‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 113 sur 151 · W I ON · texte numérisé non relu

W I ON

La Révolution ne peut vivre sans nos deux têtes. Je n'aurais pu me défendre qu'en l'égorgeant. J'aime mieux la Révolution que moi.

WesUrmann <ort.

PHILIPPE U \

Viens, Danton, il est consolant de mourircomme on a vécu.

J'ai commis tous les crimes pour la Liberté. J'ai endossé toutes 1rs tâches redoutables que fuyait l'hypocrisie des autres. J'ai tout sacrifié à la Révolution, et je vois bien à présenl que c'est en vain. Cette garce m'a trompé ; elle me sacrifie aujourd'hui; elle sacrifiera Robespierre demain ; elle cédera au premier aventurier qui entrera dans son lit. — N'importe ! je ne regrette rien ; je l'aime, je suis content de m'ètre déshonoré pouf elle. Je plains les pauvres bougres qui n'auront point frotté leur peau à celle de la Liberté. Quand on a une fois baisé la gueuse divine, on peut mourir : on a vécu.

11 Borl avec Philippeaux.

1 n k-i iw [LUE.

J'invite le jur) à déclarer s'il est suffisamment instruit.

LE PRÉSIDENT

Lejur) se retire pour en délibérer.

I jury sort.

m. il dispo i dehors, on

1 la \ui\ Mi- Danton, rations du peuple. — Le

publi u «lu tribunal vont

i «jiii son! dans la Balle répètent lea paroles

<lu dehors, d'abord > mi-voix, puis plus fort, (a)

- Les voilé qui sortent !

roir. — Noyons,

FOUQUIER

L'émeute commence. Nous allons être écharpés.

VADIER

Empêchons que ces cris influent sur l'esprit du jury. Allons les éclairer.

Ils sortent. La foule proteste contre Yadier et Fouquier, qui entrent dans la chambre du jury (a).

LE PRÉSIDENT, épouvanté.

Citoyens... la sainteté du tribunal... le respect de la justice...

Le tumulte couvre sa voix (6).

LE PRÉSIDENT

Nous sommes débordés. Ils vont tout massacrer.

Il recule vers la sortie, la main sur le bouton de la porte. La foule, furieuse, brise les bancs et envahit le tribunal, en vociférant des menaces de mort (c).

LE PEUPLE

Le clerc. — Desmoulins hurle et se débat. Une fille. — Pauvre diable! il est fou ; ses habits sont déchirés ; il a la poitrine nue.

Le clerc. — Danton parle.

Le PEUPLE. — Ecoutez ! Voix de Danton, au dehors.

Le peuple, au dehors. — Vive Danton ! Fouquier à la lanterne!

Le PEUPLE, au dedans, répétant les cris du dehors. — Vive Danton » à mort Fouquier !

(a) La partie du public qui est éloignée de la fenêtre. — Ah . non, pas

de ça, Vadier ! Yadier! ça n'est pas juste ! ça n'est pas de la justice !

LiES AUTRES, près de la fenêtre, continuant de regarder:

Le clerc. — On court après la voiture. On agite les chapeaux.

La foule. — Ah ! Ah !

l-i clerc. — Voilà un gendarme jeté à bas de son cheval!

La foule. — Bravo! Il ne faut pas qu'ils les condamnent!... Les autres, s'ils veulent, mais pas Danton! Danton en liberté! Danton en liberté! — Tumulte asasourdiwant, au dedans et au dehors.

(6) Danton ! nous voulons Danton !

(c) Danton !... Le Comité assassine les patriotes ! .Mort au Comit»' !

SAINT-JUST entr peuple m tait brusquement, intimidé. — Saint-Just regarde la foule, froidement, durement, en face. Elle recule. Silence glacial de quelques secondes. l'ui> des murmures s'élèvent de nouveau, mais moins violents (6).

VADIEB est rentré à la suite de Saint-Just et profite de l'accalmie

d'un instant.

Citovens, la Commission des subsistances et approvisionnements delà République...

La foule fait taire ceux qui parlent (<■). VAD1I.R. continuant.

...porte à la connaissance du public l'arrivage ce soir d'un convoi de farine et de bois au port de Bercy.

Une grande clameur s'élève (il). Débandade générale. La foule se île et se bat pour sortir. Un petit nombre seulement de curieux obstinés restent jusqu'à la fin du procès.

VADIER, regardant la foule, d'un air gouailleur.

Le* cœur est bon. mais l'estomac meilleur.

Le jury rentre. La monotonie des questions du président se perd dans les cris de la foule qui -ort. Graduellement, le bruit it au dehors, et la voix d'Herman se fait entendre plus nette. atence esl prononcée dans un silence de mort.

LE PRÉSIDENT, aux jurés.

yens jurés, — il a existé une conspiration tendant à diffamer el avilir la représentation nationale, à rétablir la

LE IM tel l

Saint-Just... Saint-Just... — Ift» firémtMement ptrconrt la foule*

' , .'.m .mi liberté : » s'inler-

1 si i ' mmi Danton lil.n-, SaintnJusi !

Pi I " de Danton .' — Murmures.

1 — \|>t - moi, donc !

— Eh bien, et moi? — Tu attendras! — Au diable] — Vite ! — attends, je veui voir la fin.

- Allons donc. •ment, et laissons-les crier. Paa à pas, on va bien loin.

monarchie et à détruire par la corruption le gouvernement républicain. — Georges-Jacques Danton, avocat, député de la Convention nationale, a-t-il trempé dans cette conspiration?

LE CHEF DU JURY

Oui.

LE PRÉSIDENT

Lucie-Simplice-Camille Desmoulins, avocat, député à la Convention, a-t-il trempé dans cette conspiration?

LE CHEF DU JURY

Oui.

LE PRÉSIDENT

Marie- Jean Hérault-Séchelles, avocat général, député à la Convention, a-t-il trempé dans cette conspiration ?

LE CHEF DU JURY

Oui.

LE PRÉSIDENT

Philippe-François-Nazaire Fabre, dit d'Églantine, député à la Convention, a-t-il trempé dans cette conspiration?

LE CHEF DU JURY

Oui.

LE PRÉSIDENT

Pierre-Nicolas Philippeaux, ci-devant juge, député à la Convention, a-t-il trempé dans cette conspiration?

LE CHEF DU JURY

Oui.

LE PRÉSIDENT

François-Joseph Westermann, général de brigade, a-t-il trempé dans cette conspiration ?

LE CHEF DL JURY

Oui.

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