‹ Le Recueil littéraireChapitre 62 sur 82 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

EN CAUSANT

Un collaborateur du Recueil Littéraire — Mirés, du Coteau du Lac — dont les articles si pétillants d'esprit sont si appréciés, et qui a déjà su se conquérir une si large part dans notre estime, me fit il y a une semaine l'aimable invitation d'aller passer quelques jours chez lui.

J'acceptai avec reconnaissance et je profitai de ce qu'un autre collaborateur monsieur J. P. V. Du Sault, de Bordeaux, avait reçu une pareille invitation pour lui demander de me faire l'honneur de voyager en ma compagnie. Ce qu'il m'accorda immédiatement avec l'amabilité qui le distingue.

Dès notre arrivée à la résidence de Mirés je fus étonné, ébloui, par la scène qui se présenta a mes regards ; néanmoins comme il se faisait déjà tard, je remis au lendemain le projet d'examiner en détail les lieux environnants.

Je m'éveillai à bonne heure.

L'aurore venait à peine d'enir'ouvrir les voiles qui nous cachaient l'orient, et soudain, le soleil se montra dans sa majestueuse splendeur ... Le réveil de la nature était terminé... Les fleurs présentaient à l'astre levant leurs corolles encore parsemées de gouttelettes de rosée, rendues aussi brillantes que le diamant par les mille feux qui se jouaient dans cette eau ])ure. Les oiseaux gazouillaient un hymne au Créateur et la voix sacrée de l'airain annonçait aux Catholiques qu'ils devaient, par une prière, commencer la journée que Dieu dans son infinie bonté, leur accordait encore.

Partout la vie, partout le bruit,

O lecteurs ! que j'aurais aimé vous faire partager le spectacle grandiose que j'ai entrevu ! O toi, plume ! que j'aime tant, qui m'a procuré de si douces jouissances en me permettant de fixer ma pensée et nies impressions ; que je regrette que tu ne réunisses pas à l'art de décrire, celui de peindre ! Alors, peut-être je pourrais me représenter la nature dans toute sa grandeur, telle qu'elle m'est apparu, et encore, il faudrait joindre au génie d'un Chateaubriand celui d'un Salvator Rosa.

Nous quittâmes la résidence de notre charmant confrère pour nous rendre à un petit fort abandonné, construit probablement en 1812, qui est situé non loin de là, et dont un des bastions commande une vue superbe sur les rapides des Cèdres.

Le soleil commençait alors à dorer la voûte immense de ses rayons multiples, et les eaux mugissantes qui venaient se briser et se tordre contre les rochers en écumant de rage, prenaient une teinte indéfinissable que je pourrais appeler vert-rouge. (Pour ceux qui connaissent la couleur des eaux du Saint Laurent l'expression ne paraîtra pas trop hardie).

Oh que c'est beau ! cette exclamation s'échappa involontairement (Je mes lèvres, car je ne pouvais taire mon admiration.

Après avoir contemplé à notre aise, nous décidcâmes d'un commun accord d'y iDJanter notre tente pour une nuit afin de jouir et d'un coucher de soleil, et d'un nouveau lever.

Ce qui fut fait.

Nous nous amusâmes comme des journalistes, ce qui dit plus que comme des bossus, je vous le jure. Cependant je dois avouer qu'un des principaux citoyens de l'endroit monsieur Lalonde, marchand, s'était joint à nous pour ce campement de joyeuse mémoire, et ce nouveau compagnon ne contribua pas peu à faire régner la gaieté.

Mais j'abrège, car l'espace me manque.

Après deux autres jours passés ou à la pêche au bas du premier rapide, ou sur la rivière de l'Isle, ou à voguer sur le lac Saint François, nous revînmes à Montréal en bateau pour couronner dignement ce voyage mémorable et enchanteur.

Dtrpuis mon retour je m'ennuie comme un abruii et il me tarde d'y retourner.

E. Z. Massicotte.

Page 1