CHAPITRE VIII
De la nécessité du purgatoire et combien il est terrible.
Je dis plus encore. Dieu me fait voir que pour ce qui est de lui, il ne ferme la porte du ciel h personne ; que tous ceux qui veulent y entrer, y entrent ; et que comme il est la miséricorde morne, il nous tend à tous les bras, pour nous recevoir dans sa gloire.
Mais il me fait voir en même temps que sa divine essence est d'une pureté si grande et si incompréhensible, que l'âme qui a en elle le plus petit atome d'imperfection, se précipiterait plutôt en mille enfers que de se présenter en cet état devant une majesté si sainte.
C'est pourquoi, voyant que le purgatoire est élabli de Dieu pour purifier les âmes de leurs t iches, elle s'y précipite avec bonheur, et regarde comme une grande miséricorde de trouver ce moyen de détruire en elle l'obstacle qui l'empêche do s'élancer dans les bras de Son Dieu.
Qu'on juge par là de ce que doit être le purgatoire. Il est tel qu'il n'y a ni langue qui puisse en parler dignement, ni esprit qui puisse le comprendre. Je vois seulement que, quant à la grandeur de la peine, il égale l'enfer ; et je vois néan-
moins que l'âme, qui a en elle la moindre tache, accepte, ainsi que je l'ai dit, cette peine, comme une grande miséricorde de Dieu à son égard, et qu'elle ne compte pour rien tout ce qu'elle souffre, lorsqu'elle le compare à ces taches qui servent d'obstacle à l'élan de son amour vers Dieu.
Ainsi, à mon avis, la peine qui surpasse toutes les autres dans les âmes du purgatoire, est celle de voir qu'il y a en elles quelque chose qui déplaît à Dieu, et d'avoir offensé volontairement une si ineffable bonté. Et en voici la raison : c'est qu'étant en grâce, elles voient la vérité, et découvrent, à cette lumière, toute la grandeur de l'obstacle qui ne leur permet pas d'approcher de Dieu.
PURGATOIRE. — GHAP. IX 223