CHAPITRE VI
Comparaison pour faire comprendre avec quel élan et avec quel amour les âmes du purgatoire désirent jouir de Dieu.
S'il n'y avait dans le monde entier qu'un seul pain, destiné par sa seule vue à apaiser la faim de toutes les créatures :
Si un homme, qui aurait ce besoin de manger qui nous est à tous naturel dans un état normal de santé, ne l'apaisait pas cependant ; et si, privé de tout aliment, il ne pouvait ni mourir, ni être malade; n'est-il pas clair qu'il serait en proie à une faim toujours plus grande?
Supposez que cet homme sache que ce pain unique peut seul, par sa vue^ le rassasier, et que sans lui il resterait avec sa faim et d^ns une intolérable torture : n'est-il pas évident que plus il approcherait de ce pain sans pouvoir y porter sa vue, plus sa faim serait irritée, et que son tourment serait d'autant plus cruel que son instinct appelle avec plus de force l'aspect de ce pain unique objet de son envie?
Enfin si, au milieu de cette torture d'une faim toujours plus dévorante, cet homme venait ;ï acquérir la terrible certitude qu'il ne verra jamais
ce pain, que se passerait-il? Soudain ilsentiiait l'enfer commencer pour lui. Il serait dès lors comme les âmes des damnés qui ont perdu toute espérance de jamais voir le pain de vie, Dieu notre vrai Sauveur.
Eh bien ! la faim qu'éprouverait cet homme est précisément celle qu'éprouvent les âmes du purgatoire, le désespoir excepté : car, pour elles, elles ont l'espérance de voir un jour ce pain et de s'en rassasier à souhait. Mais la faim et le martyre qu'elles endurent est quelque chose d'ineffable, tant qu'il ne leur est pas donné de se rassasier du pain vivant qui est Jésus-Ghrist, vrai Dieu, notre Sauveur et notre amour.