III. — l'heure du rendez-vous
La fille du marquis de Fenestranges et M. d'Ortigues se contemplèrent pendant quelques minutes. Une sorte de crispation nerveuse agitait les sourcils et la bouche décolorée de la jeune femme. Julie avait reprise son attitude : accoudée sur la table et dirigeant vers son fiancé un regard fixe et troublé à la fois, elle souffrait de ne pouvoir sangloter. Enfin des larmes s'échappèrent de ses yeux, le nom de Léonce effleura ses lèvres. Le vicomte ferma la porte, fit glisser la tapisserie sur sa tringle de fer, et revint se placer à une certaine distance de Julie. Aussi ému qu'elle à l'idée de l'humiliation qu'elle devait ressentir, il affectait d'examiner les ial)ieaux qiii décoraient la chambre, et il ne voyait rien qu'une masse d'ombres confuses ; jugeant convenable d'épargner à sa cousine l'effort des premières paroles, il lui dit de sa voix la plus douce :
— Vous ici 1 vous qui n'existiez plus pour le monde... Vous ! telle (qu'autrefois, en ce lieu où je ne trouvais que la solitude, où le silence seul réijondait à mes plaintes... Rêve enchanteur et triste, oh ! ne t'évanouis pas : Reste, reste auprès de moi • il y a si longtemps que je t'invo'pie, et tu as tant tardé à venir !
E.ie réi)ondit d'un accent faible et si bas, qu'à peine semblait-elle parler :
— Oui, c'est moi j je reviens, non parmi vous, mais près de vous, puur respirer un moment l'air que vous respirez ; je voulais vous voir sans être vue, vous entendre sans être entendue. Oh ! tout ceci est bien étrange, n'est-ce pas? et vous doutez encore si je suis- un fantôme ou une créature humaine ? Celte large mante de soie qui m'enveloppe de ses plis, ce capuchon qui tombe sur mon pâle visage, me donnent l'apparence d'une vision; mais j'existe, j'existe pour mon malheur, et si vous m'avez rencontrée dans cette chambre, c'est que la mort n'a pas voulu de moi.
— A Continuer —
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Le National, journal hebdomadaire juiblié à Plattsburg, E. U., par M. B. Lenthier. C. R. Daoust, rédacteur.
L'Étoile du Nord, journal hebdomadaire publié à Joliette, P. Q. par M. A. Gervais.
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