‹ Le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique dans les CévennesChapitre 4 sur 12 · A LA NOBLE TERRE DES ESPAGNES · texte numérisé non relu

A LA NOBLE TERRE DES ESPAGNES

sœur latine de la France si hospitalière aux Félibres

est dédié ce modeste opuscule

■tfr L y il jusle quatre siùclcri, une rumeur immense, a^morvcillcuso, iiiatloiiilue, faisait tressaillir d'aJIégrcsso til t!(; ravisscmc'iit los peuples d'Occident. Ainsi s'oxpfimcle Marquis de Graiigcs dcSurgéres, l'émincut et sympathique Président du Comité breton du Quatrième Centenaire de la ddcoiwerle de l'Améiique, dans SOii magnillque rnpporl sur les Iraviiux et opérations de ce Comité qui a si dignement fêlé Christophe Colomb: un dé.sliéri(é recueilli par les Franciscains du couvent de la lîàbida devenani, du jour au lendemain, le liévélateur Irioinphant et prestigieux du Nouveau-Monde!

L'Kspagnc de Marie-Christine s'est souvenue de l'Espagne d'Isabelle la Catholiiiue; elle a fraternellement convié tous les peuples da nouvea'.i comme de l'ancien continent, et en particulier ses sœurs latines, à s'associer à la manifestation vraiment mondiale qu'a vue l'année 1802, à cette imposante glorilication de l'immortel Découvreur,

La France a pensé qu'elle ne pouvait rester indifférente au tribut de reconnaissance apporté à la mémoire de Ci'istobal Colon; elle a jugé, comme le disait le Vicomte de Poti, président du Comité des Français décorés d'Ordres Espagnols, que la gloire infinie de l'homme qui a fait la terre une fois plus grande ne pouvait être l'apanage exclusif d'une seule nation, si magnanime que fut son cœur, si splendide même que fut son histoire : cette gloire appartient à PHumanité.

Aussi, avec la haute protection de S. Exe. le Duc de Mandas, qui représentait si dignement dans notre pays Sa Majesté Catholique, et sous l'active impulsion de M. le Marquis de Croizier, l'érudit Président de l'Académie Indo-Chinoise de France, qui en devient l'infatigable Délégué général, se crée à Paris un Comité central français du Quatrième Centenaire: ce Comité central a bientôt établi des Comités départementaux dans toutes les provinces, dans toutes les villes importantes. Les Cévennes ne devaient pas rester eu arrière; leurs populations languedociennes ne pouvaient oublier que de véritables liens avaient uni leurs deslinées à celles des peuples espagnols au moyeu-âge, à cette époque où les seigneurs de Moutpellier, comtes de Barcelone et rois d'Aragon, pouvaient affirmer qu'il n'y avait pas de

Ici n'est pas le lieu de faire l'histoire de cette noble race méridionale. Il nous suffira d'esquisser à grands traits les traditions communes aux Catalans et aux Languedociens qui, aujourd'hui encore, parlent le même langage, cette vieille langue des Troubadours.

Il y a vingt ans, le savant historien du « Conquistador », Jacme ï", roi d'Aragon — que nos voisins de la

Péninsule comptent au nombre des héros de l'Espagne, mais dont les Français du Midi peuvent, à juste litre, revendiquer une partie de la renommée — M. le baron Ch. de Tourtoulon, s'exprimait ainsi : « D'un coté comme de l'autre des Pyrénées, les lils de deux grandes et nobles nations, tout en restant attachés à leur nouvelle famille politique, doivent se rappeler qu'ils sont unis dans le passé par la double parenté du sang et de la gloire. »

On ne saurait mieux direl

C'est qu'au XIII'"*' siècle il y avait réellement ce que l'on a pu appeler depuis une nationalitc mcridionale, qui s'étendait sur toute la Gotliie et sur cette partie de la Septimanie que l'on nommait Espagne citérieure.

Le lils du duc de Toulouse^ Saint-Guilhem, (l'illustre fondateur de l'abbaye de Gellono), Bernhart, duc de Septimanie, marquis de Gothie et comte de Harcelone, devint, sous Louis-lc-Débonnairc, le second dans VEmpif^e,

Le titre de marquis de Gothie fut, successivement ou concuremment, porté par les comtes d'Auvergne, de Rouergue et de Toulouse, et resta à ces derniers qui, dès lors, se qualifièrent ducs de Narbonne.

Le Père Le Laboureur, dans son histoire généalogique manuscrite de la maison d'Anduze, s'est efforcé d'établir que le chef de cette race souveraine est descendu du même Saint-Guilhem.

De son côté, le maniuis d'Aubais a essayé de remonter la généalogie de la famille de Pelet, à laquelle appartiennent les anciens seigneurs d'Alais, jusqu'à Guillaume au court nez, comte de Toulouse et vicomte de Narbonne, fils d'Aimeri ^^ vicomte de Narbonne,

par la donation que lui fit Charlemagne, et petit-fils d'Arnaud Baulaade, lieuteaant-général de Roderic, roi des Gotlis.

Wifred I, le Velu, que l'on considère comme l'auteur certain de la maison de Barcelone, épouse Winidilde que l'on dit fille d'un grand seigneur français.

Sa petite fille Richilde, lille de Borrel I", est mariée à Odon, vicomte de fs'arbonne. Borrel II épouse: 1" Ledgardé, lille de Raymond-Pons, comte de Toulouse, duc d'Aquitaine, prince de Gothie ; 2° Aimeruds, sœur de celte dernière. Borrel, dans ses luttes contre les Sarrazins, est soutenu par Raymond II, comte de Rouergue, cousin du comte de Toulouse, et par plua^urs autres seigneurs du Midi de la France.

Ramon-Borrcl épouse Ermessinde, fille de Roger I", comte de Carcassanne et de Couserans.

Bérenguer-Ramon I", le Courbé, se maria: i" à Sancia, fille de Sanche Guillaume, duc de Gascogne ; 2' à Guisle, fille de Gau?fred, comte de Roussillôn.

Ramon-Bérenguer, le Vieux, épousa d'abord Isabelle, fille de Raymond Bernard Trencavel, vicomte de Nimes, puis Atmodis de la Marche, successivement répudiée par Hugues de Lusignan et par Pons, comte de Toulouse, li est appelé le premier législateur de l'Espagne à cause des « usages de Barcelone » promulgués en 1068. « Nous trouvons là. nous dit te savant historien de Jacme 1", les premières traces de ce système représentatif et parlementaire qui, durant tout le moyen-âge, fut la sauvegarde des libertés publiques dans les pays méridionaux. »

Ramon-Bérenguer, ièle d'éloupe, épousa Mathilde, fille de Robert Guiscard, le conquérant de la Sicile.

Ramon-Bérenguer III, le Grand, par la grâce de

Dieu, marquis de Barcelone et des Espagnes, comte de Besalu et de Provence, épouse Doulce, fille de Gilbert, vicomte de Millau, du Gévaudan, etc., et de Gerberge, comtesse de Provence. Par son traité de 1125 avec Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, il obtint le pays compris entre la mer et la Durance, quelques châteaux situés au nord de cette rivière et la moitié de la ville d'Avignon; il avait soumis à son autorité le vicomte de Carcassonne.

Il lit de grandes con.iuùtes sur les Maures; dans l'expédition des îles Baléares où, pour la première fois, parut la marine catalane, se signala Guilhem VI, seigneur de Montpellier.

A la mort d'Alfonse le Batailleur, son frère, le moine Ramire, fut élu roi d'Aragon et contraint de se marier: de son mariage avec Agnès de Poitiers, qu'il avait épousée par dispense du Saint-Siège, il eut une lîile, Pctronille: celle-ci, à l'âge de deux ans, est fiancée au beau-frère du roi de Castille, Ramon-Bérenguer IV, en faveur duquel abdiqua son beau -père.

Le nouveau prince concourt avec sa marine à l'expédition faite par le roi de Castille en Andalousie et à la prise d'Almeria (1147). Guilhem VI, seigneur de Montpellier, qui s'y distingua, se mit en possession du lief de Tortose, déjà concédé à son père.

Alfonse (I"" de Barcelone et II d'Aragon) devient mai- Ire de la l^rovence après la mort de son cousin Ramon- Bérenguer, comte de Provence.

Pierre II, le Catholique^ marie ses sœurs aux deux comtes de Toulouse, Raymond VI et Raymond VII, qu'il soutient dans leur guerre contre Montfort. Mais la

défaite de Muret porta à la nationalité méridionale un coup terrible dont elle ne devait pas se relever.

Le fils cadet d'Alfonse avait eu la Provence, des possessions dans les comtés de Millau, de Rodez, de Gévaadan, et la suzeraineté de Montpellier.

Jacme I", le Conquistador, naquit à Montpellier; par son pore il se rattachait aux empereurs d'Allemagne et aux principaux seigneurs du Midi de la France; par sa mère, il appartenait à la noble race des Ouilhem de MonLpellïer, alliés des ducs capétiens de Bourgogne et de la maison impériale des Comnène. Reconnaissant son impuissance à sauver la nationalilé du Midi, tuée par le défaut d'entente de ses chefs naturels encore plus que par les armes de MonlforL, il renonça, par le traité de Corbeil (1258), à ses droits sur le Sud de la France.

Jacme I" de Mayorque, dit le bon roi, né lui aussi à Montpellier, second tils du conquérant, roi de Mayorque, eut le Roussillon et la Cerdagne, qui restèrent catalans jusqu'en 1642, et le fief de Montpellier, dont son neveu Philippe le Bel, roi de France, fils de sa sœur Isabelle d'Aragon, devint bientôt seigneur suzerain par suite d'un échange fait avec l'évéque de Magueloue.

Son fils Jacme II, harcelé par Pierre IV le Cérémonieux, roi d'Aragon, et à bout de ressources, vend sa seigneurie de Montpellterà Philippe de Valois et se fait tuer par les soldats de son cruel parent (1349).

Malgré les tentatives héroïques de Jacme III, roi de Mayorque, et d'Isabelle, épouse de Jean Patéologue, marquis de Montferrat, le prince nragonais conserva les Baléares. Isabelle céda ses droits à Louis, duc d'Anjou; elle reçut, en compensation, la possession'viagère de la baronnie de Lunel, et obtint en 1395, de

Chîirlos V, une somme d'argent et une rente, pour lui tenir lieu de la partie de la ville de Montpellier, dite la Baronnie, dont Philippe de Valois s'était indûment emparé ; mais elle dut, en échange, renoncer à toutes ses prétentions.

La maison de Catalogne-Aragon avait donc dominé à Montpellier pendant près d'un siècle et demi.

La branche aînée d'Aragon ne devait pas tarder à s'éteindre avec Martin P' (1410), et l'on sait comment, au château de Caspe, l'infant Don Fernand de Castille, petit-fils par sa mère de Pierre IV, devint roi d'Aragon et prépara l'unilication espagnoles, tandis (jue les rois de France poursuivaient l'achèvement de l'union française.

Par une série de tableaux généalogi([ues, qui font suite à son histoire de Jacme T', M. de Tourtoulon a établi que toutes les familles souveraines d'Europe descendent de ce prince. Nous n'insisterons que sur ceux relatifs aux Hourbons de France et aux Bourbons d'Espagne: la jonction se fait par Philippe le Hardi, roi de France, époux d'Isabelle d'Aragon, fille de Jacme P'.

Le généalogiste de la vieille maison languedocienne de Pierre de Pernis a établi que cette famille se rattache à Philippe le Bel par Louis de Ptohan, époux de Louise de Rieux, et par François de Rieux, époux de Jeanne de Rohan.

On pourrait donner également une longue liste des familles languedociennes qui, comme les Bernis, descendent de Philippe le Bel et, par suite, de Jacme: telles sont celles de Blou-Laval, de Xarbonne-Pelet, du Puy- Montbrun ; celles d'Albert de Luynes, de Rochechouart- Mortemart, de Crussol d'Uzès, etc.

Nous ne devons pas oublier que si, au bout de cinq

cents ans, la Catalogne et l'Occitanie sesont retrouvées sœurs, comme au temps des seigneurs de Montpellier, comme au temps des anciens comtes de Provence, ellps le doivent à ces restaurateurs des lettres uéo-romanea, à ces descendants des troubadours, à ces fidèles de la terre et de la langue d'oc, aux Félibres, enfin.

L'idée méridionale qui, pour la première fois, se faisait jour aux fêtes provençales de Sainte-Anne d'Apt (1862), allait porter ses fruits: elle apparaît dans les œuvres de Mistral dès 1861 avec son Ode aux Catalans; elle s'épanouit dans son Chant de la Coupe et ses œuvres postérieures.

C'était en 1868; pour les remercier des magnifiques fêtes données à Barcelone par les écrivains catalans en riionneur des poètes méridionaux de France, ceux-ci convièrent leurs frères d'outre-Pyrénées aux belles félibrées de Saint-Rémy, celte ville qui, comme Milhaud, près Nimes, comme Aix, Forcalquier, Saint-Maximin et autres cités de Provence et de Languedoc, porte encore te vieil écusson catalan: dor à quatre pats de gueules, qui fut longtemps celui de la Provence. (*)

Mais, hélas! quelque temps après, la politique, cette terrible ennemie qu'on avait si bien mise de côté dans toutes ces fêtes, allait reprendre ses droits et précipiter à deux doigts de leur perte ces grandes et belles nations que l'on nomme Espagne et France. Toutes deux, presqu'à la même époque, ont été durement éprouvées par le malheur. Mais, ici il m'est agréabto de me servir d'une phrase de mon digne confrère, le baron de Tour-

[*) Ch. de Toortoulon; Les Fûtes littéraires internationales de 1868. — Montpellier, 1869.

loulon, aux peuples, comme aux individus demeurés grands et purs dans l'infortune, la Providence réserve des compensations; et, comme sa sœur française, la généreuse terre des Espagnes a vu se lever l'aurore régénératrice qui lui rendra bientôt les hautes destinées dont elle s'est toujours montrée digne.

Du jour où Catalans et Provençaux avaient fraternisé, Vidée latine (comme le dit très bien M. Paul Mariéton, chancelier du Félibrige) était apparue aux Félibrcs; elle s'afflrma en 1874 aux fêtes internf^ionales du Centenaire de Pétrarque, provoquées à la Fontaine de Vaucluse et à Avignon par M. Léon de Herluc-Pérussis, majorai du Félibrige, « lettré de premier ordre », président de « l'Académie des Sonnettistes », dont il faut lire la très élogieuse, mais très impartiale notice biographique dans le livre que je reçois à l'inslant du chevalier Portai (*), mon excellent ami de Palerme. Les quatre langues latines qu'avait cultivées le chantre immortel de Laure célébrèrent son triomphe. La Catalogne nous envoya Tillustre président des jeux floraux de Barcelone, Don Albert de Quintana y Combis, député aux Cortès qui, en 1878, représenta l'Espagne à l'Exposition universelle. L'Italie délégua S. Exe. le Commandeur Nigra, ministre plénipotentiaire, MM. Conti et Minich. Sur le palmarès, à côté du nom de la félibrcsse Roumanille et des félibres Arnavielle, abbé J. Roux, M. Frizet, Langlade, J. Monné, se vit celui du poète catalan, Francesch Malheu y Fornell. Dans la liste des membres du jury nous relevons celui de notre respectable

(*) La Lettcralura proccn^ale nwderna, pa<j:cs 142 et suivantes.

ami, M. de Tourtoulon ('). L'éloquenl Don Albert de Quintana fait en catalan un discours où il salue Mistral qui, pour la gloire de la Provence, est la poétique incarnation du génie de la race latine. M. Conti voit, dans l'emploi simullané de quatre langues (espagnol, italien, provençal et français) t un fait qui n'est pas d'une médiocre importance ». Un an après, aux fêtes de N. D. de Provence, sous l'impulsion de l'infatigable Berluc- Pérussis, une inscription en langue d'oc était placée dans l'église de-Forcalquier pour appeler la protection de la Vierge sur la Provence et sur la race latine. La même année CISTS), au grand concours ouvert à Montpellier par la Société des langues romanes, on voyait présider Mistral, assisté de M. Mila y Fontanals et de Michel Bréal, de l'Institut de France! A l'occasion du prix fondé par M. de Quintana, le Journal des Débats, par la plume de M. Gaston Paris, disait: « Les politiques au jour le jour peuvent sourire de ces faits; les hommes qui mènent le monde ne les dédaignent pas. »

En 1876, lors de la constitution du Félibrige tel qu'il existe actuellement, on vit les écrivains méridionaux voter leur statut sous la présidence de Mi.^tral, assisté de Don Albert de Quintana qui lut sa belle cançô llatina. En 1878, Montpellier vit de solennelles fêtes internationales (fêtes latines); l'inspirateur en fut M. de Quintana, le généreux donateur de la coupe d'argent; l'organisateur, M. le baron de Tourtoulon, fondateur de la Société des langues romanes; le président, Mistral, et te lauréat,

( * ) Cinquième Centenaire de la mort de Pétrarque. — Avignon, Gros. 1874.

Vasile Alecsandri, sénateur roumain, le regretté chantre de la race latine.

Au mois de mai 1882 eurent lieu à Forcalquier et à Gap de magnifiques fêtes latines internationales dont le compte-rendu ( * ), splendidement édité, fut publié grâce à la générosité du promoteur de ces fêtes, M. Charles de Gantelmi d'Ille, mon noble confrère.

Le chevalier Portai, dans son ouvrage précité, rend un hommage éclatant à ce vaillant félibre (**), à ce délicat écrivain en langue française qui, comme MM. de Tourtoulon (***) et de Berluc-Pérussis, s'est dévoué à rendre populaire l'idée latine. Le digne gentilhomme de lettres ne pouvait, en cflet, oublier que noblesse oblige: n'est-il pas le petit-neveu de Plianetto de Gantelmi, dame de Ptomanin, tanto de rimmortellc Laure, et fondatrice dos cours d'amour?

Le concours international entre les sept langues néo-latines fut présidé par le comte de Toulouse-Lautrec, modérateur de l'Académie des Jeux floraux, assisté de MM. de Tourtoulon, Guillibert, etc. On y vit les regrettés Vasile Alecsandri, Ponaparte-Wysc, Ptoumanille. MM. de Herluc-Pérussis; le médiéviste Roque- Ferrier, le Commandeur du Veyrier, représentant les Canadiens français, J.-I^ Gaut, J. Monné, Donnadieu, F. Vidal, V. Lieutaud qui manie le latin comme son provençal (****).

Dans le palmarès se trouvent bien des noms sympa-

(* ) Fûtes latines de Furcdb/nier et Gap. — Gap. Hicliaud. 1883. (**) Portai., loc. cit. pa^vs 97, 217, 218.

(***) PouTAL, loc. cit. pa^-cs 23, m, 135. 231. (****) VoRTAL^ passi/n.

tbiques que nous voudrions pouvoir ciler, tels les lauréats de l'Espagne, de la Suisse romane, de la Roumanie, de l'Italie, du Canada; lels aussi les poètes français, amis des Félibres.

Je ne puis parler ni de l'inauguration du viaduc de Forcalquier ( pont des latins ) dont une pierre rappelle l'union néo-romane, ni de la cour d'amour où l'on vit MM"" de Toulouse, Guillibert, de Barlel, d'Agay, d'Ille, de Villeneuve, MM"" de Tourtoulon, de Bermond-de- Vachères.

Je n'essayerai pas de résumer les discours prononcés à Gap par M. le baron de Tourtoulon v dans lequel s'incarne la diptomalie du monde latin à venir, l'homme de France dont les vastes conceptions ont le mieux saisi l'importance du mouvement qui entraine les unes vers les autres toutes les nations du sud de l'Europe » par M. de Berluc-Pérussis, l'apôtre « des idées décentralisatrices qui ont amené l'épanouissement et le rapide triomphe du Félibrige. » (')

Nous n'avons garde d'oublier les rapports confraternels que, depuis, n'ont cessé d'entretenir les poètes des deux côtés de la chaîne Pyrénéenne: en France, les hommages rendus par les Félibres de Paris et ceux de Montpellier à Don Jacinto Verdaguer, à Don Victor Balaguer et à plusieurs autres illustres poètes catalans ; en Espagne, les belles réceptions failes en 1889 aux félibres languedociens qui prirent part aux grands jeux floraux de Barcelone, que S. M. la Reine Régente daigna présider. De nos jours l'amitié des poètes espa-

(•) Fêtas latines, page 208.

giiols pour nos Félibres ne s'est point démentie: témoin la généreuse souscription des Catalans pour le monument Houmanille. Et, à l'heure où paraîtront ces lignes, le capoulier du Félibrige, M. Félix Gras, représentera les poètes nationaux du midi de la France au Centenaire des Jeux floraux de Barcelone, et assurera les « mantenedors » de Catalogne de l'alTection des Félibres de Provence et de Languedoc leur rappelant, au nom de Mistral, lou counsulat de la mar, ce code maritime qui, au moyen âge, était reconnu par les marins des trois pays.

Si, comme le dit le vénérable historien du grand Découvreur, le comte de Uoselly de Lorgnes, une nébuleuse auréole entoure le berceau de Christophe Colomb, nous avons le droit de nous écrier avec l'immortel Léon XIII, non sans fierté, ni gratitude:

« Columbus noster est! »

Il est notre, parce que la race de Colomb nous appartient par un lien plus personnel et plus intime: le lien généreux de la fraternité des armes.

Dans le VI"'' volume de l'annuaire du Conseil Héraldique, le distingué Président de cette Académie, M. le vicomte de Poli, au cours d'une savante étude sur les Colomb au service de la France, établit que le grand Christoforo Colombo, lui-même, et les Colombo « du pays de Gènes » ont vaillamment servi la France. « Deux siècles durant, ajoute-t-il, de Charles V à Charles IX, on

constate parmi les flls de cette race comme une hérédité de dévouement à notre belle patrie. »

Faut-11 rappeler que, en 1574, lorsque Luc-Antoine Colombo de Cuccaro(Piémonl) fut reçu dans l'ordre de Saint-Maurice, il se déclara originario dei conti di Nemoar délia Borgogna, et qu'une vieille famille bourguignonne de Colomb (Coulon) a provigné jusqu'en Vivarais, à Annonay? Faut-il rappeler l'anoblissement de Gilles Com/o/i (1351) notaire de la reine Jeanne?

Dès 1379 apparaît le connestable arbalestrier Gilles Coulon, Egidio Colombo, o du pays de Gennes », puis, en 1387, on trouve Franciquin Colombo, Franceachino Colombo.

De même, en 1428-1429, on verra toute une légion d'Espagnols au siège d'Orléans, ainsi que l'établit le savant M. Alptionse Couret, président du Comité Orléanais du Quatrième centenaire.

Au XV"" siècle, Colombo, « illmtfe archipirate », sert aussi la France sous le pavillon d'Anjou-Provence; il commande la flotte du bon roi René; son neveu Christophe, ^e mousse, est chef de la flotte de Louis XI. Or, Christophe, celui qu'on devait appeler le Grand fut, pendant un quart de siècle, le compagnon d'armes de ces vaillants marins, ses parents.

il avait bien raison, le Découvreur, de dire : « Je ne suis pas le premier amiral de ma famille. >

Ayant servi la France, it avait donc le drpit de solliciter l'aide du Roi pour sa merveilleuse emprise. Ah 1 pourquoi notre pays, en proie aux dissensions et aux guerres, n'a-l-il pu s'attacher la fortune de l'immortel aventurier?

Do 1405 à 15G8, d'autres Colomb servent encore la France.

Nous ne suivrons pas M. le vicomte de Poli dans les recherches qu'il a faites pour retrouver la descendance française d'Egidio Colombo. Parmi les familles languedociennes et provençales du nom de Colomb (Collomb, Coulomb, Coulon) n'y en aurait-il pas qui puissent revendiquer ce Gilles Coulon pour ancêtre?

Ceci dit, le Comité central de Paris était «n droit de compter sur le concours sympathique des Languedociens et principalement des Cévenols, des Alaisiens et des Anduziens aux fêtes du Quatrième Centenaire.

Ce Concours n'a pas fait défaut, alors surtout que, par une suite malheureuse de circonstances indépendantes, du reste, de la volonté de chacun, ce n'est que tardivement que nos compatriotes ont été mis au courant de l'œuvre entreprise par M. de Croizier et par ses vaillants amis. En effet, celui qui a l'honneur d'écrire ces lignes, acquis d'avance comme félibre à l'entreprise de son éminent collègue du Conseil Héraldique, publiait, moiu proprio, dans le Journal du Midi, un article d'ensemble sur le Comité du Quatrième Centenaire, sur celui des Décorés d'Ordres Espagnols et sur le Congrès des Américanistes.

Cet article ne méritait pas assurément les éloges que, par la plume autorisée du Délégué Général, l'Ambassade d'Espagne voulut bien adresser à son auteur.

Par malheur, au moment même où paraissait Tarticle précité, une ophtalmie grave venait, comme un coup de foudre, condamner l'écrivain à l'inaction et au repos le plus absolu.

Celui-ci avait lieu de croire que son article serait

reproduit, sans distinction de parti, par toute la presse

. du Gard. Il eut le regret d'apprendre qu'il n'en fut rien.

C'est pourquoi, déférant à la prière de M. le Délégué Général qui, pour lui, avait été un ordre, il crut de son devoir, malgré le mauvais état de sa vue, de donner aux journaux d'Alais, d'Uzès et du Vigân des articles sur le Comité du Quatrième Centenaire, dont, par lettre en date du 22 août, le marquis de Croizier avait bien voulu le nommée président pour la région du Gard.

Sauf une ou deux exceptions, sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister, tous les journaux des trois arrondissements se firent un plaisir d'ouvrir leurs colonnes à ces articles. Dès lors, encouragé par l'adhésion de personnes notables, autant par leur situation que par leur valeur scientifique ou littéraire, en particulier par le président d'honneur, M. le baron de Tourtoulon, digne descendant d'une noble et vieille race d'Auvergne qui, d'après les traditions de famille, serait d'origine espagnole (Tortolon), et qui a, autrefois, possédé la baronnie de Lasalle et les flefs de Saint-Jean-du-Gard et de Soucanlon, près d'Alais, il décide de provoquer une réunion préparatoire dans la salle de l'Hôtel-de-Ville, gracieusement mise à la disposition du Comité par M. le Maire d'Alais.

Mais il avait trop compté sur ses forces, la maladie ne lui permit pas de donner suite à son projet, et la réunion ne put avoir lieu.

Cepondaut, les adhérents de la {iremière heure ne l'abandonnèrent pas; ils se réunirent pour prendre les mesures devenues urgentes par l'approche de l'ouverture du Congrès des Américanistes et l'inauguration des Expositions.

D'un autre côté, malgré l'éclectisme qui avait présidé à la formation du Comité central et qui l'ut scrupuleusement mis en pratique par le président du Comité du Gard et ses amis, plusieurs craignaient, — à une époque où, pour son malheur, tant de ([uestions divisent, hélas! notre chère France, — que la politique, soit pure, soit économico-internationale, ne vint annihiler les bonnes volontés et qu'on ne prit au sérieux les entrefilets de journaux qui étaient inditTérents ou même hostiles à l'ceuvre du Comité Français du Quatrième Centenaire.

Il Tut donc décidé qu'on se contenterait d'adresser un hommage tic proToiide sympalhie à cette vaillante Espagne, notre vieille siiMir latine; de respectueuse admiration à cette noble veuve, l'Illustre Heine Hégente, Dona Maria-Crislina (([ue Dieu garde!), la vénérée Mère de Sa xMajesté Catholirjue Alphonse XIII.

L'Ecole félibréenne, la Société littéraire d'Alais et les Membres alaisiens de la Société d'étude des sciences naturelles de Nimes répondirent à cet ap{)cl. Un félibre écrivit un sonnet en langue d'oc, dédié à S. M. la Reine d'Espagne, qu'un poète traduisit en vers français. M. Norbert Doulze voulut bien se charger d'enluminer ces poésies qui, quelques jours plus tard, i)ar les soins de M. de Croizier et de la Junte, étaient remises à leur auguste destination.

A CCS pièces de vers était jointe l'adresse de félicilalions donl le texle suit:

A l'heure où l'univers se joint à la noble Espagne pour célébrer, par des fêtes solennelles et mémorables, le Quatrième Centenaire de la découverte de l'Amérique,

Les membres du Comité régional des Cévennes considèrent comme un devoir et tiennent à grand honneur d'adresser le tribut de leurs félicitations les plus respectueuses et les plus sincères à leurs Très Hautes, Très Puissantes, Très Illustres Majestés, le roi Alphonse XIII et la Reine Régente Dona Maria-Cristina, son Auguste Mère, Très insignes et Très nobles protecteur et protectrice de cet œuvre de pieux et scientifique souvenir et d'immuable reconnaissance.

A ce moment notre pays était représenté à la section française de l'Exposition desBeaux-Arts de Madrid — 11 n'est pas inutile de le rappeler— par le Marquis de Croizier, délégué général du Comité du Quatrième Centenaire, commissaire officiel du gouvernement français.

Dès leur réception, des cireulaires furent adressées à toutes les personnes susceptibles de prendre part au

Congrès des Américanistes. Malheureusement, elles étaient parvenues trop tard ; aussi plusieurs personnes ne purent envoyer leurs souscriptions en temps utile. De ce nombre furent: MM. Coll, le comte de Ramel.

Parmi les adhérents et souscripteurs au Comité des Français décorés d'Ordres Espagnols, il y a lieu de citer: MM. le baron de Tourtoulon, Henri Bourgoing, Louis de Sarran d'AUard.

Celui-ci devait représenter le Comité du Gard aux fêtes d'Huelva, mais sa sanlé ne le lui permit pas.

A la fin du présent mémoire nous donnons la liste des membres du Comité du Quatrième Centenaire ; le Président est heureux de les remercier, ici-môme, de leur concours.

RELEVE DES ARTICLES PUBLIES sur le (Quatrième Centenaire

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