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ciat et en rendre le séjour acceptable, La Maison St-Joseph du Sault-au-Récollet n'était pas alors le grand édifice entouré de jardins, de parterres, de plantations qu'elle est aujourd’hui. Tout était encore à faire.
Le P. Saché ne s'effraya pas de la grandeur des travaux à entreprendre, même avec le peu de ressources dont il disposait ; il commença, et les améliorations s'ajoutèrent les unes aux autres, lentement, il est vrai, mais elles étaient d'autant mieux accueillies qu'il restait toujours assez d’incommodités.
Malheureusement ceux qui avaient construit le premier corps de logis ne s’entendaient en aucune façon dans l'art de bâtir; aussi la raison de salubiité et les exigences hygiéniques avaient-elies été impitoyablement sacrifiées à la routine d'après l'ancienne mode de France. Le réfectoire est
si enfoncé dans l'humidité, enfoui si loin du
vrand air et du soleil, qu'il faut des prodiges
d'adresse et d'activité pour le maintenir en bon ordre. La chapelle péchait en ses trois dimensions ; il faut en dire autant des salles communes. Bref, l'exiguité du local, la distribution maladroite des pièces, tout concourait à faire du Noviciat une maison d'épreuves.
Les vertus austères y trouvaient sans doute leur compte, mais les vertus aimables s'y sentaient mal à l'aise; de plus, la Mission se peuplait de santés délabrées. Cependant, avec le temps, des ressources plus abondantes et une intelligence plus complète des rapports qui existent, ici comme partout, entre le climat et les coutumes du pays, il ne fallait pas désespérer de voir le berceau de nos futurs Jésuites canadiens muni. des choses essentielles à la conservation de la vie.*
* Nous ne tarderons guère à voir la réalisation de nos plus
Ss4 SAULT-AU-RÉCOLLET
La maison St-Joseph du Sault ressemblait donc dans une certaine mesure à la maison de Nazareth; puis, faut-il l'avouer ?
Eh! pourquoi ne placerions-nous pes à côté des vertus si brillantes du P. Saché, quelques ombres qui, tout en faisant mieux ressortir Le caractère de l'homme, le rapprocheront aussi de notre faiblesse ? Eh bien!
oui, le P. Saché, dur, trop dur à lui-même, se mettait encore volontiers du côté du bon Dieu pour multiplier les occasions de pénitence et de mortification dans des choses où les novices ne s'attendaient peut-être pas toujours à pratiquer le renoncement.
Tantôt c'était le feu que l’on négligeait d'entretenir dans la froide saison; tantôt chères espérances à ce sujet. On bâtit actuellement au Noviciat une seconde aile, qui permettra de remédier dès cet automne
à tous les inconvénients dont nous parlons ci-dessus, Avec
cette addition considérable, le Noviciat sera le séjour le plus
charmant ; déjà la beauté de ses alentours fait l’admiration de
tous ceux qui le visitent.
c'était le service de table qui passait aux novices un jeûne de surérogation ou une abstinence toute faite ; puis le vêtement était quelquefois insuffisant.
La pauvreté malgracieuse du costume faisait sensation dans la Province vers les premiers jours de juin. Alors les novices commençaient le mois de pélerinage et S'en allaient deux à deux, ceux-ci sur la rive droite du St-Laurent, ceux-là sur la rive gauche, les uns tiraient droit au nord, les autres obliquaient vers le sud : c'était une course aux clochers et aux presbytères, L'hospitalité bretonne n'a rien perdu dans notre pays de son antique renommée et partout le novice était reçu avec cette politesse noble et franche du cultivateur canadien, à laquelle Malte-Brun et tant d’autres après lui n'ont pas ménagé les éloges, mais naturellement il se sentait plus à l'aise chez le curé et c'est là qu'il allait ordi-
nairement chercher un gîte pour la nuit.
Rien ne faisait plus de plaisir à nos bons curés que d'héberger les petits pèlerins ; cependant ils en voulaient presque tous au costume et plusieurs déclaraient hautement que si le P. Saché s'imaginait que le plus cuisant de l'épreuve revenait aux novices, il était dans une erreur grande. “ Ça m'humiliait,” disait dernièrement l’un d'eux, “de voir des wembres du clergé se promener dans ma paroisse, vêtus d'une façon aussi ridicule. Passe encore pour la soutane, quoique la mousse verte la couvrit des.
épaules à la ceinture ; mais c’est cette abominable pälerine de toile cirée qui flamboyait comme un soleil ! et ce bourdon du
moyen-âge, qu'ils portaient avec cérémonie
comme une crosse d'évêque !!” Les joyeux novices riaient, sous leurs chapeaux sans rebords, de ces humiliations, mais les curés
étaient sérieux; quelques-uns même firent
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des représentations. Aujourd'hui, bour-
lit.
ns dons et pèlerines ont disparu; ils sont du S ; domaine des costumes historiques.
au ke Loin de nous la pensée de vouloir discrént diter en rien les épreuves de tout genre par us. où le jeune religieux apprend à se renoncer S, lui-même et s'accoutume à porter la livrée u- de Jésus, son maître, qui vécut pauvre, le souffrant, humilié Nous n'ignorons pas er que la vertu ne s'aquiert ni ne se perfec- Si tionne par de belles considérations sur son e, objet ou par des lectures savantes, mais S: bien par l'exercice constant, réitéré, par la )- pratique. Nous disons seulement que pour Fe certains actes de mortification qu'il impo- ( sait aux autres, le P. Saché prenait trop (3 souvent mesure sur ses propres forces.
‘était donc un rude métier que celui de novice, dans ce temps-là, plus rude encore