ACTE I, SCENE V
(Apercevant Berthe qui s'avance timidement et fait k révérence.)
Ah! celle-ci vaut mieux. Approche, ma vassale.
(Aux seigneurs ses amis. )
Tous ces vins généreux, que j'ai bus à longs traits, Enivrent ma raison et doublent ses attraits.
(a Berthe.)
Parle, que me veux-tu?
BERTHE, bas, à Fidès.
Ma mère, j*ai bien peurl
FlDES.
Ne crains rien; je suis là pour te donner du cœtur!
FlDÈS ET BERTHE, à Oberthal.
ROMANCE, à deux voix.
PREMIER COUPLET
Un joiu", dans les flots de la Meuse J'allais périr. . . Jean me sauva l Orpheline et bien malheureuse, Dès ce jour il me protégea!
Je connais votre droit suprême; Mais Jean m'aime de tout son cœur.,»
Ah! permettez qu'aussi je l'aime!
Le voulez-vous, mon bon seigneur?
Mon doux seigneur!
DEUXIÈME COUPLET
Vassale de votre domaine.
Je suis sans fortune et sans bien ; Et Jean, que son amoiu* entraîne.
Veut m'épouser, moi qui n'ai rien!
Voici sa mère qui réclame Pom- son fils ma main et mon cœur...
Permettez-moi d'être sa femme.
Le voulez-vous, mon bon seigneur?
Mon doux seigneur!
OBERTHAL, regardant Berthe avec amour
Eh quoi ! tant de candeur, d'attraits et d'innocence Seraient perdus pour nous et quitteraient ces lieuxl
(a Berthe.) ^
Non; ta beauté mérite un sort plus glorieux. Pour toi, pour ton bonhem-, usant de ma puissance, Je refuse...
iO LE TKOPHTTIE^
CHŒUR D F. PAYSANS; poussant un ç.ri 4'in4i^ij^^]tiiÇ>|f,
Grands dieiixî
BERTHE, se jetant dans les bras de Fidès.
Ah ! quelle hoiTeur !
F'.DÈS, se jetant au milieu des p^ysi^QS.
Ah î quel malheur !
OBERTIIAL, à droite, à ses amis.
C'est à moi qu'appartient tant de grâce et de charmes; Mon cœur à son aspect hat d'uu transport soudain.
(T^idès à gauche, an milieu des paysans, leur fait honte de leur lâcheté, les supplie de défendre Eerthe, et r^ie réclamer justice pour elle. Les paysjins, cxcjt-és par ses reproches, s'avancent d'un ait* résolu et menaçant vers leur seigneur, qui, sans les voir, cause avec ses amis. A leur approche Oberthal te retourne; ses vassaux s'arrêtent interdits et tremblants.)
OBERTHAL, s' avançant sur eux ?♦ les faisant reculer.
Croyc-^^ous, par hasard, m'inspirer des alarmes?
Je l'ai dit; je le veux, moi, seigneur châtelain!
Vos cris sont moins puissante que Berthe et que ses larmes!
Céder aux pkurs, peut-être : aux menaces, jamais!
(Pendant ces derniers \ers, de jeunes pages de la suite d'Oberthal ont entouté Berthe et Fidès, qu'ils entraînent dans le châteiu. Oberthal et ses amis les suivent, et derrière eux se referment les portes du château. Les paysans» muets de surprise et de frayeur, se retirent en silence et la tête baissée. Tout à coup on entend dans le lointain le psaume des anabaptistes. Ceux-cî paraissent au fond du théâtre; le peuple court au-devant d'eux et se prosterne à leurs pieds sur les marches de Tescalier, tandis que Zacharie, Jonar et Mathisen menacent du regard et du geste le château d'Oberthal. L€ théâtre change à vuo.)