FOI OU IER-TIN VILLE
Tu n'étais pas représentantdel'humanité,maisdela patrie.
PHILIPPE AUX
Ma patrie, c'est l'humanité (b).
LE PRÉSIDENT
Ceux qui excitent votre pitié, les royalistes écrasés par Rossignol, respectaient-ils l'humanité ?
PHILIPPEAUX
Rien n'excuse le crime.
loi QUIER-TINVILLE.
La victoire (c) .
PHILIPPE VI \
Accusateur, je t'accuse. *
CAMILLE
Je dénonce au peuple ces paroles infâmes.
(a) David. — C'est un Vendéen !
(o) Quel<|u< « )>r;i\os cl beaucoup de protestations.
C) David. — Bravo, Fouquier !
— Oui, oui. bravo !
FOI QUIER-TINVILLE, haussant les épaules.
Que le peuple juge !
peuple esl partagé; il a applaudi Fouquier et cause bruyamment.
DANTON, bas à Desmoulins.
Tais-toi, animal! tu jettes des pierres dans mon jardin.
< \ MILLE, étonné.
Comment ?
J'en ai dit bien d'autres !
LE PRÉSIDENT, à Westermann (a).
Accusé, levez-vous.
WESTERMANN
C'est à moi ? Tonnerre ! en avant !
LE PRJÉSIDEN F.
"\ otre nom ?
\\ ESTERAI \\\.
Tu le sais bien.
LE PRÉSIDENT
Votre nom !
w i -i i :i;\iaw . haussant les épaules. Faiseurs d'embarras !... Demande-le au peuple.
LE PRÉSIDES l .
Vous êtes François-Joseph Westermann, originaire d' Aigénéral de brigade. Voua ;i\<iz quarante-trois ans. 3us i|ni deviez être L'épée du complot. Danton vous a lait revenir à Paris pour commander [es troupes de la contre-révolution. Vous avez commis des atrocités dans votre armée. \ ous avea été cause de la défaite de Chàtillon.
rméei. — Westermaim... Westermann.
D'accord avec Philippcaux, vous avez tâché d'abattre les patriotes que vous aviez la charge de défendre. — Vos antécédents sont d'ailleurs déplorables. \ous avez eu trois accusations de vol.
WESTERMAW.
Tu mens, cochon ! (a).
LE PRÉSIDENT
Je vais vous faire reconduire en prison pour insultes à la justice, et juger sans vous entendre.
V\ ESTE RM A NX.
A quinze ans, j'étais soldat. Le 10 août, j'ai commandé le peuple à la prise des Tuileries. J'ai combattu à Jemmapes. Dumouriez m'a abandonné en Hollande, au milieu des ennemis ; j'ai ramené ma légion à Anvers. Ensuite j'ai été en Vendée; j'ai donné de la tablature aux brigands de Charette et de Gathelineau. Savenay, Ancenis, le Mans sont gras de leurs charognes. Les jean-foutres m'accusent d'avoir été cruel ? Ils ne disent pas assez: j'ai été féroce pour les lâches. Veut-on des preuves contre moi ? En voici : à Pontorson, j'ai fait charger par ma cavalerie mes soldats qui fuyaient. A Chàtillon, j'ai fendu la figure à coups de sabre à un officier couard. J'aurais fait brûler mon armée, s'il l'avait fallu, pour la victoire... J'ai pillé, dis-tu? En quoi cela te regarde-t-il ? Vous êtes des imbéciles. J'ai fait mon métier de soldat ; je ne suis pas un commerçant. Mon devoir est de défendre la terre de la patrie, par tous les moyens : je l'ai rempli pendant trente ans, sans ménager ma sueur ni mon sang. J'ai reçu sept blessures, toutes par devant ; je n'en ai qu'une par derrière : mon acte d'accusation (b .
LE PRÉSIDENT
Vous avez plusieurs fois, devant témoins, proféré des
LE PEUPLE
(à) Ri»B.
(o) Rires et hravos.
DANTON 2o9
paroles insultantes contrôla Convention. Vous avez menace de faire tomber le palais sur le dos des représentants.
W ESTERMANN.
C'est vrai. Je liais cette racaille soupçonneuse et bavarde, qui entrave toute action par sa niaiserie jalouse. J'ai dit (pie la Convention avait besoin d'un coup de balai et que je me chargeais d'enlever le fumier (a).
l'OI QUIER-TINVILLE.
Tu reconnais la conspiration ?
WESTERN \n\.
Que parles-tu de conspiration? J'ai pensé seul. J'ai agi
seul. Je ne suis l'ami d'aucun de ceux qui sont ici. J'ai
causé quelquefois avec Danton, j'estime son énergie ; mais
! aussi un avocat, et je n'ai pas confiance dans les avo-
Prance ne peut rire sauvée par des discours, mais
par des salues (b).
LE PRÉSIDENT
suffit. L'affaire est claire.
\\ ESTERMANN.
Guillotinez-moi '. La guillotine aussi est un coup de sabre. e demande qu'une chose: qu'on me couche sur le dos ; i\ faire lace au couteau (c).
lier <'t Billaud-Varenne entrent. Fouquier se lève et va leur er la main. Humeur dans la Joule (d).
BILLA1 Ij-v PRENNE, i mi-voix.
•rats, nous les tenons !
iiii'ii.
' '!•■ homiIpi' ins com-
mencent par applaudir, pu, fort que le» ..
.'ihitinu. < )u Moi <|ii.- la foule a dfl la ! attend pour prendre parti One initiative qui | pas.
(d) Clameur. — A.hJ la répOIlM | la répODSe I la répoii-r de la. ■ tiv.'iitiori !...
VADIER, à mi-voix, à Fouquier.
Voici de quoi vous mettre à votre aise.
FOUQUIER, de même.
Nous en avions besoin.
Agitation, — puis profond silence. Fouquier lit, debout, — les deux Conventionnels debout auprès de lui.
FOUQUIER, lisant.
(( La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses Comités de Salut public et de Sûreté générale, décrète que le Tribunal révolutionnaire Continuera l'instruction relative à la conjuration de Danton et autres (a), que le président emploiera tous les moyens que la loi lui donne afin de faire respecter son autorité et de réprimer toute tentative des accusés pour troubler la tranquillité publique et entraver la marche de la justice, — décrète que tout prévenu de conspiration, qui résistera ou insultera la justice nationale, sera mis hors des débats sur le champ (6). »
Stupeur. Puis brusquement la foule parle fort, avec animation, et les accusés, d'abord atterrés, éclatent.
CAMILLE
Infamie ! on nous étouffe (c) !
PRTLIPPEUV.
Ce ne sont pas des juges, ce sont des bouchers.
DANTON, à Fouquier.
Tu n'as pas tout lu. Il y a encore autre chose. La réponse ! La réponse à notre demande(rf) !
LE PRÉSIDENT
Silence !
LE PEUPLE, (fl) Agitation profonde et muette.
(6) Mouvement. La foule chuchote. Puis, crescendo rapide. — Vh ! bien, c'est fort ! — Conversations bruyantes.
(c) Agitation. — Oui ! Oui !
(d) Oui ! Oui ! La réponse !
FOI ni 1ER (a).
La Convention donne communication de la lettre suivante, que les Comités ont reçue de L'administration de la police, afin que le tribunal voie quel péril menace la Liberté (6).
' « Commune de Paris (V).
us, administrateurs du département de police, sur une lettre à nous écrite par le concierge de la maison d'arrêt du Luxembourg, nous nous sommes à l'instant transporte- en ladite maison d'arrêt, et nous avons fait comparaître devant nous le citoyen Latlotte, ci-devant ministre de la République à Florence, détenu en ladite maison depuis environ six jours ; lequel nousa déclaré qu'hier, entre t >"'pt heures du soir, étant dans la chambre du citoyen rai Arthur Dillon, ledit Dillon, après l'avoir tiré à t, lui dit qu'il fallait résister à l'oppression, que les hommes de tête et de cœur détenus au Luxembourg et aux autres maisons d'arrêt devaient se réunir; que la femme de nouKns niellait à sa disposition mille écus, à l'effet de pouvoir ameuter du inonde autour du tribunal révolutionn.ure... ((/) »
CAMILLE, bon de lui.
I.' - misérables! non contents de m'assassiner, ils veulent issiner ma femme! — Il s'arrache les chereux.
DANTON, montrant te poing à Fouquier.
ils ont inventé ce complot pour non- perd r
Rumeur <Im peuple.
.ne, pendant le resUî
FOUQUIER, continuant à lire, dominant le bruit, réussissante reprendre l'intérêt de la foule.
«... Laflotte se décida à feindre de partager leurs idées pour mieux connaître leur plan. Dillon, s'imaginant l'avoir associé à son infâme complot, lui détailla les différents projets. Laflotte se met à la disposition du Comité de Salut public pour lui en révéler les détails... »
L'agitation de la foule couvre sa voix.
CAMILLE, comme fou.
Monstres ! Cannibales ! Il froisse les papiers qu'il tient à la main, et les jette à la tète de Fouquier. — Au peuple : A. 1 aide . au SC-
cours(a) !
DANTON, tonitruant,
Lâches meurtriers, pendant que vous y êtes, faites-nous lier sur ce banc, prenez un couteau et saignez-nous (6) !
PIIILIPPEAUX.
Tyrannie !
Peuple, ils nous tuent, ils t'égorgent avec nous ! On assassine Danton ! Paris, lève-toi ! lève-toi (r) !
WESTERM VNN.
Aux armes (cf) !
Immense grondement au dedans et au dehors.
LE PEUPLE, (o) Clameurs.
(6) Le peuple, ému, intéressé, jubile et applaudit. — U s étrangle I il
écume ! C'est magnifique ! Quelle voix il a !... Bravo !
(c) Deux voix au fond, puis tous répètent : 1 vraMlie I"
(d) Lepeuple tout entier. — rit» arm
Le tumulte couvre les voix. A peine entend-on les hurlements de Danton, au milieu de ce But Vadier, que les gendarmes et la table du prési-
dent séparent de lui. Il lui montre Le poing. La foule luic Vadier, qui, le dos courbé, la tempête, et regarde, du coin de l'œil, avec une indiffé-
rence ironique et méchante.
FOI QUIER, paie, ému, — aux doux Conventionnels.
Que faire? D'un moment à l'autre. la foule va se ruer.
BILLAl I).
s brigands!... Hanriot, fais évacuer la salle.
YADIER.
Ce serait le signal de la lutte, et qui sait si nous serions les plus forts ?
FOI QUIER, qui vient de regarder par la fenêtre.
La foule est ameutée sur le quai. Elle peut forcer les
Peuple, nous pouvons tout, nous avons triomphé des rois, âcs armées de l'Europe. Au combat! Écrasons les tyrans!
VADIER, à Fouquier.
La première chose de toutes: fais-les rentrer en prison ; i L'ombre ee gueulard.
Dav|i>\. montrant le poing à Yadier.
Lâches assassins! ils nous suivront jusqu'à la i... Yadier! Yadier! chien! \iens ici! Puisque c'est une lutte de cannibales, qu'ils viennent au moins me disputer ma \i<- à coups de poing !
\ LDIER, à Fouquier,
Accusateur, exécute le décret (a).
i 01 '.'i il !;- 1 INI un: (//).
L'effroyable indécence avec laquelle les accusés se défendent. Les insultes, les menaces qu'ils ont l'impudence de mtre !•' tribunal, doivent Le déterminer à
• Lanterni
(y) Le tumalte •'•paiee, quand le président frappe sur la ia!il<-.
prendre des mesures proportionnées à la gravité des circonstances. En conséquence, je requiers que les questions seront posées et le jugement prononcé en l'absence des accusés Ça).
LE PRÉSIDENT
Le tribunal va en délibérer. Faites rasseoir les accusés.
DANTON semble ne pas avoir compris, suffoque, pousse un hurlement de bête.
VMMER, à mi-voix.
Crie, mon bonhomme, crie ! tu es dans le sac.
HERAULT, se levant et êpoussetant son habit.
C'est fini.
DANTON se laisse ramener à son banc par les gendarmes, et s'affaisse atterré.
r Outu .... Au paroxysme de la violence, se contenant brusquement, Paix, Danton, paix ! Les destins sont accomplis.
CAMILLE, criant.
Je suis l'ami de Robespierre! Je ne puis être condamné...
WESTERMANN, à Danton.
Empêche donc ce bougre de se déshonorer.
DANTON, consterné.
Ils sont fous. Pauvre pays, que va-t-il devenir, privé d'une tête comme celle-ci ?
Hérault, à Desmoulins.
Allons, mon ami, montrons que nous savons mourir.
Nous avons assez vécu pour nous endormir dans le sein de la gloire; que l'on nous conduise à l'échafôud 1
LE PEUIM.E.
(o) Stupeur el agitation muette
pie continue <le s'agiter ensuite et de parler, pendant tout le reste1 de la Bcène, — en proie à ude seule de fièvre.
CAMILLE
0 ma femme ! ô mon fils ! je ne vous reverrais plus!... non. cela ne se peut. Mes amis, mes amis, au secours !
LE PRÉSIDENT
Faites retirer les accusés.
Reste donc tranquille, et laisse cette vile canaille.
HKItAULT, comme s'il avait hâte d'en finir, va vers Fabre, sans-
attendre les gendarmes, qui font lever les accusés. Donne-moi le bras, mon ami : voici la fin de tes maux.
FABRE d'ÉGLANTINE.
Nous aurons eu un beau spectacle avant de mourir.
Eh bien, Fabre, sans te faire tort, voilà une pièce qui enfonce les tiennes!