SCÈNE VII
LE COMTE seul.
« C'estVénus toute entière a sa proie attachée. » J'avais espéré la désarmer, et je vois que flatter ou adorer ces femmes-là, est, pour un homme de lettres, un système de dupe. Il y aurait plus de profit à faire comme tout le monde... à les détester franchement et sur-le-champ ; car si vous cessez
un instant de les aduler, si vous les blessez dans leurs vanités, dans leurs prétentions... dans leurs amours... l'Olympe se change en enfer et la muse qui était votre alliée vous déclare la guerre! bien plus, elle vous fait des ennemis mortels de tous ses adorateurs, de tous ses amants... c'est à n'en plus finir !.. Il est évident que ce salon, ce cénacle académique où se tiennent les élections préparatoires, va voter en masse contre moi... et c'est demain l'élection !.. et la revue de mademoiselle Corinne Desgaudels ne perdra pas une occasion de saper, de renverser ma réputation littéraire et politique ; les mieux établies tiennent à si peu de chose! et chaque jour... (S' approchant de la table.) Que vois-je ? mon nom ! sur ce cahier... encore un article contre moi... (Lisant.) « Mémoires secrets. Chapitre xix. Désespoir et vengeance de Corinne. [Moyens de rompre le mariage du comte ! qui ne tient qu'à la fortune d' Antonio. Voir si l'on ne pourrait pas, comme dans les Femmes Savantes, lui persuader qu'elle est ruinée... (S' interrompant.) En vérité!.. S'entendre avec le frère et la sœur qui n'osent rompre ouvertement, mais qui désirent celte rupture... et alors... On en est resté là... n'importe? cette fois du moins, les Mémoires secrets auront appris quelque chose !.. Ah ! l'on trame icides complots... me voilà prévenu ! et c'est à moi, à mon tour, par quelque contre-mine, quelque conlre-puff... (Voyant s'ouvrir la porte à gauche.) C'est Antonia... quelle agitation... quel trouble... dans ses traits... est-ce la scène qui commence... Attention!
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