LES FETES
Le temps des fêtes approche.
C'est le temps le plus gai de l'année pour tous les âges, tous les caractères. Les enfants sont dans la jubilation, car pour eux, c'est la saison des présents, des étrennes.
Pauvres enfants, jouissez des plaisirs innocents de votre âge, laissez battre vos cœurs, caressez vos illusions et vos rêves dorés. Ne demandez pas de vieillir, assez tôt, hélas ! viendront les ennuis et les désenchantements de la réalité. Chantez, sautez, dansez, comme dit la chanson, fendez l'air de vos cris de joie, et ne devenez pas vieux avant le temps, car combien vous donneriez plus tard pour revenir au printemps de la vie ! Vous ne connaissez pas encore les cruautés de la vie. Vous ne savez pas où vous mènent ces douces illusions de votre âge, ne cherchez pas a le savoir. Regardez ceux qui ont parcouru une bonne partie du chemin de leur vie, regardez les rides de leur front, voyez comme les soucis, les déboires et les préoccupations de la vie, les deuils de la mort, le souvenir d'êtres aimés qui ne sont plus, jettent sur leur âme un voile de tristesse.
Après l'enfant, c'est l'homme religieux qui voit approcher avec le plus de contentement le temps des fêtes, car elles lui apportent des souvenirs, des impressions et des contentements plus désirables que les joies bruyantes du monde. Il puise dans la méditation des sublimes mystères que l'Eglise célèbre en ces jours glorieux, les torces dont il a besoin pour supporter les ennuis et les misères de ce pauvre monde, pour remplir ses devoirs envers Dieu et la société.
Ce Dieu, fils d'ouvrier, ouvrier lui-même, qui se condamne volontairement à toutes les infirmités et les souffrances de l'humanité pour la sauver, offre le spectacle le plus grand, le plus touchant et le plus sublime que l'imagination la plus extraordinaire puisse inventer.
Quelle leçon d'humilité, de dévouement et de charité ! Quelle consolation pour le pauvre, pour l'ouvrier !
Pauvre humanité si misérable, si dégradée, il ne fallait pas moins que cela pour la relever et lui rendre sa propre estime ! Et plus le monde progressera, plus on comprendra la nécessité de marcher dans la voie tracée par le Christ. Là seulement on trouvera la solution des problèmes inquiétants que soulève l'activité humaine. Ah ! la société dans le monde entier ne serait pas tant bouleversée, les classes pauvres n'auraient pas besoin de tant s'agiter si les préceptes et les exemples du Christ étaient plus suivis. On ne verrait pas le riche mourir de gourmandise à côté du pauvre qui meurt de faim. La terre ne serait pas comme un désert où le souffle de l'égoïsme brûle et détruit tout. Le riche serait plus charitable et le pauvre plus résigné.
Aux heureux de ce monde le Christ ne cesse d'adresser des reproches sur leur dureté et aux pauvres il prêche la patience. Les uns et les autres ont besoin de leçons et d'exemples pour faire leur devoir.
Dans un temps où les classes ouvrières deviennent si puissantes on peut deviner ce qui arrivera le jour où les enseignements du Christ n'auront plus d'empire sur elles...
J'avais l'intention d'écrire quelque chose de gai et je m'aperçois que
j'ai fait un sermon. Mais aussi dans ce pauvre monde les ris et les pleurs, les roses et les épines, les joies et les douleurs sont tellement mêlés, qu'on passe facilement d'un sentiment à l'autre.
Espérons que la nouvelle année ne nous apportera que de bonnes choses sans mélange, qu'elle ne ressemblera pas, sous ce rapport, à ses devancières. Tâchons de nous la rendre propice en la recevant avec la plus grande politesse. Nous lui demandons pas de nous accorder tout ce que nous désirons, car quelquefois ce qui nous arrive vaut mieux. Non, prions-la de nous apporter dans les plis de sa belle robe tout ce qui est nécessaire pour être heureux. Pas plus que cela.