‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 66 sur 100 · L'AMANT MACABRE · texte numérisé non relu

L'AMANT MACABRE

(CONTE tzigane)

Il était une fois une jeune et jolie fille, qui n'avait plus ni père ni mère. Point de frères, point d'amis. Tout le monde était mort.

Elle vivait seule dans une petite maison et personne ne l'y venait voir ; elle non plus n'allait voir personne.

Et voilà qu'un soir, un beau voyageur se présenta à sa porte, l'ouvrit et dit : « Je suis un voyageur ; j'ai été loin de par le monde. Laissezmoi m'arrêter ici, car je ne puis plus continuer ma route.

— Demeurez ! reprit la jeune fille ; je vais vous donner un lit pour reposer votre tête et si vous voulez manger et boire, tout ce que j'ai est à votre disposition. »

Le beau voyageur se coucha et dit : « Oui, je vais dormir et volontiers, car voila bien longtemps que je n'ai point clos ma paupière. »

Et la jeune femme : « Comment ! il y a si longtemps que tu n'as pas dormi ? — Mon amie, en cent ans, je ne dors qu'une fois ! »

L'hôtesse se mit à rire, u Tu plaisantes, n'est-ce pas ? Que c'est donc vilain de ta part ! »

Mais le voyageur ne répondit pas, car il dormait déjà. Le matin, quand il se leva, il dit : « Tu es une jeune et jolie femme. Si tu le veux bien, je resterai ici encore une semaine ? »

Elle y consentit, car elle aimait déjà le beau voyageur.

Une nuit qu'ils dormaient tous deux, la jeune femme éveilla le beau garçon et lui dit : « Ecoute, mon chéri, écoute ! j'ai fait un rêve affreux. Tu étais pâle, tu étais blanc comme un spectre ; un char superbe nous emportait tous les deux et de ta lèvre tu faisais sonner un cor immense. Alors les morts se levèrent de leur couche et ils se mirent à ta suite, car tu étais leur roi et portais, comme tel, un superbe manteau.

— « Voilà qui est très malheureux ! » s'écria le beau garçon et il se leva.

« Amie, poursuivit-il, l'heure du départ a sonné. Depuis trop longtemps personne n'est mort dans le monde : il me faut m'en aller, laisse-moi ! »

La femme se mit à pleurer : « Ne me quitte pas, dit-elle d'un ton de prière, reste encore un peu. »

— « Je dois partir ; Dieu te protège. »

Mais la femme sanglotait et lorsqu'il lui tendit la main, elle s'écria : u Ton nom, dis-moi du moins ton nom ?

— Mon nom ! jamais ! L'apprendre tue ! tu me le demanderais en vain. Je ne te dirai pas qui je suis. »

Elle continuait à pleurer et à travers ses larmes :

« Tout, je souffrirai tout, mais dis-moi seulement qui tu es 1 »

Alors le voyageur ■ « Et bien ! partons ensemble ! car je suis la Mort ! »

La jeune femme poussa un cri d'épouvante et tomba glacée sur le sol.

(Traduit par)

Paul Hugounet.

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