SCÈNE X
LE COMTE, MAXENCK et ANTONIA, sortant de la porte à gauche; ALBERT, CORINNE, au milieu du théâtre ; BOUVARD, entrant par le fond. Derrière lui quelques invités qui arrivent, tandis que LA COMTESSE, LA MARQUISE et plusieurs dames sortent de la porte à droite.
MAXENCE, gaiement, pendant que le comte va saluer ses invités.
Bravo ! voici tout le monde réuni, c'est l'heure du dîner ! Un beau moment... quand le dîner est bon... et M. de Marignan est connaisseur! De nos jours... les grands hommes sont gourmands, et ils font bien... on a si peu de temps à vivre... le génie surtout !
ALBERT, à part.
Quelle gaieté! quelle insouciance! qui' reconnaîtrait là l'homme qui, ce matin, voulait se tuer...
MAXENCE
Ah ! te voilà, mon cher Albert ! Desgaudets que j'ai rencontré avant toi, et avec qui j'ai fait route, m'a appris ta
nomination... chef d'escadron, c'est officiel, oui, mesdames. (Bas, à Albert en riant.) Il m'a aussi raconté tes scrupules... et la colère de madame de Saint-Avold contre loi !... Eh bien ! t'es-tu justifié auprès de la veuve de ton vieux général?
Oui, sans doute! elle pense, comme moi, que de la misère et de Thonneur valent mieux qu'une pension achetée au prix de sa réputation...
MAXENCE
Rassure-toi I nous penserons à elle ! nous lui ferons avoir des actions!... c'est un cadeau... car dans ce moment n'en a pas qui veut... moi d'abord je n!en ai plus... (Bas, à Albert.) Et cette fois... c'est la vérité... vraie.
ALBERT
Tu n'en as pas gardé ?
MAXENCE
On ne m'y reprendra plus !
BOUVARD, bas, au comte.
L'article paraîtra dans le journal de ce soir.
LE COMTE, de même.
Très-bien. (Haut,) Pardon, mesdames, de vous faire dîner aussi tard, nous n'attendons plus que M. Desgaudets, notre subrogé tuteur, et mon ami intime, le secrétaire général... qui tous deux m'ont promis de venir et qui, je l'espère, ne me feront pas faillite.
MAXENCE, riant.
Vous avez déjà cinquante pour cent d'assuré, car voici M. Desgaudets.