‹ Le quattrocentoChapitre 81 sur 151 · troinbette svergognate · texte numérisé non relu

troinbette svergognate

Noi v'abbiam si bea tenute ! »

fi. « Berricuocoli, donne, e confortini !

Se ne voleté, i noslri son de'fini. »

"7. « Giovani siain, maestri molto buoni,

Donne, coniudirete, a far cialdoni. »

les équivoques paillardes s'envolent au ciel avec les saillies. Autour de lui on élabore des rappresentazioni sacre; subitement redevenu grave, il élabore une belle 7'appresentazione sacra, la Rappresentazione di san Giovanni e Paolo, plus belle qu'aucune autre, puisqu'elle exhibe un banquet, deux supplices, deux conversions, deux morts, deux batailles, trois apparitions, qu'il y a une harangue militaire, plusieurs harangues politiques et qu'au lieu de raconter une seule histoire, elle en raconte trois ou quatre, les martyres de Giovanni et Paolo, eunuques de Gostanza, la conversion de Gallicano, fils de Gostantino, l'abdication de Gostantino, la mort de ses iils et l'avènement de Julien l'Apostat. Autour de lui, on chante des cacce; dans un accès de verve, il imagine son petit poème en octaves de la Caccia al falcone, rapide, heureux, savoureux, piquant comme un coup de trehbiano, où sont pris sur le vif et saisis au vol les mille accidents d'une battue dans la campagne toscane, ses épisodes, ses accessoires, les noms des chiens, les dialogues des chasseurs, le bruit des cris, des siftlets et des appels, les querelles entre les fauconniers, et la bonne faim, et le retour, et les récits qui s'ensuivent. Autour de lui, on se complaît à détailler quelque cortège burlesque dans la manière de la Divine Comédie; rivalisant avec le Za ou Gambino d'Arezzo, il compose son poème des Beoîii, où Bartolino et ser Nastagio lui décrivent une merveilleuse théorie d'ivrognes, à laquelle il se heurte sur la route de Faenza, un jour qu'il revenait de sa villa du Poggio ; trognes rubicondes, nez spongieux, bouches ouvertes, panses gonflées, soifs énormes; le prieur de Fiesole, qui a fait du boire son paradis; le prieur de Stia, qui court après sa soif perdue; Adovardo, qui se ronge les ongles pour avoir soif; et celui qui expédie une V(!iidange avec sonnez; et celui qui, après boire, épanche un bief de moulin, et celui qui n'a retenu de ses éludes en théologie que la parole du Ghrist, silio ;

et le dernier venu de la bande est le Piovano Arlolto, qui ne s'agenouille pas devant le sacrement s'il n'y a bon vin dans le calice, parce qu'il ne croit pas que « Dieu y soit dedans ^ ». Autour de lui on rime des sonnets burchiellesques ; il rime des sonnets burchiellesques. Autour de lui, enfin, on rime des sonnets pétrarquesques, et il rime des sonnets pétrarquesques.

C'est par là sans doute qu'il a débuté et c'est là qu'il exprime, mieux que dans ses petits poèmesd'occasion, qui durent le temps d'un oremus ou d'un éclat de rire, quelques-unes des qualités les plus charmantes de son âme virgilienneet de son éducation ralTmée. Adolescent, presqu'enfant, avec tout le sérieux elle rôve d'élégance de la jeunesse, il a courtisé la tille d'un marchand florentin, Lucrezia Donati, et rimé pour elle, peut-être aussi pour d'autres, de délicats sonnets ; devenu homme, aux environs de la trentième année, il s'est avisé de réunir ces feuilles éparses, de les constituer en un canzonière organique et réfléchi, et de les illustrer par un commentaire, ainsi que Dante en avait agi dans sa Vita nuova.

Selon sa fiction charmante et l'éternelle vérité qui veut que la mort et l'amour soient deux frères, son amour a pris naissance auprès de la tombe de la bella Simonetta, l'amie de son frère Julien, que, par une radieuse journée d'avril 147(5, Florence a portée en terre'-' ; et sur le visage de la jeune femme la mort semblait belle. Et, à quelques jours de là, Laurent, promenant un soir sa mélancolie dans la campagne tos-

1. <( Costui non s'inginocchia al Sacramento Quando si lieva, se non v'é buon vino, Perché non crede Dio vi venga drento. »

Le lendemain d'un jour où ils avaient beaucoup bu, le Piovan Arlotto et un de ses amis se réveillent :

« 11 primo di un certo armario apriro,

Pensando loro una ftnestra aprire ;

E scur vedendo, al letto rifuggiro. » [Ib.)

2. Narra la cagione dalla quale fu mosso a scrivere i priini quatlro sonetli, e quesli dichiara. Alcune prose di Lorenzo de' Medici, ib., p. 34.

€ano, a remarqué au ciel une claire étoile et sur le pré une fleur de tournesol inclinée vers le soleil disparu. Il pense que cette tleur pourrait être poétiquement comparée à un amant courbé par le deuil et tourné vers sa maîtresse, et que cette étoile a sans doute accueilli les beaux yeux de la morte ; et de ces deux gracieuses images il a fait aussitôt deux sonnets'. Alors, mû par cet appétit de beauté, qui, d'après Platon, est le moyen de trouver la perfectiondes choses, s'étant mis à rechercher avec l'esprit « s'il n'y avait pas dans notre cité une autre femme, digne de tant d'honneur, amour et louange» pour laquelle ce serait une fortune de chanter, il rencontre dans une fête une Dame, de beauté si extrême et de façons si accomplies qu'il se prend à l'aimer incontinent. De l'amour général qui l'enflammait pour Simonetia, il est donc arrivé à l'amour particulier qui l'enflamme pour Liicre/ia, et dans son canzonière, qui n'est que l'histoire d'une tendresse intérieure où les aventures s'appellent des états d'âme, cet amour particulier se sublimise jusqu'à l'amour divin. Le front dans la main, le coude au genou-, ni vivant ni mort, le poète, qui ne connaît plus les pensées viles et communes, qui a été touché par la grâce, assiste à sa douleur et bénit son agonie. Il veut dormir pour oublier. Il gravit une colline aiin démontrera sa peine l'endroit lointain où habite sa Dame. 11 porte sur son cœur la violette dont elle lui ht présent. Il lui envoie un cheval nommé Ermellino. Il lui cueille une fleur sylvestre. Il célèbre le chêne qui lui averse son ombre, le ruisseau qui la mira, sa pâleur, ses larmes, ses yeux, sa main, qu'il effleure à peine, et quand il l'effleure il

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