ACTE I, SCÈNE III
ne pouvez me refuser le plaisir de connaître mon sauveur ?
ALBERT
Un pauvre capitaine de cavalerie, à qui cinq ans ^ de campagnes en Afrique et cinq blessures ont -J- fait obtenir...
^- DESGAUDETS.
La croix d'honneur !
ALBERT
Non, Monsieur.
DESGAUDETS.
Un grade supérieur...
ALBERT
Non, Mon sieur, mais un congé de quelques mois dont j'ai profité pour venir à Paris.
DESGAUDETS;
Votre nom, de grâce ?
ALBERT
Albert d'Angremont.
DESGAUDETS.
J'ai connu, à Metz, un d'Angremont, un camarade d'enfance, vieux et infirme... que j'ai perdu l'année dernière...
ALBERT
C'était mon oncle, Monsieur! un second père!
DESGAUDETS.
Il n'avait, pour subsister, qu'une petite pension qui lui était envoyée chaque mois... par une main inconnue que je crois deviner aujourd'hui... ( A Albert qui fait un geste négatif.) Prenez garde?. . vous juriez tout à l'heure de dire toujours la vérité.
Albert, souriant.
Je ne crois pas qu'on y soit obligé dans ce cas-là.
DESGAUDETS.
C'est convenir déjà qu'il y a des exceptions, et mieux encore... que cette main généreuse était la vôtre; cela ajoute encore à l'estime que j'avais conçue pour vous; car du premier coup-d'oeil... vous m avez plu... je vous ai aimé... vrai!., malgré mon système, vous pouvez m'en croire !.. et vous venez à Paris, c'est tout simple, pour solliciter quelque avancement, quelque faveur.
ALBERT
Non, Monsieur, mais demander justice !
desgaudets. secouant la tête.
Hum! hum!
ALBERT
Est-ce donc impossible à obtenir?
DESGAUDETS.
Si vous avez le temps d'attendre...
Ce n'est pas pour moi! mais pour la veuve de mon pauvre général ! le général de Saint-Avold, sous lequel j'ai servi et que j'ai vu tuer sous mes yeux 1 le seul ami que j'ai connue au monde !.. le seul t..
DESGAUDETS.
Jusqu'ici! mais non pas maintenant!
albert, lui serrant la main.
Ah! Monsieur!..
DESGAUDETS.
Vous disiez donc que votre général...
ALBERT
Le plus brave officier! le plus honnête homme... ne pensant qu'à son pays et à ses soldats! jamais à lui! mort sans fortune, laissant une veuve et trois enfants!.. Je demande un supplément à la modique pension qui leur donne à peine de quoi vivre. Depuis hier je me suis présenté à toutes les portes... j'ai raconté à tout le monde les faits tels que je viens de vous les dire... tels qu'ils sont... en un mot!
DESGAUDETS.
Tels qu'ils sont! c'est peut-être un tort! si vous aviez orné ou embelli la chose... j'ai vu des actions si simples devenir héroïques... en y aidant un peu.
ALBERT
La vérité, en pareil cas, ne parle> t-elle pas assez haut?
Certainement!., mais vous n'avez encore rien obtenu ?
ALBERT
Non, Monsieur!
DESGAUDETS.
C'est ce que je voulais dire? enfin je verrai... j'ai peu de crédit... encore moins de fortune! mais j'ai quelques connaissances assez haut placées, et grâce à elles, il me sera peut-être possible... albert, vivement.
De faire triompher la vérité.
DESGAUDETS.
Qui sait! le hasard!... Je suis, Monsieur, un philosophe qui marche avec mon siècle... C'est vous dire que je biaise parfois pour arriver.... mais j'arrive, en prenant le monde comme il est, et desamis quand j'en trouve!... (Tirant unecarte de sa poche et la lui donnant.) Voici mon nom et mon adresse, heureux, quand je vous dois la vie, de pouvoir quelque jour reconnaître le service que vous m'avez rendu.
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