‹ Le Ravennate et son exposé cosmographiqueChapitre 2 sur 10 · NOTICE SUR M. D'AVEZAC · texte numérisé non relu

NOTICE SUR M. D'AVEZAC

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|Ë i5 janvier 1875, M. Malte-Brun m'écrivait ; 1 Mon cher ami, le » pauvre M. d'Avezac est mort B hier, 14, à midi... C'est une » grande perte pour la science géo- ■ graphique n.

M. Malte-Brun avait raison : la mort de M. d'Avezac était une grande perte pour la Géographie, surtout pour la Géographie historique dont il était depuis longtemps le maître incontesté.

Sa perte a été douloureusement ressentie par ses amis, par les savants des deux mondes, par toutes les Sociétés de Géographie qui se firent un devoir d'exprimer à celle de Paris la part qu'elles prenaient à son deuil. Le 1"'' août

de la même année, le Congrès international des sciences géographiques ouvrait à Paris, dans la salle des Etats, sa 2"" session. A l'ouverture de la séance, M. D'hane- Steenhuise, qui occupait le fauteuil de la présidence, associa, dans un solennel hommage, le nom de M. d'Avezac à ceux de MM. de Caumont et d'Homalius d'Halloy.

M. d'Avezac ne brillait pas seulement par un immense savoir. II avait les qualités de cœur, la noblesse de caractère, la dignité de la vie qui forcent le respect, et cette exquise courtoisie qui fixe l'afTection.

Toutes ses œuvres sont le fruit de longues et patientes recherches. 11 ne reculait devant aucun labeur, devant aucun sacrifice pour réunir les éléments de ses études. Il ne comprenait même pas que l'on fit autrement. Lui ayant un jour demandé avec une certaine insistance un travail qu'il m'avait promis pour la préface du Canarien, il me répondit, sous la date du 26 juin 1874 : > Peut- » être suis-je bien lent à étudier les choses, mais je ne n comprends pas que l'érudition puisse être menée aussi B cavalièrement qu'on semble vous l'imposer ». Il me disait un peu plus tard : « Quand une œuvre est pu- B bliée, on la trouve bonne ou mauvaise; jamais on ne B demande en combien de temps elle a été faite -b.

Ces sages recommandations, il se les appliquait rigoureusement, et c'est ainsi qu'il a résolu les problèmes géographiques les plus difficiles.

Il avait aussi le respect de la forme. Ses écrits ne brillent pas moins par l'élégance et la pureté de la diction que par une érudition de bon aloi et sûre d'elle-même.

Il conservait invariablement, même à Tégard de ses adversaires les plus vifs, une courtoisie parfaite, et toujours il maintenait la discussion dans les régions sereines de la science.

Un mois avant sa mort, alors qu'il n'avait plus aucun doute sur sa fin prochaine, il me disait ces mots qui sont restés gravés dans ma mémoire et dans mon cœur : a Je 5) suis une lampe qui s'éteint. Je puis me rendre cette » justice que pendant cinquante ans j'ai tenu la plume, » et toujours loyalement. J'ai même l'espoir d'avoir rendu » quelques services à la science et à mon pays ». Il écrivait, dès i852, dans sa préface ^ la Cosmographie d'Ethicus : a La recherche de la vérité, tel est l'objet constant de » nos efforts. Il nous est du moins permis ici de nou^ » rendre nous-même cette justice, que nul né pourrait » mettre, à la poursuivre, plus d'ardeur et de bonne foi ». Ce jugement a été ratifié par ses contemporains et le sera par la postérité.

A son amour de la science s'en joignait un autre, non moins noble et non moins profond, l'amour de la patrie. Comme l'ont dit MM. Maxime Deloche et Henrico Narducci, M. d'Avezac est mort die la guerre de 1870-71. Au mois de juillet 1870, il était plein de vigueur, alerte, tout à ses chères études. Les blessures et les humiliations du pays l'ont frappé au cœur, et jamais plus il ne retrouva cette santé superbe qui lui faisait porter si légèrement ses soixante-dix ans. J'ai sous les yeux les nombreuses lettres qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire, j'ai encore présentes à Tesprit mes fréquentes visites, et,

dans ma correspondance comme dans mes souvenirs, |e vois sa vigoureuse constitution s'altérer d'année en année, de mois en mois, et la maladie, enfin victorieuse, le river dans son fauteuil.

Souvent alors la douleur crispe son visage, mais jamais il ne profère une plainte, jamais il ne ferme sa porte à un ami, et toujours, la crise passée, revient son bon sourire et son intéressante conversation. Le corps s'affaiblit, mais la tête et le cœur conservent toute leur puissance. Jusqu'au dernier jour il cultive les sciences géographiques et donne, à qui les demande, ses conseils el ses encouragements. Sa pensée vaste et ingénieuse s'est éteinte, son cœur généreux a cessé de battre sans avoir subi les affaiblissements de l'âge et de la maladie. D'ailleurs, la conscience tranquille, persuadé qu'il a rempli tous ses devoirs de citoyen, de chef de famille, d'administrateur et de savant, il voit d'un calme regard la mon s'approcher de lui.

M. d'Avezac de Castera de Macaya (Marie-Amand- Pascal) est né à Tarbes, le i8 avril rSoo, d'une ancienne famille parlementaire '.

II a été élevé dans le Bigorre, au milieu d'un magnifique réseau de fleuves et de rivières, en vue des masses pyrénéennes dont les cimes bleues déchirent l'horizon, de cet admirable tableau que forment, dit Elisée Reclus,

> Fort-Guillaume d'Avezac esl parmi les seigneurs btgorrais qui signèrent k charte de fondation de l'abbaye deSaint-Pé, entre loio et io3a (Voir Ess. histor. sur le Bigorre, t. I, pp. 148 à 154).

la plaine joyeuse, les coteaux et la tranquille assemblée des monts. Ce pays, qui sut conserver une originalité propre, et fut témoin de grands faits historiques, sollicita de bonne heure le génie cle M. d'Avezac.

Il lui consacra les prémices de sa plume, deux volumes inr8<*, ayant pour titre : Essais historiques sur le Bigorre. Il avait alors vingt-trois ans. Eh bien ! dans cette œuvre de prime jeunesse, encore utilement consultée, on trouve Tesprit d'investigation, la méthode, le style, la sincérité du récit qui seront les qualités maîtresses de la longue carrière scientifique de M. d'Avezac.

Après avoir suivi les cours de la Faculté de droit de Paris, il est quelque temps attaché à l'ambassade de Madrid, puis il entre au ministère de la Marine et en devient conservateur des Archives.

En relations quotidiennes avec nos marins et nos voyageurs, sa vocation se fixe définitivement. Mais en homme sage, de ferme volonté, qui voit de loin, il veut se rendre familières les diverses parties de la science qui désormais occupera ses loisirs. Il est très fort en grec et en latin ; l'espagnol et le portugais lui sont aussi familiers que sa langue maternelle; à ce bagage déjà respectable, ' il ajoute l'anglais, l'allemand, le hollandais, l'italien, l'arabe, des connaissances mathématiques étendues et la technique de la cartographie.

A ce moment même, Conrad Malte-Brun, Walckenaër, Jomard, Alexandre de Humboldt, Karl Ritter ouvraient aux études géographiques des horizons nouveaux. M. d'Avezac avait sa place marquée dans cette

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pléiade, dans cette atmosphère de haute science qui convenait si bien à sa studieuse jeunesse.

En i83i, il est reçu membre de la Société de Géographie. De iS33 à i83i il en est secrétaire général, et ses rapports annuels sur les progrès des sciences géographiques sont des modèles d'élégance et d'érudition. Cette Société l'a élu vice-président treize fois, président six fois et l'a nommé, par une mesure exceptionnelle, président honoraire de sa Commission centrale.

Le 26 janvier 1866, il a été appelé à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en remplacement de Victor Leclerc. Il était alors depuis longtemps, au témoignage de M. Maxime Deloche, le chef reconnu et comme la personnification de la Société de Géographie.

La campagne de 1870-71 a prouvé l'insuffisance de notre enseignement géographique. La géographie était considérée comme une annexe de l'histoire, et l'histoire, drogue fort dangereuse pour le repos des hommes de l'Empire, était expurgée, corrigée, tronquée, faussée, et servie, prudemment, en tranches minuscules.

Le ministre de l'Instruction publique jugea indispen-sabJede relever l'enseignementdela Géographie et nomma dans ce but une Commission d'hommes compétents. Non seulement M. d'Avezacy fut appelé, mais il en eut la viceprésidence.

Sous une savante et vigoureuse impulsion, la géographie prend peu à peu dans l'instruction la place qui lui revient, un grand mouvement se produit dans le public, des Sociétés de Géographie se fondent, les voyages

Redécouverte et d'études se multiplient, tout le monde comprend ou paraît comprendre que la géographie est la clef de rhistoire, Tun des principaux facteurs de la guerre, du commerce et de l'industrie.

La France n'a pas été seule à reconnaître les services de M. d'Avezac. Tandis qu'elle le nommait chevalier de la Légion d'honneur en 1839, officier en 1861, la plupart des nations européennes lui envoyaient leurs décorations et plus de quarante Sociétés savantes, françaises et étrangères, se l'attachaient comme membre honoraire.

Il jouissait dans le monde géographique de la plus grande autorité, et cette autorité reposait à la fois sur la loyauté de son caractère, sur son immense savoir, sur son esprit investigateur^ sur son jugement très droit, enfin sur une oeuvre considérable.

M. Enrico Narducci, bibliothécaire de VAlessandrina^ a dressé le catalogue de l'œuvre de M. d'Avezac, et c'est assurément le meilleur éloge qu'il pouvait faire de notre éminent ami. On y voit, en effet, un homme maître de sa plume comme des sujets qu'il traitait, un homme qui connaissait aussi bien l'histoire que la géographie, un bibliophile très distingué, un linguiste.

Une analyse, même sommaire, de ses travaux exigerait des centaines de pages, des années d'études et des connaissances qui me font défaut. Je m'en tiendrai, comme M. Narducci, à un simple catalogue. Je me servirai du travail du savant italien, mais je n'en reproduirai pas le classement, bien qu'il me paraisse avoir été inspiré par

M. d'Avezac. II me semble que l'ofdre des dates nous fait pénétrer plus avant dans la vie et dans l'évolution de la pensée de récrivain. Les savants, à qu-i ce catalogue est particulièrement destiné, s'y retrouveront d'ailleurs sans peine.

Avant d'aborder cette dernière partie de mon modeste travail, qu'il me soit permis de donner un mot d'explicatioii sur la publication que je fais aujourd'hui avec la collaboration de mon fîls Jean.

Un mois ou six semaines avant sa mon, M- d'Avezac me dit qu'il avait deux manuscrits presque prêts pour l'impression : l'un sur l'Anonyme de Ilavenne et son exposé cosmographique; l'autre sur le Triage et le classement Anal des monuments cartographiques du moyenâge publiés sous la direction du vicomte de Santarem. Pour leRavennate, il restait à rattacher les notes et à dresser la carte; pour les monuments cartographiques, à dresser un tableau.

Quand je serai mort, me dit-il, mon gendre, M. Charles Defrémery (de l'Institut), vous les remettra, et je compte sur vous pour les publier.

M. Defrémery m'a remis le manuscrit du Ravennate, l'autre n'a pas été retrouvé.

L'achèvement de l'étude sur le Ravennate était peu

de chose pour M. d'Avezac; c'était pour moi une giDSse

affaire. Toutes les notes ayant servi à la rédaction du

travail étaient en paquet, pêle-mêle, d'une écriture très

^ menue et très serrée qui laissait beaucoup de mots dou-

|- leux. Pour déchiffrer, reconnaître et placer celles qui

étaient nécessaire à la clarté ou à Tappui du texte, il fallait savoir à fond plusieurs langues, notamment rallemand. J'ajoute que Toeuvre barbare de l'Anonyme de Ravenne est souvent d'une lecture extrêmement difficile. Enfin la construction scientifique de la carte exigeait des connaissances mathématiques étendues.

A différentes reprises je m'étais mis à ce travail, et ce que j'en avais le mieux compris c'étaij les difficultés. Mon fils Jean, préparé par de longues études, avait précisément les connaissances qui me manquaient plus ou moins pour mener à bien cette œuvre. Je l'ai mis au travail, et je crois qu'il a réussi. Je lui dois donc d'avoir pu tenir ma promesse sans recourir aux lumières d'autrui.

Il a eu toute la peine, je lui laisse tout l'honneur.

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