ACTE I, SCÈNE V
pénitence? Vous dites : passe maintenant, mais un jour je me repentirai, je ne l'aimerai pas toujours et je finirai bien par vivre en paix....
LAURENCE, sour dément et fortement.
Non, et c'est ce qui m'épouvante. Des remords, oui, mais pas un regret... Si, pour m 'ouvrir le Ciel, on me disait : il ne t'est pas demandé d'expiation, il ne nous faut qu'une chose : un regret... eh bien Ipour le Ciel éternel, pour leur bonheur infini, je ne pourrais pas renier mon bonheur d'un jour.
MALTE
Chérie, ne pensez qu'au bonheur qui vient de moi. Le reste, qu'en savons-nous? Vous ne faites pas de mal en m'aimant. Je ne vous damne pas, Laurence, je ne damne que moi.
LAURENCE, hantée par son scrupule.
Ah ! de toute autre manière, j 'aurais étécou- (39)
pable, mais ainsi... Pendant trois ans, trois ans d'intimité poignante, j'ai su nous vaincre et n ous sauver, j 'ai tout fait pour t 'éloigner. C'est moi qui ai poussé mon père à t 'enlever à mon mari. Pendant son ministère, j'ai voulu que tu restes aux bureaux. Je disais que tu rendrais là plus de services qu'avec nous. Mon mari s'est emporté : « Je tiens à mon officier d'ordonnance, à ma retraite vous en ferez ce que vous voudrez, on peut bien me le laisser jusque-là. » La retraite, c'était dans dix ans !... Et pourtant, je crois que jamais... Il a fallu l'horrible nouvelle, la catastrophe du Jemmapes, six hommes tués et toi... L'Amiral et moi sommes partis ensemble, nous croyions te voir pour la dernière fois, l'infirmier de garde pleurait... (Un temps). Devant Dieu, je n'ai qu'une excuse..., les yeux que je t'ai vus ce jour-là. Comment un regard exténué peut-il contenir tant de reproches? Tu n'avais pas levé les yeux sur ton chef... avec quelle lenteur tu as accompli cet effort... Je suis rentrée affolée; le lendemain, les jours suivants, j'ai vécu dans la folie î Comment moi, moi ché-