‹ Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avec la civilisation EuropéeneChapitre 20 sur 51 · CONTINUATION DU MÊME SUJET · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU MÊME SUJET

Une chose qui ne laissa pas de contribuer aussi à l'abolition de l'esclavage, fut la conduite de l'Eglise à l'égard des Juifs. Ce peuple singulier qui porte sur son front la marque du proscrit , et que l'on trouve dispersé parmi toutes les nations , comme des fragments d'une matière insoluble surnageant dans un liquide , cherche à consoler son infortune en ac-

cumulant des trésors, et semble vouloir se venger du méprisant isolement dans lequel le laissent les autres peuples , en suçant leur substance par d'insatiables usures. Dans ces temps où de grands bouleversements et tant de calamités devaient nécessairement amener la misère , le détestable vice d'une cupidité sans entrailles devait avoir un funeste empire. La dureté et la cruauté des lois et des mœurs anciennes , concernant les débiteurs, n'étaient point effacées; on était loin d'estimer encore à son juste prix la valeur de la liberté, et il ne manquait pas d'exemples de personnes qui la vendaient pour sortir de leurs nécessités; il était donc urgent d'empêcher que le pouvoir de la richesse des Juifs ne prît un accroissement démesuré , au détriment de la liberté des chrétiens.

Ce qui nous prouve que ce péril ne fut point imaginaire, c'est le triste renom qui , depuis tant de siècles , s'attache aux Juifs en cette matière ; les faits dont nous sommes encore aujourd'hui les témoins sont une confirmation de ce que nous avançons. Le célèbre Herder , dans son Adrastèe , ne craint pas de pronostiquer que les fils d'Israël, avec le temps et grâce à leur conduite systématique et calculée, parviendront à faire de tous les chrétiens leurs esclaves. Si cette crainte extraordinaire et bizarre a pu entrer dans la tête d'un homme distingué, dans des circonstances qui sont à coup sûr infiniment moins favorables aux Juifs , que n'avait-on point à redouter de ce peuple dans les temps malheureux où nous nous reportons ?

En vertu de ces considérations, tout observateur impartial, tout homme qui ne sera point dominé par la misérable démangeaison de plaider en faveur de toute espèce de secte pour avoir le plaisir d'accuser l'Eglise catholique , au risque même de parler contre les intérêts de l'humanité ; tout observateur qui ne sera point de ceux qui s'alarmeraient moins d'une irruption des Cafres , que d'une seule disposition par laquelle la puissance ecclésiastique paraîtrait le moins du monde étendre le cercle de ses attributions ; tout homme , dis-je , qui ne sera ni aussi rancuneux, ni aussi petit, ni aussi misérable, verra , non-seulement sans scandale , mais même avec plaisir, que l'Eglise , avec une prudence vigilante , suivait les pas des

Juifs, et ne perdait aucune occasion de favoriser leurs esclaves chrétiens, jusqu'à ce qu'enfin elle leur défendît d'en avoir.

Le troisième concile d'Orléans , célébré l'an 538 , défend aux Juifs , par son canon 13, d'obliger les esclaves chrétiens à des choses contraires à la Religion de Jésus-Christ. Cette disposition qui garantissait la liberté de l'esclave dans le sanctuaire de la conscience , le rendait respectable aux yeux de son maître lui-même ; c'était d'ailleurs une solennelle proclamation de la dignité de l'homme ; c'était déclarer que la servitude ne pouvait étendre son domaine jusqu'à la région sacrée de l'esprit. Cela néanmoins ne sullisait pas; il convenait encore de faciliter aux esclaves des Juifs le moyen de recouvrer la liberté. Trois ans seulement s'écoulent; on célèbre le quatrième concile d'Orléans : il faut remarquer tout le progrès qu'a fait la question en si peu de temps. Ce concile , dans son canon 50, permet de racheter, en payant au maître juif le prix convenable , les esclaves chrétiens qui s'enfuiront dans l'Eglise. Si l'on y fait attention, on voit qu'une semblable disposition devait produire , en faveur de la liberté , d'abondants résultats , puisqu'elle offrait aux esclaves chrétiens la facilité de s'enfuir dans l'Eglise et d'implorer de là , avec plus de succès , la charité de leurs frères , pour en obtenir le prix de leur rançon.

Le même concile , dans son canon 31 , dispose que le juif qui pervertira un esclave chrétien sera condamné à perdre tous ses esclaves : nouvelle sanction apportée à la sécurité de la conscience de l'esclave , nouvelle voie ouverte à la liberté.

L'Eglise s'avançait tous les jours avec cette unité de plan , cette constance admirable que ses ennemis mêmes ont reconnues en elle. Dans le court intervalle qui se trouve entre l'époque indiquée et le dernier tiers du même siècle , le progrès se fait encore sentir. On remarque dans les dispositions canoniques de cette dernière époque une portée plus vaste , et, si l'on peut ainsi parler, une nouvelle audace. Dans le concile de Maçon, célébré l'an 581 ou 582, canon 16, il est expressément défendu aux Juifs d'avoir des esclaves chrétiens, et l'on permet de racheter ceux qui se trouvent en leur posses-

sion , au prix de 12 sous. Nous trouvons la même prohibition dans le canon 14 du concile de Tolède, célébré l'an 589; en sorte qu'à cette époque l'Eglise manifeste sans déguisement quelle est sa volonté : elle ne veut permettre en aucune manière qu'un chrétien soit l'esclave d'un juif.

Constante dans son dessein , l'Eglise arrêtait le mal par tous les moyens qui se trouvaient en son pouvoir, mettant, s'il le fallait , des limites à la faculté de vendre les esclaves , lorsqu'il y avait pour eux le danger de tomber entre les mains des Juifs. Ainsi nous voyons que , par le canon 9 du concile de Chàlons, célébré l'an (350, il est défendu de vendre hors du royaume de Clovis des esclaves chrétiens , de peur qu'ils ne tombent au pouvoir des Juifs. Au reste , l'esprit de l'Eglise sur ce point n'était pas compris de tous , et ses vues n'étaient point secondées comme elles auraient dû l'être; mais elle ne se lassait pas de les répéter et de les inculquer. Au milieu du septième siècle, il se trouvait en Espagne des séculiers et des clercs qui vendaient leurs esclaves chrétiens aux Juifs. L'Eglise s'empressa de réprimer cet abus. Le dixième concile de Tolède , tenu l'an 657 , défend , par son canon 7 , aux chrétiens et principalement aux clercs , de vendre leurs esclaves aux Juifs; le concile ajoute ces belles paroles : « On ne peut ignorer que ces esclaves o?tt été rachetés du sang de Jésus- Christ , ce qui fait qu'on devrait plutôt les acheter que les vendre. »

Cette ineffable bonté d'un Dieu fait homme qui avait répandu son sang pour la rédemption de tous les hommes , était le puissant motif qui poussait l'Eglise à s'intéresser avec tant de zèle à l'affranchissement des esclaves. Et en effet, ne suffisait-il pas, pour concevoir l'horreur d'une inégalité aussi déshonorante, de penser que ces mêmes hommes, abaissés jusqu'au niveau des brutes, avaient été, aussi bien que leurs maîtres, aussi bien que les plus puissants monarques de la terre, l'objet des vues miséricordieuses du Très-Haut? « Puisque notre Rédempteur , Créateur de toutes choses , disait le pape saint Grégoire , a daigné , dans sa bonté, revêtir la chair de l'homme pour nous rendre notre première liberte en brisant, par la grâce de sa divinité, le lien de la servitude qui

nous tenait captifs, c'est une action salutaire de rendre aux hommes, par l'affranchissement, leur liberté native ; car, au commencement, la nature les a créés tous libres, et ils n'ont été soumis au joug de la servitude que par le droit des nations. » (L. 5, lett. 12.)

Dans tous les temps , l'Eglise jugea très-nécessaire de limiter autant que possible l'aliénation de ses biens, et l'on peut affirmer qu'en général sa règle de conduite , par rapport à ce point, fut de se fier très-peu à la discrétion de quelqu'un de ses ministres, pris en particulier : elle se proposait ainsi de prévenir les dilapidations, qui sans cela eussent été fréquentes. Comme ces biens étaient dispersés de tous côtés, et se trouvaient confiés à des ministres choisis dans toutes les classes du peuple, et exposés aux diverses influences qu'exercent toujours les relations de parenté, d'amitié, et mille autres circonstances , etlets de la diversité de caractère , de connaissance , de prudence , et même de temps et de lieux , l'Eglise se montra très-jalouse sur le fait de donner son autorisation à la faculté d'aliéner ; et elle savait , le cas échéant , déployer une salutaire rigueur contre les ministres qui , au mépris de leurs devoirs , dilapidaient les biens dont le dépôt leur était confié. iSous avons vu que , malgré tout cela , l'Eglise n'était arrêtée par aucune considération lorsqu'il s'agissait du rachat des captifs : on peut aussi montrer qu'en ce qui touche la propriété qui consistait en esclaves, elle voyait les choses d'un œil tout différent, et changeait sa rigueur en indulgence.

11 suffisait que les esclaves eussent bien servi l'Eglise, pour que les évoques pussent leur donner la liberté, en y ajoutant un don qui devait les aider à pourvoir à leur subsistance. Ce jugement sur le mérite des esclaves était confié , à ce qu'il paraît , à la discrétion des évèques , et l'on voit qu'une semblable disposition ouvrait une large portea leur charité; en même temps, c'était stimuler les esclaves à tenir une conduite qui pût leur mériter une si précieuse récompense. Comme il pouvait se faire que l'évèque successeur, élevant des doutes sur la suffisance des motifs qui avaient déterminé son prédécesseur adonner la liberté à un esclave, prétendit plus tard

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contester à celui-ci sa liberté, il était réglé que les évêques respecteraient sur ce point les dispositions de leurs prédécesseurs , et laisseraient aux affranchis , non-seulement la liberté, mais aussi la gratification qu'on leur aurait assignée en terres , vignes , habitations : c'est ce que nous trouvons prescrit dans le canon 7 du concile d'Agde en Languedoc, célébré l'an 506. Qu'on ne nous objecte pas que la manumission se trouve défendue en d'autres endroits des canons de ce concile; c'est qu'on y parle en général, sans s'arrêter au cas où les esclaves auraient bien mérité.

Les aliénations ou hypothèques des biens de l'Eglise, consenties par un évêque qui ne laissait rien en mourant, devaient être révoquées. La disposition même indique qu'il s'agit des cas où l'évêque aurait agi avec infraction des canons. Néanmoins , s'il arrivait que l'évêque eût donné la liberté à quelques esclaves, la rigueur de la loi s'adoucissait en leur faveur , et il était prescrit que les affranchis continueraient à jouir de leur liberté. Ainsi l'ordonna, dans son canon 9, le concile d'Orléans, célébré l'an 541. Ce canon impose seulement aux affranchis l'obligation de prêter leurs services à l'Eglise, services qui n'étaient évidemment autres que ceux des affranchis ; l'Eglise leur donnait d'ailleurs en récompense la protection qu'elle accordait toujours aux hommes de leur condition.

On peut citer comme un autre indice de l'indulgence de l'Eglise à l'égard des esclaves , le 10e canon du concile de Celchite en Angleterre, célébré l'an 816, canon dont le résultat devait être d'affranchir en peu d'années tous les esclaves anglais des églises qui se trouvaient dans les pays où le concile serait observé. En effet , ce canon disposait qu'à la mort d'un évêque tous ses esclaves anglais seraient mis en liberté ; il ajoutait que chacun des outres évêques et abbés affranchirait , à cette occasion , trois esclaves , en leur donnant à chacun trois sous. De semblables dispositions aplanissaient de plus en plus le chemin , et préparaient les choses et les esprits de telle façon que , quelque temps après , on put être témoin de cette scène généreuse du concile d'Armagh, en 1172, où l'on donna la liberté à tous les Anglais qui se trouvaient esclaves en Irlande.

Les conditions si avantageuses dont jouissaient les esclaves de l'Eglise , avaient d'autant plus de valeur, qu'une discipline introduite nouvellement en rendait pour eux les avantages ¡namissibles. Si ces esclaves avaient pu passer dans les mains d'autres maîtres , ils se seraient trouvés , ce cas échéant , sans droit aux bienfaits qui étaient réservés à ceux qui continuaient de demeurer au pouvoir de cette maîtresse débonnaire. Mais heureusement il était défendu de changer ces esclaves pour d'autres; et s'ils sortaient du pouvoir de l'Eglise, c'était pour jouir de la liberté. Nous avons un monument précis de cettediscipline dans les decrétales de Grégoire IX (1. o, t. 19, c. 3 et 4). On doit remarquer que dans ce document les esclaves de l'Eglise sont regardés comme consacrés à Dieu; c'est là-dessus qu'est fondéela disposition qui empêche qu'ils ne puissent passer en d'autres mains et sortir de l'Eglise , si ce n'est pour la liberté. On y voit aussi que les fidèles, pour le salut de leur âme , avaient coutume d'offrir leurs esclaves à Dieu et aux Saints. En les faisant ainsi passer au pouvoir de l'Eglise, ils les mettaient hors du commerce commun et les empêchaient de retomber dans les liens de la servitude profane. Il est inutile d'insister sur le salutaire effet que devaient produire ces idées et ces mœurs , où nous voyons la Religion se lier si intimement à la cause de l'humanité ; il suffit d'observer que l'esprit de cette époque était hautement religieux , et que tout, ce qui s'attachait à l'ancre de la Religion était sûr d'arriver à bon port.

Les idées religieuses, en développant leur force chaque jour et en dirigeant leur action dans toutes les branches, avaient en vue, d'une manière très-particulière , de soustraire l'homme , par tous les moyens possibles , au joug de l'esclavage. À ce propos , qu'il nous soit permis de faire remarquer une disposition canonique du temps de Grégoire-le-Grand. Dans un concile de Rome, célébré l'an 595 et présidé par ce Pape, on offrit aux esclaves un nouveau moyen de sortir de leur abjection , en décidant que la liberté serait acquise à tous ceux qui voudraient embrasser la vie monastique. Les paroles du saint Pape sont dignes d'attention : on y découvre l'ascendant des motifs religieux , et l'on y voit combien ces motifs prenaient

delà prépondérance sur les considérations et les intérêts mondains. Cet important document se trouve dans les lettres de saint Grégoire ; on le lira dans les notes qui terminent ce volume.

S'imaginer que de semblables dispositions pouvaient rester stériles, c'est méconnaître l'esprit de ces époques; loin delà, elles produisaient les plus grands effets. On peut s'en faire une idée en lisant dans le décret de Gratien (Distin. 54, c. 12), que ces effets allèrent jusqu'au scandale ; les esclaves s'enfuyaient de la maison de leurs maîtres et accouraient , sous prétexte de religion, dans les monastères. Il fallut réprimer cet abus contre lequel s'élevaient de tous côtés des plaintes et des clameurs. Sans s'arrêter à considérer ce que ces abus mêmes nous indiquent , est-il difficile de conjecturer que ces dispositions de l'Eglise durent avoir de précieux résultats? IVonseulement c'était procurer la liberté à de nombreux esclaves, mais encore c'était les relever grandement aux yeux du monde, car on les faisait passer dans un état qui prenait tous les jours de l'importance , et acquérait un immense prestige avec une puissante influence.

Nous pouvons nous former une idée du changement profond qui s'opérait chaque jour , grâce à ces divers moyens , dans l'organisation sociale , en fixant un instant notre attention sur ce qui avait lieu par rapport à l'ordination des esclaves. La discipline de l'Eglise sur ce point était conséquente avec ses doctrines. L'esclave était un homme comme les autres hommes, et l'on pouvait l'ordonner aussi bien que le premier magnat. Cependant , tant qu'il était sujet à la puissance de son maître, il manquait de l'indépendance nécessaire à la dignité de l'auguste ministère ; c'est pourquoi on exigeait qu'il ne pût être ordonné sans être auparavant mis en liberté. Rien de plus raisonnable, de plus juste, ni de plus prudent que cette limite apportée à une discipline d'ailleurs si noble et si généreuse, discipline qui était à elle seule une protestation éloquente en faveur de la dignité de l'homme. L'Eglise déclarait solennellement cfue pour avoir le malheur d'être esclave, on n'était point rabaissé au-dessous du niveau des autres hommes, car elle ne trouvait point indigne d'elle de choi-

sir ses ministres parmi ceux qui avaient été sujets à la servitude. En plaçant dans une sphère si respectable ceux qui avaient été esclaves, elle travaillait, avec une haute générosité, à dissiper les préjugés qui existaient contre ceux qu'affligeait encore ce malheureux état, et créait des liens puissants et féconds entre eux et la classe la plus vénérée des hommes libres.

Ce qui doit par-dessus tout appeler l'attention , c'est l'abus qui s'était alors introduit de conférer aux esclaves les ordres sacrés, sans le consentement de leurs maîtres; abus tout à fait contraire, il est vrai, aux sacrés canons , et qui fut réprimé par l'Eglise , avec un zèle digne d'éloge , mais qui ne laisse pas d'être fort utile pour faire apprécier convenablement à l'observateur l'effet profond des idées et des institutions religieuses. Sans prétendre excuser en rien ce qu'il avait de coupable, on peut fort bien se prévaloir ici de l'abus même, en considérant qu'il arrive maintes fois que les abus ne sont que l'exagération d'un bon principe. Les idées religieuses s'accommodaient mal de l'esclavage, l'esclavage soutenu par les lois; de là cette lutte incessante reproduite sous différents aspects, mais toujours dirigée vers le même but, l'émancipation universelle. Il nous paraît qu'on peut avec d'autant plus de confiance se servir aujourd'hui de cette sorte d'arguments que. nous avons vu excuser avec indulgence les plus horribles attentats des révolutions, grâce uniquement aux principes dont les révolutionnaires étaient imbus et aux fins que se proposait la révolution même; fins qui n'étaient autres , comme chacun sait, que le changement total de l'organisation sociale.

Cet abus nous est attesté par des documents curieux, et que l'on trouve réunis dans le décret de Gratien ( Dist. 54 , C. 9-10-11-12.). En examinant ces documents avec attention, on y voit : Io que le nombre des esclaves qui par ce moyen obtenaient la liberté était fort considérable, puisque les plaintes et les clameurs qui s'élèvent à ce sujet sont universelles; 2° que les évèques étaient généralement en faveur des esclaves , qu'ils portaient leur protection fort loin , et qu'ils s'efforçaient, de réaliser de toutes manières les doctrines d'égalité; en effet, on affirme dans les mêmes documents qu'il n'y avait

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presque pas un seul évéque qui n'eût à se reprocher cette condescendance reprehensible ; 3° que les esclaves connaissant cet esprit de protection , s'empressaient de dénouer leurs chaînes et de se jeter dans les bras de l'Eglise ; 4° que cette réunion de circonstances devait produire dans les esprits un mouvement très-favorable à la liberté , et que cette communication si affectueuse établie entre les esclaves et l'Eglise, alors si puissante et si influente , dut amener un prompt affaiblissemeut de l'esclavage et faire avancer rapidement les peuples vers cette liberté que nous voyons complètement triomphante quelques siècles plus tard.

L'Eglise d'Espagne, dont rinfluenee civilisatrice a reçu tant d'éloges de quelques hommes certainement peu attachés au Catholicisme , montra également sur ce point la hauteur de ses vues , et sa prudence consommée. Le zèle de la charité en faveur des esclaves était si ardent, la tendance à les élever au sacré ministère était si décidée , qu'il fallait laisser une voie ouverte à cette impulsion généreuse, eu la conciliant, autant qu'il était possible , avec la sainteté du ministère. Tel fut le double objet d'une discipline introduite en Espagne, en vertu de laquelle il était permis de conférer les ordres sacrés aux esclaves de l'Eglise, en les aíIVanchissant au préalable. C'est ce que dispose le canon 7 i du quatrième concile de Tolède, célébré l'an 655; c'est aussi ce que l'on infère du canon il du neuvième concile de Tolède , lequel ordonne que les évoques ne pourront introduire dans le clergé les esclaves de l'Eglise, sans leur avoir auparavant donné la liberté.

Il est remarquable que cette disposition fut encore étendue par le canon d 8 du concile de Mérida , célébré l'an 666 , lequel accorde aux curés eux-mêmes le droit de se choisir des clercs parmi les esclaves de leur propre église, sous l'obligation de les maintenir proportionnément à leurs revenus. La sagesse de cette discipline prévenait, sans aucune injustice , tous les inconvénients que pouvait entraîner l'ordination des esclaves ; c'était en outre une voie très-douce pour amener les résultats les plus bienfaisants , puisqu'en conférant les ordres sacrés aux esclaves de TEgiise même, il était facile de les choisir avec discernement et de prendre ceux qui le méritaient

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le plus par leurs qualités intellectuelles et morales. C'était en même temps rendre très-facile à l'Eglise le moyen d'affranchir ses esclaves, et de le faire par la voie la plus honorable , en les inscrivant au nombre de ses ministres. Enfin , l'Eglise en se montrant si généreuse à faire le sacrifice de ses esclaves , donnait aux laies un exemple salutaire. Nous venons de voir qu'elle était sur ce point si indulgente, qu'elle accordait nonseulement aux évêques mais même aux simples curés la faculté de leur donner la liberté. Cette noble initiative devait rendre moins pénible , pour les séculiers , le sacrifice qui pouvait leur être demandé en faveur de la liberté de leurs esclaves , alors qu'une circonstance quelconque semblait les appeler au sacré ministère.

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