Porta nel tempio le cupide vele
Tous les commentateurs s'accordent à l'entendre de l'abolition des templiers. En 1305, Jacques Molay, appelé à Paris par le pape, grossit letrésor de l'ordre de cent cinquante mille florins, sans compter douze chevaux chargés de gros tournois. Le 13 octobre 1307, le grand maître et tous les chevaliers, présents à Paris sont arrêtés, leurs richesses séquestrées, et Philippe les dénonce comme une société perfide, idolâtre, dont les œuvres et les seules paroles étaient capables de souiller la terre et d’infecter l’air. Le 25 mars 1308, la Faculté de théologie approuve les mesures prises par le roi ; les États, réunis à Tours, pressent les poursuites. Clément V fait procéder contre eux
canoniquement. 4342, abolition de l’ordre au conci'e de Vienne. Soulèvement de la conscience publique. On les crut innocents, et longtemps on raconta comment Jacques Molay, du haut de son bûcher, avait assigné Clément V à comparaître, dans les quarante jours, au tribunal de Dieu.
M. de Hammer (Mysterium Baphometi revelatum) résume les principales accusations portées contre les templiers; emblèmes gnostiques, Bryouiris. Le culte du Saint-Esprit représenté par une idole à longue barbe ; reniement du Christ; la croix conspuée et foulée aux pieds ; baiser immonde; custodite vos ab osculo templariorum. Interrogatoire que le grand maître et deux cent trente et un chevaliers ou frères servants subirent à Paris. Cet interrogatoire fut conduit avec beaucoup de ménagement et de douceur par un archevéque, plusieurs évêques et dignitaires ecclésiastiques. Rien n’y fut arraché par la torture.
Contact des templiers et des sectes gnostiques en Orient. — Le règne du Saint-Esprit succédant au règne du Christ. Affranchissement de la chair. Mais comment accorder ces doctrines avec tant de dévouement et de bravoure? — Il y avait un ordre et une secte comme chez les franciscains. Mais le jugement des contemporains a été troublé par les cris des victimes, et la postérité s'est rangée du côté des bûchers.
La sete natural, che mai non sazia, Se non con |’ acqua onde la femminetta Samaritana dimandò la grazia,
Mi travagliava, e pungémi la fretta Per la impacciata via retro al mio Duca, E condolièmi alla giusta vendetta.
Ed ecco, sì come ne scrive Luca,
Che Cristo apparve a’ duo ch’ erano in via,
Già surto fuor della sepulcral buca,
Ci apparve un' ombra, e dietro a noi venia Dappiè guardando la turba che giace; Nè ci addemmo di lei, sì parlò pria,
Dicendo : Frati miei, Dio vi dea pace.
Noi ci volgemmo subito, e Virgilio . Rendè lui ‘1 cenno ch' a ciò si conface, Poi cominciò : Nel beato concilio
Cette soif de la nature que rien ne désaltère, sì ce n'est l'eau dont la femme samaritaine demanda le bienfalt,
Me tourmentait done, et l'impatience m'aiguillonnait à la suite de mon guide sur cette route encombrée, ct j'étais touché de compassion devant la juste vengeance de Dieu ;
Et voici : comme Luc nous apprend que le Christ, à peine sorti de l’antre sépulcral, apparut à deux hommes qui cheminaient;
Une ombre nous apparut, et elle venait derrière nous, regardant à ses pieds la foule des ombres couchées à terre, etnous nenous aperçûmes pasd'elle avant qu’elle parlàt.
En disant : « Mes frères, Dieu vous donne la paix! » nous nous retournàmes aussitôt, et Virgile lui rendit le geste qui convient à un tel salut.
Puis il commença : «Dans le concile des bienheureux,
DEL PURGATORIO
Ti ponga in pace la verace corte, Che me rilega nell’ eterno esilio.
Come! diss’ egli (e parte andavam forte), Se voi siete ombre che Dio su non degni, Chi v’ ha per la sua scala tanto scorte?
E il Dottor mio : Se tu riguardi i segni Che questi porta e che l’Angel proffila,
Ben vedrai che co' buon convien ch’ e’ regni.
Ma po’ colei che di’ e notte fila, Non gli avea tratta ancora la conocchia, Che Cloto impone a ciascuno e compila; L’ anima sua, ch’ è tua e mia sirocchia, Venendo su, non potea venir sola; Però ch’ al nostro modo non adocchia :
Ond' io fui tratto fuor dell’ ampia gola D' inferno per mostrarli, e mostrerolli Oltre, quanto '] potrà menar mia scuola.
13 Ma dinne, se tu sai, perchè tai crolli
Diè dianzi il monte, e perchè tutti ad una Parver gridare infino a’ suoì piè molli?
13 Si mi diè dimandando per la cruna
Del mio disio, che pur con la speranza Si fece la mia sete men digiuna.
14 Quei cominciò: Cosa non è che sanza
Ordine senta la religione Della montagna, o che sia fuor d’ usanza.
45 Libero è qui da ogni alterazione :
Di quel che ’| cielo in sè da sè riceve Esserci puote, e non d' altra cagione :
CHANT XXI. 337 « puisses-tu trouver la paix par le jugement de l'infailli- « ble cour qui me relégua dans l’éternel exil ! »
«Comment, dit-il, tandis que nous pressionsle pas, si vous êtes des ombres que Dieu ne juge pas dignes d’habiter en haut, qui vous a conduits si loin par son escalier? »
Et mon maître : «Si tu regardes les signes que porte celui-ci et dont l'ange a marqué son visage, tu verras bien qu'il doit régner avec les bons.
« Mais, comme la Parque qui file nuit et jour n'avait pas encore épuisé pour lui la quenouille que Clotho charge et garnit pour chacun de nous,
«Son âme, qui est ta sœur et la mienne, montant vers ces hauts lieux, ne pouvait y venir seule, car elle ne voit point à notre manière.
« C'est pourquoi je fus tiré de la vaste gueule del’enfer, afin de lui montrer la route, et je lui montrerai plus loin autant que pourra le conduire ma science.
« Mais dis-nous, si tu le sais, pourquoi la montagne a donné tout à l'heure de telles secousses, et pourquoi tous ses habitants ont semblé crier d’un seul cri, jusqu'au lieu où ses pieds trempent dans la mer. »
- Sa question enfilait si justement l'aiguille de mon désir, que l’espérance seule suffit pour tempérer ma soif.
Il commença : « Ce n’est point chose que la montagne sainte ressente sans raison, ni qui soit hors d'usage.
« Ce lieu est libre de toute altération. La cause de la secousse ne peut venir que de ce que le ciel reçoit de lui-même, mais non d'aucun autre événement ;
DEL PURGATORI .
Perchè non pioggia, non grando, non neve,
Non rugiada, non brina più su cade, Che la scaletta de’ tre gradi breve.
Nuvole spesse non paion, nè rade, Nè corruscar, nè figlia di Taumante, Che di là cangia sovente contrade.
Secco vapor non surge più avante Ch’ al sommo de’ tre gradi ch’ io parlai, . Ov’ ha 1 vicario di Pietro le piante.
Trema forse più giù poco od assai;
Ma, per vento che in terra si nasconda, Non so come, quassù non tremò mai :
Tremaci quando alcuna anima monda Si sente sì, che surga, 0 che si muova Per salir su, e tal grido seconda.
Della mondizia ‘1 sol voler fa pruova, , Che, tutto libero a mutar convento, L' alma sorprende, e di voler le giova.
Prima vuol ben; ma non lascia il talento, Che divina giustizia contra voglia, Come fu al peccar, pone al tormento.
Ed io che son giaciuto a questa doglia Cinquecento anni e più, pur mo sentii Libera volontà di miglior soglia.
Però sentisti 11 tremoto, e li pii Spiriti per lo monte render lode A quel Signor, che tosto su gl' invii.
Così gli disse; e però che si gode
« C'est pourquoi, ni pluie, ni grêle, ni neige, ni ro-
sée, ni givre, ne tombe au delà du petit escalier aux trois marches.
« Il n’y paraît n1 nuages épais, ni rares, ni éclairs, ni l’Iris, fille de Thaumas, qui là-bas change souvent de place.
«La vapeur sèche ne s'élève pas plus avant qu’au haut des trois degrés dont je parlais, où le vicaire de saint Pierre a les pieds.
« Plus bas, le sol tremble plus ou moins ; mais, par l'effort du vent qui se cache sous terre, je ne sais comment ces hauteurs ne tremblèrent jamais.
« Elles tremblent lorsqu'une âme se sent purifiée, à ce point qu'elle se lève ou se met en mouvement pour monter au ciel, et ce cri l'accompagne.
« Elle trouve la preuve de sa pureté dans la volonté seule quisurprend l'âme tout à coup libre, et la pousse à changer de séjour, et cette volonté ne reste pas sans effet.
« Jusque là, elle veut bien, mais le désir contraire ne le permet pas, le désir que la justice divine dirige aussi ardent au châtiment qu'il le fut au péché.
« Et moi, qui suis resté étendu pour ce supplice cinq cents ans et plus, tout à l’heure seulement j'ai senti la libre volonté d'un lieu meilleur ;
« Voilà pourquoi tu as ressenti le tremblement de terre et entendu lout autour de la montagne les pieux esprits rendre gloire au Seigneur, et que je prie de les acheminer bientôt vers le ciel. »
Ainsi lui répondit-il, et parce qu'on trouve d'autant
DEL PURGATORIO
Tanto del ber quant’ è grande la sete,
Non saprei dir quant ei mi-fece prode.
E il savio Duca: Omai veggio la rete Che qui vi piglia, e come si scalappia, Perchè ci trema, e di che congaudete.
Ora chi fosti piacciati ch’ 10 sappia,
E, perchè tanti secoli giaciuto Qui se’, nelle parole tue mi cappia.
Nel tempo che il buon Tito con l’ aiuto Del sommo rege vendicò le fora,
Ond’ usci ’l sangue per Giuda venduto,
Col nome che più dura e più onora Er' io di là, rispose quello spirto, Famoso assai, ma non con fede ancora.
Tanto fu dolce mio vocale spirto,
Che, Tolosano, a sè mi trasse Roma, Dove mertai le tempie ornar di mirto.
Stazio la gente ancor di là mi noma;
Cantai di Tebe, e poi del grande Achille,
Ma caddi in via con la seconda soma.
Ai mio ardor fur seme-le faville,
Che mi scaldar, della divina fiamma, Onde sono allumati più di mille;
Dell’ Eneida dico, la qual mamma Fummi, e fummi nutrice poetando :
Senz' essa non fermai peso di dramma.
E, per esser vivuto di là quando Visse Virgilio, assentirei un sole
Più ch'i’ non deggio al mio uscir di bando.
— — ie —- — — —
plus de plaisir à boire que plus grande est la soif, je ne saurais dire quel contentement il me donna.
Et mon sage guide : « Je vois maintenant le filet qui vous retient ici, et comment on s'en dégage ; pourquoi cette montagnetremble, el d'où vientvotre commune joie.
« Maintenant souffre que je sache qui tu fus j et que tes paroles me fassent comprendre pourquoi tu restas tant de siècles couché dans ce lieu. »
« — Au temps où le vertueux Titus, avec l'aide du roi souverain, vengea les blessures desquelles sortit le sang vendu par Judas;
« Alors, répondit cet esprit, je portais sur la terre le titre qui dure et honore le plus; ma renommée était grande, mais la foi manquait encore.
« Si donc fut l'inspiration de mes chants que de Toulouse, ma patrie, Rome m'attira chez elle, où Je méritai que la couronne de myrte ornât mes tempes.
« Stace est mon nom, que les habitants de la terre connaissent encore; je célébrai Thèbes, puis le grand Achille; mais, en chemin, je succombai sous le second de ces fardeaux.
« Les étincelles qui échauffèrent mon ardeur vinrent de la divine flamme, où plus de mille autres se sont embrasés.
« Je parle de l'Enéide, qui fut ma mère et ma nourrice en poésie. Sans elle, je n'écrivis rien qui eût le poids d'une drachme ;
« Et pour avoir vécu sur la terre quand vécut Virgile, je consentirais à différer d’un soleil ma sortie de l'exil.»
342 DEL PURGATORIO
æ Volser Virgilio a me queste parole Con viso che tacendo dicea : Taci :
Ma non può tutto la vartù che vuole ; 36 Chèrisoe pianto son tanto seguaci Alla passion da che ciascun si spicca, Che men seguon voler ne’ più veraci.
#1 lo pur sorrisi, comel’ uom cheammicca, Perchè l’ ombra si tacque, e riguardommi Negli occhi, ove 1 sembiante più si ficca.
33 E,se tanto lavoro in bene assommi, Disse, perchè la faccia tua testeso Un lampeggiar. di riso dimostrommi?
so Or son 10 d'una parte e d' altra preso :
L’ una mi fa tacer, l’ altra scongiura Ch’ 1 dica; ond' io sospiro, e sono inteso.
# Di, il mio Maestro, e non aver paura, Mi disse, di parlar; ma parla, e digli Quel ch’ e' dimanda con cotanta cura.
s4 Ond’'io:Forseche tuti maravigli, Antico spirto, del rider ch’ io fei:
Ma più d’ ammirazion vo’ che ti pigli.
42 Questi, che guida in alto gli occhi miei, È quel Virgilio, dal qual tu togliesti Forza a cantar degli uomini e de’ Dei.
.45 Se cagione altra al mio rider credesti, Lasciala per non vera ; ed esser credi Quelle parole che di lui dicesti. 44 Già si chinava ad abbracciar li piedi Al mio Dottor; ma e’ gli disse : Frate, Non far, chè tu se’ ombra, e ombra vedi.
Ces paroles firent tourner vers moi Virgile avec un visage qui, en se taisant, me disait : «Tais-toi. » Mais la faculté qui veut ne peut pas tout ; °
Car le rire et les pleurs suivent de si près la passion d'où ils jaillissent, qu’ils obéissent mal à la volonté chez les hommes les plus sincères.
Je souris seulement comme celui qui fait un signe, de sorte que l'ombre se tut et me regarda dans les yeux, où l'expression se montre davantage.
« Et aussi puisses-tu conduire à bonne fin une si grande tâche ! dit-elle. Pourquoi ta face à l'heure même m'a-t-elle laissé voir l'éclair d’un sourire? »
Me voilà pris des deux côtés. D'une part, on me fait taire ; de l’autre, on me conjure de parler ; c'est pourquoi je soupire et je suis entendu.
« Dis, m'ordonna mon maître, et n'ale pas peur de parler; mais parle et fais-lui savoir ce qu'il demande avec tant de curiosité. »
Donc, je lui dis : « Peut-être, antique esprit, t'étonnes-tu de mon sourire; mais je veux que tu te prennes d'une admiration plus grande. |
« Celui qui dirige en haut mes yeux, est ce Virgile, dont tu as appris à chanter hardiment les dieux et les hommes.
« Si tu as supposé une autre cause à mon sourire, aisse-la pour fausse, et crois que la seule vraie est dans les paroles que tu as dites de mon guide. »
Déjà 1l s'inclinait pour embrasser les pieds de mon maître ; mais celui-ci lui dit : «Frère, n'en faisrien, car tu es une ombre, et c'est une ombre que tu vois.
34 DEL PURGATORIO
# Edesurgendo: Or puoi la quantitate Comprender dell’ amor ch’ a te mi scalda, | Quando dismento nostra vanitate, 46 Trattando l’ ombre come cosa salda.
Et lui se relevant: «Tu peux comprendre maintenant
la grandeur de l'amour qui m’échauffe pour toi, puis-
que j'oublie notre vanité, en traitant les ombres comme des corps solides. »
Dante nous a montré la montagne du purgatoire portant sa tête jusque dans des régions sereines qui ne connaissent point les altérations des éléments : on n’y voit ni nuages ni brouillards; la foudre n'y brille point; la neige, la pluie, la rosée ne mouillent jamais cette terre sainte. Il faut savoir si l'imagination du poëte se donne une libre carrière, ou si elle est, comme toujours, dominée par les traditions de la science et de la poésie contemporaines.
Le Paradis terrestre couronne la montagne du Purgatoire. De bonne heure les chrétiens avaient dà chercher à se représenter ce lieu mystérieux d’où sort toute l’histoire de l'humanité. Les premiers interprètes discutent si le Paradis terrestre est un lieu de l'espace? Saint Augustin (de Civ.. Dei, cap. xx1) donne aux premiers chapitres de la Genèse les deux sens, littéral et mystique, et en permettant d'interpréter l'allégorie, il veut qu'on maintienne la vérité historique du récit. Il conclut (sup. Genes., VIII, 7) que le Paradis est un lieu dont les hommes ont perdu la connaissance. Les imaginations se chargeront de le retrouver.
Saint Avitus, de Initio mundi, I: « Il est un lieu que la nature a réservé à ses mystères, sous le soleil de l'Orient, à l’endroit où l'on dit que la terre touche au ciel : -
(Quo terram perhibent confinia jungere cælo.
Là ne se succèdent point les brumes et les soleils d’été, soit que l’astre, accomplissant sa course, vienne réchauffer la terre ou que les champs blanchissent sous les frimas. La clémence du ciel y fait régner un éternel printemps, le vent des orages n’y pénètre pas, les nuages n'y ternissent jamais la sérénité de l’air, et la terre ne demande point les pluies qui ne lui sont pas données :
Nec poscit natura loci quos non habet imbres.
Isidor (XIV, Etym.) place le Paradis terrestre en Orient, dans une température qui ne change point. Bède (II Corinth., xn) le fait s'élever jusqu’au cercle de la lune, et Dante s’attache à cette tradition lorsqu'il passe de l’Eden au ciel. Saint Jean Damascène (lib. II, de Orth. Fid., x1) le décrit comme une région divine où règne un air léger toujours égal et très-pur. Saint Thomas (4, q. cn) rapporte ces opinions; elles s'établissent dans l'école. Une carte du douzième siècle, citée par M. Wright, prolonge le cours du Gange dans la direction du Japon et place en face de ses bouches l’ìle du Paradis.
Plusieurs auteurs ne voient dans le Paradis terrestre qu’une allégorie. Michel Psellus y voit la région des contemplations divines, ou la réunion de toutes les vertus et les beautés qui forment comme un chœur autour de Dieu. Philon (de Opificio Dei) y voit une image de l’àme. Origène (Periarchon, lib. IV, cap. 11) nie absolument la réalité historique du Paradis terrestre, tenant les arbres pour l’image des anges et les fleuves pour les symboles des vertus.
Saint Ambroise, saint Jérôme, saint Chrysostome, saint Augustin, tiennent le Paradis pour un lieu corporel, tout en admettant la signification mystique. (August., lib. VIII, de Genesi ad litt.): Tres sunt de Paradiso generaliter sententiæ; una eorum qui tantummodo corporaliter paradisum intelligunt, alia eorum qui spiritualiter tantum, tertia eorum qui utroque modo paradisum, accipiunt; quam mihi fateor placere sententiam.
Selon Hugues de Saint-Victor (Annot. ad Genes., x1), quelquesuns avaient voulu que le Paradis fût la terre entière. D'autres le plaçaient dans une autre terre pure et aérienne placée plus haut que la nôtre ; d’autres au delà de l'Océan qui enveloppe notre monde; d’autres enfin sur notre terre, mais dans un heu fermé et rendu inaccessible par les montagnes qui l'entourent.
Raban Maur (in Genes.), Pierre Lombard (Il Sent., dist. 17, cap. v), saint Thomas (p. I, q. cn, art. 1), établissent que le Paradis doit être dans un lieu très-élevé, voisin du ciel, qui touche peut-être au cercle de la lune, qui domine dans tous les cas la région nébulénse et orageuse de l'atmosphère terrestre.
L'auteur du poëme du Phénix attribué à Lactance :
Est locus in primo felix oriente remotus Qua patet æterni janua celsa poli,
Sed nostros montes quorum juga celsa putantur Per bis sex ulnas eminet ille locus; Non ibi tempestas nec vis furit horrida venti, Nec gelido terram rore pruina tegit, Nulla super campos tendit sua vellera nubes, Nec cadit ex alto turbidus humor aqua.
Sant Basile (de Paradiso) le met aussi sur un lieu élevé où n règnent ni les ténèbres, ni les tempêtes.
Prudence et d’autres auteurs ecclésiastiques y font séjourner les âmes des saints avant d'entrer dans le ciel et de jouir de Dieu.
Felices animæ prata per herbida Concentu parili suave sonantibus Hymnorum modulis dulce canunt melos, Calcant et pedibus lilia candidis.
Malvenda (de Paradiso voluptatis) se garde bien de préciser la situation du Paradis terrestre, mais il penche pour quelque contrée reculée de l’Inde ou de la Chine.
Saint Boniface, dans une épitre à Tadburge, raconte une vision où les àmes, qui ne sont pas encore dignes de Dieu, attendent dans un lieu verdoyant et fleuri appelé le Paradis terrestre; et Bellarmin (de Purgat., lib. II, cap. vi) ne trouve pas improbable que ce Paradis soit le Purgatoire d'un petit nombre d’âmes meilleures !.
A la suite des théologiens viennent les légendaires : voyages des moines grecs, Théophile, Sergius, Hygynus, cherchant le Paradis terrestre au lieu où le ciel et la terre se touchent; voyages de saint Macaire, de saint Brandan ?, etc.
L'homme tourmenté du besoin de retrouver, au moins par la pensée, le bonheur perdu pour lequel il se sent créé, a cherché le Paradis terrestre en Palestine, ou sous le tropique, ou sous la zone torride, dans quelque lieu de l’Inde ou de la Chine. Les Arabes croient le trouver à Ceylan, où le pied d'Adam a laissé sa trace sur une pierre. Les Basques l'ont placé dans les Pyrénées, et les Fla-
' Autres visions du monde invisible. Denys le Chartreux, Dialog. de Judicio particulari. Louis de Blois, Monil. spirit., cap. x.
2 Voir Dante et la philosophie catholique au treizième siècle. Sources de la Divine Comédie. (Œuvres comp., t. V, p. 351.)
mands en Artois, autour de la petite ville d'Hédin qui lui doit son nom.
Les Poétes profanes. Roman d'Alexandre.— Alexandre veut forcer le Paradis terrestre et tirer tribut du peuple des anges. Il traverse les plaines brûlantes de l'Asie au milieu des dragons et des foudres. Le cours de l'Euphrate le conduit au pied des murs de l'Eden, derrière lesquels on entend les anges chanter les louanges de Dieu. Le héros frappe à la porte et somme les habitants de se taire, d’ouvrir et de payer. Mais un vieillard paraît sur la muraille et donne à Alexandre ue pierre mystérieuse; elle pèse plus que les corps les plus lourds, mais un peu de terre et de plume pèse plus qu'elle. Ainsi d'Alexandre; il peut soulever le monde, mais dans quatrevingt-dix-neuf jours un peu de terre vaudra mieux que lui.
Christophe Colomb et Vasco de Gama.—Ne méprisons pas trop les fables qui nous ont donné un monde. Il fallait des esprits mystiques pénétrés de foi pour affronter les terreurs de l'Océan.
Pendant le quatrième voyage de Christophe Colomb il passe près de l'embouchure d’un grand fleuve; le vent lui apporte les parfums des forêts, il écrit : « Saint Isidore, Beda, le maître de l'Histoire scolastique, et saint Ambroise et Scott, et tous les savants théologiens s’accordent à dire que le Paradis: est en Orient... Je crois que si je passais sous la ligne équinoxiale, en arrivant à ce point le plus élevé dont j'ai parlé, je trouverais une température plus douce et de la diversité dans les étoiles et dans les eaux... parce que je suis convaincu que là est le Paradis terrestre, où personne ne peut arriver excepté par la volonté de Dieu... Si les eaux dont je parle ne | sortent point du Paradis, la merveille n'en paraît que plus grande, car je ne crois pas qu'on trouve au monde un fleuve aussi profond. »
Terc. 15. — C'est-à-dire des âmes venues du ciel qui y retournent. Ce sens est donné par l’Ottimo Commento.
28.— Vespasien (Petrus Aligherit) veut venger le Christ parce qu'il avait été guéri par un disciple des apôtres, a morbo vesparum quem habebat in naribus.
91. — Srace. HISTOIRE ET LÉGENDE. — Stace est né à Naples. Son père était poëte, orateur et précepteur de Domitien. Lui-méme
produit de bonne heure à la cour, plut à l'empereur par la prodigieuse facilité de son improvisation. Sa pièce sur la mort du lion de Domitien. Il est couronné trois fois aux jeux albains :
. Palladio tua me manus induit auro.
Et ailleurs :
Ter me nitidas albana ferentem Dona comas sanctoque indutum Cæsaris auro.
Ses poëmes : Sylves, Thébaîde, Achilléide. Rome entière court à ses lectures publiques.
Curritur ad vocem jucundam et carmen amena Thebaidos, lætam fecit quum Statius urbem, Promisitque diem.
Mais il meurt de faim. Il est obligé de vendre sa tragédie d’Agavé au pantomime Paris.
Esurit intactam Paridi nisi vendat Agaven.
Dans son Epicadium à son père, il se plaint de ce qu'on honore peu les lettres : Vilis honos studiis. Il se retire à Naples, où 1l se représente allant chercher l'inspiration au tombeau de Virgile :
Nec tu divinam Æneida tenta, Sed longe sequere et vestigia semper adora.
Il ne faut pas le confondre avec le rhéteur Stade mentionné par Suétone : de Claris Rhetoribus. Saint Jérôme le place à la 209° olympiade, qui est la deuxième du règne de Néron. Statius Surculus Tolosensis in Galliis celeberrime rhetoricam docet. Suétone l’appelle Ursulus. ‘
STACE DANS L'ÉCOLE. — Il est placé de bonne heure à côté de Virgile. Sulpice Sévère se permet de citer à des lettrés un vers familier à l’école, c’est un vers de Stace: Utimur enim versu scholastico quia inter scholasticos fabulamur. Aux temps barbares on le trouve rappelé non-seulement par Ennodius, Boèce, Cassiodore, mais par l'auteur anonyme des Gesta Francorum, qui compare les
guerres civiles des Mérovingiens aux luttes fratricides d'Étéocle et de Polynice. Gerbert demande qu'on lui transcrive l’Achilléide : Volumen Achilleidos Statii diligenter compositum nobis dirige. Helmold atteste qu'elle est lue dans les classes: Quadum die nullis arbitris coram positis interrogavit Vicelinum in scholis quid legisset : illo perhibente se Statii libros Achilleidos legisse. Guillaume de Poitiers et Orderic Vital citent Virgile et Stace comme les princes de la poésie épique : Guido Maronem et Papinium gesta heroum pangentes imitatus, Senliacum bella descripsit. (Hist. Eccles., III, in fine.)
On le trouve encore cité par Gunther dans son poéme du Ligurinus, par Wippo, par saint Bernard, par Alain de Lille, etc.
On le fait Toulousain. L'école de Toulouse est féconde en fictions, en pseudonymes, faux Virgile, faux Lucain, faux Horace, Confusion facile des deux Stace. Dans les traditions de l’Université de Toulouse, fondée en 1215, Stace est réputé le premier fondateur de l’école de Toulouse comme Virgile de celle de Naples. Stace mis à mort par Domitien d'un coup de stylet. Stace martyr.
Dante réunit ici Stace et Virgile, comme Arnaud Daniel, comme Sordello, Oderigi de Gubbio, Forèse. Les poëtes, les peintres, les musiciens sont en purgatoire comme en un lieu plus propre pour ces cœurs faibles. Peut-être aussi parce que le purgatoire est le poëme de l'amour. Il' faut y réumr tous ceux que l'amour inspire et en faire un gracieux cortége à Béatrix. ‘
32. — Les premières semences de mon ardeur, imitation de Virgile :
Semina flammæ, — Abstrusa in venis silicis.
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Già era l’Angel dietro a noi rimaso, L'Angel che n°’ avea volti al sesto giro, Avendomi dal viso un colpo raso :
E cuei c’ hanno a giustizia lor disiro Detto n' avea Beati, e le sue voci Con sitiunt, senz’ altro, ciò forniro.
Ed io, più lieve che per l’ altre foci,
M' andava sì, che senza alcun labore Seguiva in su gli spiriti veloci :
Quando Virgilio cominciò : Amore, Acceso di virtù, sempre altro accese Pur che la fiamma sua paresse fuore.
Onde, d’ allora che tra noi discese © Nel limbo dell’ inferno Giuvenale, Che la tua affezion mi fe palese,
Mia benvoglienza inverso te fu quale Più strinse mai di non vista persona, Si ch’ or mi parran corte queste scale.
Déjà l'ange était resté derrière nous, l'ange qui tourne nos pas vers le sixième cercle, après avoir effacé une cicatrice de mon front.
Et les voix avaient dit : « Heureux ceux dont les désirs tendent à la justice! » Elles ajoutèrent cette parole : « J'ai soif », et rien de plus.
Et moi, plus léger qu'aux autres passages, j'allais de telle sorte, que sans nulle fatigue je suivais vers la hauteur les esprits agiles ;
Quand Virgile commença : « L'amour allumé par la vertu alluma toujours un autre amour, pourvu que sa flamme se fit voir au dehors.
« D'où vient que, depuis l'heure où descendit parmi nous aux limbes de l’enfer Juvénal, qui me manifesta ton affection, | | |
« Ma bienveillance pour toi fut telle, que jamais on n’en ressentit de plus forte pour une personne inconnue, si bien que désormais cet escalier me semblera court.
Ma dimmi, e come amico mi perdona Se troppa sicurtà m' allarga il freno, E come amico omai meco ragiona :
Come poteo trovar dentro al tuo seno Luogo avarizia, tra cotanto senno, Di quanto per tua cura fosti pieno?
Queste parole Stazio mover fenno Un poco a riso pria; poscia rispose :
Ogni tuo dir d’ amor m’ è caro cenno.
Veramente più volte appaion cose, Che danno a dubitar falsa matera, Per le vere cagion che son nascose.
La tua dimanda tuo creder m° avvera Esser, ch’ io fossi avaro in l' altra vita, . Forse per quella cerchia dov’ 10-era :
Or sappi ch’ avarizia fu partita Troppo da me, e questa dismisura .
Migliaia di lunari hanno punita, E,.se non fosse ch' io drizzai mia cura, Quand’ io intesi là dove tu chiame, Crucciato quasi all’ umana natara :
Perchè non reggi tu, o sacra fame Dell’ oro, l' appetito de’ mortali?
Voltando sentirei le giostre grame. .
Allor m’ accorsi che troppo aprir l’ ali Potean le mani a spendere, e pentèmi Cosi di-quel come degli altri mali.
Quanti risurgeran co’ crini scemi, Per l' ignoranza, che di questa pecca Toglie il pentir vivendo, e negli estremi |
« Mais dis-moi, et comme un ami pardonne-moi si trop de sécurité me lâche le frein, et comme un ami désormais converse avec moi.
« Comment l’avarice put-elle dans ton sein trouver place avec ce grand sens dont tu pris soin de te pénétrer? »
Ces paroles arrachèrent d'abord à Stace un léger sourire; puis il répondit : « Toute parole de toi m'est un signe précieux d'affection.
\ « Mais quelquefois les apparentes donnent un faux sujet de doute, parce que les vraies causes sont cachées.
« Ta demande me prouve que tu me crois coupable d’avarice en l’autre vie, peut-être à cause du cercle où J'étais.
« Or sache que l’avarice fut trop éloignée de mon cœur, et des milliers de lunes ont puni cet excès.
« Et si ce n’était que je redressai ma conduite quand je compris le passage où tu t’écries, comme en courroux contre l'humaine nature;
« À quoi ne pousses-tu pas l’appétut des mortels, exécrable faim de l’or? condamné à rouler les poids énormes, je sentirais la douleur des joutes infernales.
« Alors je m'avisai que les mains pouvaient s'ouvrir trop pour dépenser, ét je me repentis de ce péché comme des autres.
« Combien ressusciteront les cheveux rasés, à cause de l'ignorance qui ne laisse pas de place au repentir, ni dans leur vie, ni à leur dernière heure !
DEL PURGATORIO
E sappi che la colpa, che rimbecca Per dritta opposizione alcun peccato, Con esso insieme qui suo verde secca.
Però s’ io son tra quella gente stato Che piange l’ avarizia, per purgarmi, Per lo contrario suo m' è incontrato.
Or, quando tu cantasti le crude armi Della doppia tristizia di Giocasta, Disse ‘1 Cantor de’ bucolici carmi, Per quel che Clio lì con teco tasta, Non par che ti facesse ancor fedele La fe”, senza la qual ben far non basta.
Se così è, qual sole o quai candele Ti stenebraron si, che tu drizzasti Poscia diretro al Pescator le vele?
Ed egli a lui : Tu prima m' inviasti Verso Parnaso a ber nelle sue grotte, E poi appresso Dio m' alluminasti.
Facesti come quei che va di notte, Che porta il lume dietro, e sè non giova, Ma dopo sè fa le persone dotte, Quando dicesti : Secol si rinnova; Torna giustizia e primo tempo umano; E progenie discende dal ciel nuova.
Per te poeta fui, per te cristiano :
Ma perchè veggi me’ ciò ch’ io disegno, - À colorar distenderò la mano.
Già era il mondo tutto quanto pregno Della vera credenza, seminata Per lì messaggi dell’ eterno regno;
« Et sache que la faute directement contraire à chaque péché est ici remise avec lui dans le même lieu pour y sécher son bois vert.
« Si donc, pour me purifier, je me suis trouvé parmi ceux qui pleurent leur avarice, la chose m’est advenue à raison du vice opposé.
« — Mais, quand tu chantas les combats cruels des deux fléaux sortis des flancs de Jocaste, — repartit le chantre des bucoliques,
«À ces vers que Clio accompagne, il ne semble pas que tu fusses devenu fidèle par la foi, sans laquelle il ne suffit pas de bien faire.
« S'il en est ainsi, quel soleil ou quel flambeau dissipèrent tes ténèbres, de telle sorte que désormais tu fis voile derrière la barque du pêcheur. »
Et lui : « C'est toi qui le premier m’acheminas vers le Parnasse pour boire l'eau de ses grottes : le premier après Dieu c’est toi qui m'éclairas.
« Tu fis comme un homme qui marche la nuit, portant derrière lui une lumière; il n’en profite point, mais 1! éclaire ceux qui le suivent.
« Ce fut quand tu dis: « Le siècle se renouvelle; la justice revient et avec elle le premier âge des hommes, et une nouvelle race descend des cieux.
« Par toi je fus poëte, par toi chrétien. Mais, afin que tu voies mieux mon dessein, j'étendrai la main pour y mettre les couleurs.
« Déjà le monde tout entier était pénétré de la vraie croyance, semée par les messagers du royaume éternel. |
DEL PURGATORIO
E la parola tua sopra toccata Sì consonava a’ nuovi predicanti;
Ond' io a visitarli presi usata.
Vennermi poi parendo tanto santi,
Che, quando Domizian li perseguette, Senza mio lagrimar non fur lor pianti.
E mentre che di là per me si stette,
To gli sovvenni, e lor dritti costumi Fer dispregiare a me tutt’ altre sette;
E pria ch’ io conducessi i Greci a’ fiumi Di Tebe poetando, ebb’ io battesmo; Ma per paura chiuso cristian fu’mi,
Lungamente mostrando paganesmo :
E questa tiepidezza il quarto cerchio Cerchiar mi fe più che ’1 quarto centesmo
Tu dunque, che levato hai 1 coperchio Che m' ascondeva quanto bene io dico, Mentre che del salire avem soverchio,
Dimmi dov’ è Terenzio, nostro antico, Cecilio, Plauto e Varro, se lo sai :
Dimmi se son dannati, ed in qual vico.
Costoro, e Persio, ed io, ed altri assai, Rispose 11 Duca mio, siam con quel Greco, Che le Muse lattar più ch’ altro mai,
Nel primo cinghio del carcere cieco.
Spesse fiate ragioniam del monte,
C’ ha le nutrici nostre sempre seco.
Euripide v è nosco, e Anacreonte, Simonide, Agatone, ed altri piue Greci, che già di lauro ornar la fronte.
« Et ta parole tout à l'heure citée s'accordait avec les nouveaux prédicateurs, de telle sorle que Je me pris à les visiter souvent.
« Puis ils me parurént si saints, qu'au temps où Domitien les persécuta, leurs pleurs ne coulèrent pas sans mes larmes.
« Et tant que là-bas je demeurai, je les soutins, et la droiture de leurs mœurs me fit mépriser toutes les autres sectes.
« Et avant que dans mon poëme j'eusse conduit les Grecs aux fleuves de Thèbes, je reçus le baptême ; mais par crainte je restai chrétien caché,
« Montrant longtemps encore les dehors du paganisme et cette tiédeur m'a valu de parcourir le quatrième cercle pendant plus de quatre cents ans.
« Toi donc qui m'as levé le rideau et découvert le grand bien dont je parle; tandis que cette montée nous en donne le loisir,
« Dis-moi où est Térence, notre ancien, où sont Cœcilius, Plaute et Varron, si tu le sais : dis-moi s’ils sont damnés et dans quel quartier de l’enfer? »
« — Ceux-là, et Perse et moi, et beaucoup d'autres, répondit mon guide, nous sommes avec ce Grec que les. Muses allaitèrent plus que jamais aucun autre.
« Nous habitons le premier cercle de la prison ténébreuse, souvent nous devisons de la montagne où nos nourrices demeurent toujours.
« Euripide est avec nous, et Antiphon, Simonide, Agathon, et plusieurs autres Grecs qui jadis portèrent le front couronné de laurier.
DEL PURGATORIO
Quin si veggion delle genti tue Antigone, Deifile ed Argia, Ed Ismene si trista como fue, Vedesi quella che mostrò Langia; Evvi la figlia di Tiresia, e Teti, E con le suore sue Deidamia.
Tacevansi ambedue già li poeti, Di nuovo attenti a riguardare intorno, Liberi dal salire e da’ pareti; E già le quattro ancelle eran del giorno Rimase addietro, e la quinta era al temo, Drizzando pur in su |’ ardente corno,
Quando ’1 mio Duca : Io credo ch’ allo stremo
Le destre spalle volger ci convegna, Girando il monte come far solemo.
Così 1’ usanza fu lì nostra insegna, E prendemmo la via con men sospetto Per l’ assentir di quell’ anima degna.
Elli givan dinanzi, ed io soletto Diretro, ed ascoltava 1 lor sermoni Ch’ a poetar m1 davano intelletto.
Ma tosto ruppe le dolci ragioni Un alber che trovammo in mezza strada, Con pomi ad odorar soavi e buoni.
E come abete in alto si digrada Di ramo in ramo, così quello in giuso; Cred io perchè persona su non vada.
Dal lato, onde il cammin nostro era chiuso,
« Là se voient de tes héroïnes, Antigone, Deiphile et Argia, et Ismène encore triste comme elle le fut.
« On y voit celle qui montra la fontaine de Langia, et la fille de Tirésias et Thétis et Deidamie avec ses sœurs. »
Déjà les poëtes se taisaient tous deux, attentifs maintenant à regarder à l'entour : car ils s'étaient dégagés de la montée aux étroites murailles.
Et déjà des chambrières du jour, quatre étaient restées en arrière et la cinquième était au timon du char dont elle dirigeait la pointe enflammée vers le haut du ciel.
Quand mon guide : « Je crois qu'il faut tourner l'épaule droite vers le bord faisant le tour de la montagne, comme nous avons coutume. »
Ainsi l'habitude nous tint lieu d'avertissement, et nous primes notre chemin avec moins de défiance, quand cette âme vertueuse y consentit.
Ils allaient devant et moi tout seul derrière, et j’écoutais leurs discours qui me donnaient l'intelligence du métier de poëte. |
Mais tout à coup les doux entretiens furent interrompus par un arbre que nous trouvâmes au milieu de la route, chargés de fruits suaves à l’odorat et qui semblaient bons.
Et comme un sapin diminue de branche en branche à mesure qu'il s'élève, ainsi diminue celui-ci à mesure qu'il s'abaisse : afin je crois que personne n'y monte.
Du côté où la montagne abritait notre chemin tom-
DEL PURGATORIO
Cadea dall’ alta roccia un liquor chiaro, E si spandeva per le foglie suso.
Li duo poeti all’ alber s’ appressaro; Ed una voce per entro le fronde Gridò : Di questo cibo avrete caro.
Poi disse : Più pensava Maria, onde Fosser le nozze orrevoli ed intere, Ch’ alla sua bocca, ch’ or per voi risponde.
E le Romane antiche per lor bere Contente furon d’ acqua, e Daniello Dispregiò cibo, ed acquistò savere.
Lo secol primo quant’ oro fu bello; Fe savorose con fame le ghiande, E néttare con sete ogni ruscello.
Méle e locuste furon le vivande, Che nudriro il Batista nel diserto; Perch' egli è glorioso, e tanto grande, Quanto per l’ Evangelio v' è aperto.
| CHANT XXII. 36, bait de la roche élevée une onde claire qui arrosait d’en haut les feuilles. |
Les deux poëtes s'approchèrent de l'arbre, et du milieu du feuillage une voix cria : « De cette nourriture vous aurez disette. »
Puis elle dit : « Marie, qui intercède pour vous, pensalt moins à sa bouche qu'à ce qui pouvait rendre les noces honorables et irrépréhensibles.
« Et les anciennes Romaines se contentèrent d'eau pour breuvage; et Daniel pour: avoir méprisé les viandes acquit la sagesse,
« Le premier siècle fut beau comme l'or, la faim y prêtait de la saveur aux glands et de tout ruisseau la soif faisait un nectar. |
« Le miel et les sauterelles furent les mets qui nourrirent Jean-Baptiste dans le désert; c’est pourquoi il est glorieux et aussi grand que vous le déclare l'Évangile. »