‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 59 sur 100 · HOMMAGE A MA MERE · texte numérisé non relu

HOMMAGE A MA MERE

J'aime à voir au front de la nuit Scintiller la timide étoile J'aime à voir aussi l'humble voile Glisser sur l'onde qui la fuit.

J'aime la ravissante fleur Que berce l'aile de la brise J'aime le parfum dont se grise L'insecte à la riche couleur.

J'aime le charmant papillon Fatigué de sa course folle J'aime une feuille qui s'env'ole Et vient mourir sur le gazon.

J'aime une larme, un souvenir D'un rêve tout chargé de flamme J'aime un soupir, écho de l'âme Quand sur la lèvre, il vient mourir.

J'aime un grand front plein de candeur. J'aime un regard mélancolique, J 'aime un sourire sympathique Qui nous charme par sa douceur.

Mère, tout cela rend heureux.

Mais ce que j'aime davantage C'est la bonté, sublime image Qui se reflète dans tes yeux.

Ste-Cuuégonde. AttALA.

PETITES NOTES

Nous accusons réception de deux magnifiques brochures intitulées : « Réponse de l'Hon. Honoré Mercier au pamphlet de l'Association des « Equal Rights » et « La vérité sur la question de l'octroi des licences. » Nous les avons parcouru avec beaucoup de plaisir. — Nos remerciements à qui de droit.

Nouveau collaborateur. — Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs que sous le pseudonyme de Charles Ameau, un des premiers écrivains du Canada va collaborer à ce journal.

Nous prions nos lecteurs de nous pardonner les quelques fautes d'impressions qui se sont glissées dans les premières pages. Elles sont dues à la précipitation avec laquelle nous avons fait la mise en page.

HELIKA

MÉMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ÉCOLE

No 21

Je lui racontai mon temps d'esclavage, mon évasion et les derniers moments d'Angeline et d'Attenousse aussi brièvement que possible.

On ne saurait voir une douleur plus réelle et des larmes plus sincères que celles qu'il versa en entendant ce récit. Sa rage contre Paulo était indicible. « Et moi, disait-il en m'interrompant à chaque instant, moi qui les ai tenus tous trois aujourd'hui au bout de ma carabine. Ah ! si j'avais su, si j'avais su... mais les misérables ne perdent rien pour attendre. »

Attenousse avait été pour lui un ami et un protecteur.

Il me raconta ensuite qu'il avait surpris une conversation entre les trois bandits, que ses compagnons n'avaient pu comprendre parce qu'ils parlaient dans la langue iroquoise à laquelle ceux-ci étaient étrangers.

Bien qu'il n'eut pu saisir qu'imparfaitement ce qu'ils se disaient, il avait vu qu'il s'agissait d'un projet d'enlèvement ; mais que l'entreprise qu'ils se proposaient devait être entourée de grands périls, car c'est à qui des trois ne l'exécuterait pas. Après avoir longtemps délibéré il fut facile à Baptiste de conclure, par les mots qu'il pouvait entendre: quoiqu'ils ne fissent que d^s phrases décousues qu'ils étaient décidés de mettre leur projet à exécution le plus tôt possible. Ils étaient poussés par l'espoir d'une rançon que le chef paierait pour délivrer son enfant d'adoption.

On peut concevoir l'impression que me fit cette révélation. C'était à n'en pas douter mon Adala qu'ils voulaient me ravir ; peut-être même étaient-ils déjà en marche. Ils avaient néanmoins compté sans leur hôte et, malheureusement pour eux. la partie était trop forte, ils ne devaient pas en recueillir le gain.

Nous conceitâmes nos plans de défense, Baptiste et ses deux amis devaient surveiller toutes les démarches des brigands et m'avertir quand ils les verraient tenter quelque chose de suspect. La surveillance de Baptiste méritait considération surtout lorsqu'il était guidé par la reconnaissance comme dans cette occasion ;ses compagnons par amitié pour lui s'étaient liés de tout cœur à moi et me juraient fidélité. Ils étaient guidés par l'esprit des aventures d'abord, puis par le courage que met tout honnête homme à prévenir un crime et en prévenir ceux qui devaient en être les auteurs. C'était pour eux un stimulant ijIus que suffisant.

Comptant donc sur ces auxiliaires, je pris le chemin de ma demeure bien décidé à verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour défendre mes protégées.

En arrivant dans le village, j'informai les habitants que j'étais sur les traces de ceux qui avaient jeté la consternation parmi eux. Je leur fit connaître la tentative qu'ils devaient faire pour enlever Adala. 11 n'y eut qu'un cri d'indignation parmi ces braves gens ; tous s'offrirent de me prêter main forte et nous nous séparâmes après avoir convenu de faire

bonne garde et de donner l'éveil dans le cas où un des trois misérables serait aperçu rôdant dans les environs.

Quinze jours se passèrent dans une parfaite tranquillité et sans que j'eusse de renseignements sur mes nouveaux alliés. Je connaissais trop la perspicacité et le dévouement de Baptiste pour douter un instant qu'il ne remplit scrupuleusement le rôle important que je lui avait confié.

Cependant ce calme apparent était bien loin de me faire prendre le change. J'étais trop au fait des habitudes sauvages pour ne pas voir dans ce repos une ruse afin de mieux nous surprendre plus tard, aussi avais-je pris mes précautions en conséquence.

Enfin le soir de la vingtième journée, j 'étais assis sur le seuil de la porte lorsque le cri du merle siffleur se fit entendre ; c'était le signal convenu. Je tressaillis involontairement. J'ordonnai à la vieille de fermer les contrevents, de barricader les portes et de n'ouvrir qu'à ma voix ; puis je me dirigeai précipitamment vers l'endroit d'où était parti le cri. Je ne m'étais pas trompé, ce signal venait d'un des compagnons de Baptiste. C'était le Gascon qu'il m'expédiait. Il m'informa que les trois bandits s'étaient occupé de chasse et de pêche, ils avaient fumé les viandes et les poissons comme s'ils se fussent préparés à un long voyage. Ils avaient de plus confectionné un léger canot d'écorce sur la rivière St-Jean et avaient déposé des provisions de distance en distance en descendant vers le village de Ste-Anne. Baptiste me faisait dire de plus qu'ils avaient préparé une hotte dont la destination était évidente. Il était d'opinion que cette nuit même, ils frapperaient le coup décisif puisqu'ils n'étaient qu'à deux lieues à peine des habitations. Je devais donc me tenir sur mes gardes pendant qu'eux-mêmes ne seraient pas loin.

Je fis prévenir six des hommes les plus déterminés et intelligents de mon voisinage et les disposai de manière que leur présence fut parfaitement dissimulée. D'après mes instructions, ils ne devaient tirer qu'au premier commandement.

J'oubliai par malheur de faire la même recommandation au Gascon éloigné d'environ trois cents verges de la maison où je m'étais embusqué.

Page 1