté pour AIN, rac. SN respirer, souffler par les narines; toujours avec le sens figuré de s’irriter, se mettre en colère. C’est le sens que conserve le nom même au duel. Un homme d’un souffle lent rappelle l’idée de calme, de patience, uaxgoouuog, ({ardus ad iram). Plein de compassion" ON". (amour, mais avec l’idée de sympathie; d’après Schultens le sens primitif serait succi vigorisque ubertas, de là largiflua munificentia !) La racine 107 inusitée au Qal ne se trouve que deux fois employée, l’une au Piel, Prov. XXV, 10, dans le sens de: imjurier, faire affront, et l’autre à l’'Hithp., Ps. XVIIL, 26 dans Le sens de: se montrer bon. Deux idées opposées, exprimées aussi par le nom qui signifie: amour, bonté, et en même temps: honte, opprobre, Prov. XIV. 34; Lév. XX, 17. C’est dans ce sens primitif de la racine qu’il faut chercher l'explication de ces idées opposées. D’après Schultens, ce sens pourrait être fourni par l’arabe haschada, où le ©, comme cela se voit souvent, est substitué au © hébreu. Mais cette étymologie n’explique rien, et 1l est préférable de voir dans le sens d’opprobre, outrage, un sens dérivé du
premier. De l’idée primitive d’un zèle ardent, contenue dans la racine et son plus important dérivé, 70M, on en vient d’abord au sens d'amour envers quelqu'un, puis à celui d'envie et de là à celui d’outrage, de haine. Il faut, cependant, convenir que celte succession de sens opposés et naissant les uns des autres, ne constitue pas une explication bien vraisemblable. Plein de compassion, TON bonté, amour, caritas, dans un sens religieux. Lorsqu'il s’agit de Dieu, c’est sa grâce, sa miséricorde, tout particuliérement envers Israël. T0 comme amour de l’homme pour Dieu n’est pas employé; il l’est lorsqu’il est question de la bienveillance d’un homme envers un autre, généralement considéré comme inférieur au premier, Gen. XXI, 23; II Sam. IIL, 8; IX, 1,7; X, 2. Le grec correspondant est &keoç, qui se rapproche toujours plus de l’ayann de la nouvelle alliance. — OM, si on la rapproche de l’arabe, la racine PM qui ne se trouve pas au Qal, aurait le sens de respirer violemment, de là viendrait l’idée de gémir sur soi, sur les autres; d’où le sens d’avoir pitié, sentir de la douleur, étre fâché d’avoir fait une chose, se repentir de l'avoir faite. Appliqué à Dieu, ce dernier sens ne peut être qu'une figure de langage par laquelle on entend, comme dit Calvin, «que Dieu, en ostant la tristesse, et en donnant nouvelle matière de joye, il semble qu’il soit aucunement changé,» Ps. XC, 13. Dans ce dernier verset, le Psalmiste dit à Dieu: Repens-toi, c’est-à-dire aile pitié, suspends le châtiment, fais grâce; et qu’il arrive comme quand un homme, se repentant de ce qu'il a résolu, change de sentiment et de conduite énvers celui qui implore sa pitié. Ce serait ici le participe Niphal, comme
dans Jonas IV, 2, et non le prétérit ponctué avec —. ny" d’une manière générale, le mal physique et moral, entre lesquels l’hébreu ne distingue pas. Le mal, sous quelque forme qu’il se présente, est un chätiment de Dieu, c’est-à-dire que toute souffrance est, comme châtiment de Dieu, la conséquence d’une faute commise. Mais, en Dieu, l’amour l'emporte sur la sévérité et, lorsque l’homme y fait appel, Dieu fait cesser le mal ou le châtiment. — 21 adjectif à l’état construit.
À l’exception des trois derniers mots du verset, cette description de la bonté de Dieu se trouve déjà Ex. XXXIV, 6, à la place des mots manquants se trouve MAN vérité. Cette description est répétée Ps. LXXX VI, 15. Celle de Joël est répétée intégralement par Jonas IV, 2. Notre prophète connaît le passage du Pentateuque et Jonas reproduit Joël.
14. — 970 2 litt. qui sait? Ces deux mots pris dans un sens absolu comme 1ci, c’est-à-dire sans objet déterminé, forment une particule composée ayant la signification de *N peut-être, Jon. III, 9; 2 Sam. XII, 22. 20" ZI se détournera de la voie du châtiment et se repentira, c’est-à-dire comme un homme qui change de sentiment #! aura pitié et laissera après lui la bénédiction. — VIN c’est à tort que quelques interprètes veulent rapporter le pronom à l’armée des sauterelles, comme dans le verset 2. Nous avons évidemment 1ci un pronom réfléchi se rapportant au sujet sous-entendu de la proposition, c’est-à-dire à Dieu. Le prophète veut faire naître l’espoir que Dieu peut encore donner au peuple
la bénédiction d’une récolte qui permettra de lui offrir de nouveaux sacrifices d'actions de grâce.
15. 16. — Nouvelle convocation en vue de cette espérance. C’est la troisième que le prophète fait entendre. Chap. I, 14, c’est aux prêtres seulement qu’il s’adresse, les invitant à convoquer à une assemblée d’humiliation les habitants du pays qui tous se trouvent atteints par le fléau; chap. IT, 1, et dans les versets 14 et 15, c’est exclusivement au peuple de Jérusalem que s’adresse le prophète, c'est ce qui ressort déjà de l’énumération de ceux qui sont encore à la mamelle. Ceux qui viennent de se marier, que la loi exempte de toute charge, Deut. XXIV, 5, et qui sont le moins disposés au deuil, ne doivent pas plus se dispenser que les autres de prendre part à ce grand acte d’humiliation. Tout nous dit qu’il ne peut être 1e1 question que de ce peuple de Jérusalem au milieu duquel se trouve le prophète. — 2999 enfants, Sing. Sp, rac. D?p dont le sens fondamental est: boire de nouveau, iterum bibit en vue de satisfaire entièrement sa soif apaisée par un premier coup. De ce sens radical sont nées des métaphores très variées dont il serait trop long de développer 1c1 l’enchaînement. Voir Schultens, Origines hebrææ, cap. VI et le 7hesaurus de Gesenius, où le travail de Schultens se trouve clairement analysé. Comme nom, ?91D ou 7 Ÿ se trouve souvent uni à P2) et désigne alors un enfant d’un âge plus avancé, ce dernier désignant l'enfant à la mamelle. Toutefois IIT, 16 D°po est employé pour des enfants qui n’ont pas encore vu le jour. — 771 la racine V7 signifie ceindre, entourer, de là assiéger. Ce nom rap-
pelle donc un lieu entouré, c’est, dans la construction orientale, l'appartement des époux servant de chambre à coucher. — "EM ne signifie pas un lit nuptial, mais également une chambre, la chambre à coucher des époux, et a le même sens que 117 Juges XV, 1; XVI, 9. Rac. 27 qui, comme "122 veut dire couvrir, voiler, c’est donc un lieu couvert et non un lit, un {orus nuptialis, comme le veut Gesenius etc.... De même que "2, il désigne une tente ou appartement de forme voûtée et fermée pour des usages réservés: éentorium animi et voluptatis causa exstructum (Lustzelt, Lustgemach). Voir Gesen. 7hesaurus, p. 1189. D’où, dans le sens général de lieu où l’on couche, le mot espagnol vénant de l'arabe: alcôve. — n?2 l’épousée, litt. la couronnée (rac. %53) celle qui vient de devenir l’épouse de celui qui est désigné par le nom de FM le marié, qui in matrimonium duxit natam alicujus, 7auBoos. Il est donc ici question de nouveaux mariés que la loi dispensait de certaines obligations, Deut, XXIV, 5, ce que, plus tard, le Talmud interpréta en dispensant les nouveaux époux en particulier de l’obligation des pratiques religieuses prescrites depuis le jour de leur mariage jusqu'à la fin du prochain sabbat. Mais cette fois la circonstance est tellement solennelle que la population entière de Jérusalem doit prendre part à l’acte de repentance auquel le prophète la convie.
17. — Enfin, voici le rôle que doivent remplir les prêtres dans cette grande scène d’humiliation publique. À différentes fois, le prophète s’est adressé à eux I, 12; IE, 1, 15, 16 pour leur dire ce qu’il y avait à faire. Il
est une chose qui les regarde exclusivement, c’est qu’ils se placent entre le peuple et Dieu comme intercesseurs et que, par une ardente supplication, ils fléchissent l'Eternel en faveur du peuple qui est son héritage. Ce verset fait donc suite aux deux précédents et les temps de verbe doivent se rendre par des impératifs. Jusqu'ici, le prophête s’est adressé aux prêtres directement, c’est-à-dire sous la forme impérative du verbe. Dans ce verset, il à parlé à la 3° personne du futur, ce qui a donné à quelques interprètes l’idée que ce verset se détache des précédents et constate de quelle manière les prêtres répondirent à l'appel du prophète ; cette manière de comprendre obligerait à rendre par des passés définis les temps que nous traduisons par des impératifs. Grammaticalement, rien ne s’oppose en effet à cette manière de voir, mais comme les raisons sont les mêmes pour l’autre version, c’est-àdire que la grammaire ne s'oppose point à ce qu’on
traduise par des impératifs, il faut voir ce qui peut déterminer à traduire plutôt dans un sens que dans l’autre. Il faut remarquer que c’est aux prêtres que le prophète s’adresse v. 15, 16 de même que chap. I, 13 et Il, I où ils ne sont pas nommés, non plus qu'aux versets 15, 16. Ce sont les prêtres qui doivent prendre l'initiative de cette grande démonstration publique que réclame le prophète. Et c’est par une dernière exhortation aux mêmes individus qu’il termine son discours sur ce sujet en leur traçant le plan de la requête qu’ils doivent adresser à l'Éternel et en leur indiquant le lieu où ils doivent la présenter. Il n’y a rien d'étonnant dans l’emploide la 3° personne au lieu de la 2° employée jusqu'ici, car dans une composition rédigée postérieurement aux événements qu'elle
raconte et dans un style éminemment poétique, cette forme de la 3° personne se lie tout naturellement à celle employée dans le verset précédent, ce qui, au point de . vue de l’art dont le prophète tient toujours compte, est d’un plus bel effet et est plus coulant que l’emploi d’un prétérit qui terminerait cette splendide exhortation par une phrase qui, sous sa forme de narration, reste froide et isolée. C’est là l’opinion de Meier contre Hitzig. — Voir les arguments en faveur du style narratif des versets 15-17 dans l’Aist. critique de la littér. proph. des Hébr. de M. Bruston, p. 36. La ponctuation actuelle du texte serait fausse et ces trois versets devraient ètre considérés comme le récit de ce qui se passa à la suite du premier discours du prophète. Il faudrait changer les impéraüis des versets 15 et 16 en prétérits et les futurs du verset 17 en futurs conversifs. Il faut prendre le futur 132? (de 32 pleurer) dans le sens du jussif. Il est, en général, difficile de distinguer ces deux espèces de futurs. L'expression F£7A N° peut se rendre par: ne tue point ou par: tu ne tueras point, c’est la même idée. Il est aussi de règle qu’un impératif précédant un futur donne à celui-ci le sens du jussif. Le verset 16 fournit un exemple de ce genre, c’est pourquoi on traduira par le jussif le futur NX”, qui est précédé de l'impératif 20. Il est probable que, bien qu’une nouvelle strophe commence au verset 17, cette règle influe sur le sens des temps de ce verset. — 72 entre. Dans la règle, cette préposition devrait être répétée devant MAT2, mais on peut la remplacer, surtout dans les phrases courtes, par ? précédé de , comme ici; elle se trouve même sans cette conjonction, comme Gen. I, 6; Deut. XVII, 8. Le premier
V2 indique qu’il s’agit d’un espace déterminé par deux noms et lorsque cette préposition est suivie de ? au commencement du second, on obtient le sens de: entre... jusqu'à, ou: par rapport à (Ewald p. 467). — DIN litt. partie antérieure, racine inus. en hébreu Gin; d’après l’arabe précéder, être premier, puis étre fort, puissant. Ce nom formé par la consonne servile Ê— désigne spécialement le vestibule, le portique du temple, le xpoxvior I Rois VI, 3, ou le xoovaoc. L’autel dont il est ici question ne peut être que celui des holocaustes placé dans le parvis intérieur ou des prêtres, en face de l'entrée du temple ou du sanctuaire proprement dit. Au milieu de cette cour se trouvait l’autel des holocaustes. Le portique dont il est question dans ce verset est celui de l’entrée du sanctuaire donnant sur le parvis des prêtres. L'espace compris entre ce portique et l’autel des holocaustes était considéré comme le lieu le plus sacré du parvis. C'est donc dans cet espace que les prètres en habit de deuil durent se placer, ayant l’autel derrière eux et la face tournée vers le sanctuaire. — Of, par son sens primitif, rappelle une belle et touchante idée. De même que 72 et, comme lui, habituellement suivi de la préposition ©Y, il réveille dans l'esprit l’idée de compassion exercée, mais chacun de ces verbes avec une nuance surtout saisissable à un esprit oriental. Tandis que Len signifie plus particulièrement «avoir de la compassion pour quelqu'un, se montrer doux envers lui, l’épargner en le supportant», D rappelle cette idée en la rattachant à l'expression des yeux traduisant les sentiments du cœur. D’après Schultens, le sens primitif de ce verbe serait: serrer les yeux, tenir les paupières
entr'ouvertes, c’est l’expression que prend le regard voulant manifester un sentiment de compassion ou de tendresse. Aussi le verbe a-t-il souvent F2, œil, pour sujet, Gen. XLV, 20; Deut. VII, 16. Toutefois, après avoir appuyé cette idée dans son Lexicon manuale, après l'avoir exposée de nouveau dans son Z'hesaurus, Gresenius termine par ces mots: «mihi tamen probabilius, primarlam vim esse in {olendo, et Sp on pr. esse dolere propter (aliquem, aliquid):> — 02" ?%%? inf. Qal de ? avec le sens, non de commander, dominer, comme LxX, Vulgate, Luther l’ont compris, mais de prononcer un proverbe (PS) se moquer, railler 1, — NN) héritage, pris dans un sens collectif, de là le suffixe pluriel Ê2 qui s’y rapporte. — Où est leur Dieu? à cette époque l’idolâtrie était loin d’être générale chez les Hébreux, l’idée de Ia spiritualité de Dieu y dominait encore et cette idée, qui est une révélation, était incompréhensible aux peuples païens dont les divinités étaient toujours représentées par des images ou des simulacres. La situation malheureuse où se trouvait présentement le peuple était peu propre à convaincre ses ennemis que son système religieux était supérieur au leur, et leur question railleuse traduit la conviction qu’ils ont que les Hébreux sont abandonnés de la ‘divinité. Ps. LXXIX, 10; Michée VII, 10;
et 0 04 AE |
1 Sur les divers sens de la rac. Dub, voy. Delitzsch, Comment. sur Les Prov., p. 43-44.