‹ Le prophete opera en cinq actes paroles de M. Eugene ScribeChapitre 5 sur 63 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

Les Mêmes, BER THE, FLDES, arrivant en costume de voyage .

bertqe, courant au-devant d'elle.

Fidès, ma bonne mère, enfin donc vous voilà!

FIDÈS

Tu m’attendais !

BERTHE

Depuis l’aurore 1

FIDÈS

Et Jean mon fils attend plus ardemment encore Sa fiancée!... «Allez, ma mère, amenez-la!»

M’a-t-il dit... Et je viens!

BERTUB.

Ainsi, moi, pauvre fille.

Orpheline et sans biens, il m’a daigné choisir!

FIDÈS

Des filles de Dordrecth, Berthe est la plus gentille F.tla plus sage! Et je veux vous unir.

Et je veux, dès demain, que Berthe me succède Dans mon hôtellerie et dans mon beau comptoir,

Le plus beau, vois-tu bien, de la ville de Leyde. Hâtons-nous... car mon fils nous attend pour ce soir!

BERTHE

Reposez-vous, d’abord!

FIDÈS

Que Dieu nous soit en aide.

Partons !

BERTHE

Non pas vraiment!... Vassale, je ne puis

è LE PROPHÈTE.

Me marier, ni quitter ce pays Sans la volonté souveraine Du comte d’Oberthal, seigneur de ce domaine,

Dont vous voyez d’ici les créneaux redoutés!

FIDÈS

Alors auprès de lui, courons. ..Viens !

Elle veut l'entraîner vers le château, à droite .

BERTiiE, prêtant l’oreille.

Écoutez!

Au moment oàBcrlhe et Fidès viennent de franchir les marches de l'çscalier qui conduit au château, on entend au dehors un air de psaume, puis paraissent au haut de l'escalier trois anabaptistes.

SCÈ3ÎB IV.

Les Mêmes, ZACHARIE, JONAS, MATHISEN.

fidès, à demi-voix à Berthe, et redescendant avec crainte les ■marches de l'escalier.

Quels sont ces hommes noirsaux figures sinistres? berthb, de même.

On dit que du Très-Haut ce sont de saints ministres,

Qui depuis quelque temps parcourent nos cantons, Répandant parmi nous leurs doctes oraisons!

JONAS, MATHISEN Cl ZACHARIE à Voix haute.

Itcrum ad salutares undas,

Ad nos, in nornine Dei,

Ad nos venite, populi 1

TOUS

Écoutez ! écoulez le.ciel qui les inspire; *

Dans leurs traits égarés voyez quel saint délire.

LES TROIS ANABAPTISTES

O peuple impie et faible ! O peuplo misérable !

Que l’erreur aveugla, que l’injustice accablo!

ZACHARIE

De ces champs fécondés longtemps par vos sueurs \ oulez-vous être enfin les maîtres et seigneurs ?

LES TROIS ANABAPTISTES

Ad nos, venite populi!

jonas, « un des paysans lui montrant le château.

Veux-tu que ces castels, aux tourelles altières,

Descendent au niveau des plus humbles chaumières?

Page 1