LES FEMMES
On pourrait croire que Dante cède au penchant qu'ont eu tous les poétes satiriques à médire des femmes. C’est pourquoi il est
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bon d’entendre sur ce passage le commentaire de Benvenuto d’Imola : : « Il n’est pas d’arlistes dans le monde qui aient autant d'engins, d'instruments divers et de subtiles industries pour l’exercice de leur art, que les femmes florentines pour le soin de leur personne. Car non contentes de leur beauté, elles s'efforcent d'y ajouter toujours, et elles s'armentd’un art incroyable contre les défectuosités de la nature. Car elles relèvent leur petite taille en exhaussant leurs chaussures. Si elles ont une carnation trop noire, elles la blanchissent ; trop pâle, elles savent lui prêter des couleurs. Elles savent se donner des cheveux blonds, des dents d'ivoire, un corsage élégant, et pour parler brièvement, elles mettent de l’artifice dans tous leurs membres. » |
Le pape Grégoire X au concile de Lyon, 1274, entre autres constitutions, interdit l'excès du luxe dans les vêtements des femmes par toute la république chrétienne. — Statut de Modène, 1397 1, « Défense aux femmes de compagnie, servantes et autres d’humble condition de porter des vêtements qui touchent la terre. Item de porter dans leur chevelure des tresses de soie. Item ordonne qu'aucune femme mariée ou non mariée ne puisse porter dans la maison ou hors de la maison, aucune robe, mante ou fourrure, ou vêtement quelconque, … dont la queue traîne à terre de plus d'une brasse, mesurée à la mesure de la commune, taillée dans la pierre sur la place publique. Défense d'avoir aucune couronne ou guirlande, aucun cercle ou fil de perle, d'or, d'argent, de pierreries, de quelque sorte que ce soit, ni aucune tresse d'or ou d’argent, nì aucune ceinture qui vaille plus de dix livres de Modène, ni aucune boursequi vaille plus de cinquante SOUS. »
Satire de Fra Jacopone. 0 femine guardate alle mortal ferute. Les Romans de la Table ronde. Lancelot. Galeotto fu libro, e chi lo scrisse. Tristan et les aventures du roi Marc. Immoralité des premiers troubadours, des trouvères et du roman de la Rose.
Le moyen âge ne fut pas ce qu'on pense. L'empire du mal y fut grand. Restes de paganisme, restes de barbarie. Violence des passions de la chair. Mais le moyen âge eut le mérite de détester le mal, de le flétrir. Il ne connut point les délicatesses. On ne craignait pas de diminuer le respect en.publiant les vices des grands. Les prédica-
t Ricord. Malesp., cap. cxcrx.
teurs s’armaient du fouet pour chasser les vendeurs du temple. Les lois étaient sévères quoique mal exécutées. Le mérite du moyen âge n’est pas d'avoir triomphé, mais d’avoir combattu, de n'avoir pas connu ces capitulations misérables dont s’accommodent les siècles faibles.
Nè il dir l’ andar, nè l’ andar lui più lento
Facea; ma ragionando andavam forte, Si come nave pinta da buon vento.
E l’ ombre, che parean cose rimorte, Per le fosse degli occhi ammirazione Traén di me, di mio vivere accorte.
Ed io, continuando il mio sermone, Dissi : Ella sen va su forse più tarda
Che non farebbe, per l’ altrui cagione.
Ma dimmi, se tu sai, dov’ è Piccarda ; Dimmi s' io veggio da notar persona Tra questa gente che si mi riguarda.
La mia sorella, che tra bella e buona Non so qual fosse più, trionfa lieta Nell' alto Olimpo già di sua corona.
Sì disse prima; e poi: Qui nou sì vieta Di nominar ciascun, da ch’ è sì munta Nestra sembianza via per la dieta.
———__r—myT tieni te. netti
La parole ne ralentissait point la marche, et la marche ne ralentissait point la parole, mais, tout en discourant, nous allions rapidement comme un navire quele bon vent pousse.
Et les ombres, qui paraissaient deux fois mortes, ouvraient avec étonnement les fosses de leurs yeux, apprenant que je vivais.
Et moi, continuant mon discours : « Cette âme, dis-je, à cause d’autrui s'en va peut-être plus lentement vers le ciel. »
«— Mais dis-moi, si tu le sais, où est Piccarda. Dismoi si je vois quelque personne digne de remarque, parmi ce peuple qui me regarde ainsi? »
« Ma sœur, toute belle et toute bonne (je ne saurais dire ce qu'elle fut le plus), triomphe joyeuse et couronnée sur les hauteurs de l'Olympe. »
Ainsi parla d’abord Forèse; puis il ajouta : « Rien ne défend ici de donner à chacun son nom, tant nos traits sont défigurés par une diète salutaire. »
Questi (e mostrò col dito) è Buonagiunta ; Buonagiunta da Lucca : e quella faccia Di là da lui, più che l’ altre trapunta,
Ebbe la Santa Chiesa in le sue braccia :
Dal Torso fu, e purga per digiuno L’ anguille di Bolsena e la vernaccia.
Molti altri mi mostrò ad uno ad uno;
E nel nomar parean tutti contenti, Si ch' 10 però non vidi un atto bruno.
Vidi per fame a vuoto usar li denti Ubaldin dalla Pila, e Bonifazio Che pasturò col rocco molte genti.
Vidi messer Marchese, ch’ ebbe spazio Già di bere a Forlì con men secchezza, E sì fu tal che non si senti sazio.
Ma, come fa chi guarda, e poi fa prezza Più d’un che d' altro, fe’ 10 a quel da Lucca, Che più parea di me voler contezza.
Ei mormorava; e non so che Gentucca Sentiva io là ov' el sentia la piaga Della giustizia che si gli pilucca.
O anima, diss’ io, che par sì vaga
Di parlar meco, fa si ch' io t' intenda,
E te e me col tuo parlare appaga.
Femmina è nata, e non porta ancor benda,
Cominciò ei, che ti farà piacere
La mia città, come ch’ uom la riprenda.
Tu te n° andrai con questo antivedere :
« Celui-ci, et du doigt il le montra. C'est Buonagiunta de Lucques, et au delà de lui ce visage plus amaigri que les autres
« Eut la sainte Église dans ses bras. 11 était de Tours, et il expie par le jeûne ses anguilles de Bolsena et son vin doux.» |
Il m'en nomma beaucoup d’autres, un à un, et tous paraissaient contents d'être nommés, si bien que je ne vis pas un seul visage se rembrunir.
Je vis, réduits par la faim, à fatiguer leurs dents à vide, Ubaldino della Pila et Boniface, qui rangea sous sous son bâton pastoral un grand peuple.
Je vis Messer Marchese, qui jadis à Forlì eut le gosier moins sec et tout le loisir de boire. Il fut tel cependant qu'il ne se sentit jamais désaltéré.
Mais, comme un homme qui regarde et ensuite fait plus d'estime de l’un que de l’autre, ainsi j'en montrai davantage à l'habitant de Lucques, lequel semblait me connaître mieux. |
Il murmurait, et j’entendais le nom de je ne sais quelle Gentucca sortir de cette bouche, où 1l sentait les coups de la justice divine qui émonde ainsi les pécheurs. |
«0 âme, dis-je, qui semble si désireuse de converser avec moi, fais en sorte que je t'entende, et que ta parole nous satisfasse tous deux. »
«— Une femme est née, qui ne porte pas encore de bandeau, commença-t-il, et qui te fera aimer ma patrie, encore qu’on en médise; |
«Tu t'en iras avec cette connaissance de l'avenir. Si
si
DEL PURGATORIO, Se nel mio mormorar prendesti errore, Dichiareranti ancor le cose vere.
Ma di s' 10 veggio qui colui che fuore Trasse le nuove rime, cominciando :
Donne, ch' avete intelletto d' amore.
Ed io a lui : mi son un che, quando Amore spira, noto, ed a quel modo Che detta dentro, vo significando.
O frate, issa vegg” io, diss’ egli, 1l nodo Che il Notaio, e-Guittone, e me ritenne Di qua dal dolce stil nuovo ch’ 1” odo.
Io veggio ben come le vostre penne Diretro al dittator sen vanno strette, Che delle nostre certo non avvenne.
E qual più a guardare oltre si mette, Non vede più dall’ uno all’ altro stilo :
E quasi contentato si tacette.
Come gli augei che vernan lungo il Nilo,
- Alcuna volta di lor fanno schiera,
Poi volan più in fretta e vanno in filo;
Così tutta la gente che lì era,
Volgendo il viso, raffreltò suo passo, E per magrezza e per voler leggiera.
E come l’ uom che di trottare è lasso, Lascia andar li compagni, e si passeggia Fin che si sfoghi l’ affollar del casso;
Si lasciò trapassar la santa greggia Forese, e dietro meco sen veniva,
-Dicendo : Quando fia ch’ i' ti riveggia?
; . Non so, risposi lui, quant’ io mi viva;
CHANT-XXIV. — 598 les mots que je murmure t'ont trompé, l'événement te le fera voir.
« Mais dis si je vois celui qui mit au jour les vers nouveaux commençant par ces mots : Dames qui de l'amour avez l’intelligencel »
Et moi, je repartis : « Je suis un homme qui écris quand l'amour m'inspire, et qui vais exprimant ce qu'il dicte au dedans de moi. »
«0 frère, répliqua-t-il, je vois maintenant le nœud qui nous a retenus, le notaire et Guittone et moi, loin du nouveau style dont mes oreilles goûtent la douceur.
« Je vois bien comme vos plumes suivent de près celui qui vous dicte, et certes il n'en fut pas ainsi des nôtres.
« Et celui qui pour plaire veut aller au delà ne voit plus de différence entre les deux styles ; » et comme s’il eût été satisfait, 1l se tut.
Ainsi que les oiseaux qui vont hiverner vers le Nil quelquefois se forment en bataillon, puis pressent leur vol, ils s’en vont à la file;
Ainsi toutes les ombres qui étaient là, tournant vers moi leurs regards, hâtèrent le pas, devenues légères par leur maigreur et par leur volonté.
Et comme un homme fatigué de courir laisse aller ses compagnons, et marche jusqu'à ce qu'il ait déchargé le souffle de sa poitrine ;
Ainsi Forèse laissa passer le saint troupeau, et il venait derrière moi disant : « Quand sera-ce que jete reverral ? »
«— Je ne sais, lui répondis-je, combien je vivrai; mais
Ma già non fia "1 tornar mio tanto tosto, Ch' io non sia col voler prima alla riva.
Perocchè il luogo, u’ fui a viver posto, Di giorno ’n giorno più di ben si spolpa, E a trista ruina par disposto.
Or va, diss’ ei, chè quei che più n' ha colpa Vegg' io a coda d' una bestia tratto Verso la valle, ove mai non si scolpa.
La bestia ad ogni passo va più ratto Crescendo sempre, infin ch' ella il percuote, E lascia il corpo vilmente disfatto.
Non hanno molto a volger quelle ruote - (E drizzò gli occhi.al ciel), ch’ a te fia chiaro Ciò che ’l mio dir più dichiarar non puote.
Tu ti rimani omai, chè "1 tempo è caro In questo regno sì, ch” lo perdo troppo Venendo teco sì a paro. a paro.
Qual esce alcuna volta di galoppo Lo cavalier di schiera che cavalehi, E va per farsi onor del primo intoppo; Tal si parti da noi con maggior valchi; Ed io rimasi in via con esso 1 due, Che fur del mondo sì gran maliscalchi.
E quando innanzi a noi sì entrato fue, Che gli occhi miei si fero a lui seguaci, Come la mente alle parole sue; Parvermi i rami gravidi e vivaci D'un altro pomo, e non molto lontani, Per esser pur allora volto in laci.
Vidi gente. sott' esso alzar le mani,
mon retour ne sera pas si prompt que mon désir ne le devance sur votre rive;
«Car le lieu où je fus placé pour vivre de jour en jour se dépouille de bien, et semble réservé à quelque triste ruine. »
« — Va donc, dit-il, car je vois celui qui en porte surtout la faute traîné à la queue d'une bête vers la vallée où jamais le crime ne s'absout.
« La bête, à chaque pas, va plus rapide, toujours se hàtant, jusqu’à ce qu'elle le frappe, et laisse son corps misérablement défiguré.
« Ces sphères n’ont pas beaucoup à tourner (et il leva les yeux au ciel), avant que te devienne clair ce que ma parole ne peut t’éclaircir davantage.
« Je te laisse maintenant, car dans ce royaume le temps est si précieux, que j'en perds trop en marchant ainsi d’un pas égal avec toi. »
Comme on voit quelquefois un cavalier se détacher au galop d'une troupe qui chevauche, et courir pour se faire honneur du premier coup;
Tel Forèse se sépare de nous en pressant sa marche, et je restai sur la route avec ces deux, qui furent pour le monde de si grands capitaines.
Et quand il fut si loin devant nous que mes yeux le suivirent à peine, comme mon intelligence suivait ses paroles, |
Alors m’apparurent les rameaux d'un autre arbre, vivants et chargés de fruits, et peu éloignés de moi, car je venais seulement de me tourner de ce côté.
Au-dessous je vis une foule qui levait les mains et qui
Cad
398 DEL PURGATORIO
E gridar non so che verso le fronde, Quasi bramosi fantolini e vani, 57 Che pregano, e il pregato non risponde; Ma per fare esser ben lor voglia acuta, Tien alto lor disio, e nol nasconde.
58 Poi si parti si come ricreduta; E noi venimmo al grande arbore adesso, * Che tanti prieghi e lagrime rifiuta.
% Trapassate oltre senza farvi presso; Legno è più su che fu morso da Eva, E questa pianta si levò da esso.
4 Si tra le frasche non so chi diceva; Perchè Virgilio e Stazio ed io ristretti, Oltre andavam dal lato che si leva.
#1 Ricordivi, dicea, de’ maledetti Ne’ nuvoli formati, che satolli Teseo combattér co’ doppj petti :
# E degli Ebrei ch’ al ber si mostrar molli, Per che non gli ebbe Gedeon compagni, Quando in ver Madian discese 1 colli.
45 Sì, accostati all’ un de’ duo vivagni, Passammo, udendo colpe della gola, Seguite già da miseri guadagni.
44 Poi, rallargati per la strada sola,
Ben mille passi e più ci portammo oltre, Contemplando ciascun senza parola.
45 Che andate pensando si voi sol tre? .
Subita voce disse; ond’ io mi scossi, Come fan bestie spaventate e poltre,
poussait je ne sais quels cris vers le feuillage, comme de petits enfants pressés de vains désirs,
- Qui prient, et celui qu'ils prient ne répond pas, et, pour faire que leur convoitise s’aiguise encore, il tient au-dessus d’eux l’objet désiré, et ne le cache point.
Puis cette troupe s'éloigna comme détrompée, et aus- | sitôt nous vinmes auprès du grand arbre qui repousse tant de prières et de larmes.
«— Passez outre sans approcher. Plus haut est le bois duquel Eve mordit le fruit. Et cette plante en est un rejeton. » |
Ainsi disait-entre les branches je ne sais quelle voix. C'est pourquoi Virgile, Stace et moi, nous passàmes outre en nous serrant du côté de la hauteur.
« — Souvenez-vous, disait la voix, de ces maudits qui naquirent des nuages, et qui dans leur ivresse combattirent Thésée avec une double poitrine,
« Et des Hébreux qui, au moment de boire, mon- trèrent leur mollesse. C'est pourquoi Gédéon ne les voulut pas pour compagnons d'armes, quand du haut des collines il fondit sur Madian. »
Ainsi nous tenant près de l'un des deux bords, nous passâmes, entendant raconter des péchés de gourman-
‘dise, suivis jadis d'un misérable retour.
Puis, nous mettant au large dans la route solitaire, nous marchâmes bien mille pas et plus, chacun de nous méditant et sans parole.
« Où allez-vous pensant de la sorte tous les trois seuls? » Ainsi dit une voix soudaine ; et moi je tressail
comme font des bêtes ombrageuses et mal domptées.
Drizzai la testa per veder chi fossi;
E giammai non si videro in fornace Vetri o metalli sì lucenti e rossi,
Com' io vidi un che dicea : $° a voi piace Montare in su, qui sì convien dar volta; Quinci sì va chi vuole andar per pace.
L’ aspetto suo m' avea la vista tolta :
Perch' io mi volsi indietro a’ miei dottori,
Com’ uom che va secondo ch’ egli ascolta.
E quale, annunziatrice degli albori,
L’aura di maggio movesi ed olezza,
Tutta impregnata dall’ erba e da' fiori;
Tal mi‘senti' un vento dar per mezza La fronte, e ben senti’ mover la piuma, Che fe sentir d’ ambrosia l’ orezza;
E senti' dir : Beati cui alluma | Tanto di grazia, che l’ amor del gusto Nel petto lor troppo disir non fuma,
Esuriendo sempre quanto è giusto.
Je relevai la tête pour voir qui parlait, et jamais on ne vit dans une fournaise des verres ou des métaux aussi rouges et resplendissants,
Qu'un personnage qui m'apparut, disant : «S'il vous plaît de monter, il faut tourner ici; par ici l'on passe, quand on va chercher la paix. » °
Son aspect m'avait été la vue: c'est pourquoi je me retournai vers mes maîtres, comme un homme qui va selon la parole qu'il entend.
Et comme messagère des premières blancheurs du jour, la brise de mai passe et embaume, tout imprégnée du parfum de l’herbe et des fleurs ;
Ainsi je sentis un souffle me toucher au milieu du front, et le battement de l'aile qui me parfuma d'ambroisie.
Et j'entendis ces mots : «Heureux ceux qu'embrase assez la grâce pour que la passion du goût ne jette pas trop de fumée dans leur cœur, et qui ont toujours faim de la justice. »
La rencontre de Forèse a réveillé dans la mémoire de Dante les plus chers souvenirs de sa jeunesse. ll retourne par sa pensée aux jours où il ne connaissait pas l'exil et l'’amertume du pain de l'étranger. Il revoit Ja maison des Donati qui lui donna une épouse; le chef de cette famille puissante, Corso Donati, l'âme de la faction noire dont 1l prédit la mort, les deux nobles femmes Annella et Piccarda dont les douces figures tempèrent le sombre tableau des mœurs florentines. En même temps il se rappelle le chaste amour qui le fit poëte, et met sur les lèvres de l'un de ses interlocuteurs le premier chant où son génie se révéla : Donne ch' avete intelletto d' amore. Cet interlocuteur est un poëte, Buonagiunta degl’ Urbicciani; et Dante trouve l'occasion de l'envelopper avec le notaire de Lentino et Guittone d'Arezzo dans un même jugement qui jette une lumière inattendue sur les commencements de la poésie italienne. Enfin lui-même livre le secret de son art, et donne en peu de mots une admirable définition de l'inspiration poétique, il en donne en même temps l'exemple par la beauté des comparaisons qu'il emprunte à toute la nature, aux oiseaux et aux fleurs.
8. — Le pape Martin IV (1281-1285), né à Montpince en Brie, trésorier de la cathédrale de Tours (Benvenuto) : Vir bonus et pru-
dens, nimis tamen splendide vivens. Nam quum haberet curiam in Italia, in civitate Viterbii, faciebat suffocari anguillas optimas illius lacus in vino optimo Vernaccino.
10.— Boniface, archevêque de Ravenne. Benvenuto. Quum cæteri pastores habeant virgam pastoralem retortam, iste habet totam virgam rectam, et in summitate rotundam ad modum calculi sive Rocchi. Mème explication de Pietro di Dante.
11. — Marchese. Benvenuto : Quum semel adjuraret pincernam suum ut sibi diceret quid diceretur de eo, et illo respondente trepide : « Domine, dicitur quod nunquam facitis misi bibere, dixit ridenter : Et quare nunquam dicunt quod semper sitio. »
12. — Buonagiunta de Urbisanis, luculentus orator in lingua materna et facilis inventor rhythmorum, sed facilior vinorum, qui noverat auctorem in vita sua et aliquando scripserat sibi (Benvenuto, confirmé par le Falso Boccacio).
14. — Dante à Lucques. Au moment où Dante accomplit son pèlerinage, Lucques est dans la ligue des noirs. Aussi la traite-t-il sévèrement au vingt et unième chant de son Enfer où un diable apportant sur ses épaules un des anciens de Sainte-Zita déclare que dans cette ville tont le monde est concussionnaire, excepté Bonturo. Mais en 1314, le 14 juin, Uguccione, capitaine des Gibelins et seigneur de Pise, s'empare de Lucques, d'où il chasse les Guelfes, alors seulement Dante put la visiter et connaitre Gentucca la jeune fille, qui le rendit moins sévère pour la belle et coupable cité.
Terc. 17.— CARACTÈRE, VIE ET MORT DE Corso Donati. — Dino Compagni. Portrait de Corso Donati. — « Il y avait un cavalier du
caractere de Catilina romain, mais plus cruel; noble de sang, bien fait de corps, beau parleur, orné d’agréables manières, subtil d' esprit, toujours attentif à mal faire. Beaucoup de gens d'épée s’attachaient à lui; il avait une grande suite, par laquelle il fit faire un grand nombre de pillages et d'incendies, et beaucoup de tort à ses ennemis. Il y
gagna un grand avoir el monta à une grande élévation. Tel était mes sire Corso Donati, qui à cause de son orgueil fut appelé le baron : si bien que lorsqu'il passait par la ville, beaucoup criaient : « Vive le baron » et il semblait que la ville fût à lui. »
Corso Donati, rival de Vieri de’ Cerchi. Lutte des noirs et des blancs. Août 1300. Dante était prieur, les chefs des deux partis sont exilés. Corso Donati rompt son ban et se rend à Rome. Après le passage de Charles de Valois à Florence, Corso Donati et les siens restent maîtres des affaires. Violence du parti vainqueur ; six cents citoyens envoyés en exil. Le feu prit à un oratoire de la Vierge à Orto-San-Michele ; il s’étendit jusqu’à Ponte-Vecchio, plus de dix-neuf cents maisons furent brülées. Les voleurs emportaient publiquement ce qui leur plaisait, et qui voyait emporter son bien n'osait le réclamer, tant le pays était mal gouverné en toute chose. (Dino.)
Enfin le parti noir se divise, comme tous les partis victorieux. Rosso della Tosa et Pazzino de’Pazzi s'élèvent contre Corso Donati, et travaillent à l’exclure du pouvoir. Corso rallie autour de lui les nobles mécontents et se recompose un parti. Il va chercher des alliés à Lucques (probablement auprès d'Uguccione della Faggiuola, son gendre). De retour à Florence, il donne rendez-vous à ses partisans pour aller en armes au palais de la Seigneurie déclarer qu'ils veulent un autre gouvernement. Mais le parti contraire les prévient. Un dimanche matin, les magistrats convoquent le conseil et citent à comparaître Corso, ses fils et ses adhérents. Sur leur refus on les met an ban, et le peuple va donner l'assaut à leurs maisons.
Corso, goutteux et hors d'état de porter les armes , excite les siens du geste et de la voix. Le petit nombre des siens se défend avec vigueur en attendant le secours des conjurés. Ceux-ci ne paraissant pas, les assiégés rompent les chaines et s'échappent. Corso monte à cheval et s'enfuit vers l’abbaye de San-Salvi. Une troupe de soldats du parti opposé le rejoint et le tue. Benvenuto d’Imola raconte que se voyant pris, et dans l'impossibilité de se défendre, pour éviter les ignominies que lui réservaient ses ennemis, il se laissa tomber de cheval, ou qu'il tomba involontairement. Mais son pied resta engagé dans l’étrier, et après que la bête l’eut traîné quelque temps, un soldat le tua d’un coup de lance. C'était le 15 septembre 1307.
Nino Compagni conclut en ces termes : « Telle est la condition de notre cité aflligée, ainsi se gouvernent nos citoyens obstinés à mal
faire, et ce qui se fait un jour est blâmé l’autre. Les hommes sages avaient coutume de dire : « Le sage ne fait chose dont il ait à se re pentir.» Et dans cette ville et par les mains de ce peuple il ne se fait aucune chose si louable qui ne soit jugée au rebours et blàmée. On y tue les hommes, le mal n'y est point puni par la loi. Mais selon que le malfaiteur a des amis ou peut débourser de l'argent, il est absous de ses crimes. »
1 Ora era che ‘1 salir non volea storpio, Chè ‘1 Sole avea lo cerchio di merigge Lasciato al Tauro, e la Notte allo Scorpio.
2 Per che, come fa |” uom che non s' affigge, Ma vassi alla via sua, checchè gli appaia, Se di bisogno stimolo il trafigge; Così entrammo noi per la callaia, Uno innanzi altro, prendendo la scala Che per artezza i salitor dispala.
4 Equaleil cicognin che leva lala Per voglia di volare, e non s’ attenta D’ abbandonar lo mdo, e giù la cala; 5 Tal era 10, con voglia accesa e spenta Di dimandar, venendo infino all’ atto . Che fa colui ch’ a dicer s' argomenta.
6 Non lasciò, per l' andar che fosse ratto, Lo dolce Padre mio, ma disse : Scocca L'arco del dir, che insino al ferro hai tratto.
GI
L'heure était venue où notre montée ne souffrait plus de retard ; car le soleil avait laissé le méridien au Taureau et la nuit le laissait au Scorpion.
C'est pourquoi, comme fait l'homme qui ne s'arrête pas, mais qui va son chemin, quoiqu'il voie si l’aiguillon du besoin le blesse; |
Ainsi nous entràmes par la brèche l’un devant l’autre, prenant l'étroitescalier qui ne permet pas aux voyageurs de monter deux à deux.
Et tel que le petit de la cigogne, tenté de voler, lève ses ailes, et, ne s'aventurant point à quitter son nid, les replie,.
Tel j'étais avec un désir d'interroger, qui tour à tour en moi s'allumait et s'éteignait, et qui me conduisait jusqu’au mouvement d'un homme prêt à parler.
SI rapide que fût sa marche, mon doux père ne laissa pas de dire : « Lâche l’arc de ta parole que tu as bandé jusqu'au fer. » |
DEL PURGATORIO
Allor sicuramente apri la bocca, E cominciai : Come si può far magro Là dove l’ uopo di nutrir non tocca?
Se t' ammentassi come Meleagro Si consum al consumar d’ un 11720, Non fora, disse, questo a te sì agro :
E, se pensassi come al vostro guizzo Guizza dentro allo specchio vostra image, Ciò che par duro ti parrebbe vizzo.
Ma perchè dentro a tuo voler t' adage, Ecco qui Stazio, ed io lui chiamo e prego, Che sia or sanator delle tue piage.
Se la veduta eterna gli dispiego, Rispose Stazio, laddove tu sie, Discolpi me non potert' io far niego.
Pol cominciò : Se le parole mie, Figlio, la mente tua guarda e riceve, Lume ti fieno al come che tu die.
Sangue perfetto, che mai non si beve Dall’ assetate vene, e si rimane Quasi alimento che di mensa leve, Prende nel cuore a tutte membra umane Virtute informativa, come quello Ch' a farsi quelle per le vene vane.
Ancor digesto scende ov’ è più bello Tacer che dire; e quindi poscia geme Sovr' altrui sangue in natural vasello.
Ivi s' accoglie l’ uno e l’ altro insieme,
Alors, rassuré, j'ouvris la bouche et je commengai :
«Comment peut-on devenir maigre, là où l'on n’est point touché du besoin de se nourrir ? »
«— Si tu te rappelais, dit-1l, comment Méléagre se consuma à mesure que se consumait un tison, ceci ne te serait point si épineux,
« Et si tu pensais comme à vos tressaillements, votre image tressaille aussi dans le miroir, ce qui te semble dur te semblerait facile.
« Mais, pour que tu pénètres ce point selon ton gré, voici Stace, et je l’invoque et le prie d'être maintenant le médecin de tes plaies. »
« — Si je lui ouvre les yeux aux choses éternelles, quand tu es là, répondit Stace, que mon excuse soit de ne pouvoir te refuser rien. »
Puis il commença : « Mon fils, si tu reçois et garde mes paroles, elles porteront la lumière sur la question que tu fais. |
«Un sang plus parfait que les veines altérées ne boivent pas, et qui reste comme un mets qu'on relève de la table,
« Prend dans le cœur une puissance capable de former tous les membres du corps humain ; car c'est pour se changer en eux qu'il court à travers les veines.
« Encore épuré, il descend en un lieu qu’il est plus beau de taire que de nommer, et de là il s'épanche sur le sang d'autrui dans le vase que la nature lui a destiné.
« Là, tous deux se recueillent ensemble, l’un disposé
408 DEL PUNGATORIO.
L' un disposto a patire e l’ altro a fare, Per lo perfetto luogo onde si preme; 11 E giunto lui, comincia ad operare, Coagulando prima, e poi avviva Ciò che per sua materia fe constare.
48 Anima fatta la virtute attiva, Qual d' una pianta, in tanto differente, Che quest’ è in via, e quella è già a riva, 19 Tanto ovra poi, che già si muove e sente, Come fungo marino; ed ivi imprende Ad organar le posse ond’ è semente.
20 Or si spiega, figliuolo, or si distende La virtù ch’ è dal cuor del generante, Dove natura a tutte membra intende.
a Ma, come d'animal divegna fante,
Non vedi tu ancor: quest’ è tal punto Che più savio di te già fece errante;
> Si che, per sua dottrina, fe disgiunto Dall’ anima il possibile intelletto, Perchè da lui non vide organo assunto.
23 Aprialla verità che viene il petto,
E sappi che, sì tosto com’ al feto L’ articolar del cerebro è perfetto,
24 Lo Motor primo a lui si volge lieto, Sovra tant’ arte di natura, e spira Spirito nuovo di virtù repleto,
2 Che ciò che truova attivo quivi tira In sua sustanzia, e fassi un’ alma sola, Che vive e sente, e sè in sè rigira.
CHANT XXV. 409 à subir l’action, l’autre à l'exercer à cause de la source plus parfaite dont il émane ;
« Et arrivé là, il commence son œuvre, d'abord en coagulant la matière qu'il s’est cherché, ensuite en la vivifiant quand il lui a donné sa consistance.
« La puissance active devient une âme pareille à celle d'une plante, avec cette différence qu’elle esten chemin, et que l'âme de la plante est à son terme. |
« Puis, elle travaille de telle sorte que déjà elle se meut et sent comme un mollusque de mer; et ensuite elle commence à organiser les puissances dont elle est le germe,
« Tantôt se replie, mon fils, et tantôt se dilate, la vertu qui vient du cœur du père, où la nature s'applique à former tous les membres.
« Mais comment d'animal elle devient raisonnable, tu ne le vois point encore, et telle est cette difficulté, qu’elle a jeté dans l'erreur plus sage que toi;
« Si bien que dans sa doctrine il a séparé de l’âme l'intellect possible, parce qu’il ne vit pas d'organe qui lui fût approprié.
« Ouvre ton cœur à la vérité qui te vient, et sache qu'aussitôt que l'organisation du cervesu est parfaite,
« Le premier moteur se tourne joyeux vers l'enfant, et, se penchant sur un si bel ouvrage de la nature, il y souffle un esprit nouveau et puissant,
« Qui attire en sa substance tout ce qu'il trouve d’actif en ce lieu, etil s’en forme une seule âme qui vit, qui sent et qui se réfléchit sur elle-même ;
26 E perchè meno ammiri la parola, Guarda il calor del Sol che si fa vino, Giunto all’ umor che della vite cola.
21 E quando Lachesis non ha più lino, Solvesi dalla carne, ed in virtule Seco ne porta e l' umano e il divino.
28 L' altre potenzie tutte quante mute; Memoria, intelligenzia, e volontade, In atto, molto più che prima, acute.
29 Senza ristarsi, per sè stessa cade Mirabilmente all’ una delle rive; Quivi conosce prima le sue strade.
30 Tosto che luogo lì la circonscrive, La virtù formativa raggia intorno, Così e quanto nelle membra vive,
3 E come l’ aere, quand’ è ben piorno, Per l’ altrui raggio che in sè si riflette, Di diversi color si mostra adorno;
32 Così l’ aer vicin quivi si mette In quella forma, che in lui suggella Virtualmente l° alma che ristette :
3 E simigliante poi alla fiammella Che segue il fuoco là 'vunque si muta, Segue allo spirto sua forma novella.
34 Perocchè quindi ha poscia sua paruta, È chiamat’ ombra; e quindi organa poi Ciascun sentire insino alla veduta.
35 Quindi parliamo, e quindi ridiam noi,
« Et pour que ma parole t'étonne moins, considère la chaleur du soleil qui se change en vin, jointe à la séve qui coule de la vigne.
« Lorsque Lachesis n’a plus de lin, l’âme se détache de la chair, etemporte en sa puissance l’humain et le divin ; | |
« Toutes les autres facultés comme inactives, la mémoire, l'intelligence et la volonté, plus subtiles qu'auparavant dans leur action.
« Sans s'arrêter, elle tombe d'elle-même et d’une manière merveilleuse à l’une des deux rives; c’est là que pour la première fois ses voies lui sont montrées.
« Aussitôt arrivée là, un lien la circonscrit; la puissance formatricè rayonne tout autour de la même manière et avec la même proportion que dans les membres où elle vivait.
« Et comme l’air, quand il est bien pénétré d’eau, si le rayon de soleil vient s’y réfléchir, se montre orné de diverses couleurs,
« Ainsi l'air environnant prend la forme que lui imprime par sa puissance l'âme arrêtée là ;
« Et pareille ensuite è la flamme qui suit le feu quelque part qu'il se transporte, la forme nouvelle suit l’esprit à qui elle s'attache;
« Et parce qu'il se rend visible par elle, on le nomme ombre, et c'est par là que l’esprit organise tous ses sens jusqu'à celui de la vue.
« C'est par là que nous parlons et par là que nous
DEL PURGATORIO
Quindi facciam le lagrime e 1 sospiri Che per lo monte aver sentiti puoi.
Secondo che ci affigon li disiri E gli altri affetti, l ombra si figura; E questa è Ja cagion di che tu miri.
E già venuto all’ ultima tortura :
S' era per noi, e volto alla man destra, ‘Ed eravamo attenti ad altra cura.
Quivi la ripa fiamma in fuor balestra, E la cornice spira fiato in suso, Che la reflette, e via da lei sequestra.
Ond'’ ir ne convenia dal lato schiuso Ad uno ad uno, ed 10 temeva il fuoco Quinci, e quindi temeva il cader giuso.
Lo Duca mio dicea : per questo loco Si vuol tenere agli occhi stretto il freno, Perocch' errar potrebbesi per poco.
Summa Deus clementi, nel seno Del grand’ ardore allora udi’ cantando, Che di volger mi fe caler non meno. E vidi spirti per la fiamma andando; . Perch' io guardava ai loro ed a’ miei passi, Compartendo la vista a quando a quando.
Appresso in fine ch’ a quell’ inno fassi, Gridavan alto : Virum non cognosco ; Indi ricominciavan |’ inno bassi.
Finitolo, anche gridavano : Al bosco Si tenne Diana, ed Elice caccionne, Che di Venere avea sentito il tosco.
Indi al cantar tornavano: indi donne
rions; par là nous avons les larmes et les soupirs que tu peux avoir entendus en gravissant la montagne;
« Selon que nous pénètrent les désirs et les autres affections, l'ombre en prend la figure, et là est la raison de ce qui fait ton étonnement. »
Et déjà nous étions arrivés à la dernière expiation, et, tournant à droite, nous donnions notre attention à d’autres soins.
[ci, le flanc de la montagne darde des flammes, et, du bord de l'abîme, souffle en haut un vent qui la repousse et la chasse du chemin, |
De sorte qu'il fallait aller un à un du côté découvert, et d'une part je craignais le feu, de l’autre je craignais de tomber dans le précipice.
Mon guide me disait : « Dans ce passage, il faut tenir serré le frein de ses yeux, car on pourrait aisément s’y tromper.
« Summa Deus clementiæ ; ce chant, que j'entendis alors dans le sein du grand embrasement, me força néanmoins de me retourner.
Et je vis des esprits cheminant par la flamme; c’est pourquoi je regardais leurs pas et les miens, partageant mes regards par intervalles. .
Après les mots qui terminèrent ce chant, ils criaient à haute voix: Virum non cognosco ; puis ils recommençaient l'hymne à voix basse.
L'hymne fini, ils criaient encore : « Diane resta dans le bois, et elle en bannit Hélice qui avait goûté le poison de Vénus.
Puis ils retournaient à leurs chants, ensuiteils criaient
414 DEL PURGATORIO
Gridavano, e mariti che fur casti, Come virtute e matrimonio imponne.
46 Equesto modo credo che lor basti Per tutto il tempo che ‘1 fuoco gli abbrucia : Con tal cura conviene e con tai pasti 47 Che la piaga dassezzo si ricucia.
CHANT XXV. 415 les noms des femmes et des maris qui furent chastes comme l'imposent la vertu et la loi du mariage.
Et Je crois que cette alternative leur suffit pour tout le temps que le feu les brûle : c'est par de tels remèdes et par de tels aliments que leur plaie, la dernière de toutes, doit se fermer.
A mesure que nous avançons dans l’étude de la Divine Comédie, nous pénétrons dans la connaissance de la société contemporaine, et peu à peu le commentaire du poéme nous fait visiter les points les plus curieux de l'histoire du moyen âge. Ainsi . la rencontre de Dante et de Hugues Capet nous font connaître l'origine des Capétiens, les progrès de leur race, la maison d'Anjou en Italie et la chute des Templiers; l’entrevue de Dante et de Forèse, les mœurs de Florence et ses divisions intestines. Quand Virgile et Stace se reconnaissent, nous retrouvons les traditions qui se rattachaient aux grands poétes, et, pour les lettres comme pour les empires, une histoire fabuleuse à côté de l’histoire véridique. Aujourd'hui nous abordons un de ces passages où, sous la couronne du poëte, le philosophe se découvre; où Dante aime à traiter une de ces questions qui agitaient l'école et divisaient les docteurs. Dans le supplice des gourmands il montre comment les âmes peuvent souffrir de la. faim, et quelle est la condition de l'âme après la mort, le rapport du corps et de l’àme, en un mot, tout le mystère de la destinée humaine; non la psychologie seulement, mais l’anthropologie. Varchi, commentant ce XXV° chant du Pur-. gatoire, dit : « Ce chapitre seul que je juge plus utile et
« plus difficile que les autres, peut montrer amplement « comment Dante fut à la fois excellent médecin, ex- « cellent philosophe, excellent théologien, ce qui n'ar- « rive peut-être à aucun autre poëte grec ni latin; et « pour moi, non-seulement je vous confesse, mais en- « core je vous jure qu'autant de fois je l’ai lu, et je l'ai « lu jour et nuit plus de mille fois, toujours j'ai senti « s'augmenter l'étonnement, la stupeur, croyant y « trouver de nouveaux enseignements, et par consé- « quent aussi des beautés nouvelles. » (Cité par Biagioli.)
Le soleil est dans le Bélier et le Taureau est au méridien, c'est que tout le signe du Bélier en est sorti. Or le zodiaque mettant vingt-quatre heures à passer par le méridien, chaque signe y met deux heures, c'est-àdire qu'il était deux heures après midi. De même la nuit devait être dans le signe de la Balance, et la Balance ayant quitté le point opposé du méridien, devait avoir laissé la place au Scorpion.
Tous les poëtes ont aimé ces souvenirs astronomiques : serait-ce une habitude des premiers âges du monde où les hommes lisaient dans les étoiles, ou bien la poésie ne peut-elle se détacher du ciel d'où elle est descendue ?
Toute cette doctrine physiologique est péripatéticienne. La doctrine psychologique est celle de saint Thomas*. Mais le poëte n'aurait pas interrompu ses visions s’il n’était poussé par un grand intérêt, par un
1 Rapprochement avec le Convilo, lib. IV, 21. 2 Summ., 1°, quest. 76, 118.
grand devoir. Il s’agit d'une question qui partage les esprits et qui menace d'ébranler les fondements du christianisme.
La nature de l'âme, le lien qui la rattache d'un côté à Dieu, de l'autre au corps, sa destinée quand Îe lien corporel est rompu, voilà les problèmes qui n’ont jamais laissé" de repos à la pénsée. La sagesse des Indiens, ne reconnaissant d'être véritable qu'en: Dieu, le regardent comme l'âme suprême, paramatma, en qui seule réside la connaissance éternelle et dont se détache comme une étincelle l'âme individuelle, djivatma, qui est le principe vital des corps. Tout l’effort de la contemplation est de ramener l’âme individuelle à sa source et de perdre la personnalité humaine dans l’immensité divine. I : | Aristote considère l’âme comme la forme du corps, et dans l’âme deux intellects, l'un actif, l’autre passif; mais comme la forme ne peut subsister sans sa matière, l'âme, quoique différente du corps, ne peut exister sans lui. Aoxeî pire dved couaros eivar, pe compa ti Quyn.
Cependant cette intelligence par laquelle nous concevons les principes ne peut être périssable, et c’est pourquoi Aristote la fait venir du dehors, par conséquent de Dieu; en sorte que l'âme péril, mais que l'intellect divin qui s'était prêté à elle se retire et subsiste.
Averrhoès, eh commentant Aristote (Saint Thomas, contr. Averrh.), s'efforce d'établir que l'intellectiqu'Aristote. appelle possible est une substance séparée ‘du corps quant à l'être, et qui lui est unie quant à la forme, et de plus que l’intellect possible est unique
pour tous. Or, étant détruite la diversité de l’intellect possible qui est seul immortel, il s’ensuit qu’après la mort il ne reste rien des âmes humaines que l’unité de l'intellect, et ainsi on supprime les peines et les récompenses. Albert le Grand ajoute que, distinguant l’âme sensible de l’âme intellectuelle, les péripatéticiens font naître la première du sang du père: mais l'âme intellectuelle, ils la congoivent séparée et rayonnant sur l'âme sensible comme le soleil sur le milieu transparent, et de même que si l’on ôte les objets illuminés . il ne reste que la lumière du soleil, de même, les hommes périssant, 1l ne reste qu’une seule intelligence perpétuelle et impérissable.
PROPAGATION DE CES DOCTRINES EN ÎTALIE. — 1215, les épicuriens à Florence; les petits-fils d’Averrhoès à la cour de Frédéric II. Ses écrits, traduits par Ermangard de Biais, se propagent par toute l’Italie, Sant Thomas et Egidius Colonna s'appliquent à le réfuter. Triomphe de saint Thomas, peint par Traini, à Sainte-Catherine de Pise, où, entouré des évangélistes, des docteurs, de Platon et d’A-
ristote, il terrasse Averrhoès. Cependant le règne d'Averrhoès continue. Dante, au IVe chant de l'Enfer, le range parmi les sages du
paganisme, le cite dans le Convito (IV, 3); le combat au XXIT° chant du Purgatoire. Le combat ne finit point. Frère Urbain de Bologne explique, en 1334, le commentaire d’Averrhoès sur la physique d’Aristote !. Pétrarque raconte comment il était harcelé à Venise par ceux qui, selon la coutume des philosophes modernes, pensent n'avoir rien fait s'ils n’aboient contre le Christ et sa doctrine surhumaine. Pétrarque cite saint Paul, on lui répond : « Tiens-t'en à ta religion chrétienne, je n’en crois pas un mot. Ton Paul, ton Augustin et tous les autres ne furent que des radoteurs; si tu pouvais seulement supporter la lecture d’Averrhoès, tu verrais combien il
4 Tiraboschi, 10, 89. — Sur l’Averrhoïsme, voir le commentaire de Pietro di Dante,
et des guerriers qui, revétus de leur armure sanglante, furent percés par des James d'airain. De toutes parts ces mânes voltigent en foule, poussant de lamentables cris. Ulysse tire son épée et ne permet pas que les ombres approchent du sang avant que Tirésias ne soit venu s’y désaltérer, Tirésias approche, et, quand il a bu le sang noir des victimes, il parle,
La philosophie paienne se dégage lentement de ces conceptions grossières. Anaximandre faisait de l'âme une matière indéfinie. Auaximène, Diogène d’Apollonie et Anaxagore la confondaient avec l'air. Héraclite en faisait un feu, et les Stoiciens se rapprochaient de l'opinion d'Héraclite en disant que c’était un souffle pénétré d'une chaleur divine; ils lui accordaient la vie future, mais non l'immortalité.
Les premiers philosophes chrétiens n’arrivent pas sans peine à la notion de l'esprit pur. Origène, Ispì &pyev, conçoit Dieu seul comme incorporel. ]l prête aux démons et aux âmes qu'il leur assimile « des corps composés de cet air épais et humide qu’on sent quand le vent souffle. » Saint Augustin (de Civ. Dei, lib. XXI, cap. x) rapporte ce sentiment et laisse la question douteuse en ce qui touche les démons. |
Saint Augustin (Confess., lib. VII, x11) se débat longtemps contre cette difficulté, Il ne pouvait concevoir d'autre substance que celle qui se voit par les yeux, et quoique délivré des erreurs manichéennes, tout être à qui il refusait l'étendue ne lui semblait plus qu'un rien. Il arrive pourtant à la notion de Dieu, à la notion de l'âme. Mais quand l’âme se sépare du corps, il se demande si elle va dans un lieu corporel. « L'âme a-t-elle quelque autre corps quand elle quitte celui-ci? Le démontre qui pourra, je ne le pense point... En ce qui touche l'âme elle-même, non-seulement je le pense, mais j'ose dire que je le sais. Cependant on ne peut nier qu'elle puisse avoir la similitude d'un corps et de tous les membres corporels, puisque, en songe, elle se voit aller, s'asseoir, marcher, voler même ici et là, ce qui ne se peut sans la similitude d’un corps. (De Genesi ad litteram, XII, xxxm, xxxni.) On lit dans un livre attribué à saint Augustin, de Spiritu et Anima, cap. xv : « L'âme se retire du corps entraînant tout à sa suite : le sens, l'imagination, la raison, l’intellect, l’intelligence, la concupiscibilité, l'irascibilité. »
Saint Thomas est plus sévère (Summa supplem., quest. 70,
art. 1); il ne veut point que l'âme séparée conserve les puissances sensitives, si ce n'est comme la racine contient l’arbre, et le principe ses développements; de telle sorte qu’elle puisse développer de nouveau ces puissances, si elle est de nouveau unie à un corps. Il conçoit l'âme coupable livrée au feu vengeur. — Dante, se fait une opinion moyenne. Il emprunte à saint Thomas la notion de l'âme séparée qui recueille ses puissances intellectuelles plus actives que jamais, sa sensibilité comme endormie; à saint Augustin, à Origène, la notion de l'ombre ou du corps subtil.
Isidore de Séville (Etym., lib. XIV, cap. 111) complète la description du paradis terrestre par ce trait : Seplus est undique Romphæo flumine, ita ut ejus cum cœlo pene jungatur incendium.
Mentre che sì per l’ orlo, uno innanzi al tro, Ce n’ andavamo, spesso il buon Maestro Diceva : Guarda; giovi ch’ io ti scaltro.
Feriami il Sole in su l’ omero destro,
Che già, raggiando, tutto l’ occidente Mutava in bianco aspetto di gilestro :
Ed io facea con l’ ombra più rovente Parer la fiamma, e pur a tanto indizio Vidi molt' ombre, andando, poner mente.
Questa fu la cagion che diede inizio Loro a parlar di me; e cominciarsi À dir : Colui non par corpo fittizio.
Poi verso me, quanto potevan farsi,
Certi si feron, sempre con riguardo Di non uscir dove non fosser arsi.
O tu, che vai, non per esser più tardo,
Ma forse reverente, agli altri dopo, Rispondi a me, che in sete e in fuoco ardo :
Tandis qu'ainsi nous cheminions le long du bord, l'un devant l’autre, souvent notre bon maître disait : « Prends garde et que nos avertissements te profitent. »
Le soleil me frappait l'épaule droite, et ses rayons qui embrasaient tout l'occident, blanchissaient de ce côté l’azur du ciel.
Et mon ombre faisait paraître la flamme plus rouge, et sur un tel indice, je vis beaucoup d’àmes arrêter leur attention tout en continuant leur chemin.
Ce fut l’occasion qui leur donna lieu de parler de moi et elles commencèrent à se dire : « Celui-c1 ne semble point un corps mensonger. »
Puis vers moi autant qu'elles le pouvaient, quelques unes se pressèrent, toujours en se gardant de s'avancer jusqu'au point où elles ne brûleraient pas.
« O toi qui va derrière les autres, non que tu sois plus lent, mais peut-être par respect, réponds à une âme qui brûle de soif et de feu.
426 | DEL PURGATORIO
1 Nèsoloamelatua risposta è uopo; Chè tutti questi n’ hanno maggiors.te Che d’ acqua fredda Indo o Etiopo.
8 Dinnecom'èchefaidite parete AI Sol, come se tu non fossi ancora Di morte entrato dentro dalla rete.
9 Simi parlava un d’ essi, ed io mi fora Già manifesto, s’ i' non fossi atteso Ad altra novità ch’ apparse allora; 10 Chè per lo mezzo del cammino acceso Venia gente col viso incontro a questa, La qual mi fece a rimirar sospeso.
11. Lì veggio d'ogni parte farsi presta ‘ Ciascun’ ombra,-e baciarsi una con una, | Senza ristar; contente a breve festa.
‘42 Così per entro loro:schiera bruna S' ammusa l’ una con l’altra formica, Forse a spiar lor via e lor fortuna..
43 Tosto che parton l’ accoglienza amica, ;:. Primache’l primo passo li trascorra, Sopraggridar ciascuna :s' affatica : .t4 La nuova gente : Soddoma e Gomorra; nu «El altra : Nella vacca entra Pasife, Perchè il torello a sua lussuria corra.
15 Poi come gru, ch’ alle montagne Rife Volasser parte, e parte in ver l’ arene, Queste del'giel, quelle del Sole schife ; 146 L’ una gente sen va, l’ altra sen viene, E tornan lagrimando a’ primi canti, E al gridar che più lor si conviene :
« Et je ne suis pas le seul qui ait besoin de ta réponse, mais tous ceux-ci en sont plus altérés que l'indien ou l'Éthiopien n'est altéré d’eau froide.
« Dis-nous comment il se peut que tu fasses obstacle au soleil, comme si tu n'étais point encore to mbé dans le filet de la mort.»
Ainsi me parlait un d'eux, et déjà | je me serais fait connaître, si je n'avais été attentif à une autre nouveauté qui m'apparut alors.
Par le milieu du chemin brûlant, vint une troupe d’âmes comme à la rencontre de celle-ci, ce qui me fit rester suspendu à leur aspect.
Puis je vis des deux côtés les ombres s'empresser et se baiser l’une l’autre sans s'arrêter, contentes d’une courte fête, ©
Ainsi à travers de leurs brunes légions, les fourmis se rencontrent tête à tête, peut-être pour s'informer de leur route et de leur butin.
Aussitôt qu'elles mettent fin à cet accueil amical, avant que le premier pas les ait séparées, chaque âme s'efforce de crier plus haut que ses compagnes.
Les nouveaux venus disent : « Sodome et Gomorrhe; » et les autres : « Pasiphaé entra dans la vaché d’airain pour que le taureau assouvit sa luxure. »
Puis comme des grues dont la moitié volerait vers les monts Riphées et la moitié vers les sables, celles-ci fuyant les glaces et celles-là le soleil,
L'une des deux troupes s'en va, l’autre s'en vient, et tout en pleurs, ellesrecommencentleurspremierschants, et les cris qui conviennent mieux à leur pénitence.
DEL PURGATORIO
E raccostarsi a me, come davanti, Essi medesmi che m' avean pregato, Attenti ad ascoltar ne’ lor sembianti.
Io, che due volte avea visto lor grato, Incominciai : O anime sicure D’ aver, quando che sia, di pace stato, Non son rimase acerbe nè mature Le membra mie di là, ma son qui meco Col sangue suo e con le sue giunture.
Quinci su vo per non esser più cieco :
Donna è di sopra che n° acquista grazia, Perchè "1 mortal pel vostro mondo reco.
Ma se la vostra maggior voglia sazia Tosto divegna, sì che I ciel v alberghi Ch" è pien d' amore e più ampio si spazia, Ditemi, acciocchè ancor carte ne verghi, Chi siete voi, e chi è quella turba Che sì ne va diretro a’ vostri terghi?
Non altrimenti stupido si turba Lo montanaro, e rimirando ammuta, Quando rozzo e salvatico s' inurba, Che ciascun’ ombra fece in sua paruta :
Ma poichè furon di stupore scarche, ko qual negli alti cuor tosto s' attuta, Beato te, che delle nostre marche, Ricominciò colei che pria ne chiese, Per viver meglio esperienza imbarche !
La gente, che non vien con noi, offese Di ciò, per che già Cesar, trionfando, Regina contra sè chiamar s’ intese;
Et alors se rapprochèrent de moi comme auparavant, les mêmes ombres qui m'avaient prié, elles semblaient attentives à ma parole.
Moi qui deux fois avait vu leur désir, je commença : « 0 âmes assurées d'obtenir quelque jour une paix du rable.
«Je n'ai point laissé sur la terre mes membres encore verts ni déjà mûrs; mais ils m’accompagnent ici avec leurs articulations.
« Je vais là-haut pour n'être plus aveugle. Une dame est au ciel qui m'en obtient la grâce; c'est pourquoi je porte dans votre monde ce que j'ai de mortel.
« Mais (ainsi puisse bientôt se rassasier votre suprême désir, et vous accueillir le ciel qui est plein d'amour et qui tient le plus de place dans l'espace !)
« Dites-moi afin que j'en charge les feuilles de mon livre : qui êtes-vous et qui est cette troupe qui derrière vous s'en va? »
Tel le montagnard stupéfait se trouble et promène ses regards en silence, quand rustique et sauvage il visite la ville,
Telle chaque ombre changea de visage. Mais lorsqu'elles eurent secoué la stupeur, qui dans les cœurs haut placés se calme bientôt :
« Heureux, reprit celle qui nous avait interrogés d'abord, heureux es-tu puisque pour mieux vivre tu viens te charger d'expérience sur nos bords.
« La troupe qui ne vient pas avec nous a commis le péché pour lequel César triomphant s’entendait appeler reine.
dò
DEL PURGATORIO
Però si parton Soddoma gridando, Rimproverando a sè, com’ hai udito, E aiutan l’ arsura vergognando.
Nostro peccato fu ermafrodito;
Ma perchè non servammo umana legge, Seguendo come bestie l’ appetito,
In obbrobrio di noi per noi si legge, Quando partiamci, il nome di colei :
Che s’ imbestiò nell’ imbestiate schegge.
Or sai nostri atti, e di che fummo rei :
Se forse a nome vuoi saper chi semo, Tempo non è da dire; e non saprei‘
Farotti ben di me volere scemo; ‘Son Guido Guinicelli, e già mi purgo Per ben dolermi prima ch’ allo stremo.
Quali nella tristizia di Licurgo Si fer duo figli a riveder la madre, Tal mi fec’ io, ma non a tanto insurgo, Quando i’ udi' nomar sè stesso il padre Mio e degli altri miei miglior, che mai Rime d’ amore usar dolci e leggiadre : | E senza udire e dir pensoso andai Lunga fiata rimirando lui, 0 Nè per lp fuoco in là più. m' appressal..
Poichè di riguardar pasciuto fui, Tutto m' offersi pronto al suo servigio, .
Con |’ affermar che fa credere altrui.
Ed egli a me : Tu lasci tal vestigio,
« Ces âmes s’en vont done ainsi en criant Sodome, s’accablant dereproches, comme tu l’as entendu ; etelles ajoutent la honte à l'ardeur de la flamme.
« Notre péché fut hermaphrodite ; mais. comme nous n'avons pas observé la loi humaine en suivant notre appétit comme font les brutes, I
« Pour notre opprobre nous répétons en nous séparant, le nom de celle qui se fit véritablement bête, sous l'enveloppe d'une bête. |
« Maintenant tu sais nos actes et de quoi nous fûmes coupables. Si par hasard tu veux savoir par notre nom qui nous sommes, ce n'est pas l'heure de le dire, et je ne le saurais pas. |
« En ce qui me touche, pourtant, je satisferai ton dé- . sir, je suis Guido Guinicelli, et déjà je me purifie pour m'être bien repenti avant mon dernier jour. »
Tels au moment de la fureur de Lycurgue s'émurent, ces deux fils en revoyant leur mère; tel je m'émus, mais sans m'élancer comme eux,
Quand j'entendis se nommer lui- méme mon père et celui des autres meilleurs que moi qui manièrent jamais les rimes d'amour douces et gracieuses.
Et sans entendre et sans parler, je marchai longtemps pensif en le considérant; mais à cause du feu je n'approchai pas davantage. |
Après que je me fus rassasié de le regarder, je m'offris tout entier à le servir avec ces assurances qui forcent la foi d'autrui.
Et il me dit : « Ce que j'entends de toi laisse en moi
ai
DEL PURGATORIO
Per quel ch’ i’ odo, in me, e tanto chiaro, Che Lete nol può torre nè far bigio.
Ma, se le tue parole or ver giuraro, Dimmi che è cagion perchè dimostri Nel dire e nel guardar d' avermi caro?
Ed io a lui : Li dolci detti vostri Che, quanto durerà l’ uso moderno, Faranno cari ancora i loro inchiostri.
0 frate, disse, questi ch’ io ti scerno Col dito (e additò un spirto innanzi) Fu miglior fabbro del parlar materno.
Versi d’ amore e prose di romanzi Soverchiò tutti, e lascia dir gli stolti Che quel di Lemosi credon ch' avanzi.
A voce più ch’ al ver drizzan li volti, E così ferman sua opinione Prima ch' arte o ragion per lor s’ ascolti.
Così fer molti antichi di Guittone, Di grido in grido pur lui dando pregio, Fin che l’ ha vinto il ver con più persone.
Or, se tu hai sì ampio privilegio, Che licito ti sia l’ andare al chiostro, Nel quale è Cristo abate del collegio,
Fagli per me un dir di paternostro,
Quanto bisogna a noi di questo mondo, Ove poter peccar non è più nostro.
Poi, forse per dar luogo altrui secondo, Che presso avea, disparve per lo fuoco, Come per l’ acqua il pesce andando al fondo.
une telle trace et si claire, que le Léthé ne saurait ni l'effacer ni l'obscurcir.
« Mais si tout à l'heure tes paroles m'ont juré la vérité, dis-moi quelle est la raison pour laquelle ton langage et tes regards me montrent tant d'amour. »
Et moi je lui répondis : « Ce sont vos doux vers; et tant que durera le langage moderne ils rendront chère l'encre dont ils furent tracés. »
« 0 mon frère, dit-il, celui que je te marque du doigt (et 1l m’indiqua un esprit qui était devant lui), fut un meilleur ouvrier dans sa langue maternelle.
« Chants d'amour et récits de romans, il les surpassa tous et laisse dire les sots qui croient le poëte de Limoges au-dessus de lui.
« Ils tournent leurs yeux du côté du bruit, plutôt que du côté du vrai, et c’est ainsi qu’ils fixent leur opinion avant d'écouter l'art et la raison.
« C’est ainsi que firent beaucoup d’anciens pour Guittone. La louange passant de cri en cri ne glorifiait que lui seul, jusqu'au moment où la: vérité l'a vaincu par plusieurs bouches. |
«Maintenant, puisque tu jouis d’un si grand privilége qu'il t'est permis d'aller au cloître où le Christ est l'abbé du couvent.
« Dis-lui pour moi du Pater noster autarit qu'il nous en faut dans ce monde, où nous n'avons plus le pouvoir de pécher. »
Puis, peut-être pour laisser place à un autre qu'il avait près de lui, il disparut dans le feu, comme disparait dans l’eau le poisson qui va au fond.
& Io mi feci al mostrato innanzi un poco, E dissi ch’ al suo nome il mio desire Appareechiava grazioso loco.
s7 Ei cominciò liberamente a dire :
Tan m' abelhis vostre cortes deman, Qu” ieu no m puesc ni m voill a vos cobrire.
8 Jeu sui Arnautz, que plor e vai chantan :
Consiros vei la passada folor, E vei jauzen lo jor qu’ esper denan.
# Ara us prec per aquella valor, Que us quia al som sens freich e sens calina, Sovenha us atemprar ma dolor.
sv Pois’ ascose nel fuoco che gli affina.
Je m'avangai un peu vers celui qu'on m'avait montré, et je lui dis que mon désir préparait à son nom une place choisie. |
Et lui commença gracieusement à dire :
«Tant me plaît votre courtoise demande, que je ne puis ni ne veux me cacher à vous. Je suis Arnaud qui pleure et vais chantant; je vois avec chagrin ma folie passée. Mais je vois joyeux devant moi la joie que j'espère. Or, je vous prie par cette vertu qui vous guide au sommet de l'escalier, souvenez-vous en temps utile de ma douleur. »
Puis il se cacha dans le feu qui les purifie.
La poésie n’est pas faite, comme on l’a souvent cru, pour le plaisir d'un petit nombre d'hommes privilégiés, pas mêmé pour le plaisir des peuples. Pensez-vous que la Providence eût suscité tant de beaux génies pendant une longue suite de siècles sans autre dessein que
d’amuser le genre humain? Sans doute Dieu, comme
tous les bons gouvernements, prend soin des plaisirs publics, mais c'est pour en faire des moyens d’éducation. Il en est ainsi des fêtes religieuses et civiles, ce sont des joies, mais aussi des enseignements. La poésie est. une fête éternelle, c'est le moyen d’éducation le plus puissant, l’enseignement le plus durable qui soit donné aux hommes. La prose se dissout ct s'‘oublie; le vers se soutient par sa forme mesurée et se conserve; il se propage par une harmonie qui saisit l'oreille des ignorants; il résume sous des traits vivants tout ce qui fit l'occupation d’une époque. C'est par leurs poëmes que les sociétés se survivent. Pendant qu'il nous reste à peine la dixième partie de Cicéron et la moitié de Tacite, quand tous les exemplaires de la Jérusalem auraient péri, il suffirait de réunir quelques moines et quelques mariniers italiens pour la retrouver.
Ce chant.est encore un de ceux où Dante se donne la joie de retrouver des poétes, de s’entretenir avec ses maîtres et ses rivaux. Il a choisi le Purgatoire, ce lieu non de désespoir, mais d’expiation, pour y réunir ces âmes passionnées, mais naîves, qui péchèrent beaucoup, mais qui ne s'endurcirent pas; il y rencontre les écrivains des trois langues poétiques de son temps : Stace, le poéte latin, Sordello et Arnaud Daniel, tous deux provençaux, et deux Italiens, Buonagiunta de Lucques, et Guido Guinicelli de Bologne. Il saisit l'occasion de juger les plus illustres et de réformer les jugements de la foule; il ébauche ainsi cet art poétique qu'il entreprit de fixer plus tard dans son traité de Vulgari Eloquio.
Terc. 34. — Guido Guinicelh, d’une famille noble de Bologne, exilée pour ses opinions gibelines. Sage, éloquent, mais voluptueux. Il compose en langue vulgaire; mais il introduit un principe nouveau, l’amour platonique. « L'amour s’abat toujours sur un cœur noble, comme l'oiseau sur un rameau vert. Et la nature n'a pas fait l'amour avant le noble cœur, ni le noble cœur avant l'amour. Car, aussitòt que le soleil fut, son rayon fut aussi... » Voilà pourquoi Dante le nomme son père.
32. — Lycurgue, roi de Némée, allait faire mourir son esclave Hypsipyle, à la négligence de laquelle il imputait la mort de son tils Opheltes, tué par la piqûre d’un serpent. Au moment où elle allait être conduite au supplice, ses fils, Thoüs et Euménius, la reconnurent et la délivrèrent. G. À. H.
40. — Prose de romanzi. Non point les romans en prose, mais les récits romanesques écrits en strophes monorimes. Prosa dési-
gnait les chants d'église monorimes et à leur exemple encore aujourd’hui les récits dont les paysans provençaux charment leurs veillées. Versus signifiait les couplets à rimes combinées, les chants vraiment lyriques. V. Fauriel, art. Lancecor pu Lac, Histoire littéraire de France, t. XXII.
La poésie latine en Italie ne s’interrompt jamais.
Hoc faciunt urbi, Hoc quoque rure viri.
Henri de Settimelo. — Alberto Mussato, auteur de deux tragédies, dix-huit épitres, dix églogues, élégies, etc. — Hésitations de Dante entre le latin et la langue vulgaire. Erreur de Pétrarque, qui préférait ses poésies latines; et cependant la couronne qui n’est pas flétrie est celle dont il a ceint la jeune tête de Laure.
40. — Arnaud Daniel et Giraud de Borneil. — Juste célébrité de Giraud de Borneil, d'Excideuil en Limousin. Ses poésies sont considérées par Fauriel comme le plus parfait modèle de la poésie provençale, qui elle-même est la fleur du moyen âge.
Arnaud Daniel, troubadour du douzième siècle. Il reste peu de ses compositions lyriques. Sécheresse, artifices de rimes et de versification, il n'a pas d'autre but que d’étonner l'oreille. Son roman : Lancelot du Lac. Témoignage du Tasse et de quelques troubadours en sa faveur. Ulrich de Zazichoven trouve ce poëme dans les mains de Hugues de Morville, otage de Richard, et le traduit en allemand rien que pour l'amour de sa dame.
Arnaud Daniel, devenu vieux et pauvre, envoie une chanson très-belle aux rois de France, d'Angleterre et de tout l'Occident. Il en reçoit beaucoup d'argent, et, concluant que Dieu ne l'a pas abandonné, il entre au cloître et y fait une bonne fin. Pétrarque imile les rhythmes d'Arnaud.
Ce que l'Italie reçut de la Provence. — La Méditerranée est un port qui unit toutes les nations établies sur ses rivages. Les communications de l'Italie, de la France et de l'Espagne amènent le commerce des langues. — Les troubadours provençaux vont en Italie et dans les cours d’Este, de Lunigiane, de Vérone et de Montferrat on voit Bernard de Ventadour, Raimbaud de Vaquieras, Cadenet, Pierre Vital.
— Les Italiens composent en provençal. On en compte vingt-cinq. Sordello. Dante lui-même. Canzone 7.
Ahi faux ris per que trai haves Oculos meos et quid tibi feci Che fatto m° hai così spietata fraude ?
Siccome quando 1 primi raggi vibra Là dove il suo Fattore il sangue sparse, Cadendo Ibero sotto l’ alta Libra,
E I onde in Gange da nona riarse,
Sì stava 1l Sole; onde 1 giorno sen giva,
Quando l’ Angel di Dio lieto ci apparse.
Fuor della fiamma stava in su la riva,
E cantava Beati mundo corde,
In voce assai più che la nostra viva.
Poscia : Più non si va, se pria non morde, Anime sante, il fuoco; entrate in esso,
Ed al cantar di là non siate sorde.
Si disse, come noi gli fummo presso; Perch’ io divenni tal, quando lo ’ntesi, Qual è colui chè nella fossa è messo.
In su le man commesse mi protesi, Guardando il fuoco, e immaginando forte Umani corpi già veduti accesi.
Le soleil était au point d’où il darde ses premiers rayons aux lieux qu’arrosa le sang de son Créateur, l'Ébre coulait sous le signe de la Balance arrivé au zénith,
Et les eaux du Gange se réchauffaient aux feux du midi. Le jour s'en allait donc, quand l’ange du Seigneur nous apparut Joyeux.
Hors de la flamme il se tenait sur la rive et chantait Beati mundo corde, mais d’une voix bien plus puissante que la nôtre.
Puis : « Ames saintes, dit-il, on ne va pas plus loin sans passer par la morsure du feu ; entrez et ne soyez point sourdes aux chants de l’autre bord. »
Ainsi parla-t-il1 quand nous fàmes près de lui, et quand je l’entendis je devins pareil à l’homme qu'on met dans la fosse. |
Mes mains se joignirent et tout mon corps appuyé sur elles se tordit, tandis que je considérais le feu, en me représentant avec force les corps humains que j'avais vus brûler. | |
Mii.
DEL PURGATORIO
Volsersi verso me le buone scorte; E Virgilio mi disse : Figliuol mio, Qui puote esser tormento, ma non morte.
Ricordati, ricordati... e, se io | Sovr’ esso Gerion ti guidai salvo,
Che farò or che son più.presso a Dio?
Credi per certo che, se dentro all’ alvo Di questa fiamma stessi ben mill’ anni, Non ti potrebbe far d’ un capel calvo.
E se tu credi forse ch’ io t' inganni,
Fatti ver lei, e fatti far credenza Con le tue mani al lembo de’ tuoi panni.
Pon giù omai, pon giù ogni temenza; Volgiti in qua, e vieni oltre sicuro.
Ed io pur fermo, e contra coscienza.
Quando mi vide star pur fermo e duro, Turbato un poco, disse : Or vedi, figlio, :
Tra Beatrice e te è questo muro.
Com’ al nome di Tisbe aperse il ciglio Piramo in su la morte, e riguardolla, Allor che 11 gelso diventò vermiglio ;
Così, la mia durezza fatta solla,
Mi volsi al savio Duca, udendo il nome Che nella mente sempre mi rampolla.
Ond’ ei crollò la testa, e disse : Come!
Volemci star di qua? indi sorrise,
Com’ al fanciul si fa ch' è vinto al pome.
Poi dentro fuoco innanzi ini si mise, Pregando Stazio che venisse retro,
Che pria per lunga strada ci divise.
Mes bons guides se tournèrent vers moi et Virgile me dit: « Mon fils, icì tu peux trouver la douleur, non la mort...
« Souviens-toi, souviens-lol... et si je t'ai conduit sain et sauf sur le dos de Géryon, que ferai-je maintenant que je suis plus près de Dieu!
«Tiens pour certain que tu reslerais mille ans dans le sein de cette flamme, sans qu'elle pût te faire chauve d'un cheveu.
« Et sì par hasard tu penses que je te trompe, approche du feu et fais l'épreuve en y mettant de tes mains le bord de tes vêtements.
. « Dépose désormais, dépose toute crainte, tourne-tol de ce côté et avance d'un pas sûr. » Mais je n’en restai pas moins immobile; et je résistai à ma conscience.
Quand il me vit demeurer immobile et obstiné, il se troubla d'abord un peu, puis il dit : « Vois donc, mon fils, entre Béatrix et toi, il n y a plus que ce mur. »
Comme au nom de Thisbé Pyrame expirant ouvrit les yeux et regarda sa bien-aimée, alors que le fruit du môûrier devint vermeil;
Ainsi, ma dureté s'amollit, et je me tournai vers mon sage guide en entendant le nom qui jaillit sans cesse dans ma pensée.
Alors Virgile branla la tête : « Quoi donc, dit-il, voulons-nous rester ici, » et 11 me sourit comme on seurità un enfant qui se rend pour une pomme.
Puis il entra devant moi dans le feu, priant Stace de marcher derrière, Stace, qui jusque-là, durant un long chemin nous avait séparés.
DEL PURGATORIO
Come fui dentro, in un bogliente vetro Gittato mi sarei per rinfrescarmi ; Tanto er’ ivi lo incendio senza metro.
Lo dolce Padre mio, per confortarmi,
Pur di Beatrice ragionando andava, Dicendo : Gli occhi suoi già veder parmi.
Guidavaci una voce che cantava Di là ; e noi attenti pure a lei, Venimmo fuor là ove si montava.
Venite, benedicti Patris mei,
Sonò dentro da un lume, che li era Tal, che mi vinse, e guardar nol potei.
Lo Sol sen va, soggiunse. e vien la sera; Non v' arrestate, ma studiate il passo, Mentre che |’ occidente non s' annera.
Dritta salia la via per entro il sasso,
Verso tal parte, ch' io toglieva 1 raggi Dinanzi a me del Sol ch' era già lasso.
E di pochi scaglion levammo 1 saggi,
Che il Sol corcar, per l’ombra che si spense, Sentimmo dietro ed io e gli miei Saggi.
E pria che in tulte le sue parti immense Fusse orizzonte fatto d’un aspetto,
E Notte avesse tulte sue dispense,
Ciascun di noi d’un grado fece letto;
Chè la natura del monte ci affranse La possa del salir più che il diletto.
Quali si fanno ruminando manse Le capre, state rapide e proterve Sopra le cime, prima che sien pranse,
CIANT XXVII. 445
Quand je fus entré, je me serais jeté dans du verre bouillant pour me rafraîchir, tant la chaleur y était sans mesure.
Mon doux père, pour m'encourager, allait parlant toujours de Béatrix et disant : « Il me semble déjà voir ses yeux. »
Une voix ñous guidait qui chantait sur l’autre rive, et nous n'écoutant qu'elle, nous sortimes du feu à l’endroit où l’on montait.
« Venite bene licti Patris mer. » Ces paroles se firent entendre au milieu d'uné lumière qui était là si vive, que nos yeux furent vaincus et ne purent la regarder.
« Le soleil s'en va, ajouta-t-elle, et voici venir le soir. Ne vous arrétez point, mais pressez le pas, tandis que l'ombre ne noircit pas encore l'occident. »
Le chemin montait tout droit à travers le rocher dans une direction telle que j'interrompais devant moi les rayons du soleil, déjà fatigué de sa course.
Et nous avions parcouru peu de marches quand nos ombres s'effacant, nous connùmes mes maîtres et moi que derrière nous le soleil se couchait.
Et avant que l’horizon dans son immensité n'eut plus qu'une couleur et que la nuit eut pris toute sa place,
Chacun de nous d’un degré se fit un lit, car la nature de la montagne nous ôta le pouvoir et le joyeux désir de monter plus haut.
Comme on voit les chèvres qui couraient rapides et hardies sur les cimes des rochers avant d'être repues, ruminer maintenan paisibles,
DEL PURGATORIO
Tacite all’ ombra, mentre che ’l Sol ferve, Guardate dal pastor che in su la verga Poggiato s' è, e lor di posa serve;
E quale il mandrian, che fuori alberga, Lungo il peculio suo queto pernotta, Guardando perchè fiera non lo sperga;
Tali eravamo tutti e tre allotta,
Jo come capra, ed ei come pastori, Fasciati quinci e quindi dalla grotta.
Poco potea parer li del di fuori;
Ma per quel poco, vedev' io le stelle Di lor solere e più chiare e maggiori.
Si ruminando, e si mirando in quelle,
Mi prese "1 sonno : il sonno che sovente, Anzi che ‘1 fatto sia, sa le novelle.
Nell’ ora credo, che dell’ oriente Prima raggiò nel monte Citerea,
Che di fuoco d’ amor par sempre ardente,
Giovane e bella in sogno mi parea Donna veder andar per una landa Cogliendo fiori; e cantando dicea :
Sappia, qualunque il mio nome dimanda, Ch’ io mi son Lia, e vo movendo intorno Le belle mani a farmi una ghirlanda.
Per piacermi allo specchio qui m' adorno; Ma mia suora Rachel mai non si smaga Dal suo miraglio, e siede tutto giorno.
EI” è de’ suoi begli occhi veder vaga,
Ét pendant que le soleil brûle, rester silencieusement à l'ombre, gardées par le pâtre qui s'appuie sur son bâton, et ainsi appuyé prend soin d'elles;
Et comme le berger qui demeure hors de sa maison, passe la nuit tranquille auprès de son troupeau, prenant garde qu’une bête féroce ne vienne le disperser;
Tels nous étions alors tous les trois, moi comme la chèvre, eux comme les pasteurs, serrés à droite et à gauche par les parois de la grotte.
De là on ne découvrait que peu de l’espace extérieur. Mais dans ce peu d’espace, je voyais les étoiles, et plus claire et plus grande que de coutume.
Tandis qu’ainsi je les contemplais et que je ruminais ainsi, le sommeil me prit, le sommeil qui bien des fois avant l'événement accompli, en sait des nouvelles.
À l'heure, je crois, où l'étoile de Vénus qui semble toujours embrasée du feu de l'amour, parut à l’occident, devangant le soleil, et darda ses rayons sur la montagne. |
Je crus voir en songe une femme jeune et belle qui allait cueillant des fleurs à travers une lande, et en chantant elle disait :
« Sache, quiconque demande mon nom, que je suis Lia et je vais étendant autour de moi mes belles mains pour me faire une guirlande. |
«Je me pare ici pour me plaire devant mon miroir ; | mais ma sœur Rachel ne quitte jamais le sien et demeure assise auprès de lui tout le jour.
« Elle est désireuse de voir ses beaux yeux, comme
DEL PURGATORIO
Com’ io dell’ adoruarmi colle mani; Lei lo vedere, e me l’ ovrare appaga.
E già, per gli splendori antelucani,
Che tanto ai peregrin surgon più grati, Quanto tornando albergan men lontani,
Le tenebre fuggian da tutti 1 lati,
E il sonno mio con esse; ond’ io leva'mi, Veggendo i-gran Maestri già levati.
Quel dolce pome, che per tanti rami Cercando va la cura de’ mortali,
Oggi porrà in pace le tue fami :
Virgilio inverso me queste cotali .
Parole usò, e mai non furo strenne Che fosser di piacere a queste iguali.
Tanto voler sovra voler mi venne Dell’ esser su, ch’ ad ogni passa poi Al volo mi sentia crescer le penne.
Come la scala tulta sotto noi
- Fu corsa, e fummo in su ’] grado superno, In me ficcò Virgilio gli occhi suoi,
E disse : Il temporal fuoco e l’ eterno Veduto hai, figlio, e se’ venuto in parte Ov’ io per me più oltre non discerno.
Tratto t' ho qui con ingegno e con arte; Lo tuo piacere omai prendi per duce; Fuor se’ dell’ erte vie, fuor se’ dell’ arte.
Vedi là il Sol, che in fronte ti riluce;
Vedi l’ erbetta, i fiori e gli arboscelli, Che questa terra sol da sè produce.
Mentre che vegnon lieti gli occhi belli,
du pays où ils retournent,
CHANT XXVII. 449 moi de me parer de mes mains. Pour elle le plaisir est de voir et pour moi c'est d'agir. »
Et déjà aux lueurs qui précèdent le jour, d’autant plus chères aux pèlerins qu’ils ont couché moins loin
Les ténèbres fuyaient de tous côtés et mon sommeil avec elles. C'est pourquoi je me levai, voyant déjà levés mes glorieux maîtres.
« Ce doux fruit que l'inquiétude des mortels va cherchant sur tant de branches, aujourd'hui apaisera ta soif. » | |
Virgile m'adressa ces paroles et jamais présents ne firent un égal plaisir.
Tant de désir vint s'ajouter à mon désir d’être en haut, qu’ensuite à chaque pas je me sentais croître des ailes pour m'envoler.
Aussitôt que tout l'escalier eut fini sous nos pieds et que nous fûmes à la plus haute marche, Virgile fixa sur moi ses yeux,
Et dit : « Mon fils, tu as vu le feu qui finit et le feu éternel, et tu es arrivé en un lieu, où par moi-même, je ne vois plus avant.
« Je t'ai mené jusqu'ici par l'effort de l'art et du génie. Prends désormais ta volonté pour guide. Tu es au bout des chemins escarpés, au bout des chemins étroits.
« Vois le soleil qui luit devant toi; vois l'herbe nouvelle, et les fleurs et les jeunes arbres que cette terre porte d'elle-même. |
« Pendant que vont venir rayonnant de j joie les beaux
459 i DEL PURGATORIO.
Che lagrimando a te venir mi fenno, Seder ti puoi, e puoi andar tra elli. - 47 Nonaspettar mio dir più, nè mio cenno :
Libero, dritto, sano è tuo arbitrio, E fallo fora non fare a suo senno; 48 Perch' io te sopra te corono e mitrio.
CHANT XXVII. 451 yeux dont les larmes m'ont fait venir à toi, tu peux l'asseoir et tu peux errer dans ces jardins.
« N'attends pas de moi ni parole ni signe; ton arbitre est maintenant libre, droit et sain, et ce serait mal fait de ne point agir selon son jugement.
« C’est pourquoi te faisant maître de toi-même, je te donne la couronne et la mitre. »
Terc. 13. — Pyrrame ET Tuissé. — Ovide (Métam., IV, 2) gâte ce beau sujet par des longueurs et de froids ornements.
L'Ottimo Commento abrége Ovide avec la sobriété, la grâce et la naïveté des novellieri italiens.
Ovide conte qu’à Babylone vivait un très-beau jeune homme appelé Pyrame, et Thisbé, qui sur passait en beauté toutes les jeunes filles. Leurs maisons se touchaient, séparées seulement par un mur. Dès l'enfance ils s'aimèrent, et, à mesure qu'ils croissaient en âge, en eux s'accrut l'amour. Leurs parents ne permirent point qu’ils s'unissent par mariage, de sorte que finalement ces deux jeunes gens voulurent s'enfuir ensemble, Pyrame fixa Je lieu du rendezvous, hors de Babylone, vers le mùrier qui couvrait la sépulture du roi Ninus. Le soir donc la jeune fille arriva la première et s’assit à l'endroit désigné. Or, une lionne, qui venait de dévorer sa proie, se . dirigeait vers la fontaine voisine pour boire, et la June l'éclairait. Thisbé la vit de loin et s'enfuit épouvantée ; un voile qui couvrait sa tête, enlevé par le vent qui soufflait doucement, fut emporté aux pieds de la lionne. La bête farouche le déchira de sa gueule ensanglantée, et ensuite l’abandonna. Puis elle but et retourna à sa caverne. Pyrame vint un peu plus tard au mème lieu. Il trouva le voile de Thisbé déchiré et sanglant; il la crut dévorée par la bête, il la pleura, et, pensant qu'il était cause de la mort de sa bien aimée, et ne voulant pas vivre sans elle, de l'épée qu'il portait, il se perca mortellement et tomba par terre. Thisbé, inquiétée, pour ne point manquer de parole à son bien-aimé, retourna au lieu convenu. Elle voit Pyrame mort, court à lui et l'appelle en disant: « 0 Pyrame! je suis ta Thisbé. » Lui, à ce nom, ouvrit à peine ses yeux appesan- Us par la mort. Thisbé, le voyant mourir, choisit de lui faire compagnie, et pria les dieux de les réunir dans la même sépulture, puisque leurs parents n’avaient pas voulu les réunir dans une même vie. Elle se jeta sur la méme épée, et le sang des deux jeunes gens arrosa
les fiuits du marier qui jusque-là était blanc. En sorte que par un prodige qui consacra leur mémoire, il devint vermeil, comme dit le texte.
Warton cite un roman de Pyrame et Thisbé, et une histoire en langue anglaise, publiée au seizième siècle.
Istoria di Pyramo e di Thisbe e di la compassionevole morte, accaduta per causa d'un leone, tel est le titre d’un poëme populaire imprimé à Lodi, en soixante-huit octaves. Voici l'avant-dernière strophe : « Jeunes gens donc qui suivez l'amour, prenez exemple de deux infortimés. Ne vous fiez pas au perfide amour, bien qu'il se montre doux en apparence. Sachez mettre le frein. à votre cœur, si vous ne voulez les imiter par vos leçons. Car la fin de l'amour fut toujours la mort..... »
Vago già di cercar dentro e dintorno
La divina foresta spessa e viva,
Ch’ agli occhi temperava il nuovo giorno, Senza più aspettar lasciai la riva,
Prendendo la campagna lento lento
Su per lo suol che d’ ogni parte oliva.
Un’ aura dolce, senza mutamento
Avere in sè, mi feria per la fronte
Non di più colpo che soave vento; N Per cui le fronde, tremolando pronte,
Tutte quante piegavano alla parte
U’ la prim’ ombra gitta il santo monte, No però dal lor esser dritto sparte
Tanto che gli augelletti per le cime —
Lasciasser d' operare ogni lor arte; Ma con piena letizia l’ ôre prime,
Cantando, ricevieno intra le foglie, Che tenevan bordone alle sue rime,
Désireux de visiter au dedans et tout autour la forét divine, épaisse et vive, qui lempérait à mes yeux les nouveaux feux du jour,
Sans plus attendre, je quittai le bord, gagnant la campagne lentement, lentement, et foulant le sol, qui de toutes parts exhalait ses parfums.
Un air doux, inaltérable, me frappait le front d’un frôlement aussi léger que le zéphir. |
Sous lui les feuillages frissonnant s'inclinalent tous du côté où la sainte montagne jette sa prémière ombre :
Cependant ils ne ponchaient point si fort, qu'à la cime les oiseaux interrompissent nullement leur musique.,
Mais avec une pleine joie, ils accueillaient les premiè- res heures du jour, en chantant au milieu des feuilles, dont le murmure faisait l'accompagnement de leurs chansons.
DEL PURGATORIO
Tal, qual di ramo in ramo sì raccoglie Per la pineta, in sul lito di Chiassi, Quand' Eolo Scirocco fuor discioglie.
Già m' avean trasportato 1 lenti passi
‘Dentro all’ antica selva tanto, ch’ io Non potea rivedere ond' 1 m’ entrassi :
Ed ecco più andar mi tolse un rio,
Che in ver sinistra con sue picciol’ onde Piegava l’ erba che in sua ripa uscio.
Tutte l’ acque che son di qua più monde, Parrieno avere in sè mistura alcuna, Verso di quella che nulla nasconde;
Avvegna che si muova bruna bruna Sotto l’ ombra perpetua, che mai Raggiar non lascia sole ivi, nè luna.
Co’ piè ristetti, e con gli occhi passai Di là dal fiumicello, per mirare La gran variazion de’ freschi mai :
E là m’ apparve, si com’ egli appare Subitamente cosa che disvia Per maraviglia tutt' altro pensare,
Una Donna soletta, che sì gia Cantando, ed iscegliendo fior da fiore, Ond’ era pinta tutta la sua via.
Deh, bella Donna, ch’ a’ raggi d’ amore Ti scaldi, s' 1° vo’ credere a’ sembianti, Che soglion esser testimon del cuore,
Vegnati voglia di trarreti avanti, | Diss' 10 a lei, verso questa riviera, Tanto ch’ io possa intender che tu canti.
Tel va le bruit grossissant de branche en branche dans le bois de pins sur le rivage de Chiassi, quand Eole déchaîne le Sirocco. |
Déjà mes pas lents m'avaient porté à travers l'antique forêt, si avant que je ne pouvais plus voir par où j'étais entré. *
Et voilà qu'un ruisseau m'empêcha d'aller plus loin. Il fuyait vers la gauche, pliant sous ses faibles ondes l'herbe qui poussait sur ses bords.
Les eaux les plus pures d’ici-bas sembleraient chargées de quelque souillure, auprès de celle-ci qui ne dérobe rien aux regards. ve
Bien qu'elle coure toute rembrunie sous l'éternel ombrage, qui ne laisse pénétrér en ces lieux mi les rayons du soleil, ni ceux de la lune,
Mes pieds s'arrêtèrent, et mes regards passèrent le . ruisseau pour admirer la grande variété de la printa- nière verdure.
Et là m'apparut, comme apparaît tout à coup une chose qui par l'étonnement déroute tout autre pensée,
Une dame seulette qui s’en allait chantant et cueillant, fleur après fleur, celles dont toute sa route était émaillée : |
« Ah! belle dame qui t'échauffes aux rayons de l’amour, si jen veux croire aux traits qui d'ordinaire rendent témoignage du cœur,
« Qu'il te plaise, lui dis-je, de venir plus avant, auprès de cette rivière, assez pour que j'entende ce que tu chantes.
Tu mi fai rimembrar dove e qual era - Proserpina nel tempo che perdette
La madre lei, ed ella primavera. © > Come si volge, con la piante strette
A terra ed intra sè, donna che balli,
E piede innanzi piede appena mette ; Volsesi in su’ vermigli ed in su’ gialli
Fioretti verso me, non altrimenti
Che vergine che gli occhi onesti avvalli ; E fece i prieghi miei esser contenti, :
Sì appressando sè, che ‘1 dolce suono
Veniva a me co’ suoi intendimenti.
Tosto che fu là dove l’ erbe sono
Bagnate già dall’ onde del bel fiume,
Di levar gli occhi suoi mi fece dono.
Non credo che splendesse tanto lume
Sotto le ciglia a Venere trafitta |
Dal figlio, fuor di tutto suo costume.
Ella ridea dall’ altra riva dritta,
Trattàndo più color con le sue mani,‘
Che |’ alta terra senza seme gitta.
Tre passi ci facea ’l fiume lontani:
Ma Ellesponto, là "ve passò Serse,
Ancora freno a tutti orgogli umani, - Più odio da Leandro non sofferse,
Per mareggiare intra Sesto ed Abido,
Che quel da me, perchè allor nôn s’ aperse.
Voi siete nuovi, e forse perch’ io rido,
Cominciò ella, in questo luogo eletto
AI umana natura per suo nido,
« Tu me rappelles en quel lieu et quelle était Proserpine, quand sa mère la perdita et qui elle-même perdit les dons du printemps. »
Comme une femme qui danse, tourne pressant la ‘terre de ses pieds joints, el met à peine un pas devant . l'autre, — |
Ainsi foulant les fleurs jaunes ct vermeilles, celle-ci se tourna vers moi, semblable. en toat à une vierge qui baisse ses yeux pudiques ;
Et elle donna consentement à mes prières, en s'approchant de telle sorte-que son doux chant venait à moi avec des paroles distinctes. | .
Aussitôt qu'elle fut là où déjà les herbes sont baignées par les eaux de la belle rivière, elle me fit la gràce de lever ses yeux.
Je ne crois pas que tant de lumière brillàt sous les cils de Vénus quand son fils la blessa d'une fagon tout inaccoulumée.
Elle me souriait de la rive droite, tout en cueillant de ses mains l'émail des fleurs que cette haute terre produit sans semence.
La rivière nous séparait de trois pas. Mais l’Hel- Jespont que franchit Xerxès, exemple capable de mettre le frein à tous les orgueils des hommes,
N'irrita pas plus le ressentiment de Léandre, en séparant de ses flots Sestos et Abydos, que ce ruisseau ne m'irrita pour n'avoir pas voulu s'ouvrir alors.
« Vous êtes nouveaux venus, dit-elle, et peut-être - parce que vous me voyez riante dans ce lieu choisi pour être le nid de l'humaine nature,
DEL PURGATORIO
Maravigliando tienvi alcun sospetto; Ma luce rende il salmo Delectasti Che puote disnebbiar vostro intelletto.
E tu che se’ dinanzi, e mi pregasti.
Di s' altro vuoi udir, ch’ io venni presta Ad ogni tua question, tanto che basti.
L’ acqua, diss’ 10, e il suon della foresta, Impugnan dentro a me novella fede ° Di cosa, ch’ 10 udi’ contraria a questa.
Ond’ ella : I° dicerò come procede ° Per sua cagion, ciò ch’ ammirar ti face; E purgherò la nebbia che ti fiede.
Lo sommo Bene, che solo a sè piace, Fece 1’ uom buono; e il ben di questo loco Diede per arra a lui d’ eterna pace.
Per sua diffalta qui dimorò poco; Per sua diffalta in pianto e in affanno Cambiò onesto riso e dolce giuoco.
Perchè il turbar, che sotto da sè fanno L' esalazion dell’ acqua e della terra, Che, quanto posson, dietro al calor vanno, All’ uomo non facesse alcuna guerra, Questo monte salio ver lo ciel tanto, E libero è da indi, ove si serra.
Or, perchè in circuito tutto quanto L’ aer si volge con la prima volta, Se non gli è rotto il cerchio d’alcun canto; In questa altezza, che tutta è disciolta
« Quelque doute vous retient et vous étonne. Mais le psaume Delectasti jette une lumière qui peut dissiper les nuages de votre intelligence.
« Et toi qui marches devant, et qui m'as prié, si tu veux en apprendre davantage, parle : car je suis prête à
répondre à toutes les questions, autant qu'il te faudra. »
« L'eau, répondis-je, et le bruit de la forêt combattent dans moi ma foi nouvelle, en une chose que j'ai entendue contraire à celle que je vois. »
A quoi elle me repartit : « Je dirai comment résulte d’une cause qui lui est propre, l’objet de: ton étonnement, et je Le délivrerai des nuages dont ta vue est importunée.
« Le souverain Bien, qui ne trouve son plaisir qu’en lui-même, fit l'homme bon, et lui donna le bonheur de ce séjour pour gage de l’éternelle paix.
« Par sa faute, il y resta peu de temps; par sa faute, les pleurs et l'angoisse remplacèrent le rire honnête ct le doux plaisir.
« Afin que les exhalaisons de la terre et de l’eau qui suivent autant qu'elles peuvent l'essor du feu, en troublant les régions inférieures,
« Ne fissent à l'homme aucune guerre, cette montagne s'éleva vers le ciel, comme tu le vois, et elle est en paix depuis le lieu où sa porte se ferme. |
« Mais comme l'air tout entier se meut en circuit avec la première voûte du ciel, si rien d'aucun côté n'interrompt sa course circulaire,
« Cette hauteur toute livrée à l’air vif et pur en res-
| DEL PURGATURIO.
Nell’ aer vivo, tal moto percuole, E fa sonarla selva perch' è folta; E la percossa pianta tanto puote, Che della sua virtute laura impregna, E quella poi girando intorno scuote :
El’ altra terra, secondo ch’ è degna Per sè o per suo ciel, concepe e figlia Di diverse virtù diverse legna.
Non parrebbe di la poi maraviglia, Udito questo, quando alcuna pianta Senza seme palese vi s' appigli.t.
E saper dèi che la campagna santa, Ove tu se’, d' ogni semenza è piena, E frutto ha in sè che di là non si schianta.
L’ acqua che vedi non surge di vena Che ristori vapor che giel converta, Come fiume ch’ acquista o perde lena ; Ma esce di fontana salda e certa, Che tanto dal voler di Dio riprende, Quant' ella versa da duo parti aperta.
Da questa parte con virtà discende,
Ché toglie altrui memoria del peccato; * È
Dall’ altra, d’ ogni ben fatto la rende.
Quinci Letè, così dall’ altro lato e
Eunoè si chiama, e non adopra,
Se quinci e quindi pria non è gustato.
A tutt' altri sapori esto è di sopra.
Ed avvegna ch’ assai possa esser sazia
La sete tua, perchè più non ti scopra, Darotti un corellario ancor per grazia;
sent le mouvement, et la forêt en retentit parce qu'elle est touffue.
« Et les plantes ébranlées ont le pouvoir d'imprégner l'air de lcur vertu. Puis l'air en tournant la répand tout alentour ; .
« Et le reste de la terre, selon qu'il se prête par sa fécondité ou par son climat, conçoit et produit des : arbres différents et de propriétés diverses.
« Ceci entendu, on ne s’étonnerait plus ensuite dans votre monde si quelque plante y germe sans semence apparente. |
« Tu dois savoir que la sainte campagne où tu te trouyes est pleine de toutes sortes de semences, et porte : des fruits qui là-bas ne se récoltent point.
« L'eau que tu vois ne jaillit pas d’une veine qu’entretienne la vapeur convertie en pluie par le froid, comme un fleuve qui retrouve et perd ses eaux.
« Elle sort d'une source intarissable, assurée, qui recoit de Dieu autant qu’elle verse par deux ouvertures. °
« De ce côté elle descend avec la vertu d’òter à l'homme le souvenir de son péché, de l'autre côté elle lui donne le souvenir de tout le bien qu'il a fait.
« Ici elle se nomme Léthé, là on l’appelle Ennoé, d'un côté comme de l’autre elle n'opère qu'après qu'on en a bu. - |
« La saveur en surpasse toute autre saveur. Et, bien que ta soif pùt être grandement apaisée quand je ne te découvrirais rien de plus;
« l'ar grâce Je te donneral e encore un corollaire, el Je
DEL PURGATORIO
.Nè credo che il mio dir ti sia men caro, .
Se oltre promission.teco sì spazia.
Quelli ch’ anticamente poetaro L'età dell’ oro e suo stato felice, Forse in Parnaso esto loco sognaro.
Qui fu innocente |’ umana radice; Qui primavera sempre ed ogni frutto; Nettare è questo di che ciascun dice.
Io mi rivolsi addietro allora tutto À’ miei Poeu, e vidi che con riso Udito avevan l’ ultimo costrutto :
| Poi alla bella Donna tornai ’l viso.
CHANT XXVII. 465 ne pense pas que ma parole te soit moins chère, si elle se donne carrière avec toi au delà de ma promesse.
« Les poëtes qui anciennement chantèrent l’âge d’or et son heureuse condition, peut-être sur le Parnasse révèrent de ce lieu.
« Ici dans l'innocence s'éleva la tige humaine. Ici règne un éternel printemps chargé de tous les fruits, ici coule ce nectar dont chacun parle. »
Alors je me retournai tout entier vers mes poëtes, et je vis qu'ils avaient entendu avec un sourire ce dernier propos.
Puis vers la belle dame je reportai mes regards".
! Ce chant trouve son explication dans le commentaire général des huit der niers chants du Purgatoire.
Cantando come donna innamorata, Continuò col fin di sue parole:
Beati, quorum tecta sunt peccala.
E come ninfe che sì givan sole Per le selvatich’ ombre, disiando Qual di fuggir, qual di veder lo sole, Allor si mosse contra ’l fiume, andando Su per la riva, ed io pari di lei, Picciol passo con picciol seguitando.
Non eran cento tra’ suoi passi e 1 miei, Quando le ripe igualmente dier volta, Per modo ch’ a levante mi rendei.
Nè anche fu così nostra via molta, Quando la Donna tutta a me si torse, Dicendo : Frate mio, guarda ed ascolta.
Ed ecco un lustro subito trascorse Da tutte parti per la gran foresta, Tal che di balenar mi mise in forse.
Chantant comme une femme éprise d'amour, elle fit succéder à ses dernières paroles le psaume : Beati, quorum tecla sunt peccala.
Et comme des nymphes qui s’en iraient par l'ombre des bois, désireuses, les unes de fuir le soleil, les autres de le voir,
Alors elle s’avança contre le cours du fleuve, et moi de pair avec elle, rapetissant mon pas sur le sien.
Nous n'avions pas fait cent pas entre nous deux, quand les bords se détournèrent également, de façon que je me dirigeai vers le levant.
Et notre route ainsì ne s'élait pas de beaucoup prolongée, quand la dame se tourna vers moi tout entière, disant : « Mon frère, regarde et écoute. »
Et voici que tout à coup une clarté parcourut la grande forêt dans toutes ses parties, sì vive qu’elle me fit douter si je ne voyais pas un éclair.
468 DEL PURGATORIO
1 Ma perchè’ balenar, come vien, resta, E quel durando più e più splendeva, Nel mio pensar dicea : Che cosa è questa?
8 Ed una melodia dolce correva Per l’ aer luminoso; onde buon zelo Mi fe riprender l’ ardimento d’ Eva, 9 Che, là dove ubbidia la terra e il cielo, Femmina sola, e pur testè formata, Non sofferse di star sotto alcun velo; 10 Sotto "1 qual, se divota fosse stata, Avrei quelle ineffabili delizie — Sentite prima, e poi lunga fiata.
11 Mentr’ io m' andava tra tante primizie Dell’ eterno piacer, tutto sospeso, E disioso ancora a più letizie, 12 Dinanzia noi, tal quale un fuoco acceso, Ci si fe l’ aer, sotto i verdi rami, E il dolce suon per canto era già inteso.
43 0 sacrosante Vergini, se fami, Freddi, o vigilie mai per voi soffersi, Cagion mi sprona ch' io mercè ne chiami.
14 Or convien ch’ Elicona per me versi, E Urania m’ aiuti col suo coro, Forti cose a pensar, mettere in versi.
15 Poco più oltre sette alberi d’ oro Falsava nel parere il lungo tratto Del mezzo, ch’ era ancor tra noi e loro; 16 Ma quando i’ fui si presso di lor fatto, Che l’ obbietto comun, che ‘1 senso inganna,
Mais parce que l'éclair aussitôt qu'il vient s’en va, et que cette clarté durait, resplendissant de plus en plus, je disais dans ma pensée : « Qu'est ceci? »
Et dans l'air lumineux courait une douce mélodie ; en sorte qu’un louable zèle me fit gourmander la témérité d'Êve.
Car là où la terre et le ciel obéissaient, une femme seule, et qui venait seulement d’être formée, ne voulut pas souffrir de voile sur ses yeux,
Ce voile qu'elle aurait dû porter soumise; alors J'eusse goûté plus tôt ces ineffables délices, et plus longtemps.
Tandis qu'au milieu des merveilleuses prémices de l'éternel plaisir, je m'en allai tout ravi, et aspirant encore à de nouvelles joies,
Devant nous, sous les verts rameaux, l'air devint comme un feu embrasé, et le son harmonieux nous laissa distinguer le chant.
O vierges saintes et sacrées, sì Jamais pour vous je souffris la faim, le froid et les veilles, l’occasion me presse de vous en demander le prix.
C'est l’heure où l'Hélicon doit verser pour moi ses eaux, et Uranie, avec le chœur qu'elle mène, m'aider à mettre en vers des choses difficiles à penser.
Un peu plus loin, je crus voir sept arbres d’or, trompé par le grand intervalle qui était encore entre eux el nous.
Mais quand je fus assez rapproché pour que l’objet qui s’adresse à plusieurs sens et qui peut les tromper,
DEL PURGATORIO
Non perdea per distanza alcun suo atto;
La virtù ch’ a ragion discorso ammanna Siccom’ egli eran candelabri apprese, E nelle voci del cantare, Osanna.
Di sopra fiammeggiava il bello arnese Più chiaro assai, che luna per sereno Di mezza notte nel suo mezzo mese.
Jo mi rivolsi d' ammirazion pieno Al buon Virgilio, ed esso mi rispose Con vista carca di stupor non meno.
Indi rendei l’ aspetto all’ alte cose,
Che si movieno incontro a noi sì tardi, Che foran vinte da novelle spose.
La Donna mi sgridò : Perchè pur ardi Sì nell’ affetto delle vive luci, ‘
E ciò che vien diretro a lor non guardi?
Genti vid’ io allor, com’ a lor duci, Venire appresso vestite di bianco;
E tal candor giammai di qua non fuci,
L’ acqua splendeva dal sinistro fianco,
E rendea a mela mia sinistra costa,
S' io riguardava in lei, come specchio anco.
Quand’ io dalla mia riva ebbi tal posta, Che solo il fiume mi facea distante, Per veder meglio a’ passi diedi sosta ;
E vidi le fiammelle andare avante, Lasciando dietro a sè l’ aer dipinto,
E di tratti pennelli avean sembiante;
Sì che di sopra rimanea distinto
ne perdit plus par la distance aucune de ses impressions sur moi;
La faculté qui prépare à la raison la matière de ses discours, reconnut que c'étaient des candélabres, et que les voix chantaient Hosanna.
Ces beaux ouvrages jetalent par en haut une flamme beaucoup plus claire que la lune au milieu de son cours, à minuit el par un ciel serein.
Je me retournai plein d’admiration vers le bon Virgile, et lui me répondit par un regard non moins chargé d’étonnement.
Ensuite je reportai ma vue vers les hauts candélabres qui s’avançaient vers nous si lentement, que de nouvelles épousées eussent marché plus vite.
La dame me réprimanda : « Pourquoi portes-tu sur ces vives lumières toute l'ardeur de tes yeux, et ne regardes-tu pas ce qui vient derrière elles, »
Je vis alors après elles, et comme à leur suite, venir une troupe vêtue de blanc, et pareille blancheur ici-bas ne fut jamais.
Vers la gauche brillait le ruisseau, et si j'y regardais il réfléchissait mon flanc gauche tout comme eût fait un miroir.
Quand, sur la rive où je marchais, j'eus pris une position telle que la rivière seule me séparait de l’apparition, pour mieux voir J'arrêtai mes pas.
Et je vis les flambeaux aller en avant, laissant derrière eux l'air nuancé ; semblables à des pinceaux qui tirent des lignes;
De telle sorte qu’au-dessus d’eux l'espace demeurait
DEL PURGATORIO
Di sette liste, tutte in quei colori, Onde fa l’ arco il Sole, e Delia il cinto.
Questi stendali dietro eran maggiori Che la mia vista ; e, quanto a mio avviso, Dieci passi distavan quei di fuori.
Sotto così bel ciel, com’ 10 diviso, Ventiquattro seniori, a due a due, Coronati venian di fiordaliso.
Tutti cantavan : Benedetta tue Nelle figlie d’ Adamo, e benedette Sieno in eterno le bellezze tue.
Poscia che i fiori e l’ altre fresche erbette, A rimpetto di me dall’ altra sponda, Libere fur da quelle genti elette,
Si come luce luce in ciel seconda, Vennero appresso lor quattro animali, Coronato ciascun di verde fronda.
Ognuno era pennuto di sei ali,
Le penne piene d’ occhi; e gli occhi d’ Argo, Se fosser vivi, sarebber cotali.
À descriver lor forma più non spargo
‘ Rime, lettor; ch’ altra spesa mi strigne Tanto, che in questa non posso esser largo.
Ma leggi Ezechiel, che li dipigne Come li vide dalla fredda parte Venir con vento, con nube e con igne;
E qual li troverai nelle sue carte,
Tali eran quivi, salvo ch' alle penne Giovanni è meco, e da lui si diparte.
Lo spazio dentro a lor quattro contenne
marqué de sept bandes, toutes brillantes des couleurs dont le soleil fait son arc et la lune sa ceinture.
Ces étendards se prolongeaient en arrière plus loin que ma vue, et, autant qu'il me semblait, entre le premier et le septième, la distance était de sept pas.
Sous ce beau ciel, tel que je viens de le décrire, vingt- ‘ quatre vieillards, venaient deux à deux, couronnés de fleurs de lis. |
Tous chantaient : « Bénie sois-tu entre toutes les filles d'Adam, et soient bénies éternellement tes beautés. »
Après que les fleurs et les fraîches herbes sur l’autre rive que j'avais en face de moi, ne furent plus foulées par cette troupe d'élus,
Comme dans le ciel une lumière succède à une lumière, ainsi à leur suite vinrent quatre animaux couronnés chacun de verts feuillages.
Chacun d’eux avait six ailes dont les plumes étaient pleines d’yeux. Tels on verrait les yeux d'Argus s'ils étaient vivants.
Pour décrire leurs formes je ne prodigue plus mes vers, lecteur, car une autre dépense me presse si fort qu'ici je ne saurai user de largesse.
Mais lis Ezéchiel, qui les dépeint comme il les vit venir des froides régions avec le vent, avec la nuée, avec le feu,
Et tels que tu les trouveras dans ses pages, tels étalentils ici, si ce n'est que touchant le nombre des ailes, Jean est avec moi, et se sépare du prophète.
L'espace qu'entre eux ils laissaient contenait un char
Un carro, in su duo rote, trionfale, Che al collo d’un grifon tirato venne.
Ed esso tendea su l’ una e |” altr’ ale Tra la mezzana e le tre e tre liste, Si ch’ a nulla, fendendo, facea male.
Tanto salivan, che non eran viste; Le membra d’ oro avea quanta era uccello, E bianche l’ altre di vermiglio miste.
Non che Roma di carro così bello Rallegrasse Africano, ovvero Augusto; Ma quel del Sol saria pover con ello; Quel del Sol che sviando fu combusto, Per l’ orazion dalla Terra devota, Quando fu Giove arcanamente giusto.
Tre donne in giro della destra ruota, Venian danzando; |’ una tanto rossa, Ch’ a pena fora dentro al fuoco nota :
L’ altr’ era, come se le carni e l’ ossa Fossero state di smeraldo fatte; La terza parea neve testè mossa :
Ed or parevan dalla bianca tratte, Or dalla rossa, e dal canto di questa L' altre toglién 1’ andare e tarde e ratte.
Dalla sinistra quattro facean festa, In porpora vestite dietro al modo D’ una di lor, ch’ avea tre occhi in testa Appresso tutto il pertrattato nodo, Vidi duo vecchi in abito dispari, Ma pari in atto ed onestato e sodo.
L’ un si mostrava alcun de’ famigliari
CHANT XXIX. 475 triomphal, porté sur deux roues, et qu’un griffon traînait de tout l'effort de son col.
Et le griffon, dressant ses deux ailes, les étendait entre la bande du milieu et les trois de chaque còté, de façon qu’il ne dérobait aucune des trois en Ja coupant.
Ses ailes s'élevaient si haut que la vue ne les suivait pas; les membres qu'il avait de l'oiseau étaient d’or, les autres blancs mélés de vermeil.
Non-seulement Rome ne fêta jamais d'un char si beau Scipion l'Africain, ni même Auguste : mais auprès de celui-ci, pauvre serait le char du soleil,
Celui du soleil qui s'écartant de sa route fut brûlé à la prière de la terre suppliante, quand Jupiter par un conseil mystérieux se montra juste.
Auprès de la roue droite, trois femmes venaient dan-
sant en rond, l’une si rouge, qu'entourée de feu à | peine s’en dislinguerait-elle ;
L'autre était comme si ses chairs et ses os eussent été formés d’émeraude ; la troisième paraissait comme une neige naguère tombée.
Et tantôt elles semblaient conduites par la blanche, tantôt par la rouge, et au chant de celle-ci les autres mesuraient leur marche lente ou rapide.
Du côté gauche quatre autres se réjouissaient, vêtues de pourpre et se réglant sur l’une d'elles dont la tête avait trois yeux.
Après tout le groupe que je viens de décrire, je vis deux vieillards en habits différents, mais semblables de manières, tous deux graves et calmes.
L'un se montrait disciple de ce grand Hippocrale
DEL PURGATORIO
Di quel sommo Ippocràte, che natura
Agli animali fe ch’ ell’ ha più cari.
Mostrava l’ altro la contraria cura
Con una spada lucida ed acuta,
Tal che di qua dal rio mi fe paura.
Poi vidi quattro in umile paruta,
E diretro da tuiti un veglio solo
Venir, dormendo, con la faccia arguta.
E questi sette col primaio stuolo
Erano abituati; ma di gigli
Dintorno al capo non facevan brolo ; Anzi di rose e d’ altri fior vermigli : ©
Giurato avria poco lontano aspetto,
Che tutti ardesser di sopra da’ cigli :
E quando il carro a me fu a rimpetto,
Un tuon s' udi; e quelle genti degne
Parvero aver l’ andar più interdetto, Fermandos' ivi con le prime insegne.
CHANT XXIX. AT7 que la Nature fit pour les êtres animés qui lui sont le plus précieux;
L'autre paraissait occupé d’un soin contraire, armé d'une épée luisante et acérée, telle que d’un bord à l'autre elle me fit peur.
Puis j'en vis quatre dont l'extérieur annonçait l’humilité : et derrière tous les autres venait un vieillard dormant avec un visage plein de vié.
Et les sept derniers étaient vêtus comme les premiers du cortége, seulement leur tête n'était pas ceinte de lis,
Mais de roses et d’autres fleurs vermeilles ; sans les voir de bien loin on eût juré que leurs fronts jetaient des flammes. |
Et quand le char fut vis-à-vis de moi, un tonnerre se fit entendre, il sembla qu'à cette troupe vénérable il fut interdit d'aller plus avant, car elle s’arrêta là avec les enseignes qui la précédaient.
|. Le métier du poëte est de faire des miracles, de res-
susciter les morts, de reconstruire par enchantement tout ce qui est en ruine, de distraire les esprits du présent et de les ramener au passé, de les enchaîner au spectacle de.ce qui n'a plus ni réalité, nì intérêt, ni pouvoir, et de nous arracher à nous-mêmes, ce dont rious lui savons gré, parce que rien ne nous est plus à charge que notre petitesse; et de nous transporter parmi les grandes choses dont nous avons besoin, parce que nous sommes faits. pour la grandeur.
Dante, comme tous les grands esprits, aime les difficultés; il se sent inspiré par le péril, ému par les obstacles, et voilà pourquoi il s'est proposé la plus grande difficulté qui fàt jamais, ce que jamais aucun critique ne lui eût conseillé, de conduire son lecteur pendant quatorze mille vers à travers ce monde invisible dont rien de visible ne peut donner l'idée; de s’enfoncer, pour ainsi dire, tout vivant dans les obscurités de la métaphysique et de la théologie. — Mais comme tous les esprits justes, Dante n’aime que les difficultés utiles : toute sa métaphysique tourne à la morale, toute sa théologie s'emploie au bien des hommes.
Dante reste le disciple des Pères et des docteurs mais les docteurs, en tenant le paradis terrestre pour un lieu corporel, lui prêtent une signification mystique.
Les premiers chapitres de la Genèse ont pour eux deux sens, le littéral et l’allégorique, le passé et l'avenir. Ce symbolisme n'a rien d’arbitraire, il est dans le génie de la Bible et dans la tradition des Hébreux et de tout l'Orient, dans la nature même de l'esprit humain. A vrai dire, toutes les choses visibles ne sont que les signes de l’invisible : les cieux publient leur auteur. Ce langage de la création est aussi celui de l’Écriture salnle.
Allégorie de Dante. — Interprétation di Pietro di Dante. Le paradis terrestre figure la vie de la grâce; Mathilde, l’action. Les sept candélabres sont les dons du Saint-Esprit; les sept bannières, leurs sept fruits, ou les sept sacrements; les vingt-quatre vieillards figurent les vingt-quatre livres de l’Écriture. (Saint Jérôme, Prolog. Reg., prolog. in Daniel.) — Les quatre animaux sont les quatre évangélistes; les six ailes, les six lois; le griffon est l'image du Christ. Les deux groupes de femmes sont les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales; les théologales à droite, comme d’une nature plus haute. Les deux vieillards sont saint Luc et saint Paul; les quatre, qui les suivent, les quatre Pères latins; en effet, après l’Écriture, vient la tradition. Le vielllard seul est saint Bernard.
Dante ne marche point au hasard. Il reproduit Ézéchiel, l’Apocalypse et toute la tradition de l’art chrétien. A Rome, dans les mosaïques de Sainte-Praxède, on voit l’agneau sur l’autel, les sept candélabres, les quatre animaux, les vingt-quatre vieillards; au portail de Moissac, les griffons affrontés, le Christ, les quatre animaux, les vieillards. — Si l’on s'étonne de ce cortége pour entourer le char de triomphe où va paraître une jeune femme, c'est que Dante sait bien que dans le véritable amour il entre moins de passion que de respect.
Quando il settentrion del primo cielo, Che nè occaso mai seppe nè orto, Nè d' altra nebbia, che di colpa velo, E che faceva li ciascuno accorto Di suo dover, come il più basso face Qual timon gira per venire a porto, Fermo si affisse, la gente verace, Venuta prima tra 11 grifone ed esso, AI carro volse sè, come a sua pace:
E un di loro, quasi dal ciel messo, Veni, sponsa, de Libano, cantando, . Gridò tre volte, e tutti gli altri appresso. Quale i beati al novissimo bando Surgeran presti ognun di sua caverna, La rivestita voce alleluiando; Cotali, in su la divina basterna, Si levar cento, ad vocem tanti sens, Ministri e messaggier di vita eterna.
Quand ces sept étoiles du premier ciel, qui ne connurent jamais ni lever, ni coucher, ni d'autre nuage que le voile et la faute originelle, ©
Et qui là-haut montraient à chacun son devoir, comme les sept étoiles du ciel inférieur guident vers le port celui qui tourne le timon du gouvernail,
Quand elles s’arrêtèrent, les personnages véridiques qui marchaient d'abord entre elles et le griffon se tournèrent vers le char, comme vers le repos de leurs âmes.
Et l’un d’entre eux comme ün envoyé du ciel chanta trois fois d'une voix forle : « Veni, sponsa, de Libano; » et tous les autres le répétèrent,
Comme au jour des dernières assises les bienheureux se lèveront agiles, chacun de sa fosse, exhalant un alleluia de leur voix ressuscitée.
Ainsi, à la voix du grand vieillard, se levèrent sur le char divin plus de cent ministres et messagers de la vie éternelle.
| st
! DEL PURGATORIO
Tutti dicean : Benedictus, qui venis; .
E, fior gittando di sopra e d' intorno,
Manibus o date lilia plenis. .
Io vidi già nel cominciar del giorno
La parte oriental Lulta rosata,
E l’ altro ciel di bel sereno adorno, K la faccia del Sol nascere ombrata,
Sì che per temperanza di vapori
L' occhio lo sostenea lunga fiata :
Così dentro una nuvola di fiori,
Che dalle mani angeliche saliva, E ricadeva giù dentro e di fuori,
Sovra candido vel cinta d' oliva Donna m’ apparve, solto verde manto, :
Vestita di color di fiamma viva.
E lo spirito mio, che già cotanto Tempo era stato, ch’ alla sua presenza Non era di stupor-tremando affranto
Sanza degli occhi aver più conoscenza,
Per occulta virtù che da lei mosse, D’ antico amor senti la gran potenza.
Tosto che nella vista mi percosse
L' alta virtà, che già m’ avea trafitto ‘Prima ch' io fuor di puerizia fosse, Volsimi alla sinistra col rispitto Col quale il fantolin corre alla mamma, Quando ha paura, o quando egli è afflitto, Per dicere a Virgilio. Men che dramma Di sangue m' è rimasa, che non tremi; Conosco 1 segni dell’ antica fiamma.
Tous disaient : « Benedictus, qui venis, » et, jetant des fleurs au-dessus du char et tout alentour, ils ajoutaient : « Donnez, donnez des lis à pleines mains. »
J'ai vu d’autres fois, au commencement du jour, la partie orientale du ciel toute rosée, et le reste tout orné d'un bel azur,
Et la face du soleil poindre voilée, de façon qu'à travers les vapeurs qui tempéraient son éclat l'œil le supportait longlemps.
Ainsi, dans un nuage de fleurs qui s'élevait des mains des anges et qui retombait sur le char et au dehors;
Couronnée d'olivier sur un voile blanc, une femme m'apparul couverte d’un manteau vert, et sa robe avait la couleur d’une vive flamme.
Et mon esprit, si longtemps resté sans ressentir la stupeur, le tremblement, le brisement qui accompagnait sa présence,
Avant de la mieux connaître par les yeux, pénétré d'une vertu secrète qui émanàit d'elle, ressentit la grande puissance d'un ancien amour.
Aussitôt que mes regards furent frappés de c cette haute perfection qui jadis m'avait blessé avant que je fusse sorti de l'enfance,
Je me tournai vers ma gauche avec ce mouvement de l'enfant qui court à sa mère quand il a peur ou qu'il est affligé;
Et je voulais dire à Virgile : « Il ne m'est pas resté une goutte de sang qui ne tremble : je reconnais les signes de l’ancienne flamme. »
DEL PURGATORIO
Ma Virgilio n° avea lasciati scemi Di sè, Virgilio dolcissimo padre, Virgilio, a cui per mia salute die’ mi :
Nè quantunque perdeo |’ antica madre,
Valse alle guance nette di rugiada, Che lagrimando non tornassero adre.
Dante, perchè Virgilio se ne vada,
Non pianger anco, non pianger ancora; Chè pianger ti convien per altra spada.
Quasi ammiraglio, che in poppa ed in prora
Viene a veder la gente che ministra Per gli altri legni, ed a ben far la i Incuora, In su la sponda del carro sinistra, Quando mi volsi al suon del nome mio, Che di necessità qui si registra, Vidi la Donna, che pria m' appario Velata sotto l’ angelica festa, Drizzar gli occhi ver me di qua dal rio.
Tuttochè il vel che le scendea di testa, Cerchiato dalla fronde di Minerva, Non la lasciasse parer manifesta, Regalmente, nell’ atto ancor proterva, | Continuò, come colui che dice, E il più caldo parlar dietro riserva :
Guardami ben : ben son,.ben son Beatrice : - Come degnasti d’ accedere al. monte?
Non sapei tu, che qui è l’ uom felice?
Gli occhi mi cadder giù nel chiaro fonte; Ma veggendomi in esso io trassi all’ erba :
Tanta vergogna mi gravò la fronte. |
Mais Virgile nous avait abandonnés; Virgile, ce père très-doux, Virgile à qui elle m ‘avait donné pour mon salut; |
Et toutes les, merveilles que perdit notre antique mère n’empéchèrent pas que mes joues lavées naguère par la rosée redevinssent $ouillées de pleurs.
« Dante, parce que Virgile s'en va, ne pleure pas. Ne pleure pas encore, car il te faudra pleurer d’une autre blessure. »
. Comme un amiral qui va de la poupe à la proue voir les matelots manœuvrer sur les autres navires et leur donne du cœur à bien faire,
Ainsi sur le côté gauche du char, quand j Je me retournai au bruit de mon nom, qui par nécessité s'enregistre ici,
Je vis la dame, qui d'abord m'était apparue voilée sous les hommages des anges, diriger ses yeux vers moi de ce côté du ruisseau.
Encore que le voile qui descendail de sa tête, entouré du feuillage de Minerve, ne ia laissât point voir tout entière, |
Altière cependant et toute royale dans son attitude, elle continua, comme celui qui parle et réserve les plus irritées, les plus chaudes paroles pour la fin :
« Regarde-moi bien; je suis bien, je suis bien Béatrix. Comment donc t'es-tu cru digne d’approcher de la montagne? Ne savais-tu pas qu'ici l’homme est heureux?»
Mes regards se baissèrent vers la claire fontaine; mais, y voyant mon image, je les tournai vers l’herbe, tant la honte avait appesanti mon front. . cl
LS
486 DEL PURGATORIO
27 Così la madre al figlio par superba, Com’ ella parve a me; perchè d’ amaro Sente il sapor della pietate acerba.
#8 Ella si tacque, e gli angeli cantaro.
Di subito : In te, Domine, speravi; Ma oltre pedes meos non passaro.
æ Si come neve tra le vive travi Per lo dosso d’ Italia si copgela . Soffiata a stretta dalli venti Schiavi 50 Poiliquefalta in sè stessa trapela, Pur che la terra, che perde ombra, spiri, Sì che par fuoco fonder là candela;
31 Così fui senza lagrime e sospiri
Anzi il cantar di que’ che notan sempre . Dietro alle note degli eterni giri.
52 - Ma poichè intesi nelle dolci tempre Lor compatire a me, più che se detto .
Avesser : Donna, perchè sì lo stempre? — ‘33° Lo giel che m’ era intorno al cuor ristretto; : Spirito ed acqua fessi, e con angoscia Per la bocca e per gli occhi uscì del petto.
%< Ella, pur ferma in su’la detta coscia ..
Del carro stando, alle sustanzie pie Volse le sue parole così poscia :
35 Voi vigilate nell’ eterno die, — Sì che notte nè sonno a voi non fura Passo, che faccia il secol per su vie; 3 Ondela mia risposta è con più cura, Che m' intenda colui che di là piagne, Perchè sia colpa e duol d' una misura.
la
Telle la mèro paraît menagante à von fils, telle me
parut Béatrix, parce que la pitié qui châtie laisse une
saveur amère.
Elle se tut, et les anges chantèrent aussitôt : « In te, Domine, speravi. » Mais ils n’allèrent pas au delà de pedes meos.
Comme la neige parmi les arbres, sur le dos de l'Italie, se resserre et se congèle au souffle des vents esclavons,
Puis, se liquéfiant, tombe goutte sur goutte, pour peu que la terre qui n'a point d'ombre envoie son haleine, pareille au fen qui fond le cierge,
Ainsi je restai sans larmes et sans soupirs jusqu'au chant de ces esprits qui mesurent leurs accords sur les accords des sphères éternelles.
Mais après que dans leurs doux concerts j'eus compris leur compassion pour moi mieux que s'ils avaient dit : « Madame, pourquoi le confondre ainsi ? »
La glace qui s'était endurcie autour de mon cœur devint soupirs et pleurs et s’échappa douloureusement de ma poitrine par les lèvres et par les yeux.
Elle cependant, se tenant immobile sur le flanc du
char, comme je l'ai dit, s'adressant ensuite à ces êtres miséricordiéux, leur parla de la sorte :
« Vous veillez dans le jour éternel, de façon que ni nuit ni sommeil ne vous dérobent un seul des pas que fait le siècle dans sa route. D.
«SI done je réponds avec plus de soin, c est pour me faire entendre de celui qui pleure là-bas, c'est pour que la faute et la peine aient la même mesure.
DEL PURGATORIO
Non pur per ovra delle rote magne, Che drizzan ciascun seme ad alcun fine, Secondo che le stelle son compagne;
‘ Ma per larghezza di grazie divine,
Che sì alti vapori hanno ador piova,
Che nostre viste là non van vicine; Questi fu tal nella sua vita nuova
Virtualmente, ch’ ogni abito destro
Fatto averebbe in lui mirabil pruova.
Ma tanto più maligno e più silvestro
Si fa il terren col mal seme, e non colto,
Quant’ egli ha più di buon vigor terrestro.
Alcun tempo il sostenni col mio volto;
Mostrando gli occhi giovinetti a lui,
Meco il menava in dritta parte volto.
Si tosto come in su la soglia fui
Di mia seconda etade e mutai vita,
Questi si tolse a me, e diessi altrui:
Quando di carne a spirto era salita,
E bellezza e virtù cresciuta m' era,
Fu’ io a lui men cara e men gradita; E volse i passi suoi per via non vera,
Immagini di ben seguendo false,
Che nulla promission rendono intera.
Nè l' impetrare spirazion mi valse,
Con le quali e in sogno ed altrimenti
Lo rivocai; sì poco a lui ne calse.
Tanto giù cadde, che tutti argomenti
Alla saluté sua eran già corti,
Fuor che mostrargli le perdute genti.
« Non-seulement par l'influence des grandes sphères qui dirigent chaque chose naissante vers une fin, selon les étoiles qui l’accompagnent,
« Mais aussi par l'abondance des grâces divines qui tombent de nuages sì hauts, que votre vue n'en approche pas;
« Celui-ci dans son jeune âge fut doué de telle sorte, que toute habitude droite aurait produit en lui d'admirables effets.
« Mais avec la mauvaise herbe et sans culture la terre devient d’autant plus ingrate et plus sauvage qu'elle a plus de bonne séve.
« Quelque temps je le soutins de mes regards, et, lui montrant mes jeunes yeux, je le menais avec moi par le droit chemin.
« Mais sitôt que je fus sur le seuil de mon second âge, et que je changeai de vie, celui-ci se retira de moi pour se donner à d’autres. °
« Quand j'étais montée de la chair à l’esprit, quand je venais de croître en beauté comme en vertu, je lui devins moins chère et moins agréable;
« Et il égara ses pas dans une route fausse, poursuivant les mensongères images du bien, qui ne tiennent jusqu'au bout aucune de leurs promesses;
« Et il ne me servit point de lui obtenir les inspirations par lesquelles je le rappelais, en songe ou autrement, tant il en fit peu de compte.
« Il tomba si bas, que déjà tous les moyens étaient impuissants pour son salut, excepté de lui faire y voir le peuple des damnés.
490 DEL PURGATORIO
41 Perquestovisitail' uscio de’ morli, E a colui che l'ha quassù condotto, .
Li prieghi miei, piangendo, furon porti.
ss L'altofato di Dio sarrebbe rolto, — Se Lete sì passasse, e tal vivanda + Fosse gustata senz’ alcuno scotto 49 . Di pentimento che lagrime spanda..
« Yoilà pourquoi j'ai visité la porte des morts, et j'ai porté à celui qui l’a guidé jusqu'ici mes prières avec mes pleurs.
« Le suprême décret de Dieu serait brisé, si l'on passait le Léthé, si l’on goûtait un tel aliment avant d’avoir payé son tribut ou son écot avec un repentir qui verse des larmes. »
‘0 tu, che se’ di là dal fiume sacro, (Volgendo suo parlare a me per punta, Che pur per taglio m° era parut’ acro), Ricominelò, seguendo senza cunta,
Di, di, se quest’ è vero : a tanta accusa
Tua confession conviene esser congiunta.
Era la mia virtù tanto confusa,
Che la voce si mosse, e pria si spense
Che dagli organi suoi fosse dischiusa. — Poco sofferse:; poi disse : Che pense?
Rispondi a me; chè le memorie triste
In te non sono ancor dall’ acqua offense.
Confusione e paura insieme miste
Mi pinsero un tal sì fuor della bocca;
Al quale intender fur mesler le viste.
Come balestro frange, quando scocca
Da troppa tesa la sua corda e l’ arco,
, E con men foga |’ asta il segno tocca; -
« 0 toi qui es au delà du fleuve sacré, » reprit-elle en tournant contre moi la pointe de son discours dont le tranchant seul m'avait paru si déchirant. ©
Et, poursuivant sans hésiter : « Dis, dis si c’est vrai : à une si grande accusalion, il faut que la confession s'ajoute. » | |
Toutes mes puissances élaient si troublées, que ma voix fit effort et s'éteignit avant de s'être échappée de ses organés. |
Elle attendit un peu, puis elle dit: « Qu’en pensestu? Réponds-moi, car en toi les mauvais souvenirs ne sont pas encore chassés par les eaux du Léthé. »
La confusion et la peur unies ensemble m’arrachèrent de la bouche un oui si faible, qu’il ne fut compris que des yeux.
Comme l’arbalète, quand elle est trop tendue, brise en se débandant sa corde et son arc; alors le dard va frapper le but avec moins de force; |
DEL PURGATORIO
Si scoppia’ io soll’ esso grave carco, Fuori sgorgando lagrime e sospiri,
E la voce allentò per lo suo varco.
Ond’ ella a me : Per entro i miei disiri, Che ti menavano ad amar lo bene Di là dal qual nonè a che s' aspiri,
Quai fosse attraversate, o quai catene Trovasti, perchè del passare innanzi Dovessiti così spogliar la spene?
E quali agevolezze, o quali avanzi Nella fronte degli altri si mostraro, Perchè dovessi lor passeggiare anzi?
Dopo la tratta d’un sospiro amaro,
A pena ebbi la voce che rispose, E le labbra a fatica la formaro.
Piangendo dissi : Le presenti cose Col falso lor piacer volser miei passi, Tosto che ’l vostro viso si nascose.
Ed alla : Se lacessi, o se negassi Ciò che confessi, non fora men nota La colpa tua : da tal giudice sassi.
Ma quando scoppia dalla propria gota L'accusa del peccato, in nostra corte, Rivolge sè contra il taglio la rota.
Tuttavia, perchè me’ vergogna porte Del tuo errore, e perchè altra volta Udendo le sirene sie più forte.
Pon giù il seme del piangere, ed ascolta; Si udirai come in contraria parte * Muover doveati mia carne sepolta.
Ainsi j'éclatai sous ce lourd fardeau, m'épanchant en larmes et en soupirs, de sorte que ma voix se ralentit au passage. - |
C'est pourquoi elle me dit: « Quand les désirs qui te venaient de moi te conduisaient à l'amour de ce bien
au delà duquel il n’en est point de désirable, |
« Quels fossés au travers de la route, quelles chaînes tendues as-tu donc trouvées pour te faire dépouiller
l'espérance de passer au delà ?
« Et quels attraits, quels avantages, se sont montrés, sur le front des autres biens, que tu dusses errer devant eux? »
Après avoir exhalé un soupir amer, à peine eus-je retrouvé la voix pour répondre, et à grand'peine mes lèvres l’articulèrent;
Je dis en pleurant : « Les choses présentes avec leurs plaisirs trompeurs ont détourné mes pas aussitôt que votre visage s’est caché. »
Et elle: « Si tu taisais ou si tu niais ce que tu con-
| fesses, ta faute ne serait pas moins connue, si grand est le Juge qui la sait !
« Mais quand l'accusation du péché s'échappe de la bouche du pécheur, c'est la loi de notre tribunal que la meule: se tourne contre le tranehant de l'épée.
« Néanmoins, afin que tu portes plus de honte de ton erreur, et qu'une autre fois, si tu entends les sirènes, iu te trouves plus fort,
« Arrête la source de tes pleurs et écoute: tu entendras comment ma chair mise au tombeau devait te faire prendre un chemin contraire.
DEL PURGATORIO
Mai non t' appresentò natura ed arte Piacer, quanto le belle membra in ch' io Rinchiusa fui, e che son terra sparte :
E se il sommo piacer si tì fallio Per la mia morte, qual cosa mortale Dovea poi trarre te nel suo disio?
Ben ti dovevi, per lo primo strale Delle cose fallaci, levar suso Diretr’ a me che non era più tale.
Non ti dovea gravar le penne in giuso, Ad aspettar più colpr, o pargoletta,
O altra vanità con sì brev' uso.
Nuovo augelletto due o tre aspetta ; Ma dinanzi dagli occhi de’ pennuti Rete si spiega indarno, o si saetta.
Quale i fanciulli vergognando muti, | Con gli occhi a terra, stannosi ascoltando, E sè riconoscendo, e ripentuti; Tal mi stav' io. Ed ella disse : Quando:
Per udir se’ dolente, alza la barba, E prenderai più doglia riguardando. Con men di resistenza si dibarba Robusto cerro, ovvero a nostral vento, Ovvero a quel della terra di Iarba, Ch'-10 non levai al suo comando il mento :
E quando per la barba il viso chiese, Ben conobbi il velen dell’ argomento, E come la mia faecia si distese,
CHANT XXXL 497
« Jamais la nature, jamais l’art ne te présenta plaisir comparable aûx beaux membres où-je fus prisonnière, et qui maintenant sont réduits en poudre.
« Et si par ma mort ce souverain plaisir te manqua, quelle chose mortelle devait ensuite te gagner à ses altraits?
« Bien devais-tu, à la première atteinte des choses trompeuses, lever les yeux au ciel pour m'y suivre, moi ‘qui n'étais plus comme elles.
«Et tes ailes ne devaient pas rester appesanties pour
attendre. quelque autre blessure, par faiblesse pour quelque jeune fille, ou pour quelque autre vanité dont . sl'courte est la jouissance.
« L'oiselet nouvellement éclos attend deux ou trois coups, mais devant les yeux de ceux qui ont toutes leurs plumes, c’est vainement qu’on déploie le filet et qu'on décoche la flèche. » |
Comme les enfants muets de honte, les yeux fixés à terre, écoutent immobiles, reconnaissant leur faute et repentants,
‘Ainsi je me tenais, et elle dit: «Puisque à m’entendre seulement tu te sens si affligé, lève ta barbe, el, en me regardant, tu ressentiras plus de douleur. »
‘Avec moins de résistance un chêne robuste se déracine au souffle de notre vent, ou au vent de la terre numide,
Que je ne levai le menton à son commandement, et, quand par la barbe elle désigna le visage, je sentis bien le venin de l’allusion.
Et quand je redressai ma face, mes yeux connuren
498 DEL PURGATURIO.
Posarsi quelle prime creature Da loro aspersion l’ occhio comprese :
27 Elemie luci, ancor poco sicure Vider Beatrice volta in su la fiera, Ch’ è sola una persona in duo nature.
2 Sotto suo velo, ed oltre la riviera . Verde, pareami più sè stessa antica Vincer, che l’ altre qui quand’ ella e’ era.
29 Di penter sì mi punse ivi l’ ortica, | Che di tutt' altre cose, qual mi torse Più nel suo amor, più mi si fe nimica.
50 "Tanta riconoscenza il cuor mi morse, Ch’ io caddi vinto, e quale allora femmi, . Salsi colei che la cagion mi porse.
31 Poi, quando il.cor virtà di fuor rendemmi, La Donna ch' io avea trovata sola, Sopra me vidi, e dicea : Tiemmi, tiemmi.
52 Tratto m'avea nel fiume infino a gola, E, tirandosi me dietro, sen giva | Sovresso l'acqua, lieve come'spola.
33 (Quando fui presso alla beata riva, Asperges me sì dolcemente udissi, Ch’ io nol so rimembrar, non ch' io lo scriva. 34- La bella donna nelle braccia aprissi, Abbracciommi la testa, e mi sommerse, Ove convenne ch’ io l’ acqua inghiottissi 35 Indimi tolse, e bagnato m' offerse Dentro alla danza delle quattro belle, E ciascuna col braccio mi coperse.
CHANT XXXI, 409 que les anges, ces premiers-nés des eréatures, avaient cessé de jeter des fleurs.
Et mes regards encore mal assurés virent Béatrix .tournée vers la béte qui réunit une seule personne en deux natures.
Sous son voile, et séparée de moi par la verte rivière, elle me semblait effacer ce qu'elle fut jadis plus qu'elle n'effaçait les autres quand elle habitait ici-bas.
En ce moment l’ortie du repentir me piqua si fort, que, de toutes les autres choses, celle qui avait le plus détourné mon amour me devint la plus ennemie.
Une si grande connaissance de ma faute me déchira le cœur que je tombai terrassé; et ce que je devins alors, celle-là le sait qui en fut la cause.
Puis, quand le cœur me rendit le pouvoir de comprendre les choses du dehors, je vis au-dessus de ma tête fa dame que j'avais d'abord trouvée seule, et elle disait : « Tiens-moi, tiens-moi. »
Elle m'avait entraîné dans le fleuve jusqu’à la gorge, et, me tirant derrière elle, elle s’en allait sur l'eau, légère comme la navette du tisserand.
Quand elle fut près de l’heureuse rive, on entendit
chanter Asperges me avec tant de douceur, que je ne -
saurais me le rappeler, bien loin de l'écrire. La belle dame ouvrit les bras, saisit ma tête et me submergea de façon qu'il fallut boire l'onde.
Puis elle me retira, et, tout trempé, elle me conduisit dans la danse des quatre belles-compagnes, et chacune d'elles m 'enlaça d'un bras.
DEL PURGATORIO. © Noi sem qui ninfe, e nel ciel semo stelle; Pria che Beatrice discendesse al mondo, Fummo ordinate a lei per sue ancelle.
Menrenti agli occhi suoi; ma nel giocondo Lume ch' è dentro, aguzzeran li tuoi Le tre di là, che miran più profondo.
Così cantando cominciaro; e poi Al petto del grifon seco menarmi,
Ove Beatrice volta stava a noi.
Disser : Fa che le viste non risparmi; l’osto t' avem dinanzi agli smeraldi, Ond’ Amor già ti trasse le sue armi.
Mille disiri più che fiamma caldi Strinsermi gli occhi agli occhi rilucenti, Che pur sovra il grifone stavan saldi.
Come in lo specchio il Sol, non altrimenti La doppia fiera dentro vi raggiava,
Or con uni, or con altri reggimenti.
Pensa, lettor, s' io mi maravigliava, Quando vedea la cosa in sè star quela, E nell’ idolo suo si trasmutava.
Mentre che, piena di stupore e lieta, L'anima mia gustava di quel cibo, Che, saziando di sè, di sè asseta,
Sè dimostrando del più alto tribo Negli atti, l’ altre tre si fero avanti, Danzando al loro angelico caribo.
Volgi, Beatrice, volgi gli occhi santi,
La
« Ici, nous sommes nymphes, au ciel nous sommes étoiles. Avant que Béatrix ne descendît dans le monde, nous fûmes destinées à devenir ses servantes.
« Nous te mènerons devant ses yeux; mais, pour que les tiens puissent en pénétrer la douce lumière, ils seront aiguisés par les trois femmes que voici de l'autre côté et qui ont le regard plus profond. »
Ainsi commencèrent-elles en chantant, puis elles me conduisirent avec elles en face du griffon; là, Béatrix se tenait tournée vers nous.
Elles dirent : « Fais en sorte de ne pas ménager ta vue; nous t'avons placé devant ces émeraudes d'où l’amour jadis te darda ses flèches. »
Mille désirs plus bràlants que la flamme attachèrent mes yeux à ses yeux rayonnants qui demeuraient fixés sur le griffon.
Comme le soleil dans un miroir, de même la bête aux deux natures se réfléchissait, tantôt avec les uns, tantôt avec les autres de ses attributs.
Pense, lecteur, si je m'émerveillais, voyant l'objet rester immobile en soi et changer dans son image.
Tandis que, pleine de stupeur et de joie, mon âme goûtait cette nourriture qui, en nous rassasiant d'ellemême, d'elle-même nous altère,
Les trois autres compagnes, dont les attitudes annoncaient une extraction plus haute, s'avancèrent, réglant leur danse sur leurs chants angéliques. .
« Tourne, Béatrix, « tel était leur chant, » tourne tes
sy
Era la sua canzone, al tuo fedele, Che, per vederti, -ha mossi passi tanti.
Per grazia fa noi grazia che disvele A lui la bocca tua, sì che discerna La seconda bellezza che tu cele.
O isplendor di viva luce eterna, Chi pallido si fece sotto l’ ombra Sì di Parnaso, o bevve in sua cisterna, Che non paresse aver la mente ingombra, Tentando a render te qual tu paresti Là dove armonizzando il ciel t' adombra, Quando nell’ aere aperio ti solvesti?
| CHANT XXXL | 505 yeux vers ton fidèle, qui pour te voir a fait tant de pas! :
« Fais-nous gratuitement la gràce de dévoiler pour lui ta bouche, afin qu'il connaisse la seconde beauté que tu caches. » .
O splendeur d’une lumière vivante et éternelle! quel est le poëte devenu pâle sous les ombres du Parnasse, ou abreuvé à ses citernes, | . Qui ne semblerait pas troublé dans ses pensées, s’il essayait de te rendre telle que tu m’apparus, lorsqu'au grand jour tu te découvris, en ce lieu où tu n'eus plus d'autre voile que la sphère harmonieuse du ciel!
Terc. 14. — Petrus Alighieri, XXX. In qua nebula ita figu-
rata Beatria:, id est theoiogia, descendit coronata oliva, que arbor — Minerva dex scientiæ dicitur... Hoc est quod auctor vult figurare, quod jam dilexit studium theologiæ et in co postea cessavit, nunc vero reassumere incipit.
Oftimo Commento, XXX. Béatrix est ici prise pour la science théologique, par laquelle Dante pénètre dans la connaissance de la Jérusalem triomphante. L'auteur l'aime la première, mais peu de temps, pour ne l'avoir pas assez connue; puis il fait voir comment, par amour des choses temporelles, il abandonna l'amour des éternelles et invisibles... Et l’on pourrait expliquer plus simplement, en prenant à la lettre les paroles de Béatrix, qu'il s’agit de madame Béatrix que le poële aima d'un amour de bienveillance, laquelle partie de ce monde, il aima celle pour laquelle il dit :
lo mi son Pargoletta bella e nova.
Tere. 36. — Pernus Auicrentr. Les vertus cardinales sont des nymphes, selon l'opinion de saint Thomas, qui veut que les vertus . nous soient infuses sur la terre ; au ciel ce sont des principes ou des essences. Saint Augustin avait dit dans une de ses lettres: Actus virtutum, ut he nymphæ, sunt in via; sed in patria idipsum erit virtus et premium virtutis.
Comparer le premier chant du Purgatoire, où paraissent les quatre étoiles vues seulement de nos premiers pères, et le huitième où elles se sont couchées pour faire place à trois autres qui embrasent tout le ciel. Les quatre premières peuvent répondre à la Croix du sud, les trois autres à J'Alpha de l'Éridan, du Navire et du Poisson d'or. | 7
39. — Ottimo Commento. Les émeraudes. C'est fort à propos que le poéte introduit cette pierre précieuse en considération de ses propriétés. Car les oiseaux appelés griffons guettent les émeraudes. L'émeraude est la reine des pierres vertes. Ni pierres, ui herbes n'ont une plus vive verdure. Elle réfléchit les images à la manière d’un miroir. Elle accroît les rictiesses, aide les beaux parleurs et' ceux qui plaident, elle combat le mal caduc, conserve la vue, fortifie les yeux faibles, contient les mouvements luxurieux, rend la mémoire, repousse les fantômes et les démons, calme:les tempêtes, ‘ étanche le sang et sert aux opérations des devins. |
GI
ut
Tanto eran gli occhi miei fissi ed attenti
A disbramarsi la decenne sete,
Che gli altri sensi m’ eran tutti spenti; Ed essi quinci e quindi avén parete
Di non caler, così lo santo riso
A sè traéli con l’ antica rete; Quando per forza mi fu volto il viso
Ver la sinistra mia da quelle Dee,
Perch’ io udia da loro un : Troppo fiso.
. E la disposizion che a veder ee
Negli occhi pur testè dal Sol percossi, Sariza la vista alquanto esser mì fee; Ma poichè al poco il viso riformossi ‘ (fo dico al poco per rispetto al molto Sensibile, onde a forza mi rimossi), Vidi in sul braccio destro esser rivolto Lo glorioso esercito, e tornarsi | Col sole e con le sette fiamme al volta.
Mes yeux étaient si immobiles, si attentifs à désaltérer une soif de dix ans, que tous mes autres sens étalent éteints;
Et mes yeux même avaient à droite et à gauche comme une muraille d'indifférence : tant le divin sourire les attirait dans son ancien filet;
Quand mon visage fut forcément détourné vers la gauche par ces nymphes, que j'entendis s'écrier : « Tu regardes trop fixement. »
Et cette difficulté de voir qu'éprouvent les yeux que le soleil vient de frapper, me fit rester quelque temps privé de la vue.
Mais quand mon regard redevint capable de saisir une faible lumière (je dis faible par rapport à la grande lumière dont je ne me détachai que de force),
Je vis que la glorieuse armée s'était pliée sur son flanc droit et qu’en tournant elle avait en face le soleil et les sept candélabres.
ld
508 ‘ DEL PURGATORIO
1 Comesotto gli scudi per salvarsi Volgesi schiera, e sè gira col segno, Prima che possa tutta in sè mutarsi;
8 Quella milizia del celeste regno, Che precedeva, tutta trapassonne Pria che piegasse il carro il primo legno.
o Indiallerote si tornar le donne, E il grifon mosse il benedetto carco, Sì che però nulla penna crollonne.
10 La bella donna che mi trasse al varco, E Stazio ed 10 seguilavam la rota Che fe l' orbita sua con minor arco. 11 Sì passeggiando l’ alta selva vota, Colpa di quella ch’ al serpente crese, Temprava 1 passi un’ angelica nota.
12 Forsein tre voli tanto spazio prese Disfrenata saetta, quanto eràmo | Rimossi, quando Beatrice scese.
13 To senti mormorare a tutti : Adamo! — Poi cerchiaro una pianta dispogliata Di fiori e d’altra fronda in ciascun ramo.
14 La chioma sua, che tanto si dilata Più, quanto più è su, fora dagl' Indi Ne' boschi lor per altezza ammirata.
15 Beato se’, grifon, che non discindi Col becco d’esto legno dolce al gusto,- Posciachè mal si torse il ventre quindi.
6 Così d' intorno all’ arbore robusto
CHANT XXXIL Do | 509
Comme un bataillon couvert de ses boucliers se replie pour assurer son salut, et commence à tourner avec le drapeau, avant que toute la troupe ait pu imiter ce changement,
Ainsi toute cette milice du céleste royaume qui marchait devant, passa tout entière avant que le char cût tourné son timon.
Alors les femmes se replacèrent près des roues et le griffon ébranla son fardeau béni; de telle sorte pourtant qu'on ne vit pas frémir une seule de ses plumes. |
La belle dame qui m’avaitconduit au gué du ruisseau, et Stace et moi, nous suivions la roue dont l'ornière décrivait l’are le plus petit, °
Tandis que nous parcourions ainsi la haute forêt, déserte par la faute de celle qui crut le serpent, des chants angéliques mesuraient nos pas. |
Peut-étre une flèche délivrée de son frein parcourt en trois vols autant d'espace que nous en avions franchi, quand descendit Béatrix.
J'entendis murmurer par toutes les bouches : Adam! puis tous entourèrent un arbre dont les rameaux étaient dépouillés de fleurs et d’ombrages. |
Sa chevelure qui va s’élargissant d'autant plus qu'elle s'élève davantage, serait admirée par sa hauteur dans les forèts de l'Inde.
« Heureux es-tu, griffon, qui de ton bec n'entames point cet arbre doux à goûter! Car les entrailles de l'homme s'en tordirent de douleur. »
Ainsi autour de l'arbre robustes’écrièrent les autres
SCI
DEL PURGATORIO
Gridaron gli altri; e l’ animal binato : + Si si conserva il seme d' ogni giusto. ‘
E volto al temo ch’ egli avea tirato, Trasselo a piè della vedova frasca ;
E quel di lei a lei lasciò legato.
Come le nostre piante, quando casca Giù la gran luce mischiata con quella Che raggia dietro alla celeste lasca,
Turgide fansi, e poi si rinnovella Di suo color ciascuna, pria che ’1 Solé Giunga li suoi corsier sott’ altra stella;
Men che di rose, e più che di viole, Colore aprendo, s’ innovò la pianta, Che prima avea le ramora si sole.
lo non lo intesi, nè quaggiù sì canta L'inno che quella gente allor cantaro, Nè la nota soffersi tuttaquanta. ,
$' 10 potessi ritrar come assonnaro Gli occhi spietati, udendo di Siringa, Gli occhi a cui più vegghiar costò si car;
Come pintor che con esemplo pinga, Disegnerei com’ io m' addormentai ; Ma qual vuol sia che l’ assonnar ben finga.
Perd trascorro a quando mi svegliai, E dico ch’ un splendor mi squarciò il velo Del sonno, ed un chiamar : Surgi, che fai?
Quale a veder de’ fioretti del melo,
| CHANT XXXII. | 511 personnages, et l'animal aux deux natures répondit : « Ainsi se conserve la semence de toute justice. »
Et tournant le timon qu'il avait tiré, il le conduisit jusqu'au pied du tronc veuf de sa feuillée et laissa le char là, à l'arbre auquel il appartenait.
Comme nos plantes, quand tombe d’en haut la grande lumière mêlée à celle qui rayonne à la suite du céleste poisson,
Se gonflent de bourgeons, puis renouvellent chacune l'émail de ses fleurs avant que le soleil attelle ses coursiers sous une autre éloile, |
Ainsi s'épanouissant en fleurs moins claires que la rose et plus que la violette, se renouvela l'arbre qui d'abord avaient ses rameaux sì nus.
Je n’entendis jamais et jamais on ne chante ici-bas l'hymne qu’alors chanta ceite troupe et je n’en supportai pas la mélodie jusqu'au bout.
Si je pouvais retracer comment s'endormirent les impitoyables yeux d’Argus, en écoutant l'aventure de Syrinx, ces yeux auxquels il coûla si cher d'avoir veillé plus que ceux .des hommes ;
Comme un peintre qui travaille sur un modèle, je dessinerais comment je m'endormis. Mais que tout autre se charge de bien représenter la surprise du sommeil.
Je passe donc au moment où je m’éveillai, et je dis que le voile de mon sommeil se déchira sous une vive lumière, et à ce eri : « Lève-toi! que fais-tu là? » -
Comme à la vue des jeunes fleurs "du pommier, qui,
DEL PURGATORIO
Che del suo pomo gli angeli fa ghiotti, E perpetue nozze fa nel cielo, Pietro e Giovanni e Iacopo condotti, E vinti ritornaro alla parola, | Dalla qual furon maggior sonni rotti, E videro scemata loro scuola, Così di Moisè come d’Elia, E al maestro suo cangiata stola ; Ta] torna’ io, e vidi quella Pia © Sovra me starsi, che conducitrice Fu d’ miei passi lungo il fiume pria; È tutto in dubbio dissi : Ov’ è Beatrice?
Ed ella : Vedi lei sotto la fronda Nuova sedersi in su la sua radice, Vedi la compagnia che la circonda; Gli altri dopo-il grifon sen vanno suso, Con più dolce canzone e più profonda.
E se fu più lo suo parlar diffuso Non so, perocchè già negli occhi m’ era Quella ch’ ad altro intender m' avea chiuso.
Sola sedeasi in su la terra vera, | Come guardia lasciata lì del plaustro, Che legar vidi alla biforme fiera.
In cerchio le facevan di sè claustro Le sette ninfe, con que’ lumi in mano Che son sicuri d'Aquilone e d' Austro.
Qui sarai tu poco tempo silvano, E sarai meco senza fine cive Di quella Roma onde Christo è Romano; Però, in pro del mondo che mal vive,
.CHANT XXXII 513 rend les anges avides de son fruit, et qui défraye les noces éternelles du paradis; |
Pierre, Jacques et Jean conduits sur la montagne s’évanouirent et revinrent à la parole qui interrompit des sommeils plus forts ; |
Et virent leur compagnie diminuée de Moïse et d'Élie, et le vêtement de leur maître “changé de couleur ;
Tel. je revins à moi, et je vis debout près de moi cette femme compatissante qui d’abord conduisit mes ‘ pas le long du fleuve ;
Et tout en suspens je dis : «Où est Béatrix? » Et elle : « Vois, elle est assise sous l'arbre au nouveau feuillage et sur sa racine,
« Vois la compagnie qui l’environne, les autres à la ‘suite du griffon s'en vont au ciel avec un chant: plus doux et plus mystérieux. »
Et si son discours fut plus long, je l'ignore; car déjà mes yeux étaient pleins de celle qui m'avait fermé à toute autre attention.
Seule elle était assise sur la terre nue, elle restait là comme gardienne du char que j'avais vu attacher par la bête aux deux formes. |
Rangées en cercle, les sept nymphes faisaient autour d’elle comme un cloître, tenant à la main ces flambeaux qui ne craignent ni l’Aquilon, ni l’Auster.
« Tu seras peu de temps l'hôte de cette forêt, et tu deviendras avec moi le citoyen éternel de cette Rome dont le Christ est citoyen.
« Cependant pour le bien du monde qui vit mal,
di
DEL PURGATORIO
Al carro tieni or gli occhi, e, quel che vedi, Ritornato di là, fa che tu scrive.
Così Beatrice; ed 16 che tutto a’ piedi De’ suoi comandamenti era devoto, La mente e gli occhi, ov' ellà volle, diedi.
Non scese mai con si veloce moto Fuoco di spessa nube, quando piove Da quel confine che più è remoto, Com’ io vidi calar l’ uccel di Giove Per l’arbor giù, rompendo della scorza, Non che de’ fiori e delle foglie nuove; E ferio '] carro di tutta sua forza Und' ei piegò, come nave in fortuna, Vinta dall’ onde, or da poggia or da orza.
Poscia vidi avventarsi nella cuna Del trionfal veiculo una volpe, Che d' ogni pasto buon parea digiuna.
Ma riprendendo lei di laide colpe, La Donna mia la volse in tanta futa, Quanto sofferson l’ ossa senza polpe.
Poscia, per indi ond’ era pria venuta, L'aquila vidi scender giù nell’ arca | Del carro, e lasciar lei di sè pennuta. E, qual esce di cuor che si rammarca, Tal voce usci del cielo, e cotal disse :
O navicella mia, com’ mal se’ carca!
Poi parve a me che la terra s’ aprisse Tr' ambo le rote, e vidi uscirne un drago, Che per lo carro su la coda fisse:
E, come vespa che ritragge l' ago,
CHANT XXXII. ° 515 tiens maintenant tes yéux fixés sur le char, et ce que tu vois, de retour là-bas, fais en soite de l'écrire. »
Ainsi dit Béatrit, ét moi qui me tenais tout dévoué aux pieds de ses commandements ; du ‘côté qu'elle voulut, j'abandonnaï ma pensée et mes regards.
Jamais d'un mouvement si rapide le feu ne descendit d’une si épaisse nuée, quand il tombe de la plus lointaine région du ciel, i
Que je ne vis fondre sur l’arbre l'oiseau de Jupiter, déchirant l'écorce et nori-seulement les feuilles et les fleurs nouvelles.
Et de toute sa force il frappa le char, qui plia comme un navire en péril et fléchissant sous les lames tantôt à babord, tantôt à tribord.
Puis je vis s'élancer dans lé giron du char triomphal un renard qui semblait ne s'être jamais nourri d'une
saine pâture.
Mais ma dame, lui reprochant d’odieuses fautes, le mit en fuite aussi vite que le permirent ses os décharnés. | |
Puis par le même endroit d'où il était déjà venu, je vis l'aigle descendre dans la caisse du char et il la laissa couverle de ses plumes. |
Et comme la voix d'un cœur qui se plaint, telle une. voix sortit du ciel, elle dit: « O ma nacelle! que tu es mal chargée! »
Puis il me parut que la terre s'ouvrait entre les deux roues et j'en vis sortir un dragon qui, relevant sa queue, la plongea dans le char;
Et comme une guépe qui retire l’ aiguillon, retirant
DEL PURGATORIO
A sè traendo la coda maligna,
Trasse del fondo, e gissen vago vago.
Quel che rimase, come di gramigna
Vivace terra, della piuma, offerta.
Forse con intenzion casta e benigna,
Si ricoperse, e funne ricoperta
El’ una e l’altra rota e il temo in tanto,
Che più tiene un sospir la bocca aperta.
Trasformato così il dificio santo
Mise fuor teste per le parti sue,
Tre sovra il temo, ed una in ciascun canto.
Le prime eran cornute come bue; |
Ma le quattro un sol corno avean per fronte :
Simile mostro visto mai non fue.
Sicura, quasi rocca in alto monte,
Seder sovr’ esso una puttana sciolta
M’ apparve con le ciglia intorno pronte.
E, come perchè non gli fosse tolta, Vidi di costa a lei dritto un gigante, E baciavansi insieme alcuna volta :
Ma perchè l’ occhio cupido e vagante A me rivolse, quel feroce drudo La flagellò dal capo insin le piante.
Poi, di sospetto pieno e d’ ira crudo, Disciolse il mostro, e trassel per la selva Tanto, che sol di lei mi fece scudo Alla puttana ed alla nuova belva.
sa queue malfaisante, il emporta une partie du fond et s'en fut en rampant.
Ce qui resta, semblable à une terre vive qui se couvre de chiendent, se recouvrit de la plume, offerte peutêtre dans une intention pure et débonnaire ;
Et l’une et l’autre roue et le timon en furent couverts sitôt, qu'un soupir tient plus longtemps la” bouche ouverte.
Ainsi transformé, le saint édifice fit sortir de ses diverses parties sept têtes, trois sur le timon, et une à chacun de ses angles.
Les premières étaient cornues comme des bents mais les quatre aütres ne portaient au front qu'une seule corne. Semblable monstre ne fut jamais vu.
Sûre d’elle-méme comme une citadelle sur une haute montagne, m'apparut, assise sur le char, une prostituée demi-nue avec des regards prompts à se promener au-
tour d'elle.
“Et comme pour empêcher qu’on ne la lui enlevât, je vis côte à côte avec elle un géant debout et de temps à autre tous deux se baisaient.
Mais parce qu'elle tourna vers moi son œil avide el inconstant, ce farouche favori la flagella de la tête aux pieds.
- Puis, rempli de soupçon, cruel dans sa colère, il délia le monstre et l’entraîna par la forêt si loin, que la forêt seule me cacha comme d’un bouclier la prostituée et la nouvelle bête.
Tere. 15. — Pernus ALicHERIT. — « Hæc arbor pro obedientia aceipitur de qua Daniel : Videbam et ecce arbor in medio terre et altitudo ejus nimia..., et proceritas ejus.contingens cœlum; et $. Augustinus: præcepit Dominus homini, ad probandum quantum esset bonum obedienti®... Quæ arbor est damnatio humani generis; ideo sic et infructuosa, per Christum qui obediens fuit factus usque ad mortem, exstitit reparata frondibus et fructu. Et hoc est modo quod fingit istum griphonem, id est Christum, Ecclesiam militantem ei arbori, id est obedientiæ, ligasse. Floridi mali sanctos sigmificant. » .