INTERPRÉTATION DE LA PROPHÉTIE
Une des questions les plus importantes que soulève le livre de Joël, consiste à savoir si l'invasion de sauterelles racontée dans les deux premiers chapitres doit être prise au sens propre ou expliquée au sens allégorique. Cette question à déjà préoccupé les Pêéres de l’Église et les Réformateurs; les uns (Ephrem le Syrien, Jérôme, Luther, etc.) acceptent l'interprétation allégorique, tandis que les autres (Rufin, Calvin, etc.) se prononcent contre cette dernière. Les partisans de l'interprétation allécorique s’étonnaient que Joël eût pris occasion d’un fléau si commun en Palestine pour en faire le sujet de son beau poëme. On se mit donc à expliquer les noms des quatre espèces de sauterelles ([, 4) en les appliquant, soit à quatre rois envahisseurs (Tiglathpilezer, Salmanasar, Sanherib et Nébucadnezar, d’après Ephrem), soit à quatre peuples ennemis (1° Assyriens et Babyloniens, 2° Mèdes et Perses, 3° Alexandre et ses successeurs, 4 Romains, d’après Jérôme).
L'interprétation allégorique a été défendue de nos jours par Bertholdt, Theiner, Hengstenberg, etc. Cependant, la grande majorité des commentateurs l’a abandonnée. En effet, la description du fléau des sauterelles, qui constitue le premier tableau ou la première partie du discours de Joël, n’est autre chose que le point de départ voulu et nécessaire de tout le développement de la pensée de ce livre. Partant de la calamité présente qui à été, sans doute, plus redoutable que celles auxquelles la Palestine était habituée, le prophète montre au peuple qu’il y a là
un châtiment de Dieu répondant à un péché du peuple. Il s’agit donc de s’humilier devant Dieu et d'éviter ainsi des conséquences beaucoup plus douloureuses encore de ce péché. Car un châtiment bien autrement terrible que celui par lequel le peuple vient de passer, est suspendu au-dessus de sa tête. Aux yeux du prophète, en effet, les épreuves de l'heure présente sont comme les signes avant-coureurs de ce «Jour de l'Éternel» qui doit faire lesujet principal de tout le livre. — Rien n’empèche donc de prendre au sens littéral le récit de l'invasion des sauterelles. Par là, on arrive fort aisément à coordonner les divers moments de la pensée du prophète, dont l’esprit se porte immédiatement des calamités présentes, qui sont à ses yeux de simples présages, aux calamités futures infiniment plus effrayantes et qui pourraient atteindre le peuple élu lui-même, aussi bien que les nations, s’il ne revient «encore maintenant» de tout son cœur à l'Éternel (II, 12). D'ailleurs, pour que le sens littéral du premier discours du prophète püt être contesté, il faudrait que les divers détails de sa description de l’invasion des sauterelles ne cadrassent pas avec la réalité; il faudrait que le sens allégorique fût désigné plus clairement et recommandé par des indices réels. Or, comme le dit Delitzsch, tout est parfaitement vrai dans cette description d’un fléau terrible et qui exerce, dans les campagnes, plus de ravages que n’en pourrait commettre toute une armée. Le passage IT, 18-19, avec ses quatre imparfaits précédés du Vav consécutif, indique clairement un nouveau moment historique: à la suite des appels du prophète, le peuple s’est humilié et à reconnu que le fléau des sauterelles était un châtiment céleste.
Nous trouvons donc trois moments distincts dans le livre de Joël : — 1° la description d’un fléau tout matériel qui à frappé le pays de Juda, qui est peut-être déjà passé, mais dont les effets se font encore ressenür; appel au peuple pour qu’il s’humilie sous la main de Dieu (I-IE, 17). — 2° Le retrait définitif du fléau, permis par l'Éternel, à la suite de l’humiliation du peuple (I, 18-19). — 3° Le spectacle de la calamité matérielle amène le prophète à parler d’une époque. bien plus terrible, qu'il appelle «le Jour de l'Éternel», et dont les événements actuels lui paraissent être, sinon le premier acte, du moins les avant-coureurs (Il, 19° à la fin).