‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 147 sur 176 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

MARGUERITE et CHARLES-QUINT, assis l'un près de l'autre à la gauche du théAtre, GUATTINARA, entrant par le fond.

GUATTINARA, stupéfait.

Ciel!... l'empereur, en tête-à-tête avec Marguerite!

CHARLES-QUINT, se retournant au bruit.

Ah I c'est toi, Guattinara ? Entre et attends.

(Marguerite et Charles-Quint, assis à gauche du théâtre, causent à voix bafse en ayant l'air de se faire mutuellement quelques observations.)

GUATTINARA, loin d'eux, debout, à droite du théâtre.

Et ne pouvoir deviner ce qu'ils se disent!... c'est à en perdre la tête... et ma charge, peut-être... car c'est ma ruine que Ton médite !... Hier favori, aujourd'hui disgracié !... H n'a fallu pour cela qu'un mot d'une femme !... Ah ! je trouverai moyen de me réconcilier avec la reine!... Puisqu'elle me redemande ses lettres... tantôt, à l'heure ordinaire, elle

me verra... Je presserai, je prierai, je pleurerai même s'il le faut I..*

CHARLESKÎUINT.

Holà quelqu'un! (Sabiéca sort du cabinet à gauche.) Que l'on

voie à nous trouver M. le comte d'Albret, et qu'on le prie de vouloir bien venir.

( abiéça s'incline, sort par la porte à droite et rentre quelques instants après.) CHARLES-QUINT, s'adressant à Guattinara.

Toi, Guattinara, approche, et surtout pas un mot, pas une réflexion sur les ordres que je vais te donner ! Je ne te permets rien... que de les exécuter avec zèle et discrétion. Tu feras préparer, en sortant d'ici, le plus bel appartement du palais pour notre frère et allié le roi de France.

GUATTINARA, à part.

ciel!... Marguerite l'emporte !

CHARLES-QUINT

De plus, tu vas à l'instant même, et sous mes yeux, écrire au roi de Portugal que les impérieuses nécessités de ma politique ne me permettent pas, à mon grand regret, de donner suite à notre projet d'alliance entre nos deux maisons.

GUATTINARA, Yirement.

Gomment, sire, il serait possible !...

CHARLES-QUINT, grayement.

J'ai défendu, Guattinara, la moindre réflexion. Nous ne sommes pas ici au conseil ; je ne discute pas, je commande.

GUATTINARA, à part.

Quels regards sévères !... Est-ce qu'il se douterait de quelque chose?... est-ce que Marguerite... toujours Marguerite..» aurait découvert cet amour-là comme celui de Sanchette?

(Sur un geste du roi, il s*assied devant la table à droite et écrit.)

CHARLES- QUINT, à Babié^a qui rentre en ce moment par la porte à

droite.

Tu te tiendras prêt, Babiéça, à partir à l'instant pour Lisbonne.

BABIÉÇA, étonné.

Moi, sire!...

CHARLES-QUINT

Relate contrarie?...

BABIÉÇA.

Non, sire... parce que maintenant je n'ai plus d'inquiétudes... Sanchette m'a expliqué la chose d'une manière si simple...

CHARLES-QUINT, riant.

Ah! ah!...

BABIÉÇA.

Votre Majesté avait décidé qu'elle porterait désormais les couleurs de la nouvelle reine...

GSARLES-QUINT.

C'est vrai 1

BABIÉÇA.

Et alors on l'avait chargée de mettre un nouveau nœud de rubans au chapeau de Votre Majesté.

C'est l'exacte vérité 1 ♦

BABIÉÇA, virement.

J'en étais sûr... et cependant, cela me fait plaisir que le roi

me l'ait dit... (Se retournant Ters Guattinaro qui écrit à la table A

droite, et parlant à haute Yoix.) Le roi, aU moius, est raSSUrOOt...

GHARLES-QUINT, lui faisant 'Signe de la main de se taire«

C'^st bon, cela suffitJ!..

(il se reniet à causer bas ayec Marguerite, et pendant ce t^mps/BaHéga jSb'

dresse à demi-yoix à Guattinara#)

BABIÉÇA.

Le roi est rassurant !... ce n'est pas comme vous, seigneur Guattinara, qui êtes toujours à m'effrayer et à me dire : Prenez garde !.,. Encore hier, M. Henri d'Albret dont vous me disiez de medéfîer...

6UÀTTINARA, à part, haussant les épaules.

Parbleu !

BABIEÇA, à demi-Yoix et avec satisfaction.

Il songe bien à ma femme ! il en aime une autre I le brave jeune homme ! une autre bien plus belle, madame Marguerite I

GUATTINARA. '

Que dis-tu ?

Sanchette en est sûre... et moi aussi...

GUATTINARA, vivement.

Sanchette...

^BAJBIÉÇA.

Oui! *

' GUATTIMARAy se levant ^4 part.

<2uand la di^Àce «est certaine, ^jon^eut ioat risquer...

(a -von ^asse à'ftolnéca, avec un geete impératif.) Qlioi que tU entendes, sur ta tête et sur celle de ta femme, tais-^toi!

BABIEÇA, effrayé et à voix iiaate«

Moil..*

CHARLlSd-QVINT, ^e retournant»

■{Ju'y «-4-11?

GtîATTINARA.

Une bien terrible nouvelle, sire, que m'annonce Babiéça; on dit que par désespoir le jeune comte d'Albret vient de se donner la mort.

BfARGUËRITE, se levant vivement et se soutenant à peine.

Ah!

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