‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 108 sur 176 · GUATTINARA, ISABELLE, MARGUERITE, UN PAGE · texte numérisé non relu

GUATTINARA, ISABELLE, MARGUERITE, UN PAGE

Isubellc entre suivie de ses femmei et causant avec Marguerite. MARGUERITE, à Isabelle.

Oui, madame. Votre Majesté doit se rendre à nos avis, et ne pas hésiter davantage... Ah! c'est terrible, c'est hardi... ce sera toute une révolution, qu'importe !

GUATTINARA.

Ah! mon Dieu !...

C'est à vous seule qu'il appartient de frapper un pareil coup d'État...

GUATTINARA.

De quoi s'agit-il donc ?

MARGUERITE

Des collerettes montantes, des fraisôs à gros lu vaux. Je dis, et chacun partagera mon opinion, que lorsqu'on a des épaules aussi belles, aussi éblouissantes que celles de la

LES CONTES DE LA REINE Dlâ NAVARRE 311

reine, on doit proscrire à jamais une mode absurde, ressource de la médiocritd, et qui a dté inventée, j'en suis sûre, par quelque princesse ou impératrice bossue... qui désirait, avec raison, garder Tincognito ; mais nous 1 madame, nous!... pourquoi ne pas paraître?... ayons ce courage... l'opinion publique sera pour nous... et les hommes aussi !

GUATTINARA.

Vous crovez?

MARGUERITE

A commencer par vous, seigneur Gualtinara, et par l'empereur lui-môme... qui, j'ai cru le remarquer, n*aime pas la dissimulation, dans ce genre du moins !

ISABELLE, apercevant lo Uvre d'heares qae Marguerite tient A la main.« Ah! le joli missel... (Le prenant et le regardant.) aUX armCS (le

France ! (L'ouyrant et le regardant.) et de si belles figurcs...

Peintes pour moi ! J'ai idée que la princesse Éléonoro, qui prie toute la journée, aurait grande envie de mon livre d'heures... mais s'il pouvait plaire à Votre Majesté...

ISABELLE, vivement.

Merci, princesse, merci! je veux le montrer à l'emporeur.

GUATTINARA, s'avongcnt.

Qui vient de me charger d'un important message pour son auguste fiancée... pour elle seule...

(Toutes les dames se retirent au fond à quelques pas do distaLCe. Mcirg;:c>rito Ta s'asseoir près de la table à droite, et Guat inora descend avec Isabelle au bord du théâtre & gauche.)

GUATTINARA, à demi- voix.

L'empereur attend Votre Altesse à la messe... il faut y aller;

ISABELLE, avec humeur.

Encore !..» (Après un instant de silence*) GuaUiuara... je

m'ennuie !

GUATTINARA.

C'est la seule occupation d'une reine d'Espagne.

ISABELLE

Il n'y a que la princesse Marguerite qui m'amuse...

GUATTINARA.

ciel! vous l'aimez!

Non... mais elle m'amuse! et puis elle me fait toujours de si jolis cadeaux 1 regardez, que ce missel est beau!... que ses ornements sont élégants !

GUATTINARA.

Défiez-vous d'elle !

ISABELLE

C'est singulier, elle m'a dit la môme chose de vous.

GUATTINARA, â part.

Ail! c'est bon à savoir ! (a domi-voix.) En revenant de la chapelle avec l'empereur. Votre Altesse pourrait le remercier de ma nomination de ministre, qui a produit le meilleur effet. Voire Altesse pourrait ajouter qu'elle a reçu des lettres du roi Emmanuel son oncle....

ISABELLE, naïvement.

Ce n'est pas vrai !

GUATTINARA.

C'est égal... et qu'il lui serait agréable... ainsi qu'à vousmême... que le roi d'Espagne m'accordât son ordre de la Toison d'Or, complément de ma dignité ! (vivement et h voix

basse, voyont Marguerite qui se 1ère.) Mais la prinCOSSO Marguerite

nous regarde ot nous écoute peut-être!

ISABELLE

Elle n'en a pas l'air !

GUATTINARA.

Raison de plus... (Af'ecta.t de parler à haute voix.) Oui, madame, Sa Majesté se flatte de voir Votre Altesse ce matin à

la chapelle du palais, et demain, ce sont ses propres paroles, à la réception qui aura lieu dans vos petits appartements.

ISABELLE, avec torroor.

Ah ! par sainte Isabelle, ma patronne, que vais-je devenir?

MARGUERITE, s'approchent vlvemont.

Qu'est-ce donc, madame, qui cause le trouble où je vous vois ?

ISABELLE

Comment I vous n'entendez pas, Tempercur qui nous demande pour demain une soirée intime?... quel divertissement lui donner?...

MARGUERITE

Le fait est qu*en sa qualité de roi... il est plus difficile qu'un autre à amuser... mais en y rrtettant de Tamour-propre, il est impossible que nous n'en venions pas à noire honneur; nous lui ferons de la musique... et si vous le voulez même, je vous donnerai lecture d'un conte que je viens de terminer... et dont le titre piquera peut-être la curiosité de Sa JUajeslé et de nos jeunes seigneurs.

ISABELLE

Vous l'appelez?...

MARGUERITE

Ce qui 'plait aux dames.

ISABELLE

Me voilà sauvée ! ..Ah ! que vous êtes bonne, (Étourdimont.) quoi qu'on en dise...

MARGUERITE, regardant Guattinara qui fait an goste pour cmpéchor

IsaLcUe de parler.

Quoi qu'on en dise!... voilà, seigneur Guattinara, une déclaration de guerre... qui doit venir de vousl

GUATTINARA.

Votre Altesse me juge mal ; elle n'a pas, auprès de l'empereur, de serviteur plus dévoué à ses intérêts.

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