‹ Le Psoriasis et la TuberculoseChapitre 23 sur 32 · IP VA TTE · texte numérisé non relu

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terreurs nocturnes; puis, à la puberté, ce sera de l’urticaire, du lichen, du psoriasis et toutes ces lésions pourrontse succéder ; elles font pour ainsi dire partie du tempérament, et si elles viennent à disparaître, des localisations viscérales peuvent se manifester. Cette idée de la diathèse a d'ailleurs longtemps dominé la question et lorsqu'on condamna l'herpétisme, ce fut prôner une autre diathèse, l'arthritisme, comme le fit Bazin.

En somme, deux grands courants d'opinions : diathèse ou antagonisme et phénomènes de substitution. Dans le premier cas, ce sont les phases d’une même maladie qui se déroulent successivement, el si nous voyons une localisation se faire pendant que la première en dale s’atténue, c'est simplement parce que, au cours de l'évolution morbide, un des symptômes a pris le pas sur l'autre, a manifesté une plus grande activité; mais nous restons toujours dans le cadre de la même maladie générale; il n'y a rien de surajouté. Dans le second cas, au contraire, il y à intervention subite, irruption d’une deuxième affection, il y a un épiphénomène qui se produit et entrave le cours de la maladie primitive, contrecarre son développement : c'est plutôt un antagonisme d'évolution qu'un antagonisme réel. On avait d’ailleurs dressé la liste de ces affections combattives qui se disputaient des terriloires de notre organisme ; à la luberculose, entre autres, on avaitopposé l'asthme, l'emphysème, la serofule, l’arthritisme, la chlorose. x |

Or, à l’époque où nous sommes, la chlorose, l’arthritisme, la scrofule, l'emphysème, l'asthme out été singulièrement rapprochés de la famille tuberculeuse. Pour nombre d'auteurs, ce sont des tuberculosesfibreuses, des tuberculoses atténuées ; en somme, on en revient à la vieille conception de Pidoux sur les diathèses : « Ce sont, disait il, des maladies prédisposantes et antagonistes ». Prédisposantes, parce que mettant les organes en état de réceplivité particulière vis-à-vis des agents pathogènes ; antagonistes, parce qu'elles modifient les tissus de telle façon que ces mêmes agents ne peuvent s’y développer facilement.

En face des relations qu'ont montrées dans nos observations ces deux affections, le psoriasis et la tuberculose, relations si intimes

que nous avons vu les deux protagonistes s’avancer, puis reculer

alternativement l’un devant l’autre, comme dans une scène bien réglée, il nous semble que l’on pourrait, sans faire erreur, adopter cette opinion : que nous avons assisté au développement des phases d’une même affection. Et voici nos raisons :

Quand deux maladies sont ainsi liées, que l’une ne peut faire un progrès sans que l’autre perde du terrain, nous sommes en droit de dire avec Brocq qu'il y a là plus d’une coïncidence. Il

y a un lien réel et ce lien, pour nous, est cette infection même,

cette diathèse si l’on veut, dont les aggravations font subir des variations à la: manifestation première. Ce lien serait la tuberculose elle-même.

Cette conviction est basée sur ce fait de la succession clinique et de l'alternance qui avait semblé aux vieux cliniciens d’une importance capitale. N'avons-nous pas vu d’ailleurs s’agrandir chaque jour le territoire, immense déjà, de la tuberculose et y rattacher justement les maladies qu'on voulait lui opposer. N'avons-nous pas assisté à la démonstration clinique et expérimentale de la nature tuberculeuse de la plupart des états pathologiques frappant le tuberculeux. Pautrier n’a-t'il pas fait le dénombrement de toutes les tuberculoses cutanées atypiques et le psoriasis seul devrait-il en être exclu, qui présente des connexions si grandes avec la tuberculose. Non, un ensemble de faits semblables amène fatalement à l'idée d'une unité de processus pathologique qui régirait les deux affections. Phénomène de substitution, alors! Si l’on veut, mais à la condition expresse d'en préciser le sens : « Un phénomène de substitution, d'après Peter, est un incident morbide qui suspend ou arrête le cours de la tuberculose ». C’est ainsi qu’un eczéma aigu agirait favorablementsur l'asthme tuberculeux, la sciatique sur la phtisie évolutive, l'hyperchlorydrie sur des poussées congestives bacillaires (Ollier). La question est de savoir comment ils agissent et, à notre sens, les dermatoses (eczéma, psoriasis) ne suspendent le cours de la tuberculose qu'au même litre que l'asthme et l'emphysème dans le poumon; parce que asthme, emphysème ne sont, en formes atténuées que des loca-

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lisations. C’est le « scrofule dont on triomphe » de Poncet. Le malade, lorsque naît son affection cutanée, est déjà en puissance d'infection tuberculeuse; le bacille de Koch, microbe très répandu, a déjà touché son organisme; mais cet organisme se défend et ce sont les manifestations de la lutte que nous apercevons inscrites en efflorescences .-psoriasiques sur l’épiderme de nos malades. Longtemps cette lutte se poursuivra, selon un mécanisme que nous étudierons plus tard; mais, si la résistance vient à fléchir en un point, la localisation change de place pour aller occuper ce nouveau locus minoris resistentiæ, le psoriasis est en voie d’effacement pendant que la lésion pulmonaire progresse. Ceci est d’ailleurs à rapprocher des phénomènes d’allergie, étudiés par Gougerot, Bernard, Sergent et Jousset, et auxquels ils ont assigné une prédominance d’immunisation. De fait, deux de nos malades au moins ont longuement résisté puisque, atteints de dermatoses depuis leur enfance, leur tuberculose pulmonaire ne s’est avérée que tardivement.

D'ailleurs, n’avons-nous pas sous les yeux, à chaque instant des exemples de ces tuberculoses atténuées à localisations extérieures. N'est-ce pas à un phénomène de même ordre que nous assistons, lorsque nous voyons la peau se pustuliser, Ia conjonctive s'enflammer sous l'influence de la tuberculine ; ici, comme là, n'est-ce pas d’une réaction de défense qu'il s’agit. Ne trouvons-nous pas dans la pratique, comme l'avait remarqué Peter : 1° des personnes atteintes dans leur enfance et guéries de certaines formes eczémateuses bien accentuées, souvent prises plus tard de phtisie pulmonaire; 2° des personnes issues d'une famille tuberculeuse et préservées de l'hérédité en devenant herpétiques, ou bien atteintes déjà sérieusement d'un commencement de phtisie, laquelle s'arrête par la survenance de l'affection

cutanée; 3° enfin une personne, née d'une famille tuberculeuse, et préservée personnellement par l'eczéma, mais transmettant à ses descendants, non sa maladie de peau, mais la maladie pulmonaire qu'elle n'a pas, et inversement sans doute. « Dans ces faits si intéressants, de phtisie pulmonaire chez des enfants d'herpétiques, il n’y a pas que cela, il ÿ à encore la démonstra-

tion de l'utilité préservatrice de ce que nous avons dit être des phénomènes de substitution; ainsi la fistule à l’anus et sa guérison, suivie bientôt après de manifestations tuberculeuses; herpétisme tutélaire, chez le seul membre d’une famille qui échappe à la phtisie après avoir présenté, d'abord des manifestations tuberculeuses contrebalancées, puis finalement neutralisées par le développement de la maladie herpétique héréditaire ». Ces seules lignes de Peter contiennent en puissance et la loi de Marfan et la connaissance des phénomènes d'allergie à prédominance d'immunisation.

Pour nous, la question nous paraît jugée ; nous voyons entre deux maladies subissant ces alternances, un lien commun qui les unit étroitement; nous en trouvons la preuve dans ces balancements réguliers qui se manifestent non seulement chez l'individu, mais encore dans la famille : dans les phénomènes

de subslitution, dont nous avons fait des antagonistes d’évolu-

tion; enfin, dans l’immunité relative, conférée à un individu, soit par son ascendance, soit par une atteinte antérieure de la maladie. Nous disons immunité relative, parce que si, chez nos malades, l'infection est restée quelque temps torpide, elle ne s’en est pas moins réveillée pour évoluer; il nous semble bien que la loi de Marfan doit être modifiée dans ce sens et que Gougerot est plus près de la vérité en proclamant seulement la prédominance de l’immunisation, prédominance qui peut évi demment céder dans un conflit morbide.

Les conséquences de l’observation de ces faits, avec l’interprétation que nous leur donnons, nous semblent avoir une grande importance.Outre le puissant intérêt qu’elles présentent en pathologie générale, où elles nous donnent la clef de phénomènes en apparence inexplicables, elles ont un véritable intérêt pratique. Le vieux médecin de la famille, celui qu'étant enfants nous avons tous vu arriver, figure souriante, dans un grand col évasé, celui qui avait donné ses soins aux grands parents, avant de traiter les petits-fils, ne se lrompait pas sur le sens de ces manifestations extérieures qu'il avait rencontrées sous des formes différentes chez l’un ou l’autre de ses membres.

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