‹ Le recensement canadien de 1891 [microforme]Chapitre 1 sur 19 · RECENSEMENTS DE LA CONFÉDÉRATION CANADIENNE EN 1881 ET · texte numérisé non relu

RECENSEMENTS DE LA CONFÉDÉRATION CANADIENNE EN 1881 ET

1887. — Population.

Provinces Totale Catholique Française Nouvelle-Écosse. . . . 440.572 117.487 40.997 Nouveau-Brunswick . . 321.233 109.091 56.572 Ile Prince Édouard . | 108.891 47.115 10.736 Québec, ..,,.,.. 1.359.027 1.170.718 1.071.581 Ontario. . ..., .. 1.923.228 320.839 101.194 Manitoba, . . .. » 65.954 12.246 9.868 Territoires du N.-C, . 56.446 4.443 2.633 Colombie. , .,... 49.459 10.043 916

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Les Canadiens, cependant, ont continué à fournir aux États-Unis un

contingent d’émigrants considérable, trop considérable malheureuse- même

À % | ment; mais la plus-value de leur natalité l'emporte encore sur les pertes à la tra que l'émigration leur a fait subir; tandis que chez les Anglo-Saxons, LL toires dont la natalité est plus faible, la progression s’altère et vient même à À NU licsn | disparaitre à mesure que l'immigration européenne fléchit parmi eux (1). #8 Tel 1 | Nous donnons (p. 58) l'exposé général de la population du vaste F7 ont | Dominion de l'Amérique anglaise, et en particulier l’état de la population M sieurs | franco-canadienne répandue dans ses diverses provinces. Mais, en L'h Li parcourant les chiffres officiels du dernier recensement, les gens les 1 si ait p | plus compétents en cette matière n’ont pas été très satisfaits de la 1 Cha | manière dont les documents ont été recueillis el disposés; le compi- @# consic À lateur du recensement convient lui-même qu'il est insuffisant; plu- ! Cet | sieurs critiques n'ont pas craint de le dire inexact; et de nombreuses verve | réclamations se sont déjà fait jour à ce sujet. Nous nous proposons ÿ crreu [A donc d’examiner ici : : coup , Dr tuelle

(4) Voir Reclus. Nouvelles géographiques, janvier 1893, p. 4. (Hachette, éditeur).

int de 1e c'est qui est que in- 13 0/0 anglo- 9 0/0; | 20 0/0 moilié.

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1° Quelle à été l'origine des griefs et des plaintes qui se sont élevés contre l'exactitude du Census de 1891 ;

2° Quel motif a pu pousser le nouveau chef du recensement, M. Johnson, à fausser la collection et la compilation des chiffres recueillis; et quel ingénieux mécanisme ledit Johnson a su introduire dans la confection des statistiques, afin de pourvoir plus facilement les manœuvrer à son gré;

3° Nous dresserons enfin, province par province, l'état des altérations qui ont pu être commises; nous déterminerons alors les rectifications qui nous paraîtront justes, et nous préciserons autant que possible le chiffre de leur importance.

Lorsque l'on étudie avec soin le tableau comparatif que nous avons transcrit ci-dessus, on est étonné parfois de trouver dans certaines provinces des déficits notables, dans la progression de quelques groupes français, voire même des déperditions subites que rien ne pouvait faire prévoir. Ainsi, dans le dernier recensement, la population franaise de la Nouvelle-Ecosse se trouve tout à coup diminuée d'un quart. Dans la province d'Ontario, la surprise est non moindre. Le très grand nombre de familles canadiennes qui ont été s'établir au delà des frontières d'Ontario, est un fait très notoire et très souvent même discuté par les journaux; c'est à peine cependant, si on trouve la trace de cette immigration dans le recensement; dans les terntoires nouvellement ouverts au Nord-Ouest, on remarque des anomalies non moins extraordinaires, etc.

Telles ont été les causes et le point de départ des réclamations qui ont été présentées, soit au Parlement, soit dans les journaux, par plusieurs personnages importants.

L'honorable M. J. Tassé, membre du Parlement, est le premier qui ait pris cette cause en main il y a environ un an; il a prononcé à la Chambre plusieurs discours qui ont été publiés et pris en grande considération.

Cette discussion a mis en lumière avec beaucoup de netteté et de verve, l’impéritie du nouveau recenseur en chef, M. Johnson, ses erreurs souvent ridicules, et ses manœuvres qui sont probablement coupables. « Nous avons lu, disait M. Tassé, une boutade fort spirituelle sur ce recensement dans un journal. voire même un journal

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anglars de la cité d'Ottawa, qui se terminait ainsi : Vous sommes vroiment tres flattés de voir annoncer officiellement, par notre statisticien. que les Français loin de croilre en nombre dans notre prorince, y diminment, au contraire: mais nous sommes en même lemp: trés slupr faits! car chacun d'entre nous avail cru précisément observer les choses tout a l'inverse. Cependant, il est encore à craindre que ce recenseur ne soit qu'un statrsticien de comédie, que l’on a pris à gage pour nous amuser, plutôt que pour nous instruire. à

D'autre part, Onésime Reclus, qui de Paris mème, suit avec tant de solieitude les développements de la population français en Amérique, se trouva, lui aussi, ému par le désordre et la malveillance du recensement de 1891, à l'égard de nos compatriotes: il publia done en janvier dernier, dans les Nouvelles Géographiques, deux articles fort ctudiés et d'un style très vif, dans lesquels il prouve avec une grande érudition, que l’on à ainsi enlevé aux Canadi ns, pour les reporter sur ke contingent anglais, plus de 50.000 âmes: savoir : 29.950 dans la province d'Ontario; 11.000 dans la Nouvelle-Écosse: 2,500 dans le Nouveau-Brunswick:; 7,186 dans le Manitoba et 2.985 dans les Territoires du Nord-Ouest.

Hans ces relevés statistiques, Reclus à suivi avec soin ke rapport di M. Tassé, el ce remarquable travail lui a été d’un grand secours pou établir clairement les fraudes considérables qui ont été commises au itriment des Canadieus dans Ontario et dans le Mamiteia. En mènx ‘emps, notre ami a fourni de son chef des détails du plus grand intéréi sur les colonies que les Canadiens ont installées dans les territoires de l'ouest, de concert avec de nombreux groupes venus directement de France, par les soins et sous la direction de Fabbé Biron el de H. Bodard : ce dernier, qui est un Français très intelligent et très actif, établi et marié au Canada depuis plus de 29 ans. patronne avec un gramd dévouement cette immigration française, dans les riches allu-

vions de l'ouest, avec une patiente énergie que rien na pu lasser. El convient maintenant d'expliquer comment M. Johnson en est arrivé à fausser ainsi le recensement, et quelles sont les manœuvres auxquelles il a eu recours pour parvenir à son but. Il esi nécessaire d’avertir tout d’abord le lecteur que. depuis plus d'un demi-siècle, les recensements canadiens dirigés soit par le gouvernement anglais. soit par l'administration anglo-saxonne du pays. ont toujours

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été marqués au com de limpartialité la plus honnète et de la plus grande exactitude; on présentait aux habitants des formules divisées en deux colonnes: l'une portait origine anglaise, l'autre origine francaise; chacun choisissait sa colonne sans qu'on cherchât à l'influencer. Mais M. Johnson y substitua la rubrique suivante : Canadian-sreakinq French où not speaking.

L'application de © changement en révéla bientôt les inconvénients:

Les énumérateurs., eu effet, en interrogeant les Canadiens sous une forme plus ou moins ambiguë, parvenaient souvent à les faire passer dans le contingent anzlais: de même pour les Canadiens émigrés lemporairemen® aux Etats-Unis; si leur maison était fermée, on les rayait du coutrôle, ainsi que leur famille, sans s'inquiéter de savoir s'ils avaient ou non l'intention de retour, On réduisait ainsi le nombre des Canadiens par une action double : ceux qui étaient présents étaient victimes de leur propre déclaration, et ceux qui étaient absents étaier.. rayés de la liste canadienne, faute de déclaration. En un mot. le rxensement, qui dépendait autrefois de la volonté du recensé, dépendait maintenant de l'arbitraire du recenseur. Ce dernier pouvait avoir plusieurs procédés pour diriger en quelque façon la réponse du recensé : souvent il se contentait de lui demander: Speak you English? 1} suffisait de répondre affirmativement pour être inscrit comme Anglais. S'il était né hors du Canada, on en faisait aisément un Yankee, etc.

Mais le soupcon ne tarda point à naître dans les esprits ; on remarqua que dans là province de Québec, où la population est presque exclusivement française. elle avait très peu subi de déperdition; de mème dans la province mixte du Nouveau-Brunswick, où les Français, qui sont tous agglomérés dans le nord, forcèrent les recenseurs à être à peu près exacts.

Beaucoup de gens pensèrent donc que ces nouvelles méthodes de recensement, n'étaient qu'un piège tendu aux Canadiens partout où ils n'étaient point assez nombreux pour se prémunir et se défendre : cela, du reste, se voit de suite lorsque l’on fait l'analyse détaillée du dernier recensement, comparé avec ceux qui l'ont précédé : presque partout on ne constate de déperdition notable de Canadiens, que dans les comtés où ils s trouvent en petit nombre ou dans quelque endroit où ils ne sont point en vue.

Quel pouvait être le but de M. Johnson en cherchant ainsi à se mé-

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neger le moyen d'influencer les déclarations de nationalité ? Je ne crois pas que ni le gouvernement anglais, ni le gouvernement canadien aient trempé en aucune façon dans cette manœuvre ; tout au plus aurait-on pu trouver çà et là quelques agents subalternes, sectaires passionnés, qui auraient combiné quelques machinations avec le chef du recensement, qui parait doué lui-même d'une intelligence assez médiocre. Mais voici ce que l'on peut présumer : M. Johnson aura vu dès le principe que le recensement se présentait mal; que l'affaiblissement énorme de l'immigration européenne allait diminuer au delà de toute mesure, la progression ordinaire des Anglo-Canadiens, tandis que les Canadiens-Français, qui n'avaient rien à espérer ni à craindre de cette absence d'immigralion, conservaient intégralement la quotité de leur augmentation ordinaire, Dans cet élat de choses, faire passer un grand nombre de Canadiens sous la rubrique anglo-saxonne, c'était du même coup réduire le nombre des Français, accroître celui des Anglais, et dissimuler ainsi, au moins sur le papier, le fâcheux effet de la décroissance qui commençait à menacer ses compatriotes.

C'est, je le pense, sous l'empire de ces préoccupations et persuadé qu'en cela il serait agréable au commun de ses nationaux, que l'agent du recensement prit ses mesures afin d’agir le plus efficacement possible sur la classification du recensement.

Malheureusement pour lui, cette manœuvre fut déjouée dès le principe ; en certains endroits, notamment dans le Nouveau-Brunswick, la méfiance se répandit et suscita les réclamations de MM. Tassé, Reclus et de plusieurs autres, de telle façon qu’il nous semble nécessaire aujourd’hui : de mettre en ordre ces réclamations diverses, de présenter dans chaque province les altérations et les déperditions, qui ont été le résultat de ce mauvais recensement, et de rétablir enfin autant que possible la réalité des chiffres et des statistiques, en procédant méthodiquement, comté par comté, aux rectifications nécessaires.

11 était impossible sans doute d'obtenir ici, sans refondre le recensement en entier, une précision exacte et minutieuse dans les chiffres ; mais nous nous sommes entourés de renseignements nombreux, et en consultant avec le plus grand soin les réclamations déjà produites, nous espérons pouvoir restaurer, au moins dans ses plus grands traits, la réalité des faits qui, par des évaluations arbitraires, a trop souvent été outrageusement défigurée.

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