PIE IX, PAPE
Cher Fils, Salut et Bénédiction Apostolique.
Dieu qui a tout fait pour lui-même, ayant crée l'homme en vue de sa gloire, lui a mis au cœur ce véhément insatiable désir de bien et de félicité que le souverain bien seul pourrait remplir. Aussi, en lui donnant l'Univers pour domaine, l'environnait-il des merveilles de ses ouvrages, afin que ce grand spectacle des choses créées lui révélât son Créateur et que l'immensité des dons excitât dans son âme la reconnaissance envers le Donateur. Et si, parmi ces dons, l'homme reçut un cœur capable d'aimer,
c'était pour diriger cet amour vers Dieu et vers ses semblables ; s'il fut doué d'un esprit ardent et sûr à la recherche de la vérité, c'était afin qu'il pût contempler et poursuivre l'idéal parfait de l'exemplaire divin et, en se conformant dans ses actions à la loi reçue, donner à ses facultés tout leur développement et leur perfection. D'ailleurs, par l'exercice de son industrie native, il pouvait se soumettre encore le monde matériel; la nature inférieure livrée à ses investigations réservait à ses découvertes et pour son usage des trésors cachés ; à lui d'élever tout avec lui-même, dans un témoignage éclatant à la gloire du Créateur et enfin, par la grâce du Réparateur, de croître ainsi en toute manière dans le Christ gui est notre Chef.
Mais cet ordre excellent se trouve évidemment tout à fait détruit^ quand l'homme, créé si peu inférieur aux Anges, oublie sa dignité et tourne à des fins égoïstes les choses qui devaient en son cœur devenir comme des degrés pour l'élever à celles d'en haut ; quand, détachant des objets célestes toutes les affections de son âme^ il n'a plus de soins que pour acculumer des trésors et accroître sans mesure son luxe, ses voluptés, sa puissance ; ravalé par là au rang des vils animaux et même descendu plus bas en stupidité, vu que les bêtes se
peuvént rouler dans la fange, sans dévier comme lui de leur fin dernière.
C'est là sûrement l'une des plaies les plus hideuses de notre âge, siècle audacieux et habile seulement à étendre chaque jour davantage son empire sur la matière, au profit d'une vie purement animale, fier d'ailleurs de ses inventions comme d'un progrès préférable à toute la sagesse des siècles passés.
Aussi, très-cher fils, avez-vous fait preuve de discernement, dans le choix d'un sujet aussi opportun, quand, par une longue suite de discours, vous avez exposé devant un concours immense d'auditeurs, la vraie notion du progrès, les obstacles qui la contrarient et les moyens qui le peuvent aider. Une égale sagesse vous a inspiré de montrer aussi
comment l'Eglise, qui a pour fin et pour objet propre de son ministère la vraie félicité et la vraie perfection de l'homme, tout occupée qu'elle est à nous élever au surnaturel, est encore (au témoignage même des arts et des sciences), comme la nourrice et la protectrice née du progrès matériel, destiné lui aussi à nous aider dans la poursuite de notre double fin : l'Église (vous le faites voir), désapprouve seulement qu'en se livrant sans frein au désir de ce progrès matériel, on se détourne tout à fait des nobles destinées de notre nature, pour fixer en terre
toutes ses affections et se préparer ainsi des maux innombrables.
Nous vous félicitons d'avoir^ dans l'exécution d'un tel plan, si bien ordonné et enchaîné, les matières et leurs développements, ramené avec tant d'éloquence, de force et de netteté, les principes théologiques et philosophiques aux règles saines du bon sens vulgaire, que désormais les plus subtiles questions sont à la portée de tous les esprits, et les plus épineuses recherches rendues accessibles et d'un usage facile à tous.
Que si déjà les applaudissements qui ont accueilli vos discours attestent le bien qu'ils ont fait à vos auditeurs, nous n'en pouvons douter, ils produiront des fruits plus abondants encore maintenant que^ livrés à la publicité, ils pourront être dans toutes les mains.
Gomme gage de la faveur divine et en témoignage de notre paternelle bienveillance, nous vous donnons de grand cœur notre Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 Août
Dans la 25^ année de notre Pontificat.