ACTE III, SCÈNE VII
LE COMTE
Quoi... ces railleries arriéres... ces outrages jetés non-seulement sur mon ouvrage... mais sur moimême... sur mon caractère...
CORINNE
Que voulez-vous? je vous aimais tant.
LE COMTE
M'attaquer dans mes talents politiques et littéraires... changer pour moi la trompette de la renommée en celle du charlatan, me peindre comme faux, avide... intéressé... faisant de la gloire métier et marchandise...
CORINNE
Je vous aimais tant !
le comte, avec impatience.
Mais tous ceux qui ne m'aiment pas vont répéter ces injures, et comment les ferez-vous accorder avec les éloges dont hier encore vous m'accabliez, dans le même journal... grâce, esprit, sensibilité! noblesse d'âme... sublime caractère...
Eh! savais-je moi-même ce que je disais... je vous aimais tant!
le comte, avec colère.
Eh! Madame...
CORINNE
Et puis nos pensées de la veille... sont-elles toujours celles du leudemain.. Vous même, Monsieur... n'abandonnez-vous pas aujourd'hui l'idole que yohs encensiez hier !
LE COMTE
Je ne l'outrage pas du moins ; je ne la renverse pas de l'autel pour la fouler aux pieds; et mon adoration, pour elle, que dis-je,mon fanatisme, sunit à tout autre sentiment!., car l'amour passe, mais le talent reste!.. Le génie est impérissable !.. il est impérissable, le génie !.. {A part.) Et la flatter encore !.. moi qui exècre les bas-bleus... moi qui les ai toujours détestés ! {Haut.) Écoutez-moi, Corinne!..
Corinne, qui s'est assise à droite.
Vous allez me tromper...
le comte.
Non. Vous connaîtrez l'erreur qui m'a égaré! et moi aussi je vous ai aimée... vous, la fille des arts et de la poésie; mais croyant que cette âme pure, céleste, éthérée, ne tenait point aux choses d'ici-bas... mon amour était un culte, une religion, je vous adorais comme on adore la Divinité, la muse chaste et sainte, que j'aurais cru offenser par des transports humains... et persuadé que vous ne vouliez être aimée qu'ainsi...
Corinne, se levant.
Eh! qui vous l'a dit, Monsieur?
Ah ! si je l'avais su ! ! si j'avais soupçonné que cette âme divine ne dédaignait pas une ardeur terrestre...
Corinne, vivement.
Vraiment?
lb comte.
Nous étions nés l'un pour l'autre ! tout semblait nous réunir, mêmes goûts... même âge... {Se reprenant.) Je veux dire : mêmes sentiments... même fortune... {Se troublant.) et il est trop tard!
CORINNE
Pourquoi donc?
LE COMTE
Des engagements sacrés... avec un ami!
CORINNE
Mais ces engagements... quels sont-ils, expliquez-vous?
le comte, avec embarras.
Pour mon malheur, je ne le puis!
CORINNE
Qui vous en empêche?., parlez, répondez!..
un domestique, annonçant.
Monsieur Bouvard!
le comte, vivement.
Mon libraire!., qui me demande!