SCENE PREMIERE
LE COMTE, assis sur le canapé è gauche, BOUVARD, debout près
de loi.
BOUVARD
Oui, monsieur le comte, l*effet en est prodigieux,- sympathique! J'en suis moi-même encore ému, attendri... Je l'ai raconté partout les larmes aux yeuxl... aussi c'est un succès d'intérêt, un succès de femmes!
LB COMTE
En vérité !
On ne parle dans tous les salons... dans tous les boudoirs, que de votre action si belle et si touchante... de votre dé* sintéressement héroïque, d'autant plus étonnant que le siècle n'en a pas l'habitude... et l'on se passionne de nos jours pour tout ce qui est bizarre et extraordinaire !
LE COMTE, se levant*
Dis plutôt tout naturel... Je n'ai pris conseil que de mon
àme... J'ai obéi... à la voix de la conscience... à Télan de mon cœur!
BOUVARD
Ah I monsieur le comte 1
LE COMTE» à detni-roix, et changeant do ton.
II faudra cependant veiller à ce que la presse en murmure quelques mots... des initiales d'abord... On attribue à M. le comte trois étoiles... et puià demain.... le nom en toutes lettres... indiscrétion contre laquelle nous réclamerons.
BOUVARD, souriant.
Soyez tranquille... Est-ce que je n'étais pas làt G*est déjà fait.
LB COMTE, Tirement.
Tu as été modéré, au moins ?
BOUVARD
La modération du libraire-éditeur qui soigne son po&te... un petit article plein de sentiment... on va m'en apporter une épreuve que je vous soumettrai. Mademoiselle Desgaudets a ses journaux... nous aurons les nôtres... et elle aura beau faire, vous serez ambassadeur... vous serez de l'Académie.
LE COMTE
Tu penses donc que j'y ai quelques droits?
* BOUVARD
Vous en avez même au prix Montyon... car on est poar vous au paroxysme de l'enthousiasme... Nous ne trouverons jamais de moment plus favorable... pour la vente, aussi je viens de lancer notre second volume...
LE COMTE
Quoi, vraiment !-
BOUVARD
Je l'ai lancé I et je vous en apporte un exemplaire sur vélin, avec des gravures, des vignettes, etc. Nous imprimons
LE PUPF i(t»
demain que vingtmille exemplaires ont été enlevés dans la journée, et j'annonce la seconde édition pour après^démain... elle est prête I
LE COMTE
Très-bien !
^. BOUVARD
C'est notre tome III, dont il faudrait s'occuper maintenant.
LB COMTE
J'y songerai... Quel dommage que ce général de Saint- Avold n*ait laissé que deux volumes de Mémoires...
S'arrêter à ce combat de la Maboura, si patbétique... si intéressant!
LB COMTE
Tu es bien sûr qu'il n'y avait pas un troisième volume?
BOUVARD
Parbleu! je Taurais vendu à monsieur le comte comme les deux premiers... vingt mille francs!... cela* en valait la peine!... Enfin je verrai... Je vous cherclierai d'autres Mémoires secrets et inédits... il y en a partout... (a demi-roix.) Monsieur le comle ne veut pas ceux de mademoiselle Corinne Desgau Jets. . elle me propose de les acheter. Mémoires posthumes, à la condition d'inventer quelques moyens pour qu'ils paraissent, malgré elle, de son vivant!
LE COMTE
Corinne!... Eh! non vraiment... c'est déjà trop de l'avoir aujourd'hui h dîner.
BOUVARD
Elle vient chez vous?
LE COMTE
Il le faut bien!... J'ai son père qui est le subrogé tuteur de ma prétendue, et c'est si gênant d'avoir pour témoins de son bonheur... des amis qui n'en sont pas.
IM G0MÉDIB8 — DRAMKS
UN DOIIBSTIQUB) annonçant.
Monsieur et mademoiselle Desgaudets (