CRÉDIT FONCIER DE FR
IBle
Les terrains de:
d’huis
hôtels Desvieux et Castanier, occupés aujourar la rue des Capucines par le Crédit Foncier de France, ont une origine commune en la personne du duc de Montmorency- Luxembourg, et dans celle de Guillaume Leduc. Le premier hôtel, celui du financier Desvieux, est situé au n° 15; le second, l’hôtel Castanier, a son entrée au n° 19.
Hôtel Desvieux.
Le 7 juillet 1719, devant Me Bapteste, notaire à Paris, Pantaléon Segonin, curateur à la succession vacante laissée par François Henry de Montmorency, duc de Luxembourg, et en présence de
Charles-François-Frédérice de Montmorency-Luxembourg, gouverneur de Normandie, fils du défunt, vendait à Guillaume Leduc, écuyer, sous-lieutenant de la grande vénerie du Roi, architecte, entrepreneur des bâtiments royaux, la maison appelée hôtel de Luxembourg, la cour, les jardins et les terrains en arrière, qui s’étendaient depuis la rue du Faubourg-Saint-Honoré, jusqu’à la rue des Capucines actuelle.
Quatre mois plus tard, le 1$ novembre de cette même année 1719, devant M° Dutartre, notaire au Châtelet, Guillaume Leduc et Julie Mazière, son épouse, cédaient à un avocat au Parlement, Charles Arrault, une place — sans indication superficielle — faisant partie des dépendances de l'hôtel de Luxembourg, du côté de
la rue Neuve-des-Petits-Champs, depuis rue Neuve-des-Capucines. Le terrain en question tenait d'un côté, et par derrière, à la maison et au jardin de la dame Mazière, d’un autre à une place appartenant aux consorts Leduc et qui devait devenir l'hôtel Castanier, par devant à la rue Neuve-des-Petits-Champs à-dire à la rue des Capucines. Les acquéreurs étaient tenus d'observer certaines condi-
c'est-
ions de non edificandi, notamment de n’adosser aucun édifice contre e mur du fond, tant que la dame Mazière n'aurait élevé ni ado elle-même aucun édifice de l’autre côté. La vente était faite au prix de 50.000 livres, qui furent payées comptant.
Cet Arrault n’était qu'un prête-nom. Le 1$ novembre, jour même de la vente, il passait déclaration de command au profit de Louis- Philippe Desvieux.
Sur le terrain acquis par lui, Desvieux fit construire l'hôtel qui portera alors sur la rue Neuve-des-Capucines le n° 119, et auquel il a laissé son nom. Il en confia l’es M. Tannevot, architecte du Roi. Ce même Tannevot ayant été chargé par Castanier d’édifier également l'hôtel voisin, dont on lira plus loin la genèse, « on a affecté, dit Blondel, les mêmes décorations dans le dehors, du côté du jardin de ces deux maisons ».
cution à
Uieuæ Fer
Le principal corps de logis, ajoute l'auteur de l'Architecture Française, est entre cour et jardin, et contient un appartement à coucher, accompagné de toutes les commodités qui lui conviennent. La cour est très peu spacieuse,
mais la nécessité de pratiquer des pièces un peu vastes dans un terrain fort
borné, n’a pu permettre de la faire plus grande. La disposition du premier
étage contient trois appartements à coucher et plusieurs pièces de société, toutes d’une belle proportion, d’une hauteur de plancher convenable et déco-
rées avec goût.
Ancien avocat de Paris, Louis-Philippe Desvieux, depuis longtemps rompu aux affaires, avait été un des douze directeurs de la Compagnie des Indes choisis, en février 1685, parmi les nouveaux it déjà fait partie de l’ancienne société des qu’au mois d'octobre 1723, il fut au nombre
actionnaires ‘. Il av Fermes Générales, lo des quarante élus qui constituèrent le Conseil des Fermes. Il consa mort *.
serva cette charge jusqu’à
1. Henry Weber, La Cie française des Indes, Paris, 1904, p. 212. On trouve encore Desal de 1720.
s financiers au XVe siècle, Paris, 1895.
vieux parmi les dire 2. Thirion, Vie
L CA M LS Pr: nt £ LE 19 14 LES VIEUX HOTELS DE PARIS
Très infatué de son opulente personne et de son heureuse fortune — il avait marié ses filles à Joly de Fleury, au président Frémond et au marquis de Saint-Contest, futur ministre des Affaires Étrangèr — il avait, dit M. Thirion, blessé nombre de gens par sa morgue. Il pouvait, par contre, mal supporter les observations qui lui étaient faites, et mourut en 1735 du chagrin causé par une remontrance un peu vive du conseiller d'État Fagon, fils du célèbre médecin de Louis XIV. Desvieux ayant, malgré le désir de Fagon, pourvu lui-même à un emploi d'importance dans son département, fut mandé par le conseiller d'État, homme expert en matière de finances, mais « assez dur » au dire de Barbier. Fagon « le traita avec tant de dureté et de mépris devant tous ceux qui étaient présents, que l’autre en prit sur-le-champ un tel saisissement, qu'étant de retour chez lui, il se mit au lit et en mourut le troisième jour de désespoir et de rage ».
L'inventaire après décès fut dressé par M° Dutartre, le 20 décembre 1735. La maison devint propriété de sa veuve, Bonne-Madeleine Le Couturier, qui fit l'acquisition de deux maisons contiguës : l’une formant le corps de logis de derrière, achetée le 18 septembre 1736 à Mr Angélique de Bacresse de La Touche, épouse de Jérome-Jean- Eyros Duludde; la seconde, qui donnait sur la rue Neuve-des-Capucines, acquise le 29 juillet 1737 de Marie-Christine Mazière, veuve en premières noces d'Abraham Baylan, et en deuxièmes de Pierre- Philémon Leduc de La Touche, qu'il ne faut pas confondre avec Julie Mazière et Guillaume Leduc, cités au début de cette étude. instituant pour légataire uni-
La veuve Desvieux décéda en 1758, versel son fils aîné Philippe-Étienne Desvieux, plus connu sous le nom de président Desvieux, et lui fit, entre autres legs, celui des i comprenant l'hôtel construit pour le fer-
trois m
ons contiguë mier général. L’inventaire après décès fut dressé, toujours par Dutartre, le 13 octobre 1758.
Le président Desvieux, dont le journal de Barbier a loué l'attitude énergique après l'attentat de Damiens ', faisait, devant Me Arnaud, par acte du 7 juillet 1770, donation entre vifs de l’hôtel à ses trois enfants : Léonard-Philippe, son aîné, pour une moitié; Dominique Étienne et François-Louis, chacun pour un quart. Lorsque le président Desvieux décéda le 19 avril 1771, il ne laissait d'ailleurs point d’autres hérit
Le $ août 1785, Léonard-Philippe Desvieux devenait seul propriétaire, à la suite d’une adjudication prononcée à son profit, au prix de 180.000 livres, surlicitation poursuivie entre lui et ses frères. Il conserva l'hôtel jusqu’au 22 pluviôse an XI, époque à laquelle il le rendait « au citoyen Jean-Baptiste Tourteau de Septeuil, demeurant à Paris, rue de la Concorde, n° 88, et au citoyen Jean-Louis Tourteau d'Orvilliers, son frère, demeurant à Versailles, boulevard de la iberté, conjointement et chacun par moitié », pour le prix principal de 151.187 francs. Les preneurs s’engageaient à payer la rente consentie le 1‘ août 1792 au profit de Joseph-Louis Bidet de la Grandville et Thérèse Ducluzel, son épouse, et dont le capital représentatif devait être déduit du prix d'adjudication. Deux ans aprè e 6 messidor an XIII, l'hôtel et ses dépendances étaient abandonnés « sans soulte » par Tourteau d'Orvilliers à son frère de Septeuil,
qui devenait seul propriétaire.
Jean-Baptiste de Septeuil avait été premier valet de chambre du roi Louis XVI et trésorier de la liste civile. Il avait épousé Angéique-Euphrasie Pignon, dont il avait divorcé au mois de septembre 1793, sans doute pour mettre ses biens à l’abri de la confiscation. | mourut à Paris le 28 octobre 1812, léguant à titre particulier l'hôtel de la rue des Capucines à son fils Achille-Jean-Louis-Hippoyte Tourteau de Septeuil, chevalier de l'Empire. Le 10 avril 1858, aux termes d’un acte sous seing privé fait en triple à Paris et à Septeuil (Seine-et-Oise), Achille Tourteau, comte de Septeuil, et Horatia Capell, son épouse en secondes noces, vendaient à Alphonse Berteaux, négociant, « l'hôtel de la rue Neuve-des-Capucines, n° 15, ci-devant n° 119 ». Et le 12 avril, Berteaux déclarait avoir fait cette acquisition pour le compte et au profit du Crédit Foncier de France. Le 19 avril 1858, devant M Turquet et Chatelain, le Gouverneur signait avec le mandataire de M. et Mme de Septeuil, un nouvel acte
VI, p. 447-448.
donnant au précédent le caractère et la forme authentiques. Le Crédit Foncier prenait possession de l'hôtel dû à la munificence d'un fermier général. L'œuvre de Tannevot est malheureusement presque méconnaissable, La cour d’entrée a été couverte d’un toit vitré pour former la salle des comptes-courants. La décoration intérieure des appartements a disparu, à l'exception de quelques boiseries. Mais on ne saurait en faire grief aux occupants actuels. On verra, par l'hôtel voisin, dont il va être question, que le Crédit Foncier ayant rencontré une partie décorative importante, a su mettre tous ses soins à la respecter et à la préserver des injures du temps.
Hôtel Castanier.
L'hôtel Castanier, qui devait avoir, réuni avec son voisin l'hôtel Desvieux entre les mains du Crédit Foncier, une même destinée, eut également une origine commune par la vente faite du terrain, e 7 juillet 1719, par Charles-François-Frédéric de Montmorency à Guillaume Leduc, architecte, entrepreneur des bâtiments du Roi. Le dit terrain, d’après le procès-verbal d’alignement, était compris entre le jardin de l’hôtel du Luxembourg jusqu’à la rue Neuve-des- Petits-Champs (rue des Capucines), le boulevard, le bout du jardin et le mur du couvent de la Conception. Mais, par contrat de même date, Leduc devenait acquéreur du jardin même de l'hôtel de Luxembourg, qui agrandissait son terrain, sans dissolution de continuité. Cet espace a formé les n°5 17, 19 et 21 de la rue des Capus et constitué la propri trois parcelles vendue ar Castani
La première parcelle fut vendue, le 18 novembre 1719, devant le notaire Dutartre, par Leduc et Julie Mazière, sa femme, à Charlotte Astier. Elle était de 283 toises et demi, « tenant d’un côté à une place vendue par les consorts Leduc au sieur Arrault agissant pour e compte de Louis-Philippe Desvieux (voir ci-dessus); d'autre côté aux dits Leduc pour un terrain réservé, par derrière aux murs d'une ropriété à M. Crozat, depuis l’hôtel Baring ‘, et par devant à la rue Neuve-des-Petits-Champs, aujourd’hui rue Neuve-des-Capucines par une façade de one toises ». Cette première parcelle était, par contrat du 13 mai 1726, revendue par Me Astier à Pierre Maron, ourgeois de Paris, moyennant 28.200 livres. Ce Maron n'était, on e verra, que le prête-nom de Castanier.
cin
té actuelle du Foncier, au moyen d ssivement par Leduc, et réunies ensuite
succe:
La deuxième parcelle, « deux places attenantes l’une à l’autre sur a rue Neuve-des-Petits-Champs » (des Capucines), était vendue le 10 mai 1726 parle S' et M Leduc au même Pierre Maron, au prix de 40.000 livres francs deniers payés comptant. L'une de ces places,
mesurant 11 toises 2 pieds tenait « d’un côté au terrain provenant de Mie Astier, d'autre côté tant à la seconde place ci-après qu’à une autre réservée par les s' et dame Leduc (aujourd’hui hôtel Chaudon), et par derrière au mur du jardin de M. Crozat ». L'autre, moins importante, cinq toises seulement, joignait « d'un côté la premiére place, d'autre côté les s' et d° Leduc, et par devant la rue Neuve-des-Petits-Champs ».
Et cette double acquisition réalisée, Pierre Maron, les 10 et 13 mai 1726, passait déclaration de command au profit de Castanier, « bourgeois de Paris », demeurant rue Saint-Honoré. La troisième parcelle ne sera acquise que plus tard.
Une fois en po s parcelles, François Castanier qui voulait avoir un hôtel fastueux digne de sa personnalité — il fut de 1720 à 1759 un des directeurs de la Compagnie des Indes — ne pouvait mieux faire que de s'adresser à l'architecte même de l'hôtel Desvieux, Michel Tannevot. « Les dedans (de l'hôtel), dit Blondel, se ressentent de la perfection que cet habile homme sait donner à ses distributions ? ». Mais François Castanier se trouvait trop à l’étroit et cherchait le moyen d'agrandir cette
ançois
on de ces deux premié
1. Actuellement propriété du Crédit Foncier, 19, place Vendôme. Cf. J. Vacquier, Les Vieux hôtels de Paris, ge série, éd. Conte.
2. Michel Tannevot, à qui le fils du Régent confiera le Pavillon des Bois, au château de Bagnolet, fut reçu à l'Aca de la Chavignerie).
nie d'Architecture en 1717 et mourut en 1762 (Dict. Bellier
demeure déjà somptueuse. C' alors qu’il fit, par échange, l’acquisition de la troisième parcelle.
Cette troisième parcelle avait été venduele 8 décembre 1719 par M. et Mme Leduc à Messire Antoine Crozat, baron de La Fauche, conseiller du Roi et trésorier de ses ordres, surnommé « Crozat le Riche », dont la fille Marie-Anne épousa le comte d’ Évreux, Henri- Louis de la Tour d'Auvergne, le premier propriétaire du Palais de l'Élysée . Crozat, dont le Crédit Foncier devait acquérir également l'hôtel de la place Vendôme, agrandissait ainsi sa propriété de la place Louis-le-Grand, d'une superficie de 763 toises 9 pieds, « tenant du côté du boulevard au S'et De Leduc, du côté de ja rue Saint-
Honoré au sieur Fromaget *, par derrière aux jardins des deux maisons appartenant au sieur Crozat (hôtels Baring et de Schickler) et par devant à la rue de Luxembourg (auj. rue Cambon) ». La vente était faite au prix-de 112.638 livres 15 sols. En outre, par contrat passé devant M° Dutartre le 18 mars 1723, Antoine
Crozat acquérait des 15.000 livres, une place de 239 toises sur la rue de Luxembourg. Le 27 septembre 1741, devant M° Desmeures, Marie-Marguerite Le Gendre, veuve d'Antoine Crozat, et ses enfants : — Louis-François, marquis du Châtel, maréchal de camp, et
consorts Leduc, pour une somme de
Marie-Thérèse-Catherine Goufher, son épouse; sident honoraire du
— Joseph-Antoine, seigneur de Tugny, p ’arlement de Paris;
— Louis, chevalier, baron de Thiers cédaient par échange à François Castanier la troisième parcelle ainsi constituée et sur laquelle Crozat le Riche avait fait édifier des bâtiments « pour écuries, remises, logements d'officiers et dom tiques, et greniers à fourrages. » Castanier cédait, par contre-partie 1° le terrain qui avait été vendu par Leduc à Vincent Fromaget, co-directeur de la Ci* des Indes, le 31 août 1719, et dont Castanier
s'était rendu acquéreur, « par décision des Commissaires généraux », e 3 décembre 1740.
2° le terrain vendu par Leduc à Jean-Baptiste-Martin Dartaguiette d'Yron, conseiller du Roi, le 31 août 1719 et revendu à Castanier e 23 septembre 1741.
3° une partie du terrain vendu directement par Leduc à Castanier.
Voici donc le directeur de la Ci: des Indes propriétaire de la troime parcelle. Il en profite pour faire, à sa demeure, peu avant 4, d'importantes augmentations, toujours sur les dessins et sous la conduite de Tannevot. Au rez-de-chaussée, le cabinet devient salle à manger, et la bibliothèque, qui lui fait suite, est aménagée en salon. Pour orner cette dernière piè mande à Louis-Joseph Le Lorrain un plafond peint, qui existe encore et représenterait, d’après Champeaux, Les Eléments et les Saisons. Malgré la concordance d'années, le sujet ne paraît guère s’apparenter avec l’esquisse exposée au salon de 1753, sous le n° 167:
, Castanier com-
les Gräces qui enchainent F Amour, et devait être, suivant le livret,
« exécutée en plafond. » Mais il peut être curieux de rechercher, à ce propos, les jugements de quelques contemporains sur l'œuvre
décorative de cet artiste :
M. Le Lorr:
public espère le plus; il confirme a
in est aussi l’un des jeun
s peintres de l’Académie dont le antageusement son attente par les deux esquisses que l’on voit de lui au sallon, et qui sont marqué:
tableau
du n° 167. Le premier représente le Roi, sous la figure d’Apollon, qui accorde
sa protection à la Peinture et à la Sculpture. Le second doit être exécuté en
plafonds et représente les Grâces qui enchainent l'Amour. On voit dans l’un
et dans l’autre des essais d’un génie heureux et facile. Il vient de peindre dans la maison de M. de la Boüexière deux plafonds où il a joint toute l’habi
bi-
leté de son art, un goût qui ne s’acquiert pas par le travail, et que la Nature ne donne qu'à ceux qu'elle favorise. Il est heureux d’avoir trouvé une
pareille occasion de faire connaître son talent 5.
L au marquis de V..., en trouvent « l'exécution un peu froide et sans beaucoup
Jugements d'un amateur sur le même salon, lettre