‹ Le quatrième évangileChapitre 368 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

pains et la manne sont les symboles du pain de vie. C'est à ce pain de vie qu'il fallait en venir, et l'on y est arrivé.

Sans nommer Moïse, les Galiléens ont sous-entendu, dans leur raisonnement, que Moïse s'était autorisé par un miracle auprès des enfants d'Israël. Jésus leur répond que ce n'est pas Moïse qui leur a donné le pain du ciel, mais Dieu, et que, de plus, la manne n'est pas le vrai pain du ciel, que le vrai pain céleste est celui que Dieu propose maintenant aux hommes, et dont la manne se trouve avoir été le symbole. Dans le premier membre de phrase : « Ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel », ce pain est encore la manne, ainsi appelée conformément au témoignage de l'Écriture alléguée par les Juifs ; le pain de vie en est distingué, dans le membre suivant, par l'épithète familière à l'auteur : « Mais c'est mon Père qui vous donne le pain du ciel, le vrai K » Supposer que le pain de vie est déjà désigné dans le premier membre, serait substituer une équivoque au symbolisme du discours. D'ailleurs, les deux membres se correspondent dans une antithèse régulière : ce n'est pas Moïse, c'est le Père qui a donné la manne -, et qui donne maintenant le pain de vie. Les Juifs, parlant de la manne, ont dit : « nos pères » ; Jésus, dans sa réponse, met ses interlocuteurs à la place de leurs pères, comme s'ils avaient eux-mêmes profité de la manne. Cette façon d'identifier la nation avec ses ancêtres, et de l'interpeller comme un corps auquel n'appartient pas celui qui parle, est peutêtre plus naturelle sous la plume de l'évangéliste que dans la bouche de Jésus 3.

Le vrai pain du ciel, continue le Sauveur, le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, pour donner la vie au monde. Il est clair, pour le lecteur du quatrième Evangile, que Jésus parle de lui-même. Les auditeurs du Christ, si le discours leur avait été tenu en ces termes, eussent été excusables de ne pas comprendre. Et en effet, ils ne comprennent pas. L'évangéliste leur fait faire sur le pain de vie un contresens analogue à celui que la Samaritaine a fait à propos de l'eau de vie. Ils s'imaginent que Jésus parle d'un pain miraculeux, d'un pain de santé ou d'immortalité, qui soutiendrait indéfi-

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