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A PROPOS DE NOTRE JOURNAL

Depuis plusieurs années on cherche à faire renaître en France une spécialité littéraire qui jadis y fut cultivée avec succès « mais que l'Allemagne s'est depuis appropriée. Nous voulons parl^4e. la littérature bibliographique, dont l'étude, indispensable auxblfcfflothëàaireâ, est si précieuse aux bibliophiles, ainsi qu'au petit nombre d'hommes qui, sortant de la foule des traficants de livres, peuvent méritertnéore le titre de libraires^ que trop de gens usurpent aujourd'hui sans en ^xé dignes. Cette tentative de restauration n'a pas encore fna)h9iféù9eF> : ment obtenu tout le succès qu'elle avait droit d'attendre. Serait-ce que les avantages de cette étude n'auraient pas été généralement compris, ou plutôt; que trop de confiance en son utilité réelle aurait fait négliger le soin de la rendre agréable ?

La littérature bibliographique , que Ton a quelquefois appelée avec beaucoup de justesse bibliognosie ^ connaissance des livres, embrasse une foule de sujets; mais ceux qui ont tenté de l'aborder n'ont pas assez remarqué qu'ils n'en faisaient qu'une seule et môme chose avec la lourde et sèche nomenclature proprement nommée catalogographie; aussi n'a-t-elle pu jouir en France de la faveur dont elle est en possession de l'autre côté du Rhin.

La littérature bibliographique s'occupe des livres et de leurs auteurs; tour à tour elle traite de l'histoire littéraire, de la biographie littéraire, de l'histoire de l'imprimerie, des imprimeurs et des libraires célèbres, des bibliothèques, de la bibliographie générale ou particulière, et de la critique spéciale ; elle doit être enlin un cours véritable de bibliographie, toujours utile et intéressant, et ne doit jamais être sans attrait.

Ou'avons-nous en France qui nous représente celle science cultivée

ilifz nous aiitrelois par Ant. Duvordier. Licroix du Maine» , \aud^/ , Baill(*t, LelouK, Mcrrou, Rive, Mercier de Saint-I^f(or, Camus ot plusieurs nienibrosde rancieniid Académie; des inscriptions, cL dans ct^s dcrnioi^s temps par Daimou , de savante et lionorable mcmoin^: par A. A. Barbier, par Ch. Nodier, par Peignot, Ant. Henouard et Woiss, qui seuls ont su conserver à la vieille tradition tout son intérêt et toute son utilité? Ou*avons-nous, disons-nous, qui puisse faire prendre goftt à cette science ? rien ; on semble, au conlrair(\ s'être attaché à la rendre repoussante par une sécheresses (lés(»spérante.

L'histoire littéraires est éparses dans nos n^vues et dans ({uelquesunes de nos feuilles quotidienne^s ; encore, le plus souvent , n'est-ce que de la critique au lieu d'histoire littéraire.

De nos jours, la biographie littéraire est faites avtsc la même complaisance que la critique, et malheureusement aussi avec le même manque de conscience que l'on reproche à la plupart des l)ioj(ra|)hies puhlit^es depuis vingt-cinq ans ; en sorte que, malgré sii j)hras(;ologi«* plus ou moins élégante, peut-étri^ même à cause» ere'lle' , «'Ile» n'inspire au K'cteur que l'éteMinement et le dégoût. A notre épe)que d<s cynisme» effronté, il se trenive des hommes écrivant par métier, <les //r;-/V7-.s- (comme le disait Mercier, l'auteur du Tabl(»au de Paris), qui n'e»nt pas honte de travestir la Biographie, cette ne)l)le et sévère iiile ele THis- *^ • • • io)re>^ parfirâ.en poissarde de mauvais ton, les plus souvent en vile» • :?: '•.•' P^ostiJnéfc. Qitp :re)n nous pardonne la cruelité de cette expression en ^.. .raison de. sa! justesse; l'industrie littéraii-e ne la fait-elle pas courir à ^ Jrdoîâioic Vojporter de vénales séductions? La si^éculalirni (e*nd s<^s • •'..•* Pi^sè^ 0-ki vanité, et ce calcul n'i»sl pas sitns résultats preKluctils pour V V: te^ ihéûnîîîctitrie^rs-biogi-aphes. Dans leurs pages, l'honune vrnelu . h» TiobêÂ-'Macaire et l'ignorant, sont les mode»les du [)atriotisme, di' l'Iioniieur et de la science. N'ont-ils pas payé deux francs par ligne, prix courant, pour le pouvoir attester eux-mêmes? Mais la vertu, le mérite mode'ste, l'homme utile, n\)nt point de places élans les e;e)lemnes ele ces PluLarque's boutiepiiers, et cela..., parce qu'il n'y a |)as d'argent à attendre d'eux, ou que leur pudeur se refuse à cette immortalité prématurée. Le temps, qui fait justice de tenit, Qnira par faire» prendre en dégoût toutes ces he^nteuses spéculations ; et l)ie)graphes et bioijraphiês tomberont ensemble dans le même discrédit. Plusieurs sont eiéjà arrivés là ; ce eiui n'esnipefclie pas que chaque jour il ne paraisses quiîlque annonce d'un l)outie|ue nenive'lle, e)ù se vendent, au plus offneiit, rr»le)g4» et la renommées, le mensonge et le rielicule.

Publication conscie»ncieus<î et inelépendante , h Quvrnrd ne ce»dera jamais à aucun calcul ele vénalité, le soupçon même el'intérêt ne pourra l'atteindre, car, à quelque»s rare»s exceplienis, nous n'aurons à nous occuper dans la partie biographique de ce journal que de^s littérateurs et dess artistes morts ancieMineme»nt ou récemment: et, tinanciêrement au moins, e)n n'exploite pas les eléfimts. Quant h la bibliographie proprement dite, celle» (fui s«» pressente se)jis

la fornie périodique , elle n'est traitée par personne en France d'une manière à peu près satisfaisante. Pas un des journaux qui existent ne nous fait connaître avec tant soit peu de fidélité et d'exactitude les publications des livres en langue française qui sont faites à rétranger, en assez grand nombre, et parmi lesquelles on compte d'importants ouvrages; pas plus que les livres en langues étrangères qui ont la France et les Français pour objet. Chacun des chapitres du Qucrard répare ces regrettables omissions.

Nous avons dit ce qu'était à nos yeux la littérature bibliographique. C'est cette spécialité que nous voulons rendre familière à un plus grand nombre de personnes studieuses, en lui donnant moins de sécheresse, plus d'utilité, plus d'intérêt.

Histoire littéraire ; — Examen impartial des ouvrages sur ce sujet ; —Biographies anciennes et Notices sur lessavanLs, les littérateurs et les artistes que la mort vient à frapper; — Particularités sur quelquesunes de nos célébrités littéraires vivantes ; — Examen impartial de Biographies; —bibliographie raisonnée, générale, nationale, professionnelle et spéciale ; — Bulletin systématique bi-mensuel des publications les plus importantes de la France et de l'étranger; — Examen des ouvrages et des systèmes de bibliographie ; — Bibliothèques publiques, leur statistique et leur histoire ; — Ventes de bibliothèques, des réflexions sur l'intérêt qu'elles peuvent offrir, et notices sur leurs possesseurs: tels sont les sujets que nous al)orderons successivement; la variété bannira la monotonie, et si Tespérance ne nous trompe pas, la lecture en sera d'autant plus goûtée, que la camaraderie, la vénalité' n'ont rien à faire dans ce journal.

Nos débuts de l'année dernière nous ont obligés de présenter nos énumérations de produits de Tesprit humain , en France et à l'étranger, comme si nous faisions un cours de bibliographie ; chaque leçon ou numéro n'a traité que d'une ou deux subdivisions. En commençant cette année, nous devons forcément continuer cette espèce de cours d'après le même plan , jusqu'à parfait achèvement de l'ensemble du système bibliographique. Aujourd'hui, nous donnons r Archéologie ^ /« Numismaiique, les Inscriptions, etc.; dans nos prochains numéros, nousdonnerons successivement les chapitres Ilistoire, Histoire des sciences et des lettres ; la Biographie, la Bibliographie et la Polygror phie, dernier chapitre dans lequel seront comprisles collections académiques, les revues et les journaux. Tous ces différents chapitres seront toujours complétés par les plus récentes publications, c'est-à-dire que chacun d'eux indiquera les ouvrages publiés dans la dernière quinzaine. Ce cours de 1835-1856 terminé, nos dispositions sont prises pour qu'à l'avenir chaque numéro ombrasse tout le système bibliographique.

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