APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES
de Ja nutrition générale et de la circulation, préparation phosphorées etcalciques, huile de foie de morue, adrénaline, thyroïdine. Nous laissons ici de côté les moyens orthopédiques ou chirurgicaux parfois nécessaires pour redresser des déformations définitives.
D'ailleurs, nous nous hornons à une simple énumération, voulant surtout faire ressortir la conformité des moyens consacrés par l'expérience avec ceux que suggère la théorie.
Telle est la conception du rachitisme qui nous paraît expliquer le mieux tous les caractères de cette maladie. Elle peut être résumée ainsi. Les altérations osseuses du rachitisme sont le résultat des réactions qui déterminent dans la moelle des os, et aussi dans le cartilage d'ossification, les infections ou intoxications chroniques, quand elles atteignent un sujeï dans les derniers mois de la vie intra-utérine ou dans les deux premières années de la vie extra-utérine, c'est-à-dire à une période où les réactions de la moelle sont très vives et où l'ossification est très active et facilement troublée. Son évolution principale se poursuit durant des mois et des années; mais elle s'arrête en général avant quatre ans. Cette première évolution terminée, les déformations osseuses disparaissent, à moins qu'elles ne soient trop prononcées. Mais cet arrêt de l'affection peut ne représenter qu'un repos temporaire. Plus tard, à la période prépubère, la maladie peut revivre sous une forme spéciale qui est le rachitisme tardif.
Le dcu ré des déformations osseuses, les symptômes (|ui peuvont les accompagner, les formes cliniques
qui résultent delà prédominance d'un de ces éléments ou de leur combinaison en proportion variable, s'expliquent:!0 par la nature, l'intensité et la durée d'action de la cause efficiente; 2° par l'âge auquel a agit cette cause ; 3° par la prédisposition héréditaire ou acquise du sujet.
Ainsi, le rachitisme nous apparaît non plus comme une maladie spéciale, mais comme un syndrome, dans lequel les déformations osseuses occupent le premier rang et attirent d'abord l'attention, syndrome qui traduit les réactions de l'enfant du premier âge contre les intoxications ou infections durables et sérieuses.
Nous avons été conduit à cette conception en observant les faits sans théorie préconçue et en cherchant à les interpréter par les données de l'hématologie moderne. Depuis plusieurs années qu'elle a pris corps dans notre esprit, nous l'avons appliquée journellement et elle nous a été un guide précieux pour l'analyse clinique, pour la recherche des causes et pour la thérapeutique.
Quand on examine l'ensemble des organes et des fonctions d'un rachitique, on se trouve souvent en présence de tableaux cliniques complexes. Aux déformations osseuses peuvent se joindre des modifications des organes hémolymphatiques, de l'anémie, des troubles nerveux et des troubles dyspeptiques. A la combinaison variable de ces manifestations, peuvent s'a jeu*
ter les symptômes de la maladie causale (catarrhe gastro-intestinal, syphilis, tuberculose, etc.)- Un des avantages de la conception que nous exposons, c'est qu'elle facilite l'analyse clinique de ces associations varices et complexes, qu'elle permet de distinguer ce qui est effet et cause ; c'est qu'elle fournit des hypothèses plausibles pour expliquer la production des principales formes cliniques.
Si on l'accepte, on doit admettre que tout rachitique porte en lui un foyer d'infection ou d'intoxication chronique. Donc, faire le diagnostic de rachitisme — ce qui n'offre d'ailleurs que peu de difficultés — c'est faire un diagnostic insuffisant, qui n'a pas plus de valeur que le diagnostic de polyadénie, de mégalosplénie, d'hypertrophie des organes lymphoïdtes du pharynx. Pour que le diagnostic soit complet, il faut rechercher la cause ou les causes qui ont pu donner naissance aux déformations osseuses. En présence d'un rachitique, nous cherchons tous les facteurs dont l'action nous paraît démontrée : inloxicationsalimentaires, toxi-infections digestives, syphilis, tuberculose, broncho-pneumonie prolongée, pyodermites chroniques. D'autres causes que nous ne connaissons pas viendront sans doute s'ajouter à celle liste. Mais, en attendant, la constatation du rachitisme doit nous inviter à rechercher celles qui sonteonnues; de celle enquête systématique sortira
parfois la révélation inattendue d'une syphilis ou d'une tuberculose latente. Et c'est là un des avantages de notre manière de comprendre le rachitisme ; elle nous oblige à une enquête étiologique dont elle détermine le plan général et dont elle fait comprendre le résultat.
Enfin, s'il n'est que trop vrai qu'une théorie n'est jamais achevée, la conception précédente présente l'avantage de pouvoir devenir l'origine de nouvelles investigations, destinées à la consolider ou à la modifier.
C'est en considération de son utilité immédiate pour la pratique médicale et de sa fécondité possible clans l'avenir que nous nous sommes décidé à l'exposer.