‹ Le quaker et la danseuseChapitre 4 sur 33 · MURRAY · texte numérisé non relu

MURRAY

Le vôtre est délicieux.

GEORGINA

Faites-eii complimenta milord... il vient de lui.

DARSIE.

C'est une galanterie... galanterie t^ut-à-fait inutile; car vous, miss Georgina... vous, la merveille de l'Opéra et la Taglioni de Londres. . vous avez, comme disait Talma, dans une comédie française... je ne sais plus laquelle... vous avez , pour nous enivrer, des moyens bien plus siirs.

GEOKGI>A.

Il parait que tout votre esprit est exporté de France.

DARSIE.

Comme le Champagne.,, et je les fais venir tous les deux en bouteilles.

TODS.

Charmant... charmant!...

DARSIE.

N'est-ce pas?... Je ne me suis jamais senti plus en verve qu'aujourd'hui... et puisque le dessert est le moment des indiscrétions... il faut que je fasse part à mes amis de mon bonheur.

GEORGITfA.

Je vous le défends.

DARSIE.

Ça m'est égal... Il y a un opéra français qui dit : Le bonheur est de le répandre.. Moi , je soutiens que le bonheur c'est de le dire, de le dire à tout le monde... sans cela , autant s'en passer.

GEORGINA

Milord , je vous prie de vous taire.

DARSIE , se levant.

Impossible... me voilà à la tribune, et je parlerai ; et je vous apprendrai, mes chers amis, que moi , Arthur Darsie, marquis de ClilTord et pair d'Angleterre, j'épouse secrètement, la semaine prochaine, la cruelle, l'indomptable miss Georgina, la Lucrèce de nos théâtres... et je vous invite tous à la noce.

TOCS , se levant.

Il serait possible!...

(Murray, Georgina, Darsie sur le devant de la scène ; un des lords s'assied sur le canapé , un autre va à la table à gauche , et s'amuse à regarder des gravures. Les domestiques enlèvent la table.)

MAItSIE.

Hein !... quel bruit!... quel éclat dans le grand monde ! Mais il est si difficile maintenant de faire parler de soi, qu'on est trop heureux de trouver une pareille occasion... Si lord Byron y avait pensé, il n'aurait pas manqué celle-là , parce que, vrai... il n'y a rien de bon genre comme une mésalliance.

GEORGINA , fièrement.

Une mésalliance!... Vous allez me donner de l'amour-propre... Je ne croyais pas déchoir en vous épousant... (L<'s lords rient.)

DARSIE, les regardant.

Qu'est-ce qu'elle dit?

GEORGINA

Je vous ai promis de descendre jusqu'à vous, de renoncer a être artiste [lour dcvcinr marquise... mais c'était à des conditions.

DARSIE.

Que je n'ai point oubliées... Si, pendant un an, vous ne trouviez per.'ionne qui vous ait plu , vous de\icz me dotnicr la préférence.

GEORGINA

L'amiép n'est pas encore révolue.

DARSIE.

Il s'en faut de quatre ou cinq jours... c'est tout comme...

(Le lord qui était assis sur le canapé se lève, et va

causer tout bas avec celui qui est auprès de la

table.)

Air : Dn partage de la riclicsse.

Vous ne serez pas rigoureuse , Et je me fie à vos sermens ; Car on doit , quand on est danseuse , Tenir à ses engagemens.

GEORGINA

Les danseuses sont si frivoles ! Prenez-y bien garde.

D.4RSIE.

Il est clair Qu'on ne doit pas compter sur leurs paroles ; (Aux deux lords qui sont à sa gauche.) Ce sont des paroles en l'air.

GEORGINA

Je n'ai qu'à aimer quelqu'un... et , Dieu m'en est témoin... je le voudrais.

DARSIE.

Vous ! aimer quelqu'un ! Vous en êtes incapable.

GEORGINA

Alors , pourquoi tenir à m'épouser ?

DARSIE.

Parce que, comme toute la belle jeunesse de Londres, je vous aime, j'en perds la tête... et j'ai juré... mieux que cela... j'ai parié que vous seriez à moi d'une manière ou d'une autre... et comme , d'une autre, il n'y a pas moyen... GEORGINA, avec fierté.

Milord !

DARSIE.

Allons!... vos grands airs... on sait bien que vous n'êtes pas une danseuse comme une autre... Vous menez de front les pirouettes et la vertu... ce qui est abusif, parce que, si cela gagne une fois , où en serons-nous ?

TOCS.

Il a raison.

GEORGINA , souriant.

Que voulez-vous, milords?... ce n'est pas ma faute.

DARSIE.

C'est peut-être la nôtre ?

GEORGINA

C'ist possible... Contre qui ai-je eu à me défendre?... Voilà deux ans que je traîne à ma suite des milliers d'adorateurs , depuis les coulisses jusqu'au foyer, depuis mon antichambre jusqu'à mon boudoir... et dans cette foule bigarrée, dont la fatuité est l'uniforme, j'ai cherché des yeux qui je pourrais aimer... je suis encore à le trouver.

DARSIE.

Preu^ que je suis le seul... et comme je vous le disais...

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