L. Cadier el C. Couderc, /<><■. cit., p
3° Alix Barbette, épouse de Jehan Sarrazin, drapier, échevin en 1270 et en 1298. et vover de la ville de Paris : elle mourut, le 3 mai 1293. à l'âge de 27 ans l. Son effigie était gravée sur sa tombe, proche de celle de son mari, dans le cloître de l'abbaye de Saint- Victor.
En résumé, si dans la longue suite de personnages plus ou moins titrés que nous venons d'énumérer, nous ne pouvons nettement distinguer tous les hôtes successifs de la Courtille Barbette, il nous reste au moins la certitude de pouvoir les compter parmi ce monde éminent de chambellans du roi, de prévôts et d'échevins, et même de prélats, c'est-à-dire parmi les rangs les plus élevés de cette opulente bourgeoisie parisienne, dont la puissante influence commence déjà à se faire sentir dans la marche des événements politiques.
Cependant un seul des hôtes de la Courtille Barbette, et c'est justement le dernier, a laissé une trace dans l'histoire : il s'agit du prévôt des marchands, Etienne Barbette ; et c'est même à lui que le nom de sa courtille doit d'être passé à la postérité. Suivant la tradition de sa famille, dont la plupart des membres furent avant tout de grands manieurs d'argent, Etienne Barbette fut aussi, pour commencer, un financier; mais il ne tarda pas à prendre part à l'administration municipale de Paris. Ses premières fonctions dans l'édilité parisienne furent celles de conseiller de ville ; puis il devint échevin en 1293 -. Une première fois élu prévôt des marchands pour six ans en 1298, il débuta dans cette magistrature, en opérant, avec le concours des prud'hommes de chaque métier, la répartition d'une taille de cent mille livres, que le roi venait d ordonner, entre les habitants delà ville de Paris.
Collaborateur du fameux surintendant des finances, Enguerrand deMarigny, dans l'administration des deniers de l'Etat, Etienne Barbette en subit avant lui une première part de responsabilité. Il s'était attiré la faveur du roi, en même temps que la haine du peuple, par sa complicité dans l'altération des monnaies, le plus grand vice du règne, à certains égards remarquable, de Philippe-
1. Bibl. Nat., Estampes, Collection Gaignières, Oa, r .;: : Pe Ik f 73.
2. Leroux de Lincy, loc, cil., p. 203; — Géraud, Paris sous Philippe h' Bel.
LE QUART1EB BARBET! il. 17
le-Bel. Etienne Barbette, devenu maître de la monnaie et argentier du roi. ii \ ait cherché à faire retomber sur Le peuple les conséquences désastreuses de la dépréciation de la monnaie nouvelle, en conseillant aux propriétaires et aux membres du Parloir aux bourgeois de ne pas l'accepter en payement des loyers qui leur étaient dus.
Mais les ouvriers et les petits marchands qui souffraient déjà cruellement des mesures fiscales prises par le roi et son argentier, se soulevèrent et résolurent de se venger Lorsqu'ils apprirent que leurs loyers se trouvaient ainsi augmentés. Aux premiers bruits de ce soulèvement, le roi, inquiet pour sa propre sûreté, s'était réfugié dans la forteresse du Temple avec ses barons, ses gardes et ses serviteurs. Le peuple se porta tout d'abord aux deux maisons d'Etienne Barbette qu'il pilla et saccagea odieusement : 1 une, située hors les murs, après la Yieille-rue-du-Temple, était cette fameuse maison de campagne, la courtille de ses pères ; l'autre, intra muros, dans la grande rue Saint-Martin, était sa maison de ville. Puis les émeutiers se portèrent vers le Temple où ils savaient que le roi se tenait caché avec les siens et les gens de sa maison ; ils en cernèrent toutes les issues, en faisant un véritable blocus, interceptant les vivres et surtout les viandes qu'on y apportait, car il n'y avait pas de boucherie dans l'enclos du Temple1. Ceci se passait vers la fin de l'année 1306.
1. Henri de Curzon, La maison du Temple, p. 211. — Voici, d'après la CHRONIQUE i«e BAlNT-DElflB édit. Paulin, Paris. I. I, p. 171), un assez curieux récit de celte redoutable émeute.
• Comment le commun de Paris s'esmut. — « Kl ade certes en cest an meisme à Paris, pour Les louages des maisons des bourgeois de Paris qui vouloient prendre du peuple lionne monnaie el forte, qui aloi estoil appelée, granl dissencion el descorl mut ei esleva. El alors s'esmurenl plusieurs du menu peuple >i comme espiciers, foulon-, ci tisserans, taverniera cl plusieurs aultres ouvrans d'aultres mestiers), el firent aliance ensemble et alèrent et coururent sus au bourgeois de Paris, appelé Etienne Barbète, duquel conseil, si comme il estoit dit, les louages des dites maisons estoient pris à la bonne et forte monnoie, pour laquelle chose le peuple estoil esmeu et grevé. Ei lors le premier jeudi devant la Tiphaine envaïrentel
assaillirent un manoir du devant dit bourgeois IMienne. i|iii estoit nomme la
Courtille Barbète, el. par feu mis. le dégastèrent et détruisirent ; el les arbres du jardin du tout en toul corrompirent, froissièrent et débrisièrent. El après, eus départans, à toul granl multitude d'alansa fusts et à basions, revindrent en la rue Saint-Martin et rompirent l'ostel au devant dit bourgeois, el entrèrent en- ell'orcic- /.«• quartier B&rbette. ~i
Gependant.il- roi Philippe-le-Bel n'était pas homme à laisser impunis de tels outrages. Dissimulant sa colère, il réussit, par des promesses, à apaiser la sédition : mais il ordonna de suite une enquête ef lit arrêter les plus compromis, dont vingt-huit furent pendus, le
0 janvier suivant, aux quatre principales portes de Paris. Parmi les suppliciés il y avait un maître de chaque corps de métier l.
C'est en qualité de voyer de la ville qu'Etienne Barbette fit construire, en 1313, un quai, le premier qu'on vit à Paris, qui devait garantir des inondations du fleuve l'hôtel de Xesle et l'hôtel de
1 Vvéque de Chartres. Ce quai, s'étendant du couvent des grands Augustins à la tour de Xesle. était planté de saules et fut longtemps la promenade favorite des Parisiens. Mais il paraît qu'il ne faut pas trop savoir gré à Etienne Barbette de cette construction, car il ne se décida à la faire exécuter qu'après une assez longue résistance de sa part aux ordres et aux injonctions menaçantes de Philippe-le- Bel "2, dont voici du reste un échantillon :
« Quoique à plusieurs reprises nous t'ayons donné l'ordre de faire
■ sans tarder ce quai d'une maison à l'autre, tu n'en as pas moins, « bien que le temps ait été propice à cet ouvrage et le soit encore,
négligé et méprisé nos commandements, ce qui nous déplaît
■ extrêmement, quod nobis quam plurimum displicet... Sache bien que si tu ne te hâtes, tu seras châtié rudement de ta négligence,
" et que nous saurons te faire obéir... Sciturus r/uod nisi hoc fece- '< ris, te negligentia pugniri graviter » 3.
ment et tantost les tonniauz de vin qui au cellier estoient froissièrent, et le vin espandirent par places: et aucuns d'eux d'ieelui vin tant burent qu'ils furent enyvrés. Et après ce. les biens meubles de la dite maison, c'est assavoir coûtes, coissins. huches et aultres biens, froissièrent et débrisans par la rue en la boue les espandirent. et aux coutiauz ouvrirent les coûtes et les orilliers traianl contre le vent despitement jetèrent, et la maison en aucuns lieux descouvrirent, et nmult d'aultres dommages y firent. Et ice l'ait, d'ilec se partirent et retournèrent traiant vers le Temple, au manoir des Templiers, où le roy de France estoit lors avec aucuns de ses barons, et ilec le roy assistrent. si (pie nul n'osoit seurement entrer ni issir hors du Temple ; et la viande que l'on aportoit pour le roy ^estèrent en la boue, laquelle chose leur tourna au derrenier à honte et à dommage et à destruimenf de corps. » Le jeudi avant la Tiphaine ou dimanche de l'Epiphanie tombait cette année-là le 30 décembre.
1. Paul Robiquet. Histoire municipale de Paris 1880 . pp. 32 et 33.
2. E. de Ménorval. Paris depuis ses origines 18*9 . t. I, pp. 238 et 268.
3. Livre Rouye de l'Hôtel de Ville, cité par Félibien et Lobineau, t. 1, p. cxm.
Il est probable que, aussitôt après la dévastation de sa maison
de ville de la rue Saint-Martin et l'incendie de sa eourtille, Etienne Barbette dût abandonner ces deux résidences. En effet, nous le retrouvons, en 1313, toujours trésorier du roi. en sa « maison en Grève », tenant un nouveau registre de répartition d'impôt, le « Rôle de la Taille » de dix mille livres que Philippe-le-Bel, cet insatiable monarque, venait encore d'ordonner pour la réception en chevalerie de son fils aîné, le roi de Navarre, en vertu du droit féodal qui permettait au seigneur de lever une aide sur ses vassaux quand il faisait armer son fils chevalier '. En tête des prud'hommes et notables bourgeois qui dressèrent ce rôle, ligure le fils aîné d'Etienne Barbette, ce Jehan Barbette qui l'année suivante sera élu échevin, alors que son père sera nommé prévôt des marchands pour la deuxième fois.
Son retour à la prévôté fut encore pour Etienne Barbette une bonne occasion de se signaler par son zèle et sa complaisance envers le roi. En vue d'une expédition nouvelle en Flandres, Philippele-Bel avait réuni à Paris les barons, les prélats et les députés des bonnes villes, pour leur demander les subsides nécessaires, et leur appui moral'2.
Or, dans rassemblée qui se tint au Palais de la Cité, le 1er août l.'ll i, ce fut Etienne Barbette qui répondit à la demande d'aide présentée par le surintendant des finances, Enguerrand de Marigny : << Adonc Estienne Barbette, bourgeois de Paris, se leva et parla
< pour la dite ville de Paris; et se présenta pour eux et dist qu'ils « estoient tous près de luy faire aide, chascun à son povoir et selon
< ce qu'il leur seroit avenant, et à aler là où il les voudra mener, « ii leurs propres cousts et despens, contre les Flamans. Adonc le roi « les en mercia. » :t Etienne Barbette dut mourir en 1321, c'està-dire l'année où il fut remplacé à la prévôté des marchands par Jehan Gentien.
1. Le Rôle de la taille <!o 1313 a été publié par .1. A. Buchon dans le tome IX des <jhronir[iies Nationales françaises Paris, \s-~. in v
2. Philippe le Bel se servil <li'> États généraux autan) pour se donner plus de force dans >a lutte contre les empiétements <lu Souverain pontife el ><■> guerres en Flandre, que pour leur demander les aides dont il avait ^.m> cesse besoin.