ARGUMENT
Rabkar, souverain de la principauté du Mysoulior, est un prince indépendant, mais, loin de faire la guerre à l'Angleterre, comme un grand nombre de rajahs, il est pacifique, et Downing Street, afin de l'entretenir dans ces bonnes dispositions, l'entoure de mille précautions et le berce de mainte caresse diplomatique. Le rajah est non seulement pacifique, mais “pacifiste” : il voyage dans le but d'étudier la question du désarmement. Downing Street 4 chargé Archibald Neverscoop, reporter du Zondon Times et savant phrénologue, de veiller sur le prince et d'envoyer au journal tous les détails du voyage. Le prince est accompagné de sa femme, la princesse Lolila, et des femmes de la suite de la princesse, puis de so” crétaire particulier, Li-Fou- Tché-Nou, un Chinois distinction, qui, malgré son profil peu grec, sert de Mentor à l’'Ulysse hindou.
Le rajah a visité l'Europe, qu'il a trouvée armée jusqu'aux dents, et les rateliers de l’oncle Sam, où il a entendu henuir des cavales impérialistes. Désillus:onné, il n’a plus songé au désarmement, mais s’est laissé désarmer par Cora, une chant 1se d'opéra, à qui, comme gage de sa tendresse, il a donné un rubis nrécieux, hé. ritage sacré des princes du Mysouli. r.
Cora a son histoire, À quinze an:, elle s'était enfuie de chez son père, Panachoux, agriculteur et financier, parce que ce dermer voulait l'empècher d'aimer Paul Bloffard, journaliste et bohème de race. Elle s'était tirée d'affaires, on avait découvert qu'elle avait de la voix, on lui avait facilité l'entrée du conservatoire, et elle était devenue une prima donna rivale de Géraldine Farrar et de Mary Garden. Lors du passage du rajah à New-York, elle chante les premiers rôles au “Metropolitan”. Pour revoir le beau prince, elle jette le cothurne pardessus les moulins rouges de New-York, et elle pren:! le train pour Québec. Le jour de son arrivée, son père, qu'elle n'a pas revu depuis huit ans, vient lui aussi à Québec déposer une somme de $10.090, et en même temps faire voir à un client de merveilleux échantillons de carottes. L'argent et les carottes sont dans deux sacs absolument semblables. Entre parenthèses, Li-Fou-Tehé-Nou porte dans un sac tout à fait identique les os des ancètres du rajah, car la loi du Mysoulior impose au prince régnant l'obligation de ne jamais s'éloigner du tombeau de ses pères, et, pour trancher la difficulté, le rusé Chinois a trouvé le truc de faire voyager les ossements de conserve avec le représentant de la dynastie.
Paul Bloffard a, lui aussi, perdu de vue Cora, mais il n'est pas mort, tellement peu mort, qu'il est l'homme le plus endetté du pays, qu'il est l'ami de Crétinval, lequel est l'ami du ministre des cultes et des affaires étrangères, et que, grâce à sc. habileté, il faït rapporter au journalisme plus qu'il ne donne ordinairement. Bloffard et Crétinval tirent des ficelles. Panachoux va leur en fournir une. Il tombe dans les bras de Bloffard juste au moment où ce dernier a besoin de mille piastres pour donn- n nom du ministre, un bal costumé en l'honneur du rajah. Panachoux veut être honorable Bloffard le fera faire honorable moyennant mille pins. tres.
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Au deuxième acte, ce n'est plus mille piastres qu'on demande à Panachoux, mais dix mille. Cependant, pour une si grosse somme, on fera mieux : on sirera Panachoux. Panachoux n'est pas prèt à payer, mais voici : le rubis des princes de Mysoulior n'est plus au doigt du rajah, et Li-Fou-Tché-Nou a dit aue le rajah doit mourir. Cora, poussée par Bloffard, q r'elle a retrouvé, ne remettra pas la pierre précieuse si on ne lui en donne pas dix mille piastres. Pour arracher le prince à la mort, et aussi pour gagner son titre de “sir” l'anachoux consent à payer. Cora, triomphante, refuse, à condition qu'on la laisse épouser Bloffard. Panachoux l'accorde, à la demande du rajïah, et Bloffard, dont les trucs et les ficelles ont paru : . instant faire défaut, gagne son point, car Panachoux l'accepte pour gendre et met tians <a corbeille de noces les dix mille piastres convoitées. Crétinval ne touchera rien dans cette spéculation, mais il n'y perd pas, puisque Paaachoux épouse sa fille Mélinite, bas-bleu, poétesse décarente, écrivailleuse incorrigible, dont la silhouette folichonne jette sur toute cette pièce farcie d'orientalisme une teinte de “suifragettisme"” littéraire.
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Opéra-Bouffe en deux actes
Livret de B. MicHaup. Musique de Jos. VÉZINA.