‹ Le puff: Adrienne LecouvreurChapitre 22 sur 176 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DËSGAUDETS, sortant de la porte à gauche ; ALBERT, entrant. par

le fond'.

DëSGAUDETS.

Vous, mon jeune ami... chez... moi cl de si bon malin !

ALBERT, regardant autour de lui.

Je n*ai pas pu dormir de la nuit.

DESGAUDETS.

El pourquoi donc, s'il vousplait?

ALBERT

Un espoir... un rôve... auquel je ne peux croire, et dont je n'oserais parler à personne au monde... et puis... une chose qui vous contrariera sans doute, et que je me hâte de vous apprendre, pour que vous ne m'en vouliez pas. Depuis ^'ier, je rencontre une foule de gens qui me tendent la main et m'accablent de prévenances : « J'espère que la for- « lune ne vous fera pas oublier vos amis, » me disent-ils... et ils me complimentent, en me saluant du nom de votre gendre I J'ai beau répondre que l'on me flatte d'un honneur qui n'est pas, ils prennent ma franchise pour de la discrétion, et semblent refuser de me croire !

DESGAUDETS.

Los quelques mots que j'ai dits hier à mon ami le chef de

bureau auront sans doute causé cette erreur, qui vous prouvera l'excellence de mon système... à savoir : que tel pelit mensonge innocent aura souvent rapporté beaucoup plus qu'une grosse vérité... Et si vous en doutez encore, je vous avouerai que Ton m'a prévenu ce matin, eten confidence, que mon gendre le capitaine allait être nommé chef d'escadron !

ALBERT

Moi!

DESGAUDETS.

Avancement mérité !

ALBERT

Qui cependant n'est accordé qu'à voire gendre, quand depuis longtemps il aurait dû l'êlre à moi, à ma conduite, à mes blessures !... Et une telle injustice...

DESGAUDETS.

N'allez-vous pas vous en fâcher, el réclamer ?

ALBERT

Oui, sans doute !

DESGAUDETS.

Eh ! acceptez toujours !... n'importe à quel titre !

Et si l'on m'accuse un jour de n'avoir obtenu ce grade que par l'intrigue et la faveur.

DESGAUDETS, haussant les épaules.

Une pareille calomnie!...

ALBERT

Eh! mon Dieu... il s'en répand souvent de si absurdes... Votre ami le chef de bureau, que j'ai rencontré et qui est discret, car il ne m'a pas parlé de moi, m'a appris que la femme de mon pauvre général, madame de Saint-AvoW, allait voir sa pension augmentée, à la sollicitation d'un grand seigneur ; et, en effet, vous m'aviez promis, hier, de faire recommander par M. de Marignan une pétition...

DES6AUDETS.

Qu'il a apostillée de sa main, et que j'ai portée moi-môme à son ami le secrétaire général.

ALBERT

£h bien 1 monsieur, on a ajouté, avec un sourire malin : « Il parait que ce grand seigneur protège madame de Saint-Avold d'une manière toute particulière, et qu'il lui porte môme, en secret, l'intérêt le plus vif... • — Ce n'est pas I me suis-je écrié : qui a pu vous dire une pareille imposture? — Le premier commis, qui le tenait du secrétaire général lui-même ! » Vous comprenez qu'à l'instant j'ai coaru dans les bureaux.

DESGAUDETS, effrayé.

Âh I mon Dieu !

Chez le premier commis... chez le secrétaire général, rétabhssant les faits et la vérité., leur disant que madame de Saint-AvoId avait cinquante-cinq ans, leur prouvant que M. de Marignan ne la connaissait môme pas et ne Pavait jamais vue.-.

DESGAUDETS.

Vous avez fait ce coup-là !

ALBERT

Oui, monsieur... j'ai justifié cette pauvre femme !

DESGAUDETS."

Et VOUS lui avez ôté sa pension !

ALBERT

Moil... comment cela?

DESGAUDETS.

M. de Marignan, qui tient à se faîte des amis, apostille outes les pétitions qu'on lui présente, sans les lire, c'est connu au ministère, et pour donner à celle-là un caractère distinctif, un cachet particulier qui attirât sur elle l'attention

StBiBE. - Œuvres complètes. K» Série. — ô"»» Vol. — 5

et l'intérêt... j'avais glissé à ToreiUe du secrétaire général quelques mots... accompagnés d'un sourire... de ces mots qu'on peut interpréter et amplifier... à volonté 1

ALBERT, avec colère.

Mais vous avez donc fa manie... la rage des amplifications?

DESGAUOBTS, lroid«itt«ot.

C'est mon système 1 le seul pour arriver. Aussi, voua le voyez... j'avais réussi..', tandis que vousl... Je ne m'étonne plus maintenant de cette lettre à laquelle je ne comprenais rien... (Lui dotmant une lettre.) Yous pouvez l'expUquer 1

ALBERT, la regardant d'un air troublé.

C'est de madame de Saint-Avold... et elle vous est adressée!... (Lisant.) « Mousicur, j*apprends par un employé du « ministère, et je ne sais comment vous en remercier, que « vous aviez, sans me connaître, parlé en ma faveur. On « allait m' accorder le supplément de pension que vous aviez « demandé pour moi, lorsque quelqu'un... (je ne puis en- « core le croire) M. Albert d'Angremont, que mon mari « a comblé de bontés, est venu détruire l'effet de vos soins. (( Je ne sais ce quMl a pu dire contre nous^ dans les bureauX) « mais toute la bonne volonté qu'on nous témoignait s'est « évanouie, et devant un procédé aussi indigne... devant une « ingratitude pareille... » (N'achorant pas la lettre.) Ah! c'est à confondre!... c'est moi qu'on accuse»., et c'est vous qu'on remercie...

DESGAUDETS.-

Vous le voyez I

ALBERT

Moi qui chéris la mémoire du général... moi qui défendais l'honneur de* sa veuve... Courons du moins la détromper !

DESGAUDETS, le retenant.

Attendez donc ! j'ai une invitation à vous transmettre de là part de M. de Marignan et de la mienne;

ALBERT

A moit...

DBSGAUDETS.

Gomme ami de Maxenee et de sa famille, vous êtes prié d'assister au co&trat qui se signe aujourd'hui ehez moi... ainsi qu'au diaer et à la soirée que nous donne chez lui M. de Marignan.

ALBERT

Un contrat ce matin... un dîner ce soir... et pourquoi donc?

DBSGAUDETS.

Pour le iMpiage dMjitonia, ma pupille !

ALBERT

ciel l et avec qui?

DBSGAUDETS.

Avec M. de Marignan... c'est décidé depuis hier soir... el je suis encore à me demander comment elle y a consenti ! . . .

(Regardant AU)ert qat chanceUe et s'appuie sur un fauteuil.) Eh bien 1

qu'avez-vous donc?

ALBERT

Bien, monsieur... je vous jure.

DESGAUDBTS.

^s SI, vraiment !

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