‹ Le radium, sa préparation et ses propriétésChapitre 11 sur 30 · NATURE DES PHÉNOWIÈNES PRODUITS PAR LES SELS DE RADIUM · texte numérisé non relu

NATURE DES PHÉNOWIÈNES PRODUITS PAR LES SELS DE RADIUM

Dès le début de leurs recherches sur la radioactivité, M. etlM^^eCurJe se sont demandé si la radioactivité n'était pas une propriété générale de la matière. A l'heure actuelle, il est impossible d'admettre que cette question soit résolue. M^^ Curie a examiné un très grand nombre de corps et a démontré que ces diverses substances ne possédaient pas une activité supérieure à la centième partie de l'activité de l'uranium.

Cependant, M. Colson a montré que beaucoup de substances peuvent agir à la longue sur les plaques photographiques; quelques travaux récents tendent à confirmer ces faits.

L'examen rapide que nous venons de faire des propriétés des sels de radium montre que ces sels, ou plus généralement tous les corps radioactifs, constituent des sources d'énergie, qui se révèlent à nous sous forme de rayonnement de Becquerel, de production continue d'émanation, d'énergie électrique, chimique et lumineuse, et de dégagement continu de chaleur.

D'autre part, le radium paraît toujours conserver ses mêmes propriétés et ne pas se modifier : ces faits semblent en désaccord avec les principes fondamentaux de l'énergétique.

Comme nous avons encore grande confiance dans le principe de la conservation de l'énergie, la première question que nous devons nous poser est de savoir d'où peut provenir cette énergie.

On s'est souvent demandé si l'énergie est créée dans les corps radioactifs eux-mêmes, ou bien si elle est empruntée par ces corps à des sources extérieures. Ces deux manières de voir ont été le point de départ

de noml)reuses liypotlièscs, parmi lesquelles nous en retiendrons deux qui paraissent à l'heure actuelle les plus satisfaisantes :

On peut, par exemple, supposer que le radium est un élément en voie d'évolution, que ses atomes se transforment lentement, mais d'une façon continue, et que l'énergie perçue par nous est l'énergie, sans doute considérable, mise en jeu dans la transformation des atomes ; le fait que le radium dégage de la chaleur d'une manière permanente plaide en faveur de cette hypothèse. Cette transformation serait, d'autre part, accompagnée d'une perte de poids due à rémission de particules matérielles et au dégagement continu d'émanation. A l'heure actuelle aucune variation de poids n'a été constatée avec certitude ; toutefois, le fait que les sels de radium dégagent de l'émanation qui se transforme en lîéhum, permet de supposer que les sels de radium perdent du poids : ce dernier fait donne une valeur considérable à cette hypothèse. Du reste, des expériences sur la variation de poids, basées sur la détermination du poids de Théhum produit, sont en cours.

La deuxième hypothèse consiste à supposer qu'il existe dans l'espace des rayonnements encore inconnus et inaccessibles à nos sens. Le radium serait capable d'absorber l'énergie de ces rayons hypothétiques et de les transformer en énergie radioactive.

Ces deux hypothèses ne sont peut-être pas incompatibles; en tout cas, bien des raisons sont à invoquer pour ou contre ces diverses manières de ^ oir, et le plus souvent les essais de vérification expérimentale des conséquences de ces hypothèses ont donné des résultats négatifs.

Cet exposé, trop rapide, des propriétés des sels de radium, peut cependant donner une idée de l'importance du mouvement scientifique qui a été provoqué par la belle découverte de M. et M""^ Curie. Ces physiciens ont fait faire à la science un progrès considérable.

En dehors de leur grand intérêt théorique, les phénomènes produits par les corps radioactifs donnent de nouveaux moyens d'investigation aux physiciens, aux chimistes, aux physiologistes et aux médecins.

Pour abstraites qu'elles soient a priori, les recherches de science pure conduisent plus vite qu'on n'est tenté de le croire à des résultats utilitaires.

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